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La domination des milliardaires

Le dernier Index des milliardaires de Bloomberg, publié juste avant Noël, montre que la fortune des 500 milliardaires les plus riches s'est accrue de 23% l'année précédente, soit de $1 trillion, atteignant la somme global de $5,3 trillons. Cette somme est 4 fois supérieure à ce qu'elle était l'année précédente. Rappelons qu'un trillion représente 1 milliard de milliards. Les non-financiers ont de la peine à se représenter ce à quoi correspond cette somme.

 

Selon Bloomberg, les milliardaires, en moyenne, ont vu leur fortune s'accroitre de $2,7 milliards par jour, soit pour chacun $5,400,000 par jour ou $225,000 par heure. Dans le même temps, selon les US Centers for Disease Control, l'espérance de vie globale n'a cessé de diminuer aux Etats-Unis.

Pour prendre un autre élément de comparaison, il faut indiquer que $5.3 trillions contrôlés par les plus riches correspondent à 2 fois le PNB (Produit national brut) du Mexique, pays de 128 millions d'habitants. Il s'agit du double des PNB confondus de l'Argentine, du Chili et du Pérou. Le PNB français est environ de 2.276 milliards. (Voir https://www.indexmundi.com/g/r.aspx?v=65&l=fr )

Les Nations Unies estiment qu'il faudrait $30 milliards par an pour éradiquer la faim dans le monde. Or Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, a vu sa fortune s'accroitre de $34.2S en 2017. Son gain pour la dernière année correspond aux PNB réunis de la Jamaïque, du Niger et du Zimbabwe, soit 39 millions d'habitants au total

Résignation voire fascination

Les chiffres publiés par Bloomberg n'ont guère suscité d'émotion dans le monde. L'inégalité ainsi révélée entre les 500 milliardaires et les 5 milliards de pauvres est considérée par l'opinion comme allant de soi. Suivre son accroissement suscite de la curiosité, sinon de la fascination, mais pas d'indignation. L'on considère généralement que les fortunes des 500 milliardaires correspond en fait à des services rendus. Or c'est évidemment faux. Il s'agit d'un accaparement du travail fourni par les autres.

Prenons l'exemple de Jeff Bezos, avec Amazon. Cette entreprise, profitant du manque de politiques économiques et fiscales intégrées dans le monde, a réussi à mettre en difficulté, sinon en chômage, des milliers de redistributeurs et producteurs primaires. Certes, une organisation exemplaire au niveau de la gestion par Internet de ses services lui permet généralement de faire jeu égal en termes de services rendus avec les petits commerces locaux. Mais ceci se fait aux dépends des budgets publics.

Amazon, comme l'on sait, ne paie pas d'impôts. Elle ne contribue pas aux dépenses de santé ou d'éducation. Les infrastructures et réseaux de télécommunications qu'elle utilise exclusivement et qui font une grande partie de ses bénéfices, ont été financés par des Etats ou des fournisseurs de service. Il en est de même des réseaux physiques de redistribution qu'elle utilise pour livrer ses produits au plus près des consommateurs finaux. Ce sont également les Etats qui prendront en charge les dizaines de milliers de chômeurs résultant de la concurrence qu'elle leur fait. Enfin, si des petites entreprises réussissaient à se regrouper pour rendre des services en ligne analogues, elles seront vite torpillées par des attaques ciblées de Amazon.

Mais que font les 500 milliardaires de leurs milliards. Une partie va dans les paradis fiscaux, en réserve. Une autre sert à financer des dépenses de luxe, tels les méga-yachts qui n'intéressent que quelques chantiers. Une part sans doute considérable, bien que mal connue, s'investit dans les industries d'armements. Quand l'on sait l'importance des dépenses militaires de certains Etats, notamment des Etats-Unis, on peut penser que les industriels peuvent convenablement rémunérer les prêts que leur consentent les super-riches. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_d%C3%A9penses_militaires) Or qui dit dépenses militaires dit victimes par dizaines de milliers (comme actuellement au Yemen ) dont les riches ne se préoccupent évidemment pas, laissant aux populations locales le soin de les prendre en charge.

Des mouvements politiques, comme ici la France Insoumise, n'ignorent évidemment pas ces faits. Les plus optimistes espèrent que des révoltes sociales en profondeur pourront ramener un peu d'égalité. Nous pensons pour notre part que c'est une illusion. Les 500 milliardaires ont tous les moyens policiers et militaires pour faire taire les opposants - sans mentionner les milices privées dont le budget dans certains Etats dépasse celui des forces armées. Si la menace se précisait, ils n'hésiteraient pas à s'en servir froidement .

Source

https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-12-27/world-s-wealthiest-gain-1-trillion-in-17-on-market-exuberance

Note au 31/12/2017

Un de nos lecteurs Alain R. que nous remercions, nous écrit:

Quelle valeur attribuer aux « révélations » de Bloomberg?

Il faut savoir que pour diffuser la richesse d'un quidam, les Bloomberg et autre Forbes, doivent avoir l'autorisation de ce quidam.

Ces milliardaires n'acceptent la publication de leurs fortunes que pour des raisons publicitaires. Les vrais riches sont ceux qui ont le privilège de créer la monnaie par leurs participations aux activités bancaires, ils n'ont pas besoin de faire de la publicité pour gagner de l'argent puisque ce sont eux qui créent l'argent. (en fait, ils financent par la monnaie qu'ils créent leurs achats d'actifs réels).

Il n'est évidemment pas question que leur fortune obscène soit exposée en public. Il est d'ailleurs pratiquement impossible de les évaluer puisque la part la plus importante est localisée dans des zones offshore totalement opaques au public et même aux administrations fiscales de nos "démocraties". 

Dans son livre "La guerre des monnaies" Hongbing Song a tenté une évaluation de la fortune des Rothshild. Elle s'évalue en milliers de milliards de $, alors que nos milliardaires Bloomberg/Forbes sont en dizaine de milliard : un rapport de 1 à 100. 

On peut partir d'un nom très connu comme Rothshild pour faire une recherche, mais combien d'inconnus sont au niveau de Rothshild ou au-dessus ?

Les règles d'anonymat chères à nos voisins d'outre-Manche ne permettent pas d'en avoir la moindre idée.

 Nous répondons:

Alain R. a parfaitement raison. Ceci dit, en l'absence de chiffres précis concernant les inégalités, impossibles à obtenir, il n'est pas inutile de disposer de quelques indices. Mais pour bien faire, il ne faudrait pas se limiter à eux. Malheureusement, l'omerta est institionnalisée.

 

28/12/2017


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