Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Que gagnerait l'Amérique dans une guerre des tarifs douaniers avec la Chine ?

Pendant longtemps, lorsque l'Amérique dominait de nombreux secteurs économiques, industrie, services, agricultures, elle s'est présentée comme la championne du libre-échange. Au plan des tarifs douaniers, ceci s'est traduit, au sein notamment de l'Organisation mondiale du Commerce (WTO) qui était très largement sa création, par une chasse aux pays qui prétendaient défendre leurs productions par des tarifs douaniers plus élevés que ceux appliqués par leurs concurrents. Vu l'inégalité des forces économiques en présence, ces derniers cédaient vite aux injonctions de l'OMC.
Vu l'inégalité des forces économiques en présence, ces derniers cédaient vite aux injonctions de l'OMC.

Aujourd'hui, le paysage mondial a changé. L'industrie américaine a perdu une partie de sa puissance, tant dans le domaine des productions primaires (acier par exemple) que dans celui des produits finis (automobiles par ex.). A l'inverse différents concurrents de l'économie américaine, bénéficiant de conditions aujourd'hui plus favorables, ont profité des bas tarifs négociés à l'OMC, pour gagner d'importantes parts de marché à l'exportation. De plus, grâce à divers avantages tels qu'une main d'œuvre à bas coût, ils ont pu accumuler d'importants surplus de production qu'il est dorénavant vital pour eux d'exporter.

Ceci provoque aujourd'hui, au moins aux Etats-Unis, des protestations virulentes des industries menacées, et la recherche d'appui auprès des acteurs politiques. Ces campagnes ne sont pas aujourd'hui sans effets, puisque Donald Trump et dans une moindre mesure Bernie Sanders, indiquent qu'une fois président, ils braveraient les engagements pris à l'OMC et imposeraient les produits chinois de façon à les rendre moins attrayants pour les consommateurs domestiques.

Dans l'immédiat, l'US International Trade Commission (ITC), à l'instigation de l'United States Steel Corp , a lancé une enquête visant les aciéristes chinois. Ceux-ci sont accusés, non pas d'être plus rentables que leurs homologues américains (thèse difficile à soutenir), mais de vol de secrets industriels et d'ententes illicites. Le cas sera évoqué, en termes plus diplomatiques, à la prochaine conférence américano-chinoise qui se tiendra à Pékin. Le sous-secrétaire au Trésor américain, demandera « fermement », aux Chinois de diminuer leur production et donc leurs exportations à bas prix pour permettre aux prix internationaux de l'acier de se relever.

Comme prévisible cependant, cette demande n'aura pas l'appui des producteurs de produits finis américains qui ont déjà du mal à atteindre le prix de revient de leurs concurrents dans le monde, notamment de leurs concurrents chinois. Elle se traduirait par une augmentation de leurs coûts de production, déjà élevés, et de nouvelles fermetures d'usine. Ils craignent dorénavant que la Chine garde pour elle les matières premières à bas coût et qu'elle en fasse des produits finis plus compétitifs que ceux des Américains.

Avenir de l'OMC

Comme prévisible, la Chine qui milite pour être reconnue comme un membre à part entière de l'OMC, a demandé par la voix de son vice-ministre des finances Zhu Guangyao, que les conflits actuels entre la Chine et les Etats-Unis soient traités au sein de l'Organisation, conformément aux principes de cette dernière. De son côté, l'aciériste chinois Hebei Iron and Steel Group a dénoncé comme calomnieuses les accusations de l'United States Steel Corp. Celles-ci, dit-il, outre leur caractère mensonger, contreviennent gravement aux règles de l'OMC et pourraient entrainer des conséquences nuisibles pour les industriels américaines (telle l'automobile) utilisant l'acier comme matière première.

Mais les nouvelles exigences protectionnistes américaines, surtout si elles sont reprises par le futur président, pourraient mettre en danger l'OMC tout entier. D'ores et déjà les représentants américains à l'OMC, contrairement à tous les usages, ont mis leur veto à la reconduction du mandat d'un certain Seung Wha Chang, expert coréen jusqu'ici en charge de l'arbitrage entre conflits opposant les membres. Ils lui reprochent à mots couverts de ne pas assez défendre les intérêts américains. Par qui sera-t-il remplacé?

Cependant, d'autres membres de l'OMC, Brésil, Japon, et Union européenne font valoir que les décisions américaines arbitraires mettent en danger l'indépendance future de l'OMC. Ainsi, cette organisation, dénoncée par les protectionnistes du monde entier comme le bras tarifaire armé des Etats-Unis, pourrait elle devenir la protectrices des intérêts des Etats face à l'Amérique. Là aussi, ce sera des considérations que Trump devra prendre en compte, ainsi d'ailleurs que les oppositions politiques européennes qui préconisent un retour à des protectionnismes d'Etat. Comment se traduirait globalement pour l'Europe un retour à des accords tarifaires bilatéraux très durs à négocier et plus durs encore à appliquer. Plus spécifiquement, à quoi aboutiraient des conflits tarifaires avec le géant chinois? Celui-ci pourrait bloquer sans risques tout ce qui reste d'exportations européennes vers  son marché.

Vis-à-vis de la Chine, l'Europe ne pourrait faire face que si les principaux pays européens s'entendaient globalement pour offrir des fronts unis dans les domaines où ils veulent préserver leur compétence. La Russie pourrait d'ailleurs s 'y associer dans certains secteurs. Sinon, OMC ou non, s'ils restaient divisés, ils seraient toujours battus. Cette question en Europe ne semble pas être à l'ordre du jour.


03/06/2016


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire