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Une relance par la BCE

Peut-on espérer que la Banque Centrale européenne (BCE) relance les investissements productifs en Europe ?
Sur notre site, dans un article intitulé Trois mesures chocs pour relancer l'économie française http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1533&r_id= Joseph Leddet propose que la Banque centrale européenne (BCE) distribue « en une seule fois, une somme individuelle de l'ordre de 3 à 5 000 € (ménages ou foyers fiscaux) ou de 20 000 € (petites entreprises), et ce sans conditions d'utilisation ni obligation de remboursement (ce qui équivaut à une subvention ou à un don).Au total, cela représenterait pour la France une masse financière de l'ordre de 100 milliards €, soit 5% du PIB, à partager entre petites entreprises et ménages ; et comme il existe une équivalence entre masse monétaire et PIB, en termes d'ordre de grandeur, il est vraisemblable que cette injection de liquidités provoquera en l'espace de quelques mois un accroissement corrélatif de 5% du PIB.

L'auteur ne le précise pas, mais il est clair que les autres pays européens de l'euro-groupe demanderaient à la BCE l'équivalent d'un tel service. Au total, cela signifierait une distribution de quelques 500 milliards d'euro, soit 5% du PIB global des Etats membres de l'euro-groupe. Il s'agirait bien évidemment d'une création de monnaie, mais le processus serait voisin des « quantitative easings » successifs de la Fed américaine, au profit des banques. Le montant en serait  moindre. Autrement dit, le risque d'inflation serait nul. D'une part, en conséquence de la crise, existent dans la zone euro d'importants réserves productives non utilisées, d'autre part la relance de l'activité des économies ainsi permise se traduirait par la production de nouveaux biens set services permettant de satisfaire les nouvelles demandes.

Nous pensons cependant que ce dispositif pourrait avantageusement être doublé d'un autre, visant à distribuer gratuitement des euros aux secteurs industriels susceptibles de développer les investissements productifs de long terme dont l'Europe a le plus grand besoin. . Ces investissements feraient appel aux réserves de production dont dispose actuellement l'Europe, y compris les millions d'emplois qualifiés condamnés actuellement au chômage.

Mais dans quels domaines investir, demandera-t-on? Les économies européennes ne se caractérisent-elles pas, comme nous venons de le voir, par des surcapacités productives? Ou alors, n'encouragerait-on pas par ces distributions de ressources des investissements à l'étranger qui ne profiteraient en rien aux européens, sauf aux actionnaires des entreprises bénéficiaires

Des investissements productifs?

Or régulièrement et à juste titre des économistes font valoir les besoins considérables d'investissements tant dans le court terme, que dans les moyens et long termes, nécessaires aux économies européennes pour faire face aux défis qu'elles doivent affronter. Le premier de ces défis est celui de l'énergie. L'Europe, pour de nombreuses raisons géopolitiques, devrait cesser d'importer du pétrole provenant du Moyen Orient. Sans pour autant renoncer au nucléaire, comme l'a fait inconsidérément l'Allemagne, elle devrait multiplier par 5 ou 10, le plus rapidement possible, sa production d'énergie verte, valorisant les ressources naturelles dont elle dispose en ce domaine. En corollaire, elle devrait multiplier les dépenses de rénovation de son habitat et de ses modes de production afin de diminuer significativement sa consommation d'énergie (qu'elle soit ou non verte). On imagine sans peine l'appel à de nouveaux emplois que ceci entraînerait.

Par ailleurs, nous avons ici souvent souligné les investissements considérables que l'Europe devrait faire pour diminuer sa dépendance à l'Amérique dans le domaine de l'économie numérique et plus généralement des équipements informatique, de télécoms et satellitaires indispensables à sa souveraineté et à sa sécurité civile et militaire. Ainsi,en France, il a été décidé dorénavant dans le cadre d'une politique  de promotion du numérique dans l'éducation, de doter chaque enseignant et chaque élève de moyens modernes. Faudra-t-il les acheter encore une fois aux firmes américaines? Si acheter français ou européen se traduisait momentanément par quelques coûts supplémentaires, la création en Europe des industries capables de satisfaire à de telles demandes serait vite rentabilisée par les retombées multiples qu'elle entrainerait.

Evoquons aussi la vaste demande potentielle en robotique ou objets connectés, que faute d'industriels français ou européens il faudra satisfaire par des importations. Inutile de multiplier les exemples. Ils viennent facilement à l'esprit. N'examinons pas non plus une nouvelle fois les procédures permettant de distribuer à bon escient les euros destinés à de tels investissements, Fonds d'investissements stratégiques ou autres. Il faut par contre se demander pourquoi les instituions européennes et plus généralement les Etats refusent de donner à la BCE les moyens de création de monnaie qui serait si utiles à l'Europe pour sortir de sa dépendance et du sous-développement qui la menace.

Qui s'oppose?

On a fait valoir le rôle négatif de l'Allemagne craignant une relance de l'inflation. On dit aussi que les industriels allemands ne voudraient pas encourager dans d'autres pays de la zone euro l'apparition de concurrents compétitifs. Mais malheureusement la conspiration visant à maintenir la BCE dans un rôle mineur vient de beaucoup plus haut, Elle est autrement redoutable. Il s'agit de celle des établissements bancaires et des investisseurs internationaux composant ce que l'on nomme globalement les « marchés».

La perspectives de voirr des euros provenant de la BCE distribués gratuitement aux entreprises leur retirerait une grande partie de leurs bénéfices et du pouvoir qu'ils se sont acquis dans la gouvernance mondiale. Ils feront dont tout pour tuer dans l'oeuf une telle solution de bon sens.

Malheureusement aussi, ces mauvais génies bénéficient de la complicité des gouvernants européens qui ont fait une grande partie de leur carrière avec l'appui de ce que François Hollande avait dénoncé comme son ennemi, la Finance. C'est aussi grâce à cette Finance que les gouvernements peuvent rester au pouvoir, malgré les désaveux multiples des populations.

Le Système ainsi constitué est si puissant, s'appuyant sur le 1% d' « élites » qui détiennent 95% des richesses mondiales, que les appels utopiques à la BCE pour relancer les économies réelles en court-circuitant les économies virtuelles, n'auront aucune suite. La Finance peut dormir tranquille.

18/10/2014


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