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Entre fantasmes et réalités scientifiques : l'actualité du transhumanisme en 2018

Le transhumanisme (dit ci-dessous TH) est très présent et bien représenté dans les cultures scientifiques contemporaines. Il n'a rien d'un fantasme même si comme perspective scientifique, il donne naissance à d'innombrables fantasmes, d'ailleurs différents selon les milieux et les individus.

1. Généralités introductives

Il n'est pas nécessaire ici de distinguer entre « transhumanisme », soit un dépassement par l'humanité de ses limites actuelles, et posthumanisme qui considère ce dépassement comme réussi, ayant donné naissance à une nouvelle humanité pouvant être radicalement différente de l'ancienne. Le premier est évidemment moins ambitieux et plus réaliste que le second. Mais dans le langage courant, les deux concepts ne sont pas distingués.

Le TH s'appuie sur les développements scientifiques en cours. Mais il est dépasse en leur proposant une anticipation philosophique que la science se refuse. De plus, il y joint un projet de politique scientifique très ambitieux. Celui-ci vise visant à privilégier dans les investissements scientifiques les éléments pouvant favoriser une vision d'un humain capable de s'affranchir des limites que la science biologique actuelle fixe à toute forme de vie, limites auxquelles l'espèce humaine selon cette même science biologique ne pourrait échapper.

Toute recherche scientifique un peu ambitieuse est le fait de chercheurs visant à dépasser les limites que la science du moment leur assigne en se mettant au service d'une vision qui relève de leur imaginaire et qui représente un meilleur objectif à atteindre que celui permis par la science du moment. Ainsi, pour prendre un exemple simple, les premiers prototypes d'appareils dits plus lourds que l'air avaient été inspiré par la vision selon laquelle il était possible de voler plus loin et plus haut qu'en s'en tenant aux ballons dirigeables. Sans une telle vision rien ne se serait passé.

Les techniques scientifiques innovantes, dans le domaine militaire comme civil, résultent de visions selon lesquelles les technologies en cours à leur époque peuvent être dépassées, voire rendues obsolètes, par de nouvelles découvertes scientifiques. Celles-ci donnera naissance, selon un cycle reconnu, à de nouvelles hypothèses qui seront mise à l'épreuve d'une démarche expérimentale. Si ces expériences donnent satisfaction, la vision deviendra réalité. Le TH s'insère dans cette vision.

Est-ce à dire cependant que le TH puisse leur être comparé ? Sans doute pas. Aujourd'hui, on peut douter du réalisme de son objectif, au moins dans le 21e siècle. Transformer quelque peu un humain d'aujourd'hui pour le rendre capable des performances envisagées pour un transhumain paraît impossible, même si celles-ci demeurent relativement modestes. Un tel objectif supposerait des investissement scientifiques et techniques hors de portée actuellement. De même, transformer un tant soit peu l'espèce humaine pour aboutir à la naissance d'individus physiquement et psychiquement modifiés restera longuement hors de portée, du fait de la difficulté d'agir sans les perturber gravement.

Au plan budgétaire, comme rappelé ci-dessus, l'objectif supposerait de prélever sur les ressources économiques les sommes considérables nécessaires aux investissements scientifiques et humains correspondants. Dans l'état actuel des besoins de la science dans des domaines bien plus prioritaires - à commencer par la défense -, nul gouvernement n'acceptera de les prendre en charge.

Quant aux multi-milliardaires qui seraient semble-t-il actuellement ceux qui s'intéressent le plus au TH, bien que bénéficiant actuellement des ressources des GAFA (Géants du Web) dont ils ont réussi à imposer les services aux sociétés contemporaines, ils ne pourront financer à leur profit, comme certains le laissent entendre, et compte tenu de leurs coûts, des mesures substantielles leur permettant d'allonger leur durée de vie. Tout au plus pourraient ils espérer vivre une centaine d'année en relativement bonne santé. Ils ne pourront rien faire par ailleurs concernant les performances de leurs descendants, vu la rigidité des processus reproductifs.

2. TH et sociologie politique

La principale difficulté que rencontrera le TH est qu'il ne concernera, pour des raisons géopolitiques, économiques et religieuses évidentes, qu'une infime minorité de la population. Soit au mieux quelques milliers d'individus sur une population mondiale de plus de 7 milliards de personnes. Inévitablement ces dernières, laissées à l'écart, considéreront le TH comme la volonté de les éliminer au profit d'une élite, reléguant le reste de l'humanité dans un statut de sous-humanité.

Il ne faudra pas donc pas s'étonner si le quasi-ensemble des humains actuels jugent le TH comme une arme dirigée contre eux pour les enfermer dans le sous-développement en monopolisant au profit de cette élite toutes les ressources que fournira le progrès des sciences et des techniques. Dans ces conditions, ils feront tout ce qui sera en son pouvoir pour tuer le TH dans l'oeuf et en tous cas refuser tout investissement en sa faveur. Même si les multi-milliardaires peuvent mobiliser des moyens militaires considérables, ils ne pourront rien faire contre le reste du monde.

2. TH et économie

On doit revenir sur la question évoquée ci-dessus, concernant les ressources budgétaires nécessaires au développement du TH. Les défenseurs de celui-ci font valoir que dans un premier temps il sera générateur de techniques et pratiques permettant d'augmenter considérablement le rapport actuel entre investissements et gains de production. Ainsi l'apparition de techniques de type robotique indispensables au TH ouvrira à l'homme de nouveaux domaines d'exploitation et donc de profits. Les robots autonomes nécessaires au TH permettront ainsi d'accéder aux ressources des fonds océaniques et surtout de l'Espace, hors de portée actuellement.

De même, les premiers spécimens de transhumains générés par les politiques publiques en ce sens pourraient disposer de propriétés en termes de santé et d'allongement de la durée de vie leur permettant de diminuer considérablement les budgets sanitaires et sociaux correspondants. Cependant, même si les premiers transhumains vivent plus longtemps et en meilleur santé que les humains actuels, à moins d'être immortels – ce qui est inenvisageable – ils finiront bien par vieillir et mourir à leur tour, générant inévitablement les couts correspondants.

TH et biologie

Nous avons fait allusion à ce thème ci-dessus. Pour compléter l'analyse, il faut se demander dans quelle mesure, au moins à terme de ce siècle, les tranhumanistes veulent demeurer dans le cadre de l'espèce humaine, même en la modifiant considérablement, ou souhaiteraient à terme générer une nouvelle espèce disposant de tous les acquis de l'espèce humaine actuelle, y compris sa culture, mais dépourvue de ses principaux défauts. Intervenir dans le domaine de la biologie humaine supposerait avoir identifié les milliers de facteurs distinguant l'homme des autres espèces. Après quoi, il faudrait individualiser les domaines génétiques commandant leur fonctionnement et leur transmission d'un individu à l'autre, ainsi que leur transmission génétique.

Là encore, faute des moyens de recherche et développement gigantesques que cela supposerait, on peut craindre que seules des transformations marginales, à terme peu sensibles, puissent être espérer. Ainsi, un des premiers objectifs du TH devrait viser à améliorer le fonctionnement des cerveaux actuels. Les neuroscientifique savent qu'aujourd'hui, l'objectif est presque hors d'atteinte, vu la complexité des relations entre le cerveau et l'organisme, d'une part, et de celles du cerveau avec la société d'autre part.

Dans ce cas, la culture transhumaniste restera une simple culture, n'entraînant pas même pas l'amorce d'une nouvelle société transhumaine, faute de pouvoir disposer des bases supposant l'amorce d'une nouvelle espèce.

- TH et cosmologie

Le TH serait très encouragé s'il pouvait découvrir dans le cosmos l'équivalent de sociétés trans-. Compte tenu des limites actuelles de la cosmologie, il reste cependant encore impossible d'identifier  d'autres formes de vie dans l'univers, ne fut-ce que dans la galaxie ou simplement le système solaire. Si une vie y était observée, comme très prévisible à terme, il s'agirait d'une vie très simple, de type viral ou cellulaire. On pourrait espérer apercevoir, au moins sur des planètes proches, la Lune ou Mars, les restes de vie plus complexe, se rapprochant de la vie terrestre. Mais ceci à ce jour n'a jamais été possible.

- De l'homme augmenté à l'homme artificiel

C'est finalement dans les sciences et techniques de la vie artificielle ou de son presque homologue la vie synthétique que reposeront longtemps encore les espoirs de voir émerger des individus et des sociétés transhumaines. La vie artificielle ne connaît pas de limites de principe, sous réserve de la disponibilité de moyens considérables. D'ores et déjà de nombreux types d'hommes dits augmentés ont été introduits dans les sociétés humaines actuelles. Compte tenu des urgences, il s'agit individus accidentés faisant appel à des prothèses relativement simples. Elles visent essentiellement à remplacer des membres ou des parties du cerveau détruits. Ce remplacement n'est jamais facile, mais avec le temps, on pourrait imaginer la création de corps artificiels pouvant rendre les services des actuels attributs corporels, sans avoir leur limitations tenant aux faiblesses de l'organisme. Ne mentionnons pas la création sur ordinateur de transhumains virtuels. Elle existe déjà, comme en témoigne cet article, mais elle n'a aucun intérêt quant au peuplement de la planète.

Cependant, ces humains artificiels, pour s'agisse encore d'humains, et non de robots fussent-ils très performants, devraient être équipés d'équivalents de cerveaux artificiels disposant de toutes les capacités des cerveaux humains. Vu la complexité du système nerveux central cet objectif semble pour très longtmps  hors de portée; L'espoir qu'entretiennent certains paralysés de greffer leur tête sur un robot humanoïde restera longtemps illusoire, vu les milliers de canaux qu'il faudrait connecter au robot en provenance de la la tête. On a tout lieu de penser par ailleurs si une telle greffe était réalisable, tous les traits de caractère et contenus cognitifs du cerveau humain concerné n'y survivraient pas.

Ceci ne veut pas dire que la création et la mise en place de ce que l'on appellera des hommes entièrement artificiels ne soit pas à terme envisageable. Elle se fera peut-être d'ailleurs spontanément, Mais tout laisse penser qu'en ce cas de tels hommes artificiels se débarrasseraient de toutes les contraintes et limites biologiques permettant de les qualifier de post-humains. Il s'agirait d'entités se développant pour leur propre compte afin de conquérir sur Terre ou dans l'espace des milieux n'ayant plus aucun rapport avec une humanité obsolète, fut-elle post humaine.

Conclusion

Compte tenu de ce qui précède, nous pensons que le transhumanisme ne se développera qu'à travers la création et la mise en place de véritable robots autonomes dotés, si possible, de toutes les qualités que la doctrine transhumaniste voudrait perpétuer ou encourager.

Mais les tenant du TH hésiteront à courir le risque de favoriser le développement de robots transhumains ou post-humains ainsi définis. Très vraisemblablement ceux-ci voudront pas s'encombrer de références à ces humains actuels, ou à des successeurs transhumains, aussi nobles que soient les objectifs du Transhumanisme.

Reférence

Association française transhumaniste https://transhumanistes.com/ Voir aussi https://transhumanistes.com/tv18/.

Nous citons

Notre association interpelle la société sur les questionnements relatifs aux mutations actuelles de la condition biologique et sociale de l'humain. Son objectif est d'améliorer cette condition, notamment en allongeant radicalement la durée de vie en bonne santé. Elle cherche à promouvoir les technologies qui permettent ces transformations tout en prônant une préservation des équilibres environnementaux, une attention aux risques sanitaires, le tout dans un souci de justice sociale.

16/07/2018


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