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Logiciels libres et enseignement supérieur français

Une pétition émanant d'une conjonction d'éditeurs de logiciels commerciaux s'étonne auprès de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche du fait que « dans le cadre du Projet de Loi sur l'Enseignement Supérieur, la commission mixte paritaire ait mentionné que les logiciels libres seraient utilisés en priorité ». 1)

 

Ces éditeurs, parmi lesquels l'influent Microsoft, reprennent le vieil argument des adversaires de la démarche dite du Libre, selon lesquels les logiciels libres seraient des logiciels comme les autres, en faveur desquels les acheteurs publics ne seraient pas autorisés à émettre des préférences.

Nous pensions naïvement que la question était réglée dans le sens contraire, mais nous nous trompions. La perspective d'importantes commandes publiques, se développant notamment à l'occasion du passage au très haut débit dans l'Education Nationale, a rallumé toutes les convoitises.

On ne reprendra pas ici la philosophie des utilisateurs de logiciels libres, pour qui il ne s'agit pas de produits commerciaux proprement dits, mais de modes d'usages au sein desquels les utilisateurs ne voulant pas se trouver enfermés dans des produits dits propriétaires ont parfaitement le droit d'exprimer des préférences. Ceci notamment en ce qui concerne l'Enseignement supérieur, comme d'ailleurs plus généralement l'Education Nationale, organismes utilisant des crédits publics, leur imposant une déontologie stricte.

Que le Syntec ou Microsoft défendent leurs intérêts ne surprendra personne...encore que...Mais qu'un établissement publics de recherche tel que l'INRIA se joigne à eux est parfaitement anormal...Tout au moins aux yeux de ceux qui ignoraient les liens de coopération établis depuis quelques années entre Microsoft et l'INRIA, concrétisés par la mise en place du Microsoft Research Inria Joint Center. http://www.msr-inria.com/ Celui-ci fonctionne globalement, selon des chercheurs français bien informés, comme une pompe à matière grise au profit du géant américain.

Les algorithmes statistico-mathématiques dont l'on constate par ailleurs le rôle de plus en plus important en sont un autre exemple. L'INRIA y a toujours fait montre de compétences précieuses, mais le partage des forces entre le cheval (Microsoft) et l'alouette (l'INRIA) ne joue pas en faveur de cette dernière.

Dans le domaine des logiciels libres, en tous cas, ce système de type colonial, on le voit, fonctionne parfaitement. On lira ci-dessous une protestation sans doute vaine de défenseurs du logiciel libre. 2)


  1. Voir http://blog.itnservice.net/public/2012_07_03_Lettre_Afdel_Inria_SyntecNumerique.pdf

  2. Voir http://www.pellegrini.cc/2013/07/lobbying-sur-la-loi-esr-mais-quallait-faire-linria-dans-cette-galere

Note. Rappelons que dans une lettre envoyée par l'AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres) à plusieurs députés le 11 février dernier, on avait appris que le ministère français de la Défense – en fait la direction interarmée des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information ou DIRISI - avait signé voilà un an environ, un important accord-cadre avec Microsoft Irlande. (Lequel paye ses impo^ts dans ce dernier pays, à un taux très amical

D'une durée de quatre ans, le contrat couvre la fourniture à prix préférentiel de la plupart des logiciels de l'éditeur. Selon l'AFUL, le ministère se voit autorisé à installer à peu près n'importe quel logiciel made in Redmond pour une somme forfaitaire de 100 euros par poste. « l'accord signé [le 25 mai] 2009 portait sur un nombre de 188 500 postes (soit 18 850 000 euros hors taxe), ajustable de 170 000 postes au minimum jusqu'à un maximum de 240 000 postes. Soit une option d'achat pour une somme d'un maximum de 5 150 000 euros, sans appel d'offres ni procédure de marché public »

Le contrat ne donne pas d'indications sur les éventuelles "back-doors" permettant à Microsoft de s'introduire, suivi de la NSA, dans les applications de la Défense. Nous écrivons "éventuelles" car nous n'en avons aucune preuve, n'est-ce pas?

 

08/07/2013


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