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Responsabilité américaine dans les manifestations sanglantes au Nicaragua 

Les médias commencent en France à s'intéresser à ces manifestations, aussi éloigné que soit le Nicaragua de la France. Tous les jours désormais on publie de nouveaux chiffres, concernant les morts et les blessés. Soit 285 et 1.500 au 28 juin .

Pour la propagande américaine, presque uniquement reçue en Europe, ces victimes découlent de la politique autoritaire du Président Daniel Ortega. Face aux difficultés économiques actuelles, il aurait réduit arbitrairement sinon coupé les pensions, provoquant la colère des bénéficiaires. Or ces réductions des pensions n'ont pas été décidée par le gouvernement. Elles avaient été imposées à celui-ci par le FMI supposé intervenir pour faire face aux déficits du pays. Or nul n'ignore, notamment pas au Nicaragua, que le FMI est chargé par les intérêts financiers internationaux de mettre en difficulté les gouvernements manifestant un minimum d'indépendance à l'égard de la politique extérieure américaine.

Le gouvernement Ortega avait rejeté les plus brutales de ces réductions, mais il avait été obligé d'en admettre quelques unes pour ne pas se faire imposer des sanctions encore plus sévères. Or le FMI est au service de la politique impérialiste de Washington, visant à éliminer du Nicaragua tout ce qui demeurait de la révolution sandiniste par laquelle, 40 ans auparavant, le dictateur Somoza aux ordres des Etats-Unis avait été chassé du pouvoir. Ortega encore jeune avait participé à cette révolution et n'en avait jamais renié les objectifs.

Les Sandinistes étaient resté au pouvoir 19 ans, pendant lesquels l'instruction publique généralisée avait fait tomber l'illettrisme de près de 40%. Ils ont été chassés du pouvoir aux élections de 1990, au profit d''une administration néolibérale toute dévouée à Washington. Les dollars abondamment versés par le capitalisme américain avaient joué un rôle essentiel dans ce changement de gouvernement, comme nul ne l'avait ignoré dans le pays.

Cependant Ortega avait à nouveau gagné les élections présidentielles de 2006. Sous son gouvernement le PNB du pays s'était élevé et les inégalités avaient quelque peu diminué.

Ceci ne veut pas dire que l'ensemble des électeurs  s'étaient rangés de son côté. Le fait qu'il n'était pas personnellement très populaire a joué un rôle, mais surtout à nouveau les manœuvres américaines voulant prendre le contrôle du pays comme elles l'ont fait au Brésil et dans toute l'Amérique Latine. Inutile de dire que ce faisant les Etats-Unis visent à mettre la main sur les ressources naturelles du Nicaragua ainsi que sur la possibilité d'utiliser quasi gratuitement sa main d'oeuvre au service des multinationales américaines.

Dans ce sens les Etats-Unis viennent de publier en 2017 un Nicaraguan Investment Conditionality Act ou NICA destiné à bloquer l'accès du pays aux prêts internationaux tant que le gouvernement refusera aux multinationales un libre accès à l'économie du pays. Dans le même temps, les dollars américains continuent d'être déversés au bénéfice des oppositions internes au président Ortega. Dans un pays resté très pauvre, ceci joue un rôle essentiel expliquant la violence y compris armée des oppositions.

Les médias internationaux donnant une grande publicité aux victimes des manifestations actuelles attribuée au gouvernement, une campagne d'opinion virulente présentent Daniel Ortega comme un dictateur sans pitié. Son départ est désormais présenté comme indispensable au retour du calme à Caracas.

L'avenir proche dira si la majorité des citoyens nicaraguayens  cède à ces chantages. Ceci n'aurait rien d'improbable, d'autant plus que Washington menace dorénavant d'envahir militairement le pays en vue d'y  rétablir le calme.

08/07/2018


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