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Mais pourquoi les média français détestent-ils tant Vladimir Poutine?

La France perdante sur tous les tableaux

Article en relecture

Après le déchaînement d'agressions verbales contre Vladimir Poutine découlant du refus de s'aligner sur Obama (et Hollande) afin d' abattre Bashar al Assad ( que l'on est bien content de trouver aujourd'hui pour combattre le « Califat » islamique), après les stupidités débitées au sujet des droits des homosexuels en Russie ( en ignorant totalement l'héritage culturel du pays) , après le refus de reconnaître que les Jeux de Sotchi ont été un grand succès, non seulement aux yeux des pays émergents mais de tous les athlètes européens qui y ont participé, la crise ukrainienne a porté à son comble l'hostilité de la France à l'égard à la Russie en général et de Poutine en particulier.

Quand nous parlons d'hostilité, il ne s'agit pas de celle des citoyens français, qui se partagent entre anti-Russes, pro-Russes et « Non pas d'opinion ». Il s'agit de celle des médias. Aujourd'hui, les médias ne sont pas seulement représentés par les journaux mais par la télévision et les stations de radio. Une émission comme le 7/9 de France Inter ou le 20h de France 2 touche des millions de personnes. Or, leur discours malveillant, répété tous les jours, finit inévitablement par provoquer un début de phobie anti-russe.

Constamment, circulent des nouvelles se révélant ultérieurement fausses concernant les convois militaires russes allant alimenter en armes et en hommes les rebelles de l'Est, l'appui donné par la Russie à de prétendues exactions commises par ces derniers – sans mentionner l'affaire du MH 17 de la Malaysian airlines dont on s'est bien gardé de dire que la responsabilité en revenait de plus en plus clairement aux forces militaires ukrainiennes. Par ailleurs, les reportages auprès des populations ont longtemps montré des mères de famille éplorées dénonçant les violences des séparatistes et proclamant leur amour indéfectible pour le régime de Kiev. C'est seulement très récemment que d'autres voix ont pu être entendues.

Dans le même temps, personne n'a dénoncé les bombardements de l'armée ukrainienne contre des villes et villages. Personne n'a fait remarquer que le nombre des victimes civiles en résultant dépassait de beaucoup celui des victimes du virus Ebola. Si des responsabilités sont à trouver pour ces faits, jamais nos média ne mettent en cause le gouvernement de Kiev, ses milices d'extrême droite et ses conseillers américains, mais toujours Vladimir Poutine, systématiquement accusé de vouloir reconstituer l'ancien empire russe de Vladivostok jusqu'à la Pologne et aux pays Baltes.

Le Kremlin avait beau démentir tous les forfaits qui lui étaient imputés, aucun média français n'a jamais rapporté ses propos, ni daigné examiner les preuves qu'il apportait à l'appui de ses dires. La France il est vrai n'est pas seule coupable de cette désinformation. Progressivement, les médias de tous les pays européens, même en Allemagne, qui fut plus prudente au départ, ont repris un discours émanant directement, comme le vérifiaient ceux qui se donnaient la peine d'y aller voir, de la presse américaine, elle même téléguidée par l'ensemble des intérêts économiques, financiers, militaires et politiques de Washington.

La responsabilité du gouvernement Hollande

Ce propos nous conduit à rechercher les causes profondes de l'hostilité sinon la haine manifestées par nos médias à l'égard de Poutine. Ceux-ci n'avaient pas a priori de raison d'en vouloir au président russe, d'autant plus que beaucoup d'entre ces médias sont financés par des entreprises ayant jusqu'aux « sanctions » fait de très bonnes affaires en Russie. Ce fut la position incroyablement anti-russe du gouvernement Hollande, à peine inférieure à celle de Barack Obama, qui a joué. En France, les médias, notamment les chaines nationales, sont particulièrement soucieux de répercuter les positions du gouvernement, de quelque bord qu'il soit issu. Comme François Hollande et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, inspirés par leur conseiller diplomatique Bernard Henri Levy, avaient déclaré qu'il fallait en tous points s'opposer à Poutine, les médias ont suivi.

Mais, en remontant encore plus haut à la recherche des causes profondes, il faut bien se persuader que le gouvernement français actuel, le plus soumis aux Etats-Unis de tous ceux l'ayant précédé, se faisait en cette affaire, plus encore que celui de Londres, le poodle, le toutou, pour ne pas dire le petit télégraphiste de Washington. Or Washington est en guerre avec la Russie depuis 1945, et entend bien que ses toutous suivent en tous points son exemple. 

Un peu d'histoire

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont entrepris d'abaisser l'URSS, dont ils avaient été formellement les alliés. Il y avait deux raisons à cela, la possession par l'URSS d'une force nucléaire presque équivalente à la leur, et l'existence d'un système économique où l'Etat jouait un rôle essentiel. Il leur fallait démontrer aux Européens, dont ils avaient décidé de se faire des alliés soumis, que via l'Otan l'Amérique pouvait les dispenser de tout effort de défense autonome, et que via le libéralisme et la mondialisation, ces mêmes pays devaient se détourner de tout système de capitalisme d'Etat ou de simple dirigisme, afin de s'ouvrir à une croissance radieuse, autrement dit à l'invasion par les entreprises et la banque américaine.

La chute du communisme soviétique a résulté en grande partie des offensives menées sur tous les fronts et avec beaucoup d'habileté par l'Amérique. Elle a été aussi la conséquence de la gestion déplorable des successeurs de Staline, dont celle de Gorbatchev, pourtant présenté en Europe comme un grand dirigeant. Les Etats-Unis avaient cru dans les premières années de la Russie non soviétique avoir gagné la partie. Boris Eltsine se révélait incapable de rendre l'économie russe aussi performante que celle des grands pays européens. Il avait par ailleurs laissé prospérer une corruption généralisée et encouragé la privatisation de tout ce qui restait de l'économie soviétique aux mains des oligarques.

Restait un souci pour Washington. Malgré la décadence rapide de ses forces conventionnelles, la Russie conservait un arsenal nucléaire d'une telle importance qu'elle pouvait détruire le monde, et l'Amérique avec, au cas où des tensions militaires auraient dégénérés. Il fallait donc faire plus: détruire complètement la Russie en tant qu' Etat organisé, de façon qu'il ne reste plus aucun décideur capable si besoin était d' « appuyer sur le bouton » de la bombe. L'entreprise de destruction douce se poursuivit donc pendant un certain temps, avec toutes les techniques dites de la « softwar: » multiplication des ONG dites droit-de-hommistes, envahissement par la publicité et des biens de consommation non produits en Russie, et bien entendu corruption conduite à tous les niveaux de la société (la diplomatie du dollar).

Les ressources "principielles" russes

L'affaire était en passe de réussir. Les Européens ne connaissaient plus de la Russie que des armées de « nouveaux riches » avides de dépenser dans les stations de sports d'hiver et les Casinos des bénéfices mal gagnés. Il s'est trouvé cependant que la Russie avait gardé ce que Philippe Grasset nomme des « ressources principielles » : un sens de la dignité, de l'honneur, de la patrie (la rodina) bien dégradé sinon disparu en Occident.

La pérestroika n'a pas été vécue par la Russie comme une défaite imposée par l'Occident. Les Russes y ont vu surtout, outre le rejet par eux-mêmes d'un système politico économique devenu aberrant, un retour aux valeurs profondes de leur tradition culturelle, assorti d'un retour, prudent mais indéniable, aux libertés civiles. Il y avait cependant une ombre au tableau, dont ne se plaignaient peut-être pas les oligarques, mais la population dans ses profondeurs

Pendant 10 ans les méthodes néo-libérales imposées par les nombreux conseillers américains, ont provoqué un désastre ayant failli ramener la Russie au niveau d'un pays du tiers-monde: marchandisation obligée des ressources économiques, multiplication des inégalités, renforcement d'une corruption déjà bien présente, envahissement de l'espace culturel et intellectuel par des films hollywoodiens imposant une vision du monde étrangère à leurs traditions.

Un réflexe sauveur

Vint cependant un réflexe émanant pourrait-on dire de la société toute entière qui refusait de se laisser entrainer au désastre. Comme souvent en de telles circonstances (pensons à De Gaulle en 194O, apparut une sorte de sauveur. Ce fut Vladimir Poutine, soutenu par un pouvoir d'Etat jusqu'ici silencieux, qui a ramené l'espoir. A l'Ouest on lui a reproché d'être un ancien du KGB. Mais ce fut sur la tradition de ce corps pour qui la notion de patriotisme avait encore un sens, qu'il s'est appuyé pour rassembler à nouveau vers le pouvoir central, symbolisé par le Kremlin, les principaux leviers de commande du pays. Il a repris le contrôle des ressources naturelles, avec Gazprom, de l'industrie et de la banque. Il a réquisitionné les ressources volées par les oligarques afin de rétablir les équilibres budgétaires. La Russie est désormais un pays faiblement endetté, et ceci pas seulement grâce aux exportations de pétrole et gaz. L'Etat peut désormais investir dans des domaines stratégiques, comme l'espace et la défense. La recherche scientifique est repartie. Enfin, contrairement aux descriptions alarmistes faites par les Occidentaux, la natalité est de nouveau en croissance et l'état sanitaire de la population s'améliore régulièrement. Tous ces facteurs se conjuguent pour faire de Vladimir Poutine, en Europe, un chef d'Etat incroyablement populaire, ceci sans manipulation de l'opinion comme ce fut longtemps le cas sous le régime communiste.

L'ennemi à abattre

Il s'ensuit que la Russie, vue notamment par les stratèges de Washington, est redevenue un concurrent redoutable, sinon l'ennemi à abattre. Son économie, dirigée globalement par l'Etat, semble à même, bien mieux que désormais l'économie américaine, de maîtriser les crises qui s'annoncent. Par ailleurs, elle est restée ce qu'elle a toujours été, une grande puissance nucléaire, dotée par ailleurs d'armements conventionnels en voie de modernisation rapide. Dans le domaine naval, l'arrivée des deux BPC Mistral achetés à la France concrétisera une partie de ce renouveau – si François Hollande se libère des pressions américaines et consent à rendre à Vladimir Poutine ce qui lui est du.

 Forte de cette renaissance, la Russie aurait volontiers renforcé ses échanges avec les pays de l'Union européenne, pour le plus grand bénéfice de tous. L'Allemagne était déjà considérée comme un partenaire institutionnel. Ce rôle se serait renforcé, et pas seulement dans le domaine du gaz. La France avait noué d'importantes relations industrielles et commerciales avec des alter-égo russe. Un rapprochement civilisationnel s'esquissait par ailleurs, la Russie, tout en devenant une grande puissance asiatique, retrouvant sa place de grande puissance européenne. Quant aux sentiments de la population française à l'égard de la population russe, loin d'être faits de peur et de replis, comme le prétendent nos médias, ils retrouvaient une tradition historique faite d'amitié et d'échanges.

C'en était trop pour Washington. Il lui fallait absolument, en s'appuyant sur les gouvernements irresponsables de l'Europe de l'Est, mettre en place non seulement une nouvelle guerre froide, mais un quasi-état de guerre, justifiant que l'Amérique mobilise, non pas ses propres moyens (devenus rares) mais ceux des pays de l'Otan. A cette fin, l'affaire de l'Ukraine a été délibérément dramatisée par l'Amérique, par sa diplomatie du dollar et des forces spéciales. Une difficulté politique momentanée qui aurait pu se traduire par une fédéralisation conviviale de l'Ukraine et l'acquisition par ce pays du rôle enviable de pont entre l'Est et l'Ouest, a finalement conduit sous la pression américaine le monde aux frontières d'une guerre nucléaire - tout en ruinant, accessoirement, l'Ukraine.

L'Europe perdante sur tous les tableaux

Or, comme nous l'avons rappelé, le gouvernement français, qui aurait du prendre la tête des pays européens en faveur de ce qui aurait pu devenir une nouvelle Eurasie, de l'Atlantique à l'Oural, a décidé de devenir le plus docile de tous les caniches européens promenés en laisse par l'Oncle Sam. L'histoire pourra s'interroger sur les raisons de ce comportement suicidaire. Nous pensons pour notre part, sans évidemment pouvoir le prouver, que l'Amérique a acheté en France les complicités dont elle avait besoin, à tous les niveaux nécessaires. Le Système qu'elle représente sait comment recruter des appuis.

Il en est résulté que Vladimir Poutine a renoncé à se faire « aimer » si l'on peut dire, par les Européens. La presse française pour sa part, s'en est réjouie, comme nous l'avons souligné en introduction. Le diable sortait enfin de sa boite. Un néo-anticommunisme devenu du Poutine-bashing, reprenait ses droits. Mais la France, et plus largement l'Europe, ne gagneront rien à ce retrait d'une Russie profondément déçue par elles.

Adieu à l'euroBRICS

La Russie, comme nous l'avons abondamment souligné précédemment sur ce site, s'est retournée malgré les difficultés vers la Chine et les autres pays du BRICS. Elle a poussé à la mise en place d'un nouveau fonds monétaire international, ainsi que de grands projets communs et bientôt d'une nouvelle monnaie capable de détrôner le dollar de la position royale que notre docilité lui avait permis d'acquérir. L'euro, qui aurait pu jouer un rôle majeur dans la construction de ce nouvel équilibre, restera donc ce qu'il est aujourd'hui, un instrument affaibli par la crise, auquel l'Allemagne et, derrière elle, la Banque Fédérale américaine, refusent tous moyens pour contribuer aux investissements productifs dont l'Europe a tant besoin. Quant au concept d'euroBRICS, que, avec d'autres bons esprits meilleurs que nous, nous avions fortement soutenu ici, il est renvoyé aux calendes grecques. Washington pourra remercier l'Elysée et le Quai d'Orsay de leurs fidèles services.



07/09/2014


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