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Réduction du budget français de la recherche scientifique

Nous reprenons ci-dessous la tribune publiée dans Le Monde par huit Prix Nobel français pour protester contre les réductions de budgets de recherche que vient d'annoncer le gouvernement. Les sommes paraîtront faibles mais elles sont très importantes au regard des budgets déjà squelettiques de la recherche française.

Ajoutons que le gouvernement montre ainsi son manque de volontarisme dans un domaine dont il ne comprend sans doute pas l'importance. Il aurait été au contraire facile d'augmenter des sommes correspondantes, qui sont insignifiantes, le montant de la dette publique française, comme ceci a été fait dans le domaine militaire.

Au dela de cette mesure d'urgence, le gouvernement français devrait, comme nous l'avons souvent proposé ici, faire pression sur l'Union européenne pour que la Banque centrale européenne consente un prêt sans intérêt non aux banques mais à l'Etat lui-même, dans un domaine aussi essentiel que celui de la recherche. De telles mesures, qui ne seraient pas limitées à la France, sont couramment pratiquées aux Etats-Unis, sans mentionner la Russie et la Chine. Si les Etats convenaient de les affecter à un compte qu'ils s'engageraient à ne pas dépasser, mais au contraire à rembourser dans des délais donnés, ils pourraient comme leurs homologues dans le monde investir au moindre frais dans des domaines essentiels à la survie de nos sociétés.

On peut se demander pourquoi ils ne le font pas. Cèdent-ils, le gouvernement français le premier, aux groupes de pression américains qui cherchent en permanence à limiter la concurrence des laboratoires européens dans des domaines où cependant les Etats-Unis disposent déjà d'une écrasante supériorité.

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Un projet de décret a été présenté commission des finances de l'Assemblée nationale, mercredi 18 mai, annulant 256 millions d'euros de crédits sur la mission « recherche et enseignement supérieur ». La commission doit se prononcer sur ce texte mardi. Dans une tribune, publiée par « Le Monde », sept Prix Nobel et une médaille Fields (une récompense équivalente pour les mathématiques), dénoncent « un coup de massue » et décrivent des mesures qui « s'apparentent à un suicide scientifique et industriel ».

Hasards de l'actualité : nous avons appris le même jour que les dépenses de recherche et développement (R&D) de l'Etat fédéral allemand ont augmenté de 75 % en dix ans, et que le gouvernement français annulait 256 millions d'euros des crédits 2016 de la Mission recherche enseignement supérieur (Mires), représentant un quart des économies nécessaires pour financer les dépenses nouvelles annoncées depuis janvier.

Au sein de ces mesures, on note que les principaux organismes de recherche sont particulièrement touchés, le CEA, le CNRS, l'INRA et Inria, pour une annulation globale de 134 millions d'euros.

Nous savons combien les budgets de ces organismes sont tendus depuis de longues années. Ce coup de massue vient confirmer les craintes régulièrement exprimées : la recherche scientifique française, dont le gouvernement ne cesse par ailleurs de louer la grande qualité et son apport à la R&D, est menacée de décrochage vis-à-vis de ses principaux concurrents dans l'espace mondialisé et hautement compétitif de la recherche scientifique. Exemple parmi d'autres, le gouvernement américain vient de décider de doubler son effort dans le domaine des recherches sur l'énergie.

Ce coup d'arrêt laissera des traces, et pour de longues années
Ce que l'on détruit brutalement, d'un simple trait de plume budgétaire, ne se reconstruit pas en un jour. Les organismes nationaux de recherche vont devoir arrêter des opérations en cours et notamment limiter les embauches de chercheurs et de personnels techniques. Ce coup d'arrêt laissera des traces, et pour de longues années.

Le message envoyé par le gouvernement n'incitera pas non plus la jeunesse à se tourner vers les métiers de la recherche scientifique et de la R&D en général.

Une analyse récente de la société Thomson Reuters plaçait trois organismes français, le CEA, le CNRS et l'Inserm, parmi les dix organismes publics les plus innovants au monde, illustrant ainsi le fait que notre pays dispose bien de la recherche de base et d'une R&D de qualité, conditions nécessaires pour mener à bien le redressement économique du pays.

Nous sommes encore loin des 3 % du PIB fixés comme objectif pour les dépenses de R&D par la stratégie Europe 2020, et nous n'y parviendrons pas en fragilisant à ce point les principaux organismes de recherche. Les mesures qui viennent d'être prises s'apparentent à un suicide scientifique et industriel.

Dans ce monde incertain, la qualité de notre recherche est un atout considérable. La recherche française est un des pôles reconnus de la science mondiale multipolaire et nous devons maintenir et consolider cette position enviable. Car il n'y a pas de nation prospère sans une recherche scientifique de qualité. Puisse le gouvernement français entendre cet appel.

Françoise Barré-Sinoussi (Prix Nobel de physiologie ou médecine)
Claude Cohen-Tannoudji (Prix Nobel de physique)
Albert Fert (Prix Nobel de physique)
Serge Haroche (Prix Nobel de physique)
Jules Hoffmann (Prix Nobel de physiologie ou médecine)
Jean Jouzel (vice-président du groupe scientifique du GIEC, au moment où celui-ci reçoit le prix Nobel de la paix)
Jean-Marie Lehn (Prix Nobel de chimie)
Cédric V

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/23/coupes-budgetaires-dans-la-recherche-huit-grands-chercheurs-denoncent-un-suicide-scientifique-et-industriel_4924612_3232.html#862r8fkZcCBv5cUu.99

24/05/2016


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