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Plus d'Europe. Oui mais comment et surtout pour quoi faire?

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, s'est exprimé devant le Parlement européen de Strasbourg le mercredi 13 septembre. On trouvera son allocution ci-dessous 1) Il a abordé divers sujets dont la réforme des institutions de l'Union européenne, UE.
Les principales de ses propositions 2 ) semblent aller dans le sens de ce que préconisaient depuis longtemps les partisans d'un renforcement de l'Union. Il est clair en effet maintenant que, sauf à soutenir une sortie de l'UE et de l'euro, sur le modèle britannique du Brexit dont il reste encore à prouver la faisabilité pour d'autres pays que la Grande Bretagne, l'immobilisme actuel n'est plus soutenable.

Mais comment s'acheminer, non encore vers une Europe Puissance de type fédéral, mais vers autre chose qu'une juxtaposition d'institutions soumises à tous les groupes de pression et incapables de définir des orientations susceptibles de mobiliser une majorité des opinions publiques.

Emmanuel Macron avait fait un début de pas dans cette voie lors de son discours devant l'Acropole le 07/09/2017 3). Il s'agissait notamment de doter la zone euro d'un budget et d'un parlement séparés de ceux de l'UE. En d'autres termes, ceci aurait mis en place, à côté de l'UE actuelle, une petite Europe de type pré-fédéral, axée sur les pays ayant adopté l'euro et voulant utiliser cet instrument pour élaborer des politiques économiques et prendre éventuellement des positions diplomatiques lui permettant de commencer à jouer un jeu égal face tant aux Etats-Unis qu'au Brics (Russie, Chine). Juncker ne pouvait l'accepter.

En effet, ce renforcement de la zone euro et la création pour celle-ci d'un Parlement élu et pourquoi pas d'un gouvernement issu de ce Parlement, irait directement à l'abaissement de l'UE actuel et plus particulièrement de la Commission européenne dont Juncker est président 4). La Commission en effet, bien que ses membres, les Commissaires, soient désignés par les Etats-membres, s'est progressivement constituée en autorité indépendante, se situant de plus en plus au dessus des Etats et fonctionnant d'une façon totalement non-démocratique.

De plus, étant devenue pratiquement l'organe décisionnel de l'UE, la Commission est, plus encore que les autres institutions, soumise aux divers lobbies et notamment à l'influence permanente de Washington et de Wall Street. Ceci s'est vu récemment à l'occasion de la discussion des traités de libre-échange atlantiste, TTIP et CETA (avec le Canada). Une nouvelle fois, les déclarations de Juncker devant le Parlement de Strasbourg en font la démonstration

Juncker n'a pas manqué de s'opposer directement à Emmanuel Macron. En réponse au discours à l'Acropole, il a déclaré:« L'efficacité requiert que les instruments de gestion de la zone euro soient intégrés. Nous n'avons pas besoin de structure parallèle. Nous n'avons pas besoin d'un budget à part de la zone euro. Il nous faut une ligne budgétaire forte de l'Eurozone dans le cadre de notre budget de l'Union ». Ce ne serait pas cependant l'Eurozone qui, on ne sait comment, définirait cette ligne budgétaire forte, mais de facto la Commission Européenne.

Juncker: faire d'une Commission renforcée un véritable gouvernement européen

Juncker est allé plus loin dans le sens du renforcement de la Commission en demandant de fusionner les présidences du Conseil européen et de la Commission. Dans le même sens, il demande que «  pour des raisons d'efficacité le commissaire de l'Économie et des finances soit aussi le vice-président de l'Eurogroupe ». Ce Commissaire étant un des membres les plus importants de la Commission européenne, à travers de lui la Commission, et son président, ajouteraient l'euro à leurs pouvoirs.

Quant à la nécessité de mettre en place un minimum de protectionnisme défendant les entreprises des Etats-membres contre des concurrences déloyales, il a promis que l'UE (c'est à dire en fait la future Commission renforcée), s'emploiera également à « contrôler rigoureusement les investissements étrangers dans les actifs ou entreprises de l'Union jugées stratégiques ». Mais faut- rappeler qu'il n'y a pas à proprement parler d'entreprises européennes, ce sont des entreprises nationales. Quant à leur caractère stratégique, il est principalement décidé par les Etats. Manifestement, ainsi, les entreprises du secteur de la défense sont encore jugées stratégiques en France mais elles n'importent guère à l'Allemagne. Qui décidera, au sein d'une UE se résumant à une Commission européenne renforcée, de leur importance stratégique?

Renforcer, mais pour quoi faire?

Sur ce point capital, Juncker, comme d'ailleurs Macron, n'offrent aucune perspectives susceptibles d'intéresser les Européens à l'avenir de l'Europe. Nous avons plusieurs fois ici montré que le Continent, et pas seulement l'UE, ont besoin de grands investissements et grands projets répondant à la concurrence internationale comme permettant de répondre aux contraintes considérables prévisibles du changement climatique: nouvelles formes d'énergie et de consommation, nouvelles infrastructures en matière de transport et d'habitat, nouvelles industries relevant du numérique. On y ajoutera des politiques d'exploration océanique et spatiale audacieuses – sans mentionner la défense. Pour cela des politiques budgétaires coordonnées s'imposent, privilégiant les dépenses d'avenir au détriment des consommations immédiates.

Pour ce faire également, l'Europe a besoin de se dégager de la domination américaine exclusive laquelle persiste à vouloir en faire une colonie ou un avant-poste dans une future guerre contre la Russie et dorénavant la Chine. Elle doit donc, sans tomber sous la dépendance, se rapprocher du Brics, et principalement de la Russie et de la Chine. Ainsi, dans l'immédiat, si le Brics s'accordait pour mettre en place une monnaie de change commune pour échapper à la domination du dollar, il faudrait y articuler l'euro.

On voit, compte tenu de ces diverses réflexions, que si une suite était donnée aux propositions de Jean-Claude Juncker, l'UE et l'euro resteraient des satellites des Etats-Unis et du dollar. Les Européens accompagneront nécessairement les Américains dans leur déclin. L'Allemagne et même la France, sans mentionner l'Espagne et l'Italie, s'y résigneront-elles?

Références

1) http://fr.euronews.com/2017/09/13/l-integrale-du-texte-du-discours-sur-letat-de-lunion-de-jean-claude-juncker

2) voir une bonne analyse de Ouest France,
http://www.ouest-france.fr/europe/ue/europe-les-6-choses-retenir-du-discours-de-juncker-sur-l-etat-de-l-union-5243217

3) Voir http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-a-la-pnyx-athenes-le-jeudi-7-septembre-201/

4) Commission européenne https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_europ%C3%A9enne


14/09/2017


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