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La France doit investir pour organiser l'accueil aux réfugiés qu'elle recevra

Dans un article qui est en discussion sur le site Admiroutes-Automates intelligents, auquel le lecteur pourra se reporter, nous avons proposé quelques idées qui pourraient permettre à la France d'échapper à la spirale de désinvestissement et de découragement où elle s'enferme aujourd'hui. http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2015/161/CNR.htm

L'article est long et sans doute difficile à publier sur le site Europe solidaire du fait des contraintes de mise en page que celui-ci impose. De plus, le texte étant en discussion entre les co-signataires potentiels, la correction impose d'attendre quelques temps avant de lui donner une plus ample diffusion.

Cependant, quelques points mériteraient d'être évoqués ici, à la lumière des besoins d'accueil qui s'imposent dorénavant du fait des engagements pris par la France en la matière et qu'il n'est pas question de discuter. Il est évident qu'il ne suffira pas à terme d'ouvrir des centres d'hébergement dans lesquels seraient dans un premier temps dirigés les premiers arrivants, ni même de compter sur la bonne volonté des familles acceptant d'en héberger quelques uns (unes) à domicile. Il faudra faire beaucoup plus. Il semble que l'Allemagne ait déjà prévu des mesures à grande échelle permettant d'intégrer au mieux les 500.000 réfugiés par an qu'Angela Merkel invite à venir dans le pays. Certes, comme nous l'avons indiqué dans un précédent article, ceci lui sera relativement facile car les employeurs, en manque de main-d'oeuvre, s'efforceront de recruter et de former ces effectifs, en complément des efforts que fera l'Etat fédéral. Mais cependant des mesures spécifiques de grande ampleur s'imposeront outre-Rhin .

En France, la situation sera moins favorable. Du fait d'une politique malthusienne imposée depuis longtemps par les intérêts néo-libéraux faisant la loi à Bruxelles, la France n'a fait jusqu'ici aucun effort sérieux pour relancer la recherche, l'industrialisation, les services publics et hospitaliers dont elle aurait depuis longtemps besoin pour assurer des emplois convenables à ses propres ressortissants. Or face à l'arrivée de réfugiés, la société dans son entier devra, non se fermer encore davantage au prétexte du sous-emploi dont elle souffre, mais en profiter pour réclamer des pouvoirs publics et des grandes entreprises la mise en place immédiate de programmes de développement ouverts non seulement à ses propres citoyens mais à ces réfugiés, sans distinction d'origine ou de religion.

Ceci représentera un coût. Il sera refusé si persiste une politique anti-croissance consistant à réduire les déficits publics jusqu'à la barre fatidique des 3%. Mais des politiques audacieuses d'investissement, fussent-elles financées par des déficits supplémentaires, rapporteraient très vite des bénéfices susceptibles de compenser à terme, et au delà, les efforts budgétaires ainsi consentis. Ce raisonnement d'une simplicité élémentaire, jusqu'ici peu entendu, devrait pouvoir être repris en force par les pouvoirs publics, les partis politique et l'opinion, à l'occasion de l'arrivée des réfugiés.

Aussi bien ne faut-il pas prévoir des mesures spécifiques ne s'appliquant qu'à eux. Il faut relancer la croissance dans tous les secteurs, au bénéfice de tous les français et résidents en France, sans exclusive. Chacun en tirera profit. Il semble que ce soit la politique actuellement décidée par la chancelière Merkel 1) La France accroitrait son retard sur l'Allemagne si elle ne faisait pas de même, sous-emploi ou non.

Évidemment, des mesures différenciées s'imposeront, selon la nature des besoins. Des formations au français ou sur un plan professionnel basique, destinées à rattraper les retards des réfugiés, ne seront évidemment pas inutiles. Mais, dans la plupart des autres domaines, des politiques indifférenciées devraient s'imposer, sous réserve de régler des problèmes d'ajustement temporaires. Cet article n'est pas le lieu pour en traiter en détail. Rappelons seulement les besoins qu'il faudra satisfaire, au bénéfice de tous. Ce rappel ne demande aucun effort d'imagination, car les besoins sont depuis longtemps bien connus en France. Le seul point à signaler concerne le fait qu'aujourd'hui ces besoins non satisfaits ne dérangent aucun des « grands décideurs », qu'ils fussent publics ou relevant des entreprises du CAC 40.

Concernant les effectifs à recevoir, ce sera au gouvernement d'en décider, dans les cadres des directives de Bruxelles. Rappelons cependant que toute personne seule ne pourra se voir refuser un droit au regroupement familial, ce qui pourra multiplier par 5 les effectifs à prendre en compte. Quant aux protections sociales, il ne sera pas souhaitable de refuser aux réfugiés des droits analogues à ceux des citoyens français, dès lors qu'ils seront en situation régulière. Cependant un contrôle sévère devra être exercé afin d'éviter les abus.

Politiques publiques ou privées à renforcer dans l'esprit de ce qui précède

* Identification fine des compétences des nouveaux venus, afin de leur fournir des possibilités de formation et d'embauche adaptées.

* Mise en place de centres de formation générale et de formation professionnelle destinés à compléter les compétences ainsi recensées, si celles-ci paraissent insuffisantes. Il semble pour le moment qu'un pourcentage important de réfugiés disposent déjà de bonnes qualifications. Il faudra seulement dans un premier temps les aider à les adapter, y compris dans le cadre de l'utilisation de la langue française.. Ajoutons que beaucoup de réfugiés auront les compétences nécessaires pour devenir formateurs eux-mêmes.

* Amélioration du fonctionnement des services relevant de Pôle Emploi ou du secteur coopératif et privé recensant les besoins et les offres d'emplois.

* Politique de construction de logements autres que simplement d'urgence, dans les zones où, à la suite des évaluations précédentes, des besoins d'hébergement non satisfaits se feront sentir. En Italie, l'idée de proposer à ces émigrés de repeupler et mettre en valeur des zones rurales désormais délaissées est à l'étude. Elle est à recevoir avec précautions. Elle pourrait entrainer la formation de communautés fermées qui viendraient en conflit avec les villages voisins. 

* On ajoutera, mais là une pression politique forte des opinions publiques sera nécessaire, l'engagement de politiques publiques ou privées d'investissement, notamment dans les secteurs de l'énergie renouvelable, du logement zéro-énergie, de la future protection contre les effets destructeurs pour l'environnement du réchauffement climatique... N'allons pas plus loin, la liste serait trop longue.

* Pour tout ceci, le rôle des réseaux numériques et des services en ligne devra être accru. Ils aideront notamment à résoudre les problèmes tenant au langage et au manque de proximité.

* Rappelons enfin qu'une politique globale de cette nature ne pourra pas être décidée ou appliquée par les seules associations de bénévoles ou par les collectivités locales. La mobilisation de tous les services de l'Etat sera indispensable, sous la responsabilité d'un ministre.

Bien évidemment, les normes françaises de droit civil, notamment celles relatives à l'égalité hommes-femmes, devront être respectées.


Note

1) voir l'article de Romaric Godin dans La Tribune http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/allemagne-pourquoi-angela-merkel-est-elle-si-genereuse-envers-les-refugies-503128.html



09/09/2015


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