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L'accord entre la Grèce et ses partenaires de l'eurogroupe oublie l'essentiel

De quel essentiel s'agit-il? D'aider la Grèce à se doter d'une administration informatisée sans laquelle les bonnes intentions de réforme resteront lettre morte.

En France, dès 1998, le plan d'informatisation de l'administration lancé par le gouvernement Jospin rendait systématiques les acquis informatiques déjà en place dans les grands ministères: informatisation de la fiscalité, informatisation de la perception des impôts et autres recettes budgétaires, informatisation de la dépense publique, avec notamment une informatisation complète de la passation et de l'exécution des marchés publics, informatisation enfin de la préparation et de la gestion des budgets.

Au plan administratif, la plupart des ministères disposaient  depuis des décennies sinon depuis le Ier Empire, d'une administration efficace, bien contrôlée, notamment par l'Inspection des finances et la Cour des Comptes, aussi honnête que possible grace à un sens de l'intérêt public répandu à tous les niveaux et enseigné comme une bible à l'Ecole Nationale d'Administration..

Mais tant que cette administration demeurait « manuelle », selon l'expression ayant cours à l'époque, elle ne pouvait pas s'insérer dans la société dite de l'information en cours de mise en place au niveau mondial. Aussi, dès 1985, chaque ministère avait été astreint à produire des « schémas directeurs de l'informatique ». Le plan Jospin est allé plus loin. Il visait à fournir à l'ensemble des services, centraux et territoriaux, comme d'ailleurs aux collectivités locales, les moyens nécessaires pour généraliser les investissements techniques et humains nécessaires.

Les résultats attendus ne se produisirent pas immédiatement. Aujourd'hui encore, certains services manifestent des lourdeurs, mais dans l'ensemble, la France a pu acquérir une des administrations publiques les plus efficaces du monde. C'est d'ailleurs cette efficacité que les spéculateurs et fraudeurs divers, bien représentés aujourd'hui au plan politique, cherchent désormais à paralyser au prétexte toujours populaire de « réforme administrative » et du « moins d'Etat ».

La vue exprimée ici est sans doute un peu idyllique. Mais au regard des besoins de l' administration grecque, comme d'ailleurs de ceux d'autres Etats européens, elle désigne tout ce dont la Grèce est dépourvue et tout sans quoi les ambitions de réforme affichées par le gouvernement resteront lettre morte. On peut donc légitimement se demander pourquoi ces points essentiels restent aujourd'hui occultés lors des débats sur la réforme de la Grèce.

A qui profite la sous-administration ?

Une des réponses est que l'absence d'administration fait l'affaire de tous. Depuis des millénaires, depuis le grand roi Nabuchodonosor, les sociétés humaines ont eu le temps de s'en convaincre. Dans la Grèce moderne les divers intérêts économiques, grands et petits, des armateurs aux restaurateurs, veulent persister à bénéficier des avantages qu'ils trouvent à l'absence d'une administration publique efficace. Mais pourquoi la France ou l'Allemagne, qui savent ce qu'il en est, n'ont-elles pas proposé d'aider la Grèce à se doter de cette ressource vitale?

La France, en ce qui la concerne, se borne à suivre dans cette affaire les instructions de l'Amérique. Or pour celle-ci, du FMI et de la Banque Mondiale jusqu'à Wall Street, un grand projet est engagé pour rendre inopérantes les administrations nationales pouvant s'opposer aux intérêts américains Il s'agit notamment, dans le cadre du Traité Transpacifique comme dans celui du Traité Transatlantique, d'éliminer toutes réglementations et administrations nationales susceptibles de s'opposer au libre jeu des entreprises économiques et financières transnationales américaines. Ce n'est donc pas le moment de mettre en place de telles réglementations et administrations en Grèce.

Concernant l'Allemagne, répondre à la question est plus complexe. On pourrait dire que, dans le cadre de sa volonté actuelle de pousser la Grèce hors de l'Euro, peu lui importerait que celle-ci soit bien administrée ou non. Mais, à supposer même que la Grèce reste dans l'Euro, l'Allemagne aura le même intérêt que l'Amérique à laisser la Grèce dans son état actuel de sous-administration. Si véritablement les forces dirigeantes allemandes veulent prendre la tête d'une Europe du sud dépendante, comme l'on prête à Wolfgang Schauble le désir de le faire, il sera bon de n'avoir en face de soi que des Etats administrés comme des protectorats de l'époque coloniale.

13/07/2015


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