Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Financer l'innovation: une urgence pour la France

La commission "Innovation 2030" présidée par Anne Lauvergeon; l'ancienne présidente d'Areva, a rendu vendredi 22 novembre ses travaux à François Hollande. Sept thèmes ont été retenus: le stockage de l'énergie, le recyclage des matières premières, l'exploitation des ressources marines, les protéines et la chimie verte, le Big Data, la médecine individualisée et la silver economy (économie des 3e et 4e âges...pourquoi ne pas le dire). Ce rapport vient s'ajouter à d'autres initiatives lancées ces derniers mois, notamment celle d'Arnaud Montebourg 1)
Post scriptum au 28/11. L'Elysée vient de publier le rapport de la Commission Lauvergeon http://www.elysee.fr/assets/pdf/Rapport-de-la-commission-Innovation-2030.pdf

Anne Lauvergeon sera en charge du suivi de ces recommandations, à la tête de la commission dont le mandat se trouve ainsi prolongé. Elle aura notamment pour mission de lancer un concours d'idées dans chacune des sept filières d'avenir qu'elle vient de définir. Pour ce faire, la Commission dispose d'un budget de 300 millions d'euros provenant du Grand emprunt. Les autres soutiens publics au financement de l'innovation seront sollicités si la mise en oeuvre d'une idée particulièrement intéressante le nécessitait.

On ne peut que se féliciter de ce retour en faveur de l'innovation, sous ses aspects technologiques et industriels tout au moins. Les scientifiques regretteront que la recherche fondamentale ne bénéficie pas des mêmes faveurs. Mais on peut convenir du fait que les démarches sont différentes et ne relèvent pas en principe de dispositifs identiques – encore qu'aucune question industrielle pratique telle celle de la voiture électrique, ne peut aller très loin si elle n'est pas sous-tendue par un certain nombre de laboratoires travaillant très en amont et sans but applicatifs immédiats (ce que les Américains qui innovent beaucoup nomment la « blue sky research).

Dans ces conditions il est intéressant que les institutions, sous l'impulsion de l'exécutif, fassent l'inventaire des points forts de la France et présentent des actions concrètes permettant de les mettre en oeuvre. Si le corps politique, soutenu par l'opinion publique, ne se rend pas compte qu'il existe des ressources en France ne demandant qu'à être valorisées, il ne se passera rien et le pays continuera à se situer, selon une expression de Jean-Marc Ayrault lors d'une visite à SMT Electronique, parmi les mauvais élèves de l'innovation.

On pourrait évidemment souhaiter que l'inventaire des perspectives innovantes soit plus large que celui réalisé par la Commission. Nous avons pour notre part présenté un exercice en ce sens où figurent de nombreux domaines non mentionnés aujourd'hui dans les projets officiels. Nous y renvoyons le lecteur (cf notre article du 23 novembre, « La France en Europe : comment passer de l'effacement au leadership ? » http://www.automatesintelligents.com/echanges/2013/nov/investissement.html )

Des centaines de milliards

Mais la vraie question ne se limite pas à l'inventaire. Soutenir l'innovation en profondeur et sur plusiers années suppose des ressources tant publiques que privées dépassant les centaines de millions actuellement envisagées. Les sommes à rassembler se comptent par dizaines, sinon centaines de milliards. Ceci pose directement la question de la liberté d'action de la France au sein de l'Union européenne et plus particulièrement de la zone euro. Si les partenaires de la France, en premier lieu l'Allemagne, font tout pour décourager les dépenses nationales d'investissement, au prétexte d'équilibre budgétaire et de réduction de la dette, nous resterons le pays sans imagination, livré à la concurrence américaine et asiatique, condamné au chômage et à la misère, que nous sommes en train de devenir.

Dans notre note précitée, nous avons posé directement cette question du financement de la recherche à partir des épargnes nationales. Le Japon l'a toujours fait avec un succès remarquable, mise à part la crise économique récente due au désastre de Fukushima. Pour notre part nous recommandons dans la 2 partie de notre note la mise en place en France d'un Fonds national d'investissement stratégiques doté en régime de croisière de capitaux publics et privés investis d'une manière permanente.

Ce Fonds serait rattaché à un grand ministère capable d'incarner aux yeux des citoyens l'autorité d'un Etat pouvant imposer l'intérêt général par dessus les intérêts particuliers. Son capital correspondrait à une palette de projets à réaliser dans les secteurs innovants. Il dépendrait des besoins d'investissement que formuleraient les entreprises et les administrations implantées en France et désireuses d'y renforcer leur potentiel productif dans des dossiers-clefs. Nous avons estimé pour fixer les idées qu'il s'agirait dans un premier temps d'une enveloppe d'environ 400 à 500 milliards d'euros de fonds propres.

D'où viendraient ces sommes? Nous l'avons dit, ni de l'impôt ni de l'emprunt, mais des particuliers. La France dispose d'une forte épargne mobilisable, mobilières et dans certaines conditions immobilières. Elles peuvent y être évaluées à un total de 4.000 milliards d'euros. Le dixième, soit 400 à 500 milliards ( un peu moins du quart de la dette publique ou du PIB français), pourrait ainsi être mobilisé volontairement par leurs détenteurs, s'ils trouvaient dans ces participations un rendement garanti au moins équivalent à celui fourni par les caisses d'épargne. Répétons-le une nouvelle fois: il ne s'agirait pas d'emprunts, mais de participations d'investissement en capital. Le dispositif ne serait durable que s'il générait des projets rentables à moyen ou à long terme, projets dont les citoyens seraient à la fois les promoteurs et les bénéficiaires.

Il ne sera certes pas envisageable de proposer de l'épargne forcée sous la forme des emprunts de guerre de 1914-18. Il faudra par contre faire appel à la fois au sentiment national des petits et moyens épargnants et des entreprises, mais aussi à leur intérêt bien compris. Pour cela, il sera indispensable de les sécuriser, en mettant en place au niveau le plus officiel de l'Etat le Fonds stratégique national envisagé. Ce fonds devrait être parfaitement transparent et efficacement contrôlé, tant dans son fonctionnement global que dans le choix des opérations qu'il financera. Le Fonds garantira par exemple un rendement minimal de 3% environ aux investisseurs, au moins égal au rendement monétaire pour des apports à durée illimitée, mais éventuellement remboursables sous certaine conditions (à l'exemple des TSDI (Titres subordonnés à durée indéterminée, comparables à des obligations perpétuelles)..

Le financement sera réservé à l'économie réelle, au profit de projets offrant le maximum de valeur ajoutée intellectuelle, ou stratégique et technique. En outre, les sommes investies et les intérêts dividendes perçus pourraient être défiscalisés sous certaines conditions. Par ailleurs, un marché secondaire des titres du Fonds devrait être mis en place, sous le contrôle de l'Autorité des Marchés Financiers, avec l'appui du système bancaire national, afin de pemettre aux investisseurs de récupérer leur investissement en cash, en tant que de besoin.

Nous sommes persuadés qu'une solution de cete nature pourrait recueillir en France un grand succès, avant sans doute d'être étendue au niveau européen. Mais il faudrait qu'elle soit soutenue, au plus haut niveau de l'Etat, par une voix forte et audible, touchant l'ensemble des formations politiques – un peu analogue à celle ayant mis en place la Commission Lauvergeon, mais à une toute autre échelle? Peut-on l'espérer?

1) La stratégie de l'exécutif en faveur de l'innovation a été lancée par François Hollande lors des « Grand Rendez-Vous 2012 OSEO Excellence » qui officialisait la banque publique d'investissement, Bpifrance. Elle s'est poursuivie lors des Assises de l'entrepreneuriat ou quelques mesures en faveur de l'innovation avaient été annoncées, puis dans le cadre de la prolongation du Grand emprunt . Elle avait été couronnée par la présentation en septembre 2013 du programme de la Nouvelle France industrielle et de ses 34 plans par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, initiative que nous avions saluée (http://www.automatesintelligents.com/edito/2013/sep/industries_innovantes.html)

On ajoutera qu'un plan « Innovation » sera présenté dans quelques semaines par Fleur Pellerin, la ministre des PME et du Numérique. Il présentera des mesures pour créer un environnement fiscal, financier, juridique et administratif plus favorable à l'innovation.

Dans le domaine institutionnel, les organismes en charge de ces projets ne manquent pas. Le Commissariat général à la stratégie et à la Prospective (CGSP) réfléchit à la France dans dix ans, la Nouvelle France industrielle travaille sur l'horizon 2020 et la Commission Lauvergeon élabore une stratégie pour que l'économie française soit performante en 2030. Faut-il craindre un exces de propositions? Nous ne le pensons pas.

26/11/2013


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire