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La droite française a 30 ans de retard. Et la gauche?

A quelques nuances près, François Fillon et Alain Juppé présentent le même diagnostic concernant la situation où se trouve aujourd'hui la France. Si elle en est là, c'est parce que les gouvernements successifs n'ont pas assez réduit les dépenses publiques, pas assez attaqué les droits sociaux, pas assez assez laissé jouer la libre entreprise. Les remèdes qu'ils proposent sont conçus en conséquence: réduire les budgets, réduire les impôts sur les entreprises, diminuer le nombre des fonctionnaires...
Nulle part, sauf par de vagues allusions, ils ne mentionnent la nécessité d'investir massivement dans les nouvelles technologies et la transition climatique. Plus précisément, ils n'indiquent pas en quoi l'Etat pourra lancer et soutenir ce mouvement, puisqu'il sera plus que jamais dépourvu par leurs soins de moyens humains et budgétaires. Apparemment ils comptent sur les entreprises pour faire le travail. . entreprises dont ils oublient de dire que les plus influentes sont sous le contrôle de Wall Street et ne feront rien pour se donner des concurrents en France.

Apparemment, ils n'ont pas compris les méthodes par lesquelles les grandes puissances dominent de plus en plus le monde, que ce soit la Russie, la Chine où les Etats-Unis. Selon des modalités différentes, ces Etats ont depuis trente ans fourni des liquidités aux investisseurs, comptant sur les gains en retour pour que ces prêts soient remboursés. On peut parler de politiques néo-keynésiennes. Par ailleurs, ils ont toujours compté sur la puissance publique pour prévoir l'avenir, engager les mesures nécessaires à la mise en place de solutions et redresser les erreurs inévitables. Les agents publics de tous statuts sont mobilisés au service de ces politiques.

La venue de Trump à la Maison Blanche ne modifiera en rien le rôle de pilotage assumé par la puissance publique et la banque fédérale de réserve. Au contraire, la promotion des grands travaux d'investissement, la conduite de la nation dans une perspective durcie par le nouveau protectionnisme annoncé, nécessitera plus que jamais le recrutement de nouvelles compétences, tant au niveau du pouvoir fédéral, que de celui des Etats. Cela se fera peut-être discrètement, mais cela se fera.

Il ne sera donc pas nécessaire d'attendre 5 ans pour juger des effets de la politique ultra-libérale promise par Fillon et Juppé. La France restera dans l'état de sous-investissement, de pertes de compétences et de colonisation économique qui est le sien actuellement.

Mais on ne voit pas ce que le futur candidat de la gauche à la présidentielle proposera de très différent. Ce sera entre droite et gauche un assaut de propositions de réductions budgétaires et d'économies en matière d'investissements. Tout au plus comptera-t-on sur l'Union européenne pour assouplir de façon homéopathique certaines contraintes en matière d'équilibre.

Personne ne viendra leur rappeler que si la France s'était redressée après la seconde guerre mondiale, c'était par l'intervention d'un Etat investisseur qui ne se préoccupait pas des déficits, et qui attirait à son service les meilleures compétences techniques. La France s'était dotée d'un Commissariat général au Plan, très critiqué mais sans lequel elle aurait sombré dans l'anarchie. Aujourd'hui il faut supplier un Jean Claude Juncker compromis jusqu'aux os avant de faire la moindre dépense.

Note

Sur le thème de ce que devrait être un programme de gauche, voir un excellent article de Dominique Méda. Son propos s'adresse moins à la gauche américaine qu'à ceux qui en France se sont dit ou se disent encore de gauche. Elle n'aborde pas suffisamment la question de l'investissement public, comme le fait notre propre article, mais elle y fait cependant allusion

L'écrasante responsabilité de la gauche dans la victoire de Donald Trump, par Dominique Méda


22/11/2016


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