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La France en Europe. Comment passer de l'effacement au leadership?

Les pays de la zone euro en général, la France pour ce qui la concerne, qui disposent encore de grandes ressources humaines, industrielles et technologiques, ne vont-ils rien faire pour sortir du carcan imposé par les Institutions européennes (Bruxelles) et à travers elles, par ceux qui ne veulent aucun bien à l'Europe, à commencer par les Etats-Unis d'Amérique?

Automates Intelligents - Europe solidaire 23/11/2013
Cette signature regroupe les auteurs qui ont partagé leurs propositions pour la rédaction de l'article. Il s'agit de Jean-Paul Baquiast, Jean Claude Empereur, Christophe Jacquemin et Joseph Leddet.

NB.: La commission présidée par Anne Lauvergeon sur l'innovation en France vient de remettre son rapport. Ses conclusions rejoignent en grande partie les nôtres concernant les points forts de la France. Elles sont moins originales concernant les modalités de financement. Voir un résumé dans La Synthèse on line. http://www.lasyntheseonline.fr/micro-eco/industries/rapport_de_la_commission_presidee_par_anne_lauvergeon_sur_l_innovation,31,3080.html

Le chantier Iter à Cadarache. Le complexe Tokamak. Des galeries techniques sont en cours de réalisation pour abriter les réseaux d'eau et d'électricité dédiés aux systèmes de la machine. Ce projet, bien qu'international, illustre aux yeux du monde entier les compétences françaises. Quelques financements complémentaires, d'un montant insignifiant au regard de l'enjeu, permettraient selon les scientifiques de gagner des années dans le planning du projet. Source http://www.iter.org/fr/accueil

 

La revue économique La Synthèse on line vient de publier l'article "A quoi pourrait ressembler la zone Euro à la fin de la crise ?".

La revue économique La Synthèse on line vient de publier l'article "A quoi pourrait ressembler la zone Euro à la fin de la crise ?". Article désolant. Nous ne nous poserons pas la question de savoir si son auteur, le bien connu et estimé Patrick Artus, est de gauche ou de droite..., nous nous bornerons à constater que son diagnostic définit un avenir proche de l'encéphalogramme plat. Il prévoit certes que la zone euro pourrait résister à de nouvelles crises de paiement du type de celle qui avait menacé la Grèce voici quelques mois, mais, pendant les années suivantes, elle ne sortirait pas du sous-investissement, de l'absence de programmes mobilisateurs, notamment dans les secteurs technologiques, et plus généralement d'un manque de compétitivité face aux grandes puissances mondiales. Même si l'Allemagne s'en tirait un peu mieux, elle ne suffirait pas à impulser à l'ensemble des Etats européens le dynamisme global permettant de figurer encore dans la prochaine décennie parmi ces puissances. La France en particulier continuerait à se traîner en bas de l'échelle de la stagnation.

Le diagnostic paraît fondé. Mais il appelle un sentiment de révolte.

Les pays de la zone euro en général, la France pour ce qui la concerne, qui disposent encore de grandes ressources humaines, industrielles et technologiques, ne vont-ils rien faire pour sortir du carcan imposé par les Institutions européennes (Bruxelles) et à travers elles, par ceux qui ne veulent aucun bien à l'Europe, à commencer par les Etats-Unis d'Amérique ?

A cette question, une réponse que l'on qualifiera par commodité de "populisme" paraît à beaucoup de plus en plus nécessaire : il faut sortir de l'Union européenne pour reprendre une certaine capacité d'initiative. Mais la réponse n'est pas bonne. Il ne pourrait s'agir que d'une solution extrême de dernier recours. Nous n'en sommes pas encore là. La France doit se montrer capable d'initier des transformations profondes du projet européen afin de faire évoluer ses institutions vers plus de démocratie et de souveraineté tout en se préparant à prendre ses distances avec lui si nécessaire. Nous ne prendrons pas ici de temps pour expliquer une nouvelle fois ce que l'on sait finalement tous : en dehors de l'Union Européenne, la France ou les pays qui suivraient cet exemple ne pèseraient pas grand chose. Si l'Islande peut affronter le monde à elle seule, la France, du fait même de ses nombreux atouts, attirant les convoitises, ne pourrait pas survivre longtemps sans la collaboration des autres puissances européennes, comme d'ailleurs de Bruxelles.

Mais alors que faire ?

Notre réponse est simple. La France doit se battre pour changer l'Union européenne de l'intérieur, avec l'aide des Etats qu'elle pourrait entraîner dans ce combat. Autrement dit, il faut changer « Bruxelles », ou plutôt les oukases qu'imposent à la France, par l'intermédiaire des institutions européennes, ceux qui veulent condamner notre pays à l'affaiblissement économique, la régression sociale et la dépendance. Pour cela, il faut des chefs d'Etat n'ayant pas peur de leur ombre.

Avant cependant d'étudier les moyens politiques puis juridiques qu'il faudrait mobiliser à cette fin, posons la question essentielle : la France, pour ce qui la concerne, a-t-elle les ressources économiques et scientifiques nécessaires pour, en valorisant celles-ci et par son exemple, réorienter l'économie européenne ?

Notre réponse à nouveau est claire : c'est oui. Les Français ont potentiellement ces ressources. Encore faudrait-il les exploiter d'une façon volontariste.

L'inventaire de ces ressources n'est pas souvent fait, et moins encore communiqué aux citoyens. Il faut en effet un certain courage pour affirmer que la France dispose de potentiels suffisants pour sortir non de l'Union européenne, mais du rôle effacé qu'elle y joue, afin de prétendre y exercer un authentique leadership. Ce dernier devrait sans doute être partagé avec l'Allemagne, mais sur un plan d'égalité et de complémentarité avec elle. Nous pourrions dire, pour comparer la France à l'Allemagne sur ce point, que les moyens dont nous disposons nous permettraient, s'ils étaient valorisés, de tenir parfaitement notre rang parmi les grandes puissances mondiales, alors que l'Allemagne se trouve encore cantonnée au rôle de grande puissance régionale.Ces moyens, nous les avons depuis une vingtaine d'années laissés se dégrader, mais pour l'essentiel ils sont toujours là et pourraient reprendre de l'importance, s'ils bénéficiaient d'investissements suffisants.

Cet article se propose de montrer qu'une politique intra-européenne de rupture serait à la portée de la France. Dans une première partie, nous rappellerons ce que sont les ressources françaises. Dans une seconde partie, nous présenterons un exemple d'initiative politico-économique permettant à la France, si elle était gouvernée avec un minimum d'ambition, d'échapper au sous-investissement imposé par l'idéologie ultra libérale de la concurrence libre et non faussée imposée par les institutions européennes actuelles (à laquelle ne croient plus que les naïfs), sans pour autant renoncer à l'ambition communautaire.

1. Les ressources françaises

Pour simplifier, nous parlerons ici de ressources françaises, sans oublier que certaines d'entre elles sont partagées avec certains pays européens. Mais ceux-ci, pour le moment, ne font pas plus d'effort que la France pour en tirer parti afin de créer de la croissance et de l'emploi. C'est fort dommage car ces différentes ressources, si elles devaient servir en priorité à renforcer le rôle de la France au sein de l'Europe, pourraient aussi bénéficier à l'indispensable construction d'une géostratégie intéressant l'ensemble des pays européens, notamment face à l'Amérique et aux pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). L'Allemagne, que nous venons d'évoquer, en serait évidemment elle aussi partie prenante et bénéficiaire.

La situation géographique

Une exceptionnelle situation géographique permet à la France d'être présente ou d'exercer une influence dans la plupart des zones côtières et des océans qui seront impliqués dans les grandes urgences de demain : réchauffement climatique, protection de la biodiversité mais aussi exploitation raisonnée des ressources actuelles et futures. La France doit essentiellement cette situation à ce que l'on appelait jadis ses territoires d'outre-mer. Plutôt que se plaindre en permanence du coût des DOM-TOM, les Français devraient voir dans les dépenses visant à maintenir chez ces derniers un niveau de vie aussi proche que possible de celui de la métropole un investissement d'avenir essentiel.

La mer et les océans

Il découle de cette situation géographique extraordinaire, au sens propre du terme, que notre pays se situe avec 11 035 000 km 2 au deuxième rang mondial en termes de superficie maritime sous juridiction, juste après les Etats-Unis. Ce « territoire » océanique est un espace de pleine souveraineté mais aussi très convoité. D'une certaine façon grâce à la souveraineté qu'exerce la France sur ces espaces c'est la souveraineté européenne, même si celle-ci est encore en devenir, qui se trouve ainsi étendue potentiellement à l'ensemble de la planète .Notons que ni la Grande Bretagne ni l'Allemagne ne disposent d'un tel potentiel.

Les perspectives économiques et géostratégiques de celui-ci, parce que la France, dispose des technologies et du savoir faire industriel capable de le mettre en valeur, sont immenses et déterminantes pour l'avenir.( cf. sur ce sujet, « France sur Mer : un empire oublié » par Philippe Folliot et Xavier Louy).

Le spatial

La France possède un savoir-faire considérable acquis par sa participation aux grandes politiques et aux équipements qui assureront à terme le développement de la planète au-delà de ses frontières terrestres. Il s'agit de son implication dans les grands programmes de l'Agence spatiale européenne, dont les plus spectaculaires concernent l'exploration de Mars. La France joue dans le même temps un rôle actif, notamment par l'intermédiaire du Centre national d'études spatiales, dans les programmes d'observatoires terrestres et spatiaux internationaux visant à l'étude scientifique du système solaire et plus généralement du cosmos. Rappelons aussi que les systèmes spatiaux militaires développés par la France, essentiellement pour l'observation optique ou radioélectrique, sont de type dit "dual", c'est-à-dire qu'ils peuvent servir également à des applications civiles. Les retombées industrielles de ces activités spatiales sont permanentes. Elles pourraient augmenter encore si quelques investissements supplémentaires de faible importance relative étaient consentis.

Il convient de signaler, à cet égard, l'importance du programme Galileo, où la France joue , un rôle important mais qui hélas ne cesse de prendre du retard. Or, compte tenu de l'évolution des technologies de l'information, évolution qui se fait au rythme de cette nouvelle loi de l'histoire qu'est la loi de Moore ( doublement de la capacité de traitement et de stockage des systèmes informatiques, tous les dix huit mois) la géolocalisation, en temps réel, des flux de données est une composante déterminante de la puissance et de l'indépendance des Etats. Ne pas entièrement dépendre du système GPS américain sur ce point serait essentiel.

Les transports

La France possède une compétence de portée mondiale intéressant les différents modes de transport et la mise en place des infrastructures nécessaires.

On pense nécessairement à la participation majeure de la France dans l'aéronautique civile et militaire, au sein d'EADS-Airbus mais aussi chez Dassault ainsi que chez des centaines de sous-traitants compétitifs et innovants souvent très convoités de l'extérieur.
Notons au passage, qu'aujourd'hui l'application rigide qui est faite par l'Union Européenne de la doctrine de la concurrence « non faussée » rendrait impossible le lancement d'une aventure industrielle telle que celle qui a permis le développement d'Airbus.(cf. sur ce sujet les articles ou interventions de Jean-Luc Gréau).

Il faut savoir que sur ce plan que, face aux difficultés rencontrées dans la mise au point du F35 par l'américain Lockheed Martin, le Rafale de Dassault répond largement aux besoins actuels et futurs des armées mondiales. Mais sa commercialisation se heurte depuis les origines aux obstacles multiples que les Etats-Unis savent mettre devant des concurrents potentiellement dangereux. Ajooutons que les succès d'EADS et d'Airbus, face notamment à Boeing, sont tels qu'une des ambitions actuelles de l'Allemagne paraît être de récupérer sur son territoire les meilleurs éléments français de ces deux entreprises. Il ne tiendrait qu'à nous de résister "amicalement".

Concernant le rail, la France tient toujours un rang de premier plan, qu'elle devrait conserver sans peine à l'avenir. En matière de navires hautement spécialisés, elle pourrait encore figurer parmi les concurrents dangereux si les gouvernements successifs avaient soutenu les chantiers civils comme ils le font (à trop petites doses) dans le domaine militaire.

L'automobile enfin a longtemps constitué un atout de la France. Elle pourrait aisément le redevenir dans des domaines émergents, avec des moteurs non utilisateurs de pétrole, que ce soit pour les véhicules de tourisme ou pour les poids lourds.

L'énergie

La France est riche d'une exceptionnelle compétence acquise par les laboratoires et les industriels intervenant dans l'ensemble des activités intéressant aussi bien la production de l'énergie que ses utilisations économiques. Citons d'abord le nucléaire, où les maîtres d'oeuvre et industriels français tiennent le premier rang mondial, non par le poids commercial mais par le bon fonctionnement et la sécurité des installations. Certes, un désastre comme celui de Fukushima pourrait éventuellement survenir en France. Nul n'est à l'abri. Mais, pour le moment, ni les Etats-Unis (fortement impliqués dans Fukushima à travers General Electric), ni la Russie, ni la Chine ne paraissent offrir de meilleures solutions. Encore faudrait-il que la France, à travers notamment le CEA, entretienne ses compétences alors que des dizaines de pays, en premier lieu les membres du BRIC, sont en train d'investir au profit de l'énergie nucléaire.

L'avenir à long terme de l'atome français paraît par ailleurs assuré, vu le rôle essentiel joué par la France dans les programmes d'étude de la fusion de l'hélium sur le site de Iter-Cadarache (voir image en début d'article). Avec quelques crédits supplémentaires, de précieuses années pourraient être gagnées dans l'accès à cette source de grande sécurité.

Dans le domaine de la recherche et de l'exploitation du gaz et du pétrole, les industriels français ont par ailleurs développé des techniques et outils qui intéressent le monde entier. Enfin, en ce qui concerne les énergies renouvelables, après avoir trop longtemps délaissé les secteurs correspondant, la France est en train de récupérer une compétence mondiale, grâce notamment à une situation géographique favorable et une bonne qualification industrielle (éolien, hydroélectrique maritime, solaire).

La défense et les industries de défense

La France actuelle a hérité de potentiels historiques dans la quasi totalité des systèmes contribuant à la défense : force de frappe atomique, sous-marins nucléaires, avions de combat, satellites d'observation, engins blindés. Elle est le seul pays européen à être ainsi doté. Il n'y a que dans le domaine des drones qu'elle s'est laissée prendre de court. Mais son retard à ce sujet pourra facilement être récupéré, grâce aux performances de ses industries aéronautiques.

Une opinion publique mal avertie prétend qu'il s'agit de secteurs uniquement dépensiers, ne produisant rien sinon des morts, des blessés et des destructions. Ce préjugé est conforté par une propagande américaine constante affirmant que les pays européens, soit collectivement au sein de l'Otan, soit pris isolément, n'ont pas besoin d'investissements de défense en propre, l'achat des armes américaines suffisant à assurer leur sécurité. Tout ceci est évidemment faux.Un pays ne disposant que de moyens militaires limités doit renoncer à figurer dans le cercle des grandes puissances, y compris dans la perspective - d'ailleurs lointaine - d'une réduction des risques de guerre. On dira que c'est le cas de l'Allemagne, première puissance européenne. Mais, comme le disent les stratèges, faute d'armée et d'armements en propre, l'Allemagne, géant économique, reste un nain politique. Ceci, accessoirement, n'améliore pas son poids politique vis-à-vis des pays du BRIC non plus qu'au niveau de l'ONU et du Conseil de sécurité.

Un pays qui comme la France dispose au contraire d'une industrie de défense compétitive, en tire de nombreux avantages, et pas seulement diplomatiques. Elle figure parmi les premiers exportateurs d'armes. Lorsque des Etats veulent acheter des armes, quels que soient les objectifs, honorables ou non, que poursuivent leurs dirigeants, ils le font de toutes façon. Il vaut mieux en ce cas qu'ils puissent se fournir, même marginalement, auprès de l'industrie française. Par ailleurs, comme nous l'avons souligné précédemment, les technologies et industries de défense sont en général duales, c'est-à-dire qu'elles servent aussi bien aux armées qu'aux applications civiles, notamment dans ces domaines essentiels que sont l'espace, le nucléaire, l'aéronautique, les communications, la santé... Depuis longtemps, la France se satisfait d'un sous-investissement évident dans le domaine des industries de pointe civiles. Si elle y a conservé cependant des potentiels non négligeables, ce fut en grande partie grâce aux investissements consentis en matière de technologies de défense, dites aussi technologies de souveraineté.

On retiendra de cette constatation la nécessité pour la France de continuer à se doter en propre de matériels et technologies militaires aussi sophistiqués que possible, quelles que soient les restrictions budgétaires actuelles. Les militaires feront à juste titre valoir que les armées doivent aussi disposer de personnels capables d'utiliser de tels armements. Ils ont raison, mais là encore les efforts ne seront pas perdus, car ces effectifs se retrouveront nécessairement dans des emplois civils, complétant les formations encore insuffisantes, en nombre et qualité, dispensées par les universités.

La biologie et l'étude du vivant

Il s'agit de compétences de niveau international, trop souvent ignorées par le grand public, dont disposent des laboratoires et industriels français, en trop petit nombre il est vrai. Elles intéressent des besoins mondiaux : lutte contre la faim, protection de la santé, étude de nouvelles espèces végétales et animales. La France y figure par l'intermédiaire de deux de ses points forts : la médecine et l'agroalimentaire.

Les développements futurs de la biologie découleront pour l'essentiel de la généralisation des applications de la génétique, ou plus exactement de la génomique (connaissance et modifications du génome, non reproductif ou reproductif). Celles-ci, à condition d'être confiées non à des industriels soucieux de profit immédiat, tel que l'américain Monsanto, mais à des institutions et programmes publics, cesseront d'être ostracisées, compte tenu des retombées attendues. On peut penser que, sauf accident toujours possible, les dangers des pratiques correspondantes seront bien contrôlés.

On distingue dès aujourd'hui les espèces dotées de génomes dont un certain nombre de groupes de gènes ont été modifiés ou interchangés à partir de souches naturelles, et celles dont les génomes sont totalement artificiels (à partir d'éléments biochimiques de synthèse). On peut parler alors de biologie synthétique. La seconde est encore exceptionnelle, mais se généralisera, conjointement avec la première. Quoi qu'en disent les défenseurs de l'immobilisme biologique, incapable de sauver les organismes hérités des siècles précédents, une grande partie des espèces vivantes en contact avec l'homme seront partiellement ou totalement modifiées dans le demi-siècle. D'ores et déjà existent dans le monde de nombreuses études envisageant les besoins à satisfaire et les solutions permises par ces techniques. La France y a pris un certain retard, pour des raisons culturelles, mais elle pourrait revenir au premier rang. L'objectif intéresse d'abord les virus, bactéries et micro-organismes. Il s'agira d'obtenir, à partir de ressources largement disponibles (par exemple des déchets transformés grâce à des bactéries photosynthétiques) des produits ou de l'énergie actuellement rares.

La biologie génétique permettra parallèlement de développer des végétaux terrestres ou océaniques (algues) encore inconnus aujourd'hui et capables de s'adapter aux régions rendues infertiles par les transformations en cours des milieux naturels. Concernant enfin les animaux supérieurs, l'objectif sera le même. De plus en plus, par ailleurs, les cellules extraites de tissus présentant un intérêt économique seront cultivées in vitro, à large échelle, pour différents usages, notamment thérapeutiques. Mais il ne faudra pas oublier que si la recheche agroalimentaire est pilotée par la grande distribution et des entreprises dites de biotechnologies prêtes, à toutes les manipulations, le résultat de telles recherches soulèvera à juste titre le rejet de la population.

L'artificiel

On appelle sciences et technologies de l'artificiel toutes celles visant à "augmenter" (selon l'expression consacrée), puis le cas échéant à remplacer dans certains domaines le vivant, l'humain, le conscient. La France a pris beaucoup de retard dans ces directions de recherche, pour des raisons là encore culturelles mais tenant aussi et surtout à sa faiblesse industrielle en matière d'informatique et de logiciels. Néanmoins ses ressources potentielles sont très importantes et pourraient facilement être développées

On distinguera par commodité trois grandes directions de recherche/développement, dans lesquelles la France possède un nombre respectable de laboratoires et de start-up(s). Elles se superposeront ou s'interconnecteront, sur le mode dit de la convergence.
La première concerne l'homme augmenté. Il s'agit, d'ores et déjà, d'un homme doté de prothèses de plus en plus autonomes. Elles permettent et permettront de suppléer à diverses invalidités ou manques affectant l'humain. Mais progressivement, compte tenu des accroissements de performance qu'elles assurent, elles seront de plus en plus demandées par les personnes disposant de revenus suffisants. On distinguera les prothèses augmentant les performances des organes sensoriels et moteurs, celles concernant les organes internes et finalement celles appliquées au système nerveux et au cerveau lui-même. Dans ce dernier cas, à côté de techniques dites invasives, seront proposées des commandes à distance activées non seulement par la parole mais par la pensée. En parallèle seront développés des dispositifs susceptibles de modifier en profondeur les capacités d'animaux jugés aptes à opérer utilement avec des humains.

La seconde direction de recherche/développement, encore plus stratégique à divers égards, concerne les robots. Le terme s'applique de plus en plus, non à des automates agissant sur un mode déterministe, comme au sein de chaînes de production de plus en plus obsolètes, mais à des systèmes autonomes, capables d'adaptations et de prises de décisions dépassant les compétences des humains et pouvant de ce fait intervenir dans des milieux et avec des temps de réponse très supérieurs à ce que permettent des machines et des commandes classiques. On trouvera de tels robots partout où leur mise en oeuvre sera jugée susceptible d'apporter des profits et des gains de pouvoir inenvisageables autrement. Nous pouvons évoquer, concernant la défense, les drones dits UAV (Unmanned Aerial Vehicle) déjà capables en théorie d'identifier seuls des cibles et décider de les détruire. D'autres appareils dotés de possibilités équivalentes sont développés autour de véhicules terrestres ou maritimes. La même tendance se dessine en chirurgie.

Dans quelques années, dans le domaine de l'exploration planétaire seront expérimentés des robots et flottes de robots susceptibles d'agir seuls, loin des centres de contrôle terrestres, en procédant à diverses opérations visant à l'exploration et la transformation du milieu nécessaires à l'arrivée ultérieure de colons humains. Ce n'est pas le cas des actuels "rovers" américains opérant sur Mars, qui ne disposent que d'autonomies limitées. Sur Terre, les robots prennent déjà et prendront toutes les formes et tailles imaginables, travaillant seuls ou de plus en plus en groupes. Les chercheurs en cognition artificiels ont déjà réussi à leur faire développer, en "essaims", des comportements symboliques et langages sociaux originaux, non imposés par l'humain, sur un mode analogue à celui dont ont bénéficié les premiers humains. Une fois autorisés à s'émanciper véritablement, on peut penser que ces populations de robots feront émerger des formes de pensée et même de conscience artificielle, s'organisant en cultures, performantes et sans doute plus originales que celles dont s'enorgueillissent les sociétés humaines. Ceci sera particulièrement précieux dans la compréhension des milieux dangereux où ces robots opéreront, sur Terre ou dans l'espace.

On fait souvent valoir que les robots actuels et a fortiori leurs successeurs, feront disparaître des emplois humains. C'est vrai, que ce soit dans le domaine des tâches d'exécution et dans celui des fonctions de contrôle et de conception. Mais dans le même temps, la robotisation accrue développera de nouveaux emplois, sans doute aussi nombreux, concernant l'invention, la mise au point et la maintenance de nouvelles générations de robots. Par ailleurs les nouveaux champs d'activité devenus accessibles grâce aux robots pourront fournir, s'ils sont méthodiquement explorés, de quoi occuper utilement les humains qui leur sont associés.

La troisième direction de recherche concerne les neurosciences, consacrées à l'étude du cerveau vivant mais aussi à la mise au point de cerveaux artificiels. Sans se situer parmi les leaders (là encore faute d'investissements suffisants), la France y bénéficie de bonnes capacités. Le terme de cerveau artificiel pourrait s'appliquer à tous les cerveaux virtuels qui prolifèrent désormais sur le web et dont la firme américaine Google ambitionne de devenir un leader absolu. Mais il est préférable de le réserver aux recherches de grande ampleur concernant la modélisation et la simulation du cerveau humain et de ses principales fonctions dans les domaines sensori-moteurs et cognitifs. La tâche est potentiellement immense, le cerveau humain étant réputé comme l'objet le plus complexe de l'univers. Mais l'enjeu est également considérable. Non pas que l'humanité manque de cerveaux, mais parce qu'elles manque de cerveaux susceptibles d'être mis au service des domaines les plus ambitieux de la recherche et du gouvernement.

Les spécialistes sont très optimistes. Beaucoup estime qu'un robot humanoïde disposant d'un tel cerveau artificiel et de toutes les richesses informationnelles de l'internet, pourrait voir le jour dans les 20 à 30 prochaines années. Sans attendre se multiplieront vraisemblablement des versions partielles de cerveaux artificiels, consacrés à l'exploration de divers domaines stratégiques – ou simplement à l' "augmentation" des capacités cérébrales de personnes volontaires. Il est bien évident que l'absence de la France dans ces secteurs serait catastrophique pour elle. Elle sera, au sens premier du terme, colonisée.

La récupération des retards pris par le France

Les plus graves des faiblesses françaises, souvent et à juste titre dénoncées, pourraient être rapidement récupérées si un minimum de recherche scientifique et technique y était appliquée. Nous pensons notamment à l'électronique et aux télécommunications qui souffrent actuellement d'une dépendance technologique massive à l'égard de l'industrie américaine. Cette dépendance se paie aujourd'hui très cher, comme l'ont montré les révélations concernant les back doors consenties par les industriels américains du hardware aux espionnages généralisées de la NSA, de la CIA et des autres agences de renseignement. On peut imaginer que les vols de compétence ou de perspectives commerciales dont ont souffert les industriels et administrations français ont coûté plus cher que n'aurait coûté le financement de processeurs sécurisés auprès d'industriels français, s'inspirant par exemple du nPowerchip de l'américain Cisco. Quant à l'absence quasi totale d'acteurs français dans le domaine de l'Internet grand public, elle traduit une démission presque civilisationnelle devant l'Amérique. Là encore, quelques soutiens aux nombreuses PME françaises capables de développer des offres différentes, éventuellement sécurisées, ne coûteraient pas très cher au regard des avantages, eux aussi civilisationnels, pouvant en découler.

Citons un autre domaine, parmi beaucoup d'autres. Il concerne les matériaux et nano-matériaux et les technologies associées, comme l'impression 3D. Là encore, malgré une base industrielle relativement compétitive, la France s'est laissée assez largement distancer. Mais elle pourrait revenir à un bon rang mondial, grâce à un savoir-faire universitaire important, et à celui de ses entreprises chimiques et manufacturières. Si elle ne le tentait pas, elle dépendrait de concurrents étrangers dans des domaines essentiels non seulement à la recherche et à l'industrie de pointe, mais à la vie courante.

2. Exploiter nos ressources de façon volontariste

Lire la suite sous http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/140/investissement.htm

20/11/2013


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