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Désastres globaux. La grande accélération

Des frontières qu'il ne fallait pas franchir, et d'autres qu'il ne faudrait pas franchir

Faut-il mentionner une fois de plus les études scientifiques montrant que la planète, du fait des activités humaines, est en train de franchir des frontières au-delà desquelles l'Anthropocène, c'est-à-dire l'ère dans laquelle nous vivons depuis environ 500 ans, au sein de l'ère géologique de 11.700 ans dite Holocène, est en train d'évoluer vers la destruction irréversible des différents domaines indispensables à la survie d'un très grand nombre d'espèces, dont l'espèce humaine. Cependant, lorsque des études de plus en plus précises et de mieux en mieux documentées apportent des éléments à ce constat dramatique, il est indispensable d'en faire état.

Malheureusement, comme on peut le constater tous les jours, la plupart des pouvoirs géopolitiques et économiques, relayés dans certains cas par des auteurs scientifiques voulant semble-t-il se faire bien voir par ces mêmes pouvoirs, nient ces constatations ou refusent d'en tirer des conclusions conduisant à des changements radicaux dans les comportements actuels.

Un tel négationnisme vient de se manifester une nouvelle fois lors du Forum économique 2015 de Davos. Celui-ci était officiellement consacré à l'examen des risques menaçant les écosystèmes. Néanmoins les rapports présentés sur ce thème n'ont suscité qu'un intérêt poli. Les « grands décideurs mondiaux » réunis à Davos ont repris très vite leurs propos et échanges habituels, consacrés pour l'essentiel à la protection d'une « croissance » et des bénéfices associés dont pourtant on venait de leur montrer l'insoutenabilité à 50 ans, voire dans certains cas à 10 ans.

Parmi les rapports présentés à Davos, il convient de citer deux des plus percutants, référencés ci-dessous en fin d'article. Ils montrent que le rythme de la dégradation de l'environnement résultant des activités humaines actuelles est en train de franchir de nombreux seuils déterminants pour la préservation de l'écosystème terrestre. Ils ont identifiés des « frontières planétaires vitales  » (planetary boundaries) qu'il ne faudrait pas franchir. Ils demandent une planification mondiale des développements économiques et scientifiques visant à ne pas franchir les frontières non encore atteintes, et à revenir en arrière lorsqu'elles ont été dépassées.

Les deux rapports sont le fruit de travail d'équipes internationales, provenant de nombreux pays et dirigées par Will Steffen du Stockholm Resilience Centre à l'université de Stockholm University et de l' Australian National University de Canberra. Ils résultent de la compilation de données collectées par des dizaines d'institutions et des centaines de chercheurs durant les 5 dernières années.

Will Steffen et ses collègues, plutôt que se focaliser sur un thème unique tel que le réchauffement climatique, ont voulu identifier 9 processus et systèmes en interaction qui ont maintenu la stabilité du « Système terrestre global (Earth System) jusqu'à ces dernières décennies, et qui sont en voie de dégradation rapide aujourd'hui, dégradation qui dans certains cas paraît irrévocable. Grâce à cette analyse différenciée, les auteurs pensent possible de définir les domaines dans lesquels des actions de grande ampleur s'imposent en priorité.

Par ordre d'importance, ils proposent le changement climatique, la perte de la diversité génétique, la raréfaction de la couche d'ozone stratosphérique, l'acidification des océans, la rupture des flux naturels concernant les cycles de l'azote et du phosphore, la dégradation des couvertures végétales, la raréfaction de l'eau douce, la pollution atmosphérique, l'envahissement par des produits résultant d'activités industrielles, tels les déchets radio-actifs et les plastiques.

Les chercheurs ont fait le constat que depuis 5 ans, date à laquelle fut introduit ce concept de frontières planétaires vitales, quatre de ces frontières ont été désormais franchies, du fait des activités humaines. Elles concernent le changement climatique, l'intégrité de la biosphère, les couvertures végétales et les flux biogéochimiques. Les potentiels de risques entraînant le bouleversement catastrophiques de la vie d'un grand nombre de sociétés humaines en découlent directement.

Sur le schéma joint (anglais), la couleur jaune signale le dépassement des seuils, la couleur rouge les situations critiques.

Pourquoi le négationnisme?

Les rapports fournissent des données chiffrées que nous ne reprendrons pas ici. Les sociétés pauvres seront les premières victimes des destructions, mais les sociétés riches n'y échapperont pas non plus. Les auteurs n'insistent pas assez sur un point capital; Ces inégalités généreront des conflits et des guerres ouvertes, que les pouvoirs politiques, eux-mêmes acteurs dans la construction des inégalités, ne pourront pas combattre.

Bien sûr, ceux qui pour diverses raisons refusent de changer leurs habitudes, expliqueront que ces prévisions proviennent de scientifiques cherchant à se rendre intéressants. Mais pourquoi ce négationnisme? L'explication par l'enracinement des intérêts égoïstes ne suffit sans doute pas.

Nous avons récemment mentionné ici les travaux de certains bio-anthropologues pour lesquels une écrasante majorité d'humains, du fait de motivations souvent à base génétique, sont incapables de s'intéresser au futur, comme incapables de se mobiliser pour la préservation du présent. Dans ce cas, les rapports des scientifiques, fussent-ils particulièrement inquiétants, ne peuvent pas pénétrer les cerveaux conscients. Nous reviendrons peut-être ultérieurement sur ce point capital.

Sources

* The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration

* Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet

 

04/02/2015


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