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Plan Juncker de 300 milliards d'investissement

Dans une Europe devenue incapable de lancer tout programme sérieux d'investissements, ni au niveau des Etats-membres,ni à celui de la commission européenne ou d'agences européennes sectorielles, telle que l'Agence spatiale européenne, le plan annoncé il y a quelques semaines par le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait suscité un grand intérêt.

 Il consistera à engager un programme de 300 milliards d'investissements, destinés principalement à stimuler l'investissement privé par « une utilisation intelligente de crédits publics». Mais de quels crédits s'agira-t-il, puisque le nouveau président de la Commission européenne ne peut que constater l'absence de crédits budgétaires, tant à Bruxelles que dans les vingt-huit capitales. Il se refuse par ailleurs à accroitre les endettements des Etats.

Une collaboration à cette fin avec la Banque européenne d'investissement (BEI) est à l'étude. La BEI est l'institution financière des États membres (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_europ%C3%A9enne_d%27investissement ). Elle a pour principal but d'emprunter sur les marchés financiers pour financer des projets au sein de l'Union européenne. La BEI finance également des projets en dehors de l'Union européenne notamment dans les pays partenaires méditerranéens ou africains. On lui avait précédemment reproché une certaine légèreté dans le choix des projets à financer et des Etats à qui prêter, un inévitable lobbying de diverses origines jouant en ce domaine. De plus, sa démarche n'est pas très différente de celle des Etats en mal d'investissements. Il s'agit de s'adresser aux marchés financiers sans chercher à échapper aux contraintes que ceux-ci imposent à l'Europe.

La France a suggéré, pour relayer les ressources de la BEI, d'utiliser les quelques 80 milliards de ressources non utilisées du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent créé par l'Union pour venir au secours des Etats en faillite. Mais l'Allemagne, fidèle à la politique visant à interdire le recours à des fonds publics ou d'origine publique pour financer des investissements privés dans les Etats-membres (lesquels investissements pourraient venir concurrencer les investissements de son industrie), a déjà fait connaître son opposition.

Un montant très insuffisant

Par ailleurs, le montant de 300 milliards sur 3 ans a pu impressionner par son importance. Mais il est bien éloigné du déficit d'investissement en Europe résultant de la crise financière de 2007. Celui-ci est estimé, selon divers calculs, à 1.000 milliards. Encore ne s'agit-il que d'investissements de routine. Si l'Europe devait s'engager dans de grands programmes en matière d'énergie verte, d'économie numérique ou d'infrastructures, les besoins d'investissements initiaux supplémentaires pourraient être estimés à 3 ou 4.000 milliards.

Enfin, comme indiqué ci-dessus, les 300 milliards du plan ne consisteront que marginalement en argent public frais. Il s'agira pour l'essentiel d'investissements des entreprises s'engageant dans des programmes dont le principe aura été arrêté et promu par la Commission. Par exemple les entreprises de l'éolien et du solaire, dans un programme de relance des énergies vertes. Mais ces entreprises pour investir devront trouver par leurs propres moyens les ressources nécessaires.

En fait, comme nous l'avons plusieurs fais rappelé dans des articles précédents,les Etats et économies européennes n'échapperont pas à l'absence de crédits d'investissement tant que l'Europe ne procédera pas, comme le font les Etats-Unis et de façon différente la Russie et la Chine, à de la création de monnaie ad hoc. Ce serait la Banque centrale européenne (BCE, à ne pas confondre avec la BEI), qui devrait créer progressivement les milliers de milliards d'euros nécessaires. Ils devraient être mis, non à la disposition des banques, mais à celle des Etats, d'un Fonds stratégique d'investissement ou le cas échéant de la BEI. Il ne s'agirait  pas de prêts à proprement parler, mais de simples mises à disposition. Les bénéfices de ces investissements permettraient pourtant le cas échéant de rembourser la BCE.

Ceci ne se produira pas. L'Europe n'échappera donc pas au sous-investissement et à la récession, pour le plus grand bénéfice des intérêts économiques et politiques non européens, principalement américains, mais sans doute aussi bientôt chinois.



01/11/2014


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