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Alstom. Pas de quoi pavoiser

Le gouvernement et le Président de la République française, qui se disent socialistes, ont manqué une occasion d'entrer dans l'histoire du 21e siècle

La presse du 20 au soir: "Le gouvernement a pris la décision d'entrer dans le capital d'Alstom à hauteur de 20% - en rachetant 2/3 de la participation de Bouygues qui détient aujourd'hui 29,4% des actions du groupe - devenant ainsi le premier actionnaire du groupe. Cette opération se déroulera dans le cadre d' une alliance avec le conglomérat américain General Electric , qui a été préféré aux concurrents Siemens et Mitsubishi Heavy Industries ."

Ceux qui avaient, dans des conditions politiques pas tellement favorables à l'époque, contrairement à l'opinion répandue, pris la décision de nationaliser en 1945-46 un certain nombre d'entreprises stratégiques françaises, doivent se retourner dans leur tombe. On entend dire, notamment chez les syndicats, que la décision de ce soir permettra de sauvegarder le rôle d'Alstom au service de l'industrie française. On en félicite Arnaud Montebourg 1). Certes, la décision est préférable à celle précédente du Conseil d'administration d'Alstom qui avait vendu purement et simplement la totalité d'une de nos dernières grandes entreprises à l'américain General Electric.

Mais il ne faut pas se faire d'illusion. C'était nationaliser à hauteur de 70/80% qui s'imposait. Que pourront faire les représentants de l'Etat au sein du CA d'Alstom devant des majorités d'actionnaires instrumentalisés par GE ou par des personnels de l'entreprise ayant le nez rivés sur des questions d'emploi à court terme. Ces représentants de l'Etat seront d'autant plus paralysés que, à condition d'ailleurs qu'ils aient dans leurs nouvelles fonctions conservé le sens du service public, le gouvernement actuel ou ses successeurs ne voudront surtout pas se faire accuser de protectionnisme, d'interventionnisme et pourquoi pas de communisme larvé. Alors que par ailleurs aucune grande politique d'investissement et de recherche, où Alstom aurait eu un rôle important à jouer, n'aura été définie pour le secteur, ni en France ni en Europe.

Ajoutons que vendre Alstom au capital américain n'ajoute rien au prestige de l'opération. Même si l'alliance de Siemens avec un japonais pouvait faire causer, Siemens restait Siemens, c'est-à-dire un grand industriel européen. Une gifle à nos amis allemands ne s'imposait pas actuellement. Que devient l'espoir, un moment évoqué par François Hollande, de construire avec l'Allemagne un Airbus de l'énergie ou du transport ferroviaire? Paroles...paroles...L'atlantisme gagne sur toute la ligne.

1) Il s'agit en fait, non d'un succès personnel de Arnaud Montebourg, mais au contraire d'un échec, face aux ambitions qu'il  avait fait connaître: mettre l'Etat aux commandes effectives de Alstom. Il a du céder devant des complicités établies sous le gouvernement précédent entre l'état-major de Alstom-France et la haute administration française, dont est issue, faut-il le rappeler, la présidente, surnommée le poisson-pilote de GE US.

20/06/2014


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