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La spoliation délibérée des pauvres par les riches

Les différentes études statistiques menées sur les variations de niveau de vie et de richesse entre couches sociales montrent que l'inégalité entre les 5% les plus riches et les 95% du reste de la population, y compris les 20% les plus pauvres, ne cesse d'augmenter. Ceci que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Ces études ne sont pas conduites par des organisations syndicales ou des partis de gauche qui seraient suspectés de mauvaise foi, mais par des organismes parfaitement institutionnels.
Il faut s'interroger une nouvelle fois sur les raisons expliquant cet accroissement des inégalités. Un organisme lui-même institutionnel, la Banque des règlements internationaux (BIS en anglais) installée en Suisse depuis les années trente, vient de le constater dans son 84e rapport annuel (voir http://www.bis.org/publ/arpdf/ar2014e.htm  )

Ce rapport constate que les politiques menées par les banques centrales, notamment aux Etats-Unis, politiques dites du quantitative easing, censées relancer la croissance de l'investissement productif, ont exactement l'effet contraire. Les bas taux d'intérêts et la création de monnaie ont seulement servi à stimuler les spéculations sur les marchés financiers, tout en diminuant les risques courus par les spéculateurs.

Il s'ensuit que, même aux Etats-Unis, les bourses sont florissantes mais que le niveau de vie général s'est encore dégradé de 3% l'année dernière. Des villes comme Détroit sont emblématiques du désert industriel en train de s'installer. Le BIS n'analyse pas en détail le mécanisme générateur de ces distorsions. Il est pourtant simple. L'argent créé par les banques centrales n'a pas servi, comme du temps de Roosevelt en 1936-36, à financer des grands travaux et des créations d'usines. Il a seulement augmenté les ressources des banques. Celles-ci à leur tour, au lieu de faire des prêts aux entreprises susceptibles d'investir, ont préféré les affecter à des fonds spéculatifs aux mains des super-riches.

De tels fonds à leur tour (nous simplifions) utilisent ces ressources à parier, par exemple, sur l'évolution des cours de matières premières et autres ressources vitales. Les spéculateurs peuvent ainsi acheter plus facilement des produits agricoles dont le prix augmente en conséquence. Ceci sur les marchés nationaux ou internationaux. Il en résulte de nouveaux profits pour les spéculateurs. Les classes pauvres, qui auraient précisément le plus besoin de ces produits, ne peuvent plus y accéder vu la hausse de leurs prix.

De temps à autres cependant les bulles ainsi créées peuvent s'effondrer. Mais les pertes des spéculateurs sont couvertes par l'argent public. Le jeu peut donc recommencer. C'est ce qui s'était passé en 2008 et pourrait fort bien recommencer aujourd'hui. Aucune entreprise, qu'elle soit privée ou publique, ne reçoit la moindre part des liquidités mises sur le marché. Aucune n'est donc incitée à investir afin d'obtenir à terme une baisse des coûts des produits de production, susceptible de bénéficier aux classes pauvres Le niveau de vie de ces dernières continue donc à diminuer.

Plus gravement, même aux Etats-Unis, des besoins qui vont devenir prioritaires, vu notamment l'accélération des changements climatiques, ne feront pas l'objet d'investissements. C'est le cas notamment dans tous le sud-ouest du territoire où la sécheresse ne cesse d'augmenter – à un point tel que certains envisagent de devoir organiser des transferts de population vers les Etats fédérés les moins atteints. On imagine dans quelles turbulences sociales de tels transferts se produiront, d'autant plus que les banques ne participeront pas au financement de ces opérations, éminemment peu rentables financièrement.

Ainsi va le Système. Et personne ne pense possible d'y rien changer. Disons seulement que la Russie, si généralement critiquée par les Occidentaux, n'encourage pas jusqu'à présent le développement de telles spéculations dans des secteurs où, comme aux Etats-Unis, elles feraient des ravages.



02/07/2014


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