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La guerre commerciale est excellente pour la planète

Le terme d'excellent pour la planète désignera ici tout ce qui retarde le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources naturelles, la raréfaction des espèces et la désertification finale.

Or à cet égard rien n'est plus catastrophique que les politiques visant à favoriser la croissance mondiale en facilitant les échanges. Faciliter les échanges entraîne de plus en plus d'investissements visant à produire des biens et services destructeurs des équilibres naturels pour augmenter les consommations mondiales. Celles-ci sont d'ailleurs rarement destinées aux populations les plus pauvres mais aux élites sociales qui cherchent à augmenter sans limites leur niveau de vie déjà très élevé, multipliant les gaspillages.

Aussi, a priori, tout ce qui ralentit les échanges et freine les consommations ne peut que retarder la crise environnementale globale. Mais comme prévisible, nul ne salue, au nom de l'écologie, la hausse des tarifs douaniers que vient d'imposer Donald Trump aux exportations d'acier et d'aluminium en provenance de l'Union européenne, du Mexique et du Canada, ceci en vertu des dispositions de la loi américaine de 1962 sur la sécurité nationale. Rappelons que cette hausse est le corollaire de la véritable guerre des tarifs engagée par les Etats-Unis contre la Chine.

Trump inflexible

Confrontée au refus de Trump de proposer des tarifs moindres aux produits européens, l'Union européenne a déclaré qu'elle prendrait des mesures immédiates de rétorsion. Elle a dressé une liste de produits américains d'une valeur de 2,8 milliards d'euros, allant du bourbon aux motos, sur lesquels imposer des tarifs. Bruno Le Maire, ministre français des finances, vient de déclarer que l'Union n'aurait d'autre choix que «d'engager une guerre commerciale» avec les États-Unis. « Nos amis américains doivent savoir que s'ils devaient prendre des mesures agressives contre l'Europe, l'Europe ne serait pas sans réaction ».

Mexique et Canada, malgré le fait qu'ils ont toujours recherché l'alliance géopolitique américaine, sont allés plus loin. Le Mexique a déclaré qu'il imposerait des droits sur une gamme de produits américains, tandis que le gouvernement canadien a menacé d'imposer des droits de douane d'un montant allant jusqu'à 12,8 milliards de dollars d'acier américain.

Les réactions européennes découlent de la prise de conscience que l'imposition de tarifs, affectant des milliards de dollars de commerce, n'est que le début de mesures hostiles encore plus importantes. Emmanuel Macron pour sa part a cité l'expérience des années 1930 où l'imposition de tarifs américains a joué un rôle majeur dans l'exacerbation de la Grande Dépression, qui a finalement conduit à la Seconde Guerre mondiale. « Nous ne pouvons pas être les somnambules des temps modernes », . « Il ne faut pas réagir aux dysfonctionnements avec le repli nationaliste parce que ces réponses approfondissent la crise et les déséquilibres mondiaux. »

S'exprimant à la veille de l'annonce, le coordinateur de la coopération transatlantique de la chancelière allemande Angela Merkel, Peter Bayer, a souligné l'importance à long terme de la décision américaine. « L'Europe a maintenant compris qu'il y a un profond changement dans les relations transatlantiques et a pris conscience de la gravité de la situation »

Les États-Unis détiennent un pouvoir considérable dans le domaine commercial, en raison de l'importance du marché américain et du rôle du dollar comme principale monnaie mondiale, ce qui leur permet d'imposer des sanctions financières paralysantes aux entreprises qui défient ses décrets. Au delà du conflit actuel, l'administration de Donald Trump menace d'imposer des tarifs sur l'industrie automobile européenne. Un analyste allemand a averti que si Trump proposait quelque chose comme le tarif préférentiel de 25% sur les voitures allemandes, ce serait « la fin de la relation commerciale germano-américaine car pas une seule voiture construite en Allemagne ne pourrait alors être vendue avec un profit.

Comme prévisible, la réaction des milieux d'affaires américains a été largement négative face aux décisions de Trump. L'indice Dow Jones a chuté de 250 points jeudi. La Chambre de commerce américaine a déclaré que les politiques commerciales de l'administration pourraient frapper la croissance américaine et menacer jusqu'à 2,6 millions d'emplois.

Le sentiment général de la grande entreprise était de soutenir des actions contre la Chine, en particulier sur ses mesures pour renforcer son développement de la haute technologie, sur fond d'accusations selon lesquelles Pékin volait la propriété intellectuelle américaine. Mais elle s'inquiète de ce que des mesures tarifaires contre des alliés des États-Unis empêchent la construction d'une coalition contre Pékin.

Trump bienfaiteur de l'environnement

Compte tenu des considérations présentées en introduction au présent article, les défenseurs de l'environnement, notamment ceux s'annonçant résolument comme décroissantistes, même s'ils ne l'ont pas encore fait, devraient apprécier les mesures protectionnistes de Donald Trump. Comme l'industrie américaine sera incapable de proposer des produits destinés au marche intérieur à des prix proches de ceux de la Chine et dans une moindre mesure de l'Europe, la consommation américaine diminuera nécessairement, et par conséquent en contrecoup la production, non seulement aux Etats-Unis, mais dans le reste du monde.

L'effet sera mineur concernant globalement la protection de l'environnement – encore qu'une diminution même minime de la consommation et donc de la production automobile ne pourra qu'avoir des effets favorables aux regards des coûts que cette industrie impose à l'écologie. Mais si une guerre des tarifs mondiaux, autrement dit une suppression du libre-échange, s'imposait au monde, la diminution mondiale de la production et celle en résultant de la consommation deviendrait sensible. Il faut bien comprendre que l'humanité ne sera jamais assez sage pour décider a priori, dans le cadre d'une sorte de gouvernement mondial, de diminuer ses consommations. Elle n'y sera contrainte que par les conséquences de ses incohérences politiques.

 

 

 

 

02/06/2018


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