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Arianespace. Le gouvernement capitule

Matignon a confirmé le 10 juin la privatisation de la société Arianespace, mondialement connue et respectée, qui assure depuis trente-cinq ans le succès du spatial européen. Il a été décidé d'en donner le contrôle à Airbus et Safran.


Airbus depuis des années convoitait cette activité. On dira qu'il n'a que moindre mal, Car Airbus est le fleuron de l'industrie européenne. Cependant ses préoccupations ne sont pas véritablement l'espace et son manque de culture en ce domaine pèsera nécessairement dans la suite. De plus, faut-il rappeler que Airbus est passé de fait sous un contrôle allemand, pour qui là aussi la culture spatiale n'est pas le point fort. La France qui avait via le CNES un poids politique important dans le domaine des lanceurs et de leurs applications perd ainsi considérablement de son influence. Ce ne sera pas son rôle relativement effacé au sein de l'Agence spatiale européenne qui pourra maintenir celle-ci.

Une réunion interministérielle a annoncé le 10 juin la cession des parts du Centre national de recherches spatiales (CNES), jusqu'alors premier actionnaire d'Arianespace avec 34,68 % du capital, à une nouvelle joint-venture, Airbus Safran Launchers, créée en juin 2014 avec Airbus. L'annonce officielle est prévue à l'ouverture du salon du Bourget le 15 juin.

Comme on peut le prévoir, les salariés de Arianespace sont très inquiets, non seulement pour leur avenir, mais pour celui des lanceurs Ariane en général. On peut observer que les autres États européens, actionnaires minoritaires de la société de commercialisation des lanceurs, sont réticents à voir les industriels définir dorénavant ce que devra devenir l'Europe spatiale. L'Agence spatiale européenne, qui coordonne l'ensemble des programmes de recherche et industriels spatiaux, manifeste elle-même de l'inquiétude.

La décision de l'Etat, prise sous la pression des industriels et des financiers, repose sur l'argument qu'un regroupement était nécessaire. Pour les représentants des ministères du budget et de l'économie, tous acquis à la non intervention de l'Etat, il est clair que les  industriels sont toujours plus compétents qu'une structure parapublique. L'argument de ceux-ci est la compétitivité, face aux industries russes et chinoises en plein développement et financées de façon obscure par les Etats, comme au redémarrage de l'industrie américaine. La société SpaceX appartenant au multimilliardaire Elon Musk a mis au point un nouveau type de lanceur, le Falcon 9, censé réaliser des lancements à bas coût. Le fonctionnement de celui-ci reste encore aléatoire, mais propose des lancements commerciaux 30 % moins cher que ses concurrents. Or le gouvernement français, apparemment, refuse de voir que ces tarifs sont rendus possibles par les subventions de la Nasa destinées aux vols scientifiques et militaires.

Diminuer les coûts de 30%

Plutôt que porter ces détournements de concurrence devant l'Organisation mondiale du commerce comme les Américains l'avaient fait précédemment concernant Airbus, les Européens n'ont retenu qu'un objectif : les vols spatiaux européens devaient diminuer de 30 % pour rester compétitifs. Nous avons relaté précédemment les oppositions entre les défenseurs d'une version rajeunie et à capacité augmentée du lanceur lourd Ariane 5 et ceux du programme Ariane 6. Il s'agit d'un lanceur devant prendre le relais d'Ariane 5 à partir de 2020, dont les performances ne sont guère modifiées, mais dont les coûts devraient être moindres. Or contrairement aux arguments des industriels, beaucoup de spécialistes de l'espace ont avertis que sur la longue période, les poids des satellites ne cesseront pas d'augmenter, tandis que la capacité de mise en orbite multiple s'améliorera régulièrement.

Rappelons par ailleurs que l'actuelle Arianespace prend à sa charge les frais de location et d'entretien de la base spatiale de Kourou. Les nouveaux actionnaires ont fait valoir que c'était à l'Etat de prendre en charge les sommes correspondantes, soit 150 millions d'euros annuels. Il n'y a pas de petits profits.

On constate à nouveau dans cette affaire Arianespace que le gouvernement (socialiste) actuel s'éloigne une nouvelle fois des ambitions régaliennes affichées jusqu'ici par les précédents gouvernements français, ceci depuis De Gaulle. Derrière les industriels européens mis en avant pour faire passer la privatisation, inutile de dire par ailleurs que se trouvent une myriade d'intérêts financiers internationaux, dont la plupart dépendent de Wall Street et de Washington.

Note

Ariane 6 versus Ariane 5. Voir notre article du 17/02/2014 Choix difficiles pour Arianespace dans la page http://www.automatesintelligents.com/actu/140431_actu.html


11/06/2015


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