Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Emploi. De qui se moque François Hollande?

Avec les annonces récentes (18/01/2016)concernant la lutte contre le chômage, François Hollande et le Parti socialiste se moquent de l'électeur.


Voie rapide en deshérence aux Etats-Unis

 
Depuis plusieurs années, nous sommes de ceux qui affirment que l'on ne luttera pas contre le chômage en promettant comme François Hollande vient de le faire, des politiques du type « contrats aidés » ou « relance de la formation professionnelle ». Celles-ci n'ont qu'un effet cosmétique. S'il n'y a pas de postes à pourvoir, à quoi bon?

La seule solution efficace serait d'encourager des investissements massifs, à hauteur de centaines de milliards, tant au niveau de l'Union européenne qu'en ce qui concerne la France.

Ces investissements devront porter sur des domaines où l'économie réelle, celle des services publics, des entrepreneurs et des consommateurs - exprime le plus grand nombre de besoins: investissements dans les infrastructures, le logement, les industries contribuant au passage à l'économie verte, les projets avancés dans le domaine du numérique ou du spatial – sans oublier ce qui sera de plus en plus nécessaire, les industries militaires.

Pour financer ces investissements il ne faut absolument pas taxer l'économie ou les particuliers, réduire encore les dépenses publiques, renoncer à toute ambition technologique ou scientifique. Il ne faut pas non plus faire appel à des emprunts, de quelque nature qu'il soient. Ceci ne fait qu'accroitre, avec les désinvestissements, le chômage et la baisse du PNB.

La seule solution consiste à faire créer par les banques centrales l'équivalent de papier-monnaie (on dit aujourd'hui de « monnaie électronique »), sans contreparties immédiates. Les banques centrales ne le font que si les gouvernements leur en donnent l'ordre...y compris en Europe la BCE.

Le financement de bulles spéculatives

En fait, ceci a été pratiqué souvent depuis quelques années, sous le nom de « quantitative easing QE », tant aux Etats-Unis qu'en Europe. Mais, comme il fallait s'y attendre dans des régimes politiques dirigés non par l'intérêt général, mais par celui des corporations financières, les dollars et euros créés n'ont pas été versés à des services publics ou à des entreprises susceptibles d'investir au service des priorités ci-dessus énumérées. Ils sont allés à des banques d'affaires qui les ont utilisés pour spéculer à court terme sur les valeurs en bourse et les dettes.

Les banques et les bourses créaient ce faisant des bulles qui s'effondraient les unes après les autres sans production de valeurs dans l'économie réelle, mais dont il fallait dédommager les banquiers par de nouveaux prêts – même lorsqu'il était avéré que certains de ces banquiers avaient procédé à des spéculations et corruptions relevant du code pénal.

Comme tous les économistes sensés l'ont indiqué, il faut que l'argent créé par les banques centrales ne soit pas versé directement à des consommateurs de la base qui sont incapables d'investir et font en conséquence appel à des biens importés. Il doit l'être à des services publics et entreprises susceptibles de s'en servir immédiatement pour investir dans les pays considérés. Investir consiste prioritairement à fabriquer des équipements productifs et recruter des emplois qualifiés.

Des « commissariats au Plan »

Mais ce ne sont pas les gouvernements ni les banques centrales, aux mains des lobbies financiers ou politiques, qui peuvent choisir les domaines et les investisseurs. Il faut passer par des structures rassemblant collectivités, entreprises, syndicats et associations d'utilisateurs et consommateurs . La France avait su, tant bien mal, faire cela du temps de l'ex Commissariat Général au Plan. Mais la pratique en a été perdue.

Aujourd'hui, de tels Commissariats devraient disposer de moyens d'étude, de décision et de contrôle infiniment supérieurs, compte tenu de l'ampleur des problèmes à traiter, au plan national, européen et mondial. Ils feraient largement appel aux réseaux numériques pour travailler en groupe. Les Etats, s'ils le voulaient vraiment, pourraient organiser de telles structures, sous le contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires, ainsi que, dans tous les domaines l'exigeant, le conseil de scientifiques – comme cela est prévu en principe concernant la lutte contre le réchauffement climatique entreprise à la suite de la COP21.

On objectera que distribuer des centaines de milliards d'unités monétaires aux investisseurs de toute nature susceptibles de créer de nouvelles industries et de l'emploi aurait un effet inflationniste vite insupportable. Mais l'objection ne tient pas. D'une part des ressources immédiatement mobilisables existent en grand nombre dans les économies dites avancées en pleine récession. D'autre part les premiers biens et services ainsi produits pourraient être consacrés à la satisfaction des besoins des consommateurs.

L'inflation dite par la demande ne survient que lorsque la demande n'est pas compensée par une augmentation de l'offre. Ce qui ne serait pas le cas en l'espèce. Les retours sur investissements résultant des premiers équipements deviendraient sensibles dans certains secteurs en quelques mois.

Dans in article de 2015 intitulé “Recovery in the Eurozone: Using Money Creation to Stimulate the Real Economy”, l'économiste et chercheurs Frank van Lerven a montré que 100 milliards d'euros créés par la BCE et distribués aux citoyens de la zone Euro accroitraient le PNB d'environ 232 mds, mais ceci sans réduction du chômage. Par contre, les mêmes ressources consacrées à l'investissement public réduiraient le chômage d'environ 1 millions de personnes, et pourraient concernant l'investissement et donc le PNB être 5 à 10 fois plus efficaces que les mesures actuellement décidées par la BCE.

Le gouvernement par la Finance

Le lecteur naîf se demandera pourquoi François Hollande de même que les autres chefs d'Etat européens et les responsables de l'Union européenne, peuvent ignorer ce qui précède, et continuer à promettre des politiques ridiculement inefficaces de lutte contre le chômage. La raison en tient à ce que la France, comme plus largement l'Europe, ne sont pas gouvernées par des pouvoirs démocratiques, mais par les intérêts financiers et politiques dont le centre de gravité est à Wall Street et Washington. Ceux-ci veulent se réserver le monopole des choix d'investissement, de préférence spéculatifs et des profits.

Il en est de méme en France des entreprises du CAC 40. A quelques exceptions près, elles ne sont pas intéressées par la reprise de l'emploi en France même. Elles préfèrent, quand elles investissent, le faire dans des pays émergents dérégulés ou à l'abri des paradis fiscaux.

La véritable démission  de nos gouvernements est qu'ils savent tout ceci parfaitement mais qu'ils laissent faire.

NB. Aux Etats-Unis, de plus en plus d'économistes et d'hommes politiques confrontés tous les jours à l'état déplorable des infrastructures, demandent que les QE dont la FED ne s'est jamais privée, aillent aux investissements productifs mais non aux banques 1)
On ne les entend pas encore. Que dira à ce sujet l'hétérodoxe Donald Trump?

Note

1) Cf; par exemple Ellen Brown, avocate, fondatrice du  Public Banking Institute, un modèle du genre, et auteur de plusieurs ouvrages dont  Web of Debt et The Public Bank Solution là encore des exemples de bonne communication. Qui sait faire cela en France?

 

18/01/2016


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire