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La Grèce peut-elle vivre en dehors de l'Union européenne?

Cet article est une ébauche, visant à proposer quelques éléments de réflexion et données accessibles à tous.
Pouvoir vivre en dehors de l'Union européenne (UE). C'est la question que doivent se poser ceux qui, pour diverses raisons, incitent la Grèce, non seulement à sortir de l'euro, mais à sortir de l'Union

Dans cette hypothèse la Grèce se trouverait juridiquement dans une situation proche de celle de pays européens ou voisins de l'Europe, non membres de l'UE, par exemple la Serbie, l'Islande ou la Tunisie.

Elle devrait avoir une monnaie propre, en l'espèce le drachme. La valeur du drachme, notamment par rapport à l'euro, serait cotée sur le marché international des changes. Une demande de drachme entraine son appréciation, une fuite devant le drachme sa dépréciation. L'appréciation défavorise les importations et contribue à la déflation. La dépréciation, hypothèse la plus vraisemblable, favorise les exportations. Elle est créatrice d'une certaine inflation, diminue les revenus fixes mais augmente les revenus du travail. Elle est donc relativement favorable à l'activité, à condition qu'elle reste modérée. En cas de fuite générale devant le drachme, un contrôle des changes s'imposerait. Mais il s'agit de procédures lourdes exigeant un nombreux personnel.

En termes de balance commerciale, la Grèce serait obligée sur le moyen terme d'avoir une situation en léger excédent; exportant davantage qu'elle n'exporte. Ceci devrait pouvoir être obtenu spontanément, c'est-à-dire sans contrôle aux frontières des activités commerciales. générateur de fraudes et d'activités criminelles. Le tourisme, le transport maritime, l'agriculture, devraient y pourvoir. Mais il faudrait systématiquement développer des activités industrielles ou de service, notamment dans les technologies numériques.

En termes de balance des paiements (mouvements de capitaux), la Grèce serait obligée, de la même façon, d'avoir une balance à l'équilibre. Sinon elle souffrirait d'une fuite des capitaux, pouvant nécessiter un contrôle des changes. Une balance déficitaire pourrait se rétablir si des entreprises étrangères décidaient d'investir en Grèce. Cette situation favorable ne se produirait que si la Grèce offrait, par exemple dans des domaines nouveaux de l'industrie, du numérique et de la recherche, de nouvelles perspectives de production, et donc de bénéfices. On peut considérer que les secteurs traditionnels sont désormais proches de leurs limites: transport maritime, équipements touristiques, infrastructures routières notamment. Mais une politique de promotion des investissements ne peut se mettre en place et n'obtenir de résultats que lentement.

Sur le plan bancaire, la Grèce, tant en ce qui concerne les banques de dépôt que les banques d'investissement, est déjà convenablement pourvue. Les banques sont même en sur-effectif. La liberté d'action de ces banques dépendra du degré de réglementation que l'Etat se verrait obligée d'imposer à l'économie.

Sur le plan budgétaire, c'est-à-dire des recettes et dépenses publiques, qu'elles concernent l'Etat ou les collectivités locales, les budgets devraient être à l'équilibre. En dehors du service de la dette, ils le sont presque déjà. Concernant la dette, une sortie devrait s'accompagner d'une répudiation totale ou partielle de la dette actuelle, ce qui apporterait des économies supplémentaires. L'équilibre, dit primaire, devrait être maintenu. Sinon, pour couvrir de nouveaux déficits, l'Etat serait obligé d'emprunter à nouveau, ce qui ferait renaître une dette dangereuse. La nécessité d'économies (dépenses de salaires, dépenses non productives, dépenses militaires, etc), qui s'impose actuellement à la Grèce, ne diminuerait pas. Ceci d'autant plus que les transferts en provenance de l'UE disparaitraient. Mais les économies devraient porter sur des dépenses non productives, épargnant l'éducation, la santé, les secteurs administratifs essentiels, déjà en sous effectifs. Les fraudes fiscales, fuites devant les réglementations ou la corruption, qui obèrent déjà lourdement les finances publiques grecques, devraient être attaquées avec sérieux, afin de produire rapidement des résultats significatifs. Là encore, une telle politique demande elle aussi des moyens humains intègres et expérimentés. Plus difficile en termes politiques, compte tenu de l'alliance de Syrisa avec l'extrème-droite, il faudrait décider de modifier la constitution pour que les armateurs et l'Eglise soient enfin imposés.

En terme démographique, la Grèce ne pourrait pas à court terme supporter un accroissement sensible de la population, surtout si celui-ci résultait d' une forte immigration incontrôlée. Par contre, sur le long terme, la natalité étant inférieure aux décès, la population vieillira excessivement. Elle devrait donc être renouvelée. Le contrôle de l'immigration massive provenant des Balkans ou du Moyen-Orient supposerait certainement des moyens militaires, non pas sans doute des sous-marins mais des armes légères.

On voit, compte tenu de cet inventaire sommaire, que la Grèce pourrait très bien survivre en dehors de l'UE, à condition de disposer d'une administration expérimentée et intègre, d'entreprises capables d'affronter leurs concurrentes étrangères, d'une population acceptant par patriotisme (!) et le temps nécessaire, une baisse sensible des revenus et des niveaux de vie.

Il ne faudrait pas dans un premier temps compter sur une aide extérieure, provenant par exemple de la Russie et plus généralement des Brics. Ces pays déjà confrontés à des situations difficiles, ne pourraient investir pour le moment en Grèce que dans des domaines limités, par exemple les gazoducs et oléoducs. Par ailleurs, des aides provenant de pays avec lesquels les relations sont déjà difficiles, par exemple la Turquie, apparaitraient vite inacceptables, compte tenu des dépendances politiques qu'elles créeraient.

Enfin, concernant la sortie de la Grèce de la zone euro, on dit généralement (voir déclaration de Les Républicains du 05/07 reflétant un point de vue très répandu: « La sortie de la Grèce de la zone euro aurait des conséquences politiques et économiques que nul ne peut aujourd'hui prévoir, notamment sur la croissance et le niveau des taux d'intérêt.) Ceci n'est en rien démontré. Des mécanismes transitoires seraient nécessaires, mais tout à fait à la portée de la BCE et des gouvernements des grands pays européens. Nous ne pouvons développer ce point ici. A plus forte raison en serait-il d'une sortie de la Grèce de l'UE, avec laquelle des ajustements plus  globaux seraient faciles à décider.

Quelques données disponibles à partir de sources facilement consultables (OCDE, MOCI, FMI)

Nous les importons ici telles quelles.

Données qualitatives

Traditionnellement, l'économie de la Grèce est basée sur l'agriculture. Le secteur représente presque 4% du PIB et emploie 13% de la population active. Les principales récoltes sont le tabac (premier producteur européen) et le coton (cinquième exportateur du monde). La Grèce dispose également d'un cheptel d'ovins important et l'industrie de la pêche est développée dans les régions côtières.

Grâce à la diversification économique menée par le pays, l'industrie a remplacé l'agriculture comme sa seconde source de revenus après les services, comptant pour 13,8% du PIB. Cependant, sa part était plus importante (20%) avant la crise qu'a subi le pays. Les principaux secteurs sont l'électronique, le matériel de transport, la confection et la construction. La Grèce est le premier armateur mondial.



Le secteur tertiaire représente 82% du PIB et emploie plus de deux tiers de la population active. Le tourisme fournit une source essentielle de revenus et contribue à lui seul à 11% du PIB. La marine marchande représente 10% du PIB.


La Grèce a une économie tournée vers l'extérieur, le commerce représentant plus de 50% du PIB (OMC, moyenne 2011-2013). Les principaux partenaires commerciaux de la Grèce sont l'Union européenne (Italie et Allemagne en tête) et les États-Unis.

Structurellement déficitaire, la balance commerciale s'est continuellement améliorée depuis 2009, l'effet d'une baisse des importations plus rapide que celle des exportations. Cette tendance s'est interrompue en 2014, le déficit commercial ayant augmenté faiblement.

Données quantitatives

PIB : 182,43 Mds€ (2013)
PIB/hab : 16491 € (2013)
Taux de croissance : -4% (2013)
Taux de chômage : 27,5 % (2013)
Taux d'inflation : -0,9% (2013)

Dette publique : 174,9 % du PIB (2013)
Déficit public : -12,2% du PIB (2013)

Balance commerciale : -19,2Mds€ (2013)
Principaux clients : (2013) : Turquie (11,6%), Italie (8,9%), Allemagne (6,5%).
Principaux fournisseurs : (2013) : Russie (14,3%), Allemagne (9,7%), Italie (8,0%), Irak (7,7%), France (4,7%)

 

Indicateurs de croissance

2011

2012

2013

2014

2015 (e)

PIB (milliards USD)

290,15

248,56

241,80e

246,40e

252,42

PIB (croissance annuelle en %, prix constant)

-7,1

-7,0

-3,9e

0,6e

2,9

PIB par habitant (USD)

26.085

22.347

21e

22.318e

22.886

Solde des finances publiques (en % du PIB)

-8,3

-2,3

1,6e

1,6e

1,2

Endettement de l'Etat (en % du PIB)

170,3

157,2

175,1e

174,2e

171,0

Taux d'inflation (%)

3,3

1,5

-0,9e

-0,8e

0,3

Taux de chômage (% de la population active)

17,7

24,2

27,3

25,8

23,8

Balance des transactions courantes (milliards USD)

-28,61

-6,18

1,77e

1,72e

0,27

Balance des transactions courantes (en % du PIB)

-9,9

-2,5

0,7e

0,7e

0,1



06/07/2015


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