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Pays du Golfe et Afrique noire: le différentiel de développement

Nous proposons de lire (sans se départir évidemment d'un minimum de regard critique) deux articles publiés par Le Monde, provenant de deux auteurs très différents, dont les conclusions mériteraient d'être rapprochées par tous ceux se piquant de géopolitique.
Dans un article tout à fait remarquable « La crise larvée des pays du Golfe » Le Monde 2 avril 2013, Hugo Micheron, un jeune économiste diplômé du Kings Collège de Londres et spécialiste du Moyen Orient, s'attache à relativiser l'image quelque peu idyllique que l'Occident se fait de l'avenir économique de ces pays.

L'auteur n'aborde pas les questions politico-religieuses qui rendent cet avenir encore plus incertain: conflits entre chiites et sunnites, montée d'un islamisme de combat, avenir plus qu'inquiétant de la Syrie, répercussion sans fin d'une question palestinienne apparemment insoluble.

Il s'attache seulement à montrer la fragilité de la prospérité de façade apportée par le seule vraie richesse économique dont disposent ces pays, le pétrole et le gaz. Comme cela s'est produit dans d'autres régions du monde, ces ressources se révèlent à terme une sorte de malédiction, car elles dispensent les populations arabes bénéficiaires de faire l'effort que font depuis longtemps la plupart des autres pays: trouver à force d'ingéniosité et de courage les voies d'un développement autonome.

Selon Hugo Micheron, une crise énergétique d'ampleur se prépare, ce qui paraîtra paradoxal vu l'importance des réserves. Les subventions accordées aux populations par des régimes à la recherche de soutien politique en ont fait les plus grands consommateurs individuels d'électricité et de pétrole du monde. Ceci sans le moindre effort d'industrialisation. Il s'agit d'une consommation de pur gaspillage, dont les conséquences sur la force morale des individus sont désastreuses.

Il en est de même des réserves de devises considérables accumulées par les fonds souverains des Etats. Elles ont permis des dépenses somptuaires, telles les tours gigantesques bien connues des agences de tourisme, mais celles-ci n'ont finalement  bénéficié qu'aux maitres d'ouvrage occidentaux appelés à l'aide. Ces investissements eux-mêmes, censés attirer un nombre croissant de sièges d'entreprises, sont durablement sous-utilisés. Même le tourisme s'en désintéresse.

On dira que les fonds souverains accumulant des réserves de change considérables permettent d'acquérir des parts dans le capital d'entreprises occidentales, ce qui accroit le poids politique de pays comme le Qatar, bien au delà de leurs compétences réelles. Mais il ne s'agit en fait que d'une influence marginale, sévèrement contrôlée par les gouvernement occidentaux, et qui ne produisent pratiquement pas de retombées positives pour les populations des pays du Golfe. Seules bénéficient de cet argent les organisations musulmanes extrêmes, wahabbites et salafistes visant à s'étendre en Afrique et en Europe, dont les monarchies pétrolières deviendront elles-aussi très vite la cible.

A moyen terme, se prépare la disparition des ressources pétrolières elles-mêmes. Comme rien n'aura réussi dans l'intervalle pour préparer des solutions de remplacement, le rêve de prospérité qu'avaient espéré les gouvernements du Golfe disparaîtra, laissant face à face de rares bourgeoisies appauvries et des prolétariats sans ressources, dont la plupart auront été importées par des classes dirigeantes incapables de créer sur place des économies productives. On peut penser que dans 50 ans sinon bien plus tôt le sable et le vent du désert auront recouvert les ruines des orgueilleuses tours d'aujourd'hui.

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Il est difficile de comparer le Moyen-Orient avec l'Afrique, pour de nombreuses raisons dont une considérable disproportion de taille. Néanmoins un article de Nicolas Baverez, l'économiste libéral bien connu, dans ce même journal (« L'Afrique est bien partie » Le Monde 3 avril 2013) montre comment les sociétés africaines, si décriées en Europe, réussissent mieux que les pays du Golfe à s'émanciper de leurs dépendances aux exportations de matière première et à faire émerger de nouvelles générations d'entrepreneurs capables de tenir tête aux investisseurs asiatiques pour valoriser leurs propres ressources.

Certes la situation est loin d'être idyllique. Les pays africains sont engagés dans une lutte éprouvante contre l'aggravation de la pauvreté découlant d'une natalité excessive, de la dégradation croissante des infrastructures, du délabrement des institutions, notamment en matière de formation. Néanmoins, Nicolas Baverez n'est pas le seul à annoncer l'éclaircie. La plupart des observateurs des pays africains montrent que ceux-ci, sans mentionner évidemment l'Afrique du Sud et les pays du Maghreb, qui sont hors de l'épure, sont en train d'investir tous azimuts pour tirer parti de leurs ressources. Non seulement ils exportent avec profit leurs matières premières mais ils créent des agricultures et des industries compétitives. L' Europe s'en réjouira, car elle serait la première, après l'Afrique, à souffrir de la dégradation de la situation économique africaine.

Sources

* Hugo Micheron. Article (http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2013/04/01/la-crise-larvee-des-pays-du-golfe_3151438_3232.html).
* Nicolas Baverez. Article http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2013/04/02/l-afrique-est-bien-partie_3151910_3234.html#xtor=AL-32280515)

04/04/2013


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