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Les centaines de milliards des Géant du Web

L'on trouve sur le site Blog Gaulliste Iibre, animé par Laurent Herblay un article bien documenté dénonçant les incroyables profits réalisés par Apple, Google, Facebook, Microsoft et autres « Géants du Web », ainsi que la façon dont ils réussissent pratiquement à échapper à tout impôt

http://www.gaullistelibre.com/2017/12/ce-que-disent-les-incroyables-profits.html

Nous conseillons vivement la lecture de cet article. Mais un commentaire s'impose. Le dernier point déploré par l'article, le fait que l'Union européenne se refuse à toute politique fiscale coordonnée et ouvre ainsi des paradis fiscaux aux entreprises refusant l'impôt n'est pas une découverte. Nous n'en discuterons pas ici. Par contre, la question des profits réalisés par les Géants du Web mérite une discussion que l'article du Blog Gaulliste Libre n'aborde pas, sinon implicitement.

Elle consiste à s'interroger sur la valeur ajoutée qu'apporte l'activité de ces Géants. Par le terme de valeur ajoutée, on désigne généralement la valeur finale de la production rapportée à la valeur des biens qui ont été consommés par le processus de production. Dans un langage non purement comptable, on dira qu'il est légitime de mesurer la valeur finale d'une production, non seulement en termes comptables, mais en termes sociétaux et politiques. Ainsi construire des logements sociaux peut contribuer à une réduction des écarts de niveaux de vie séparant ceux dit « favorisés » et ceux qui ne le sont pas. Il s'agit donc d'une valeur ajoutée sociétale.

On peut admettre que Apple et Microsoft, qui produisent (avec une forte contribution très mal rémunérée des pays asiatiques) des biens physiques ou assimilés tels que des téléphones, des microordinateurs ou des logiciels, produisent une valeur ajoutée économiquement mesurable.

Mais l'essentiel des activités commerciales de ces entreprises, Google, Facebook et autres « géants américains du web », consiste à vendre des espaces publicitaires à des entreprises escomptant ainsi augmenter leur clientèle.

S'ils peuvent vendre des espaces publicitaires, c'est que des centaines de millions de lecteurs viennent consulter leurs sites. Or les contenus de ces sites n'ont pas été payés à des auteurs, sous forme de droits d'auteurs ou analogue. Ils font pratiquement l'objet d'un simple « copié-collé » ne coûtant pratiquement rien aux Géants. Ce sont de véritables entreprises de presse ou maisons d'édition qui produisent ces contenus et qui paient des droits d'auteurs pour les obtenir, sans mentionner les coûts de mise en forme finale.

Une pétition des Agences

Devant cette anomalie qui ne cesse de s'aggraver, neuf agences de presse européennes lancent un appel pour que les Géants de l'Internet reversent une part plus importante de leurs recettes aux médias qui leur fournissent du contenu. On trouve cet appel dans une tribune publiée en ligne le 13 décembre par le journal Le Monde.

« Un débat, en apparence technique, se déroule depuis plusieurs mois en Europe et dans les instances européennes à Bruxelles autour d'un projet de directive sur les droits d'auteur », rappellent les signataires. Le texte obligerait, pour la première fois à l'échelle de l'Union, les grands acteurs de l'internet à rémunérer les médias pour les millions de contenus consultés sur leurs plateformes par les internautes.

Les géants de l'internet dégagent d'énormes bénéfices.  Facebook a triplé ses bénéfices en 2016, avec 10 milliards de dollars de profits et  Google affiche quelque 20 milliards de dollars de résultat sur un chiffre d'affaires (déclaré) de 90 milliards », ceci grâce entre autres à l'afflux de la publicité au détriment des médias traditionnels. Leur attractivité est due pour beaucoup à l'information gratuite que les consommateurs ont pris l'habitude de trouver sur le net. « Facebook répète que son objectif est de devenir le plus grand média du monde. Et pourtant ni Facebook, ni Google n'ont de salle de rédaction, de réseau national ou international de production et de collecte de l'information ».

Les agences indiquent que « La gratuité est un mythe. A un bout de la chaîne, remplir la mission d'informer le public coûte beaucoup d'argent. Et à l'autre, le consommateur de cette information vaut de l'or pour qui valorise cette audience par des recettes publicitaires. ». L'instauration d'un  droit voisin, complémentaire du droit d'auteur des journalistes, que la Commission européenne propose au bénéfice des éditeurs et agences de presse permettrait de corriger le déséquilibre, si les discussions, en cours depuis plus d'un an à Bruxelles, aboutissaient.

Nous doutons pour notre part qu'elles puissent aboutir dans un délai raisonnable. Les Géants du Net exercent une pression considérable sur les gouvernements et ce de multiples façons. Nul dirigeant politique ne prendra le risque de se les aliéner.

La tribune est signée par les PDG Emmanuel Hoog de l'AFP, Peter Kropsch de l'agence allemande DPA, Clive Marshall de l'agence britannique Press Association, Jose Antonio Vera de l'agence espagnole EFE, Giuseppe Cerbone de l'agence italienne Ansa, Jonas Eriksson de l'agence suédoise TT, également président de l'Alliance européenne des agences de presse (EANA), Clemens Pig de l'agence autrichienne APA), Marcel van Lingen de l'agence néerlandaise ANP et Patrick Lacroix de l'agence belge Belga.

 

16/12/2017


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