Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

L'Europe allemande ?

Depuis quelques semaines, nombre de conservateurs allemands reprochent à la politique de taux bas de la BCE de ruiner les épargnants de Munich ou de Francfort. Le 10 avril, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a quant à lui accusé Mario Draghi de mettre en danger le système financier. Mais aussi d'être responsable de la montée de l'extrême droite dans son pays.
En effet la santé du conglomérat dit Sparkasse des Bundes consistant en plus de 430 banques, caisses d'épargne et banques mutualistes dépend de taux d'intérêts positifs qui leur permettent de récupérer le coût des crédits consentis aux entreprises. Il en est de même des nombreux petits épargnants allemands, qui voient leurs retours sur épargne réduite à zéro. Ces taux d'intérêts élevés, en principe, ne devaient pas contre pas gêner excessivement l'industrie allemande, suffisamment puissante pour financer seules ses propres investissements.

La politique de taux bas de la BCE, consistant notamment à racheter les dettes des Etats en déversant ainsi indirectement des milliards d'euros dans l'économie (quantitative easing) fait la suite aux mêmes politiques pratiquées depuis plusieurs années par la Fed américaine. Pour celle-ci, il s'agit de lutter contre la baisse persistante de l'investissement dans l'économie réelle affectant les Etats-Unis comme le reste du monde. Accessoirement, aux Etats-Unis, il s'agit de faciliter les emprunts fédéraux destinés à financer des dépenses militaires en constante augmentation.

Cependant, alors que l'ensemble des économies mondiales souffre de décroissance, ces bas taux ne servent pas à relancer les investissements, ni en Amérique ni ailleurs. Ils ont seulement pour effet de fournir plus de facilités aux banques d'affaires mondiales leur permettant de jouer sur des titres ne représentant en rien l'économie réelle. Comme nous l'avons plusieurs fois exposé ici, si l'on voulait en Europe que la croissance reprenne, il faudrait que les banques nationales et derrière elles les banques centrales et la BCE fournissent à l'économie des moyens de répondre à la demande d'investissement dans l'industrie, les infrastructures et la recherche restant actuellement sans financement. Ce qu'elles ne font pas.

La commission européenne avait évalué le besoin de l'Europe en grands investissements productifs à plus de 300 milliards d'euro à court terme. Aucun de ces milliards n'est en vue aujourd'hui, faute de financements publics, relayés par la BCE, à travers des outils comme la Banque européenne d'investissement ou des Fonds d'investissement stratégiques à mettre en place dans les secteurs demandeurs.

La querelle actuelle entre Schäuble et Draghi montre seulement des divergences dans l'appréciation des politiques visant à faire de l'Union européenne une construction allemande. Malgré ses prétentions à l'indépendance, la BCE, très fortement soumise à l'influence de l'Etat allemand, ne milite en rien pour des politiques de taux d'intérêts, qu'ils soient bas ou élevés, visant à relancer des investissements productifs dans l'Union. Or seuls ceux-ci pourraient contribuer à la baisse du chômage, autrement que par des mesures cosmétiques telles que celles appliquées en France.

Note.

Notre ami Joseph Leddet écrit:

D'accord avec
cet article. Cela étant, pour la critique des taux bas ou négatifs qui ruinent les épargnants, je suis d'accord avec M. Schäuble, et ce d'autant plus que cela ne relance pas l'économie, ni les investissements collectifs.

PS: il faut un retour de l'Etat, en zone "euro", pour mobiliser l'épargne et la BCE en faveur de grands projets collectifs....

22/04/2016


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire