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La Chine en difficulté. Que peut faire le président Xi Jinping?

Nous évoquons ici le président Xi Jinping comme pouvant apporter un remède aux difficultés de la Chine, au lieu d'évoquer comme on le fait généralement en ce qui concerne l'Europe le rôle que les gouvernements et au delà les sociétés politiques peuvent avoir pour porter remède aux difficultés de leur pays. Il s'agit certes d'une image, mais Xi Jinping symbolise aujourd'hui le fait que la Chine n'a guère modifié depuis Mao Tse Toung les méthodes par lesquelles une étroite minorité au sein du Parti communiste chinois s'est appropriée le pouvoir économique et politique sur plus d'un milliard de citoyens qui n'ont pratiquement aucun moyen d'être entendu, même au sein des réseaux sociaux systématiquement censurés.
Ceci dit, le fonds de la question est effectivement celle de savoir ce que peut faire le gouvernement pour répondre à ce que tous les Chinois ont constaté: une baisse importante des valeurs en Bourse, pénalisant les épargnes des nouvelles classes moyennes n'ayant pas d'autres solutions pour placer leurs économies, la multiplication des invendus immobiliers révélant que ces nouvelles classes moyennes n'ont pas encore la possibilité d'absorber de tels types d'investissement, une concurrence croissante venant des pays asiatiques voisins où les salaires sont bien moindres que ceux récemment obtenus par les nouvelles classes moyennes chinoises.

Pour le journal http://www.chinadaily.com.cn/ du 28 août, qui n'est pas nécessairement le plus critique à l'égard du gouvernement, « Market rises 5% on the back of expected easing measures Shanghai Composite Index jumped 4.81 percent to 3,232.85 on Friday on expectation of further easing measures from government and regulatory agencies. Par ailleurs un autre article précise que la baisse n'a rien de dramatique Market meltdown is not that dramatic . Certes, il ne faut rien dramatiser. Cependant on peut douter que la politique du « quantitative easing » ou impression de monnaie au profit des banques, non plus que des dévaluations timides puissent, mieux qu'aux Etats-Unis et en Europe, remédier à ce qui est un manque d'investissements vraiment productifs (autres que ceux permettant de continuer à faire du pays « l'usine du monde » ), ainsi dans un autre domaine qu'un manque d'investissements dans les services sociaux.

Les remèdes ne viendront pas non plus du possible limogeage du premier ministre Li Keqiang, présenté dans l'entourage de Xi Jinping comme responsable de la crise actuelle. Il l'est sans doute, mais c'est l'ensemble de la direction du parti communiste chinois (PCC) qui l'est aussi, puisque c'est à ce niveau que les décisions aujourd'hui critiquées pour leur insuffisance avaient été décidées. Il s'agissait notamment d'interdire les ventes de titres par les investisseurs institutionnels, administrations d'Etat et administrations régionales, afin de soutenir les cours.

Or la crise semble plus profonde que ne le reconnaît le China daily. Les statistiques officielles minimisent la chute de l'activité chinoise. Sa croissance serait aujourd'hui de 2,2% au lieu des 6 à 8% annoncés. Le fret ferroviaire aurait diminué de 10%, les échanges internes de 7%, la construction de 15%. Par ailleurs l'a consommation d'électricité serait stationnaire.

Par ailleurs et plus gravement, ni XI Jinping ni son entourage proche ne remettent en cause le mouvement entrepris depuis bientôt 30 ans pour s'insérer sans aucune précaution dans une économie mondiale très largement dominée par les intérêts financiers américains, ceux qui font la loi à Wall Street et à la City de Londres. La Chine a été transformée en une plate-forme de main d'oeuvre à bas prix, largement dépendante de ses exportations. Or quand les économies des pays importateurs, Japon, Etats-Unis, Europe, entrent en récession, la Chine est la première frappée. La réciproque est également vraie puisque la chute de la Bourse en Chine entraine une chute identique des Bourses des pays importateurs, ce qui réduit d'autant leurs capacités à acheter des produits chinois.

Prévalence du modèle occidental

Dans l'immédiat, ni XI Jinping ni son entourage ne remettent en cause les réactions des gouvernements occidentaux prises à la suite de la crise mondiale de 2008, qui ont très vite atteint leurs limites. Ni la création de dollars par la Fed dans le cadre de massives mesures de Quantitative Easing, ni les mesures identiques prises par la Banque Centrale européenne ne se sont traduites par les investissements d'avenir qui auraient nécessaires. Elles ont encouragé de la part des banques, principales bénéficiaires, d'innombrables bulles spéculatives qui menacent actuellement de s'effondrer.

Par ailleurs, les programmes de privatisation des entreprises publiques et services sociaux imposées par l'Union européenne et le FMI aux Etats européens confrontés à des dettes souveraines excessives, n'auront pas d'autres résultats qu'affaiblir les capacités d'investissement de ces Etats. Or il semble bien que le pouvoir chinois actuel, les yeux rivés sur le modèle occidental, même si les résultats ne sont pas au rendrez-vous, envisage de faire de même.

On fera valoir que, loin d'imiter le néocapitalisme occidental, la Chine, dans le cadre du Brics, a entrepris d'engager de grands travaux d'infrastructures internationales, financés par la toute récente Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB). C'est exact. Nous en avons souvent parlé ici. Mais il faut être réaliste. Au regard des centaines de milliards de dollars que perdent actuellement les investisseurs institutionnels et les particuliers en Chine, les programmes du Brics arriveront bien tard. De plus, le capital de l'AIIB apparaît d'une ridicule insuffisance.

Alors que faire dira-t-on. Les optimistes répondront : sortir du Système, un Système dont le monde tout entier est aujourd'hui victime, Chine comprise. Mais pour quoi faire et comment? Les réponses ne sont pas évidentes

Note

Nous recevons ce message (28/08):

Pour comprendre l'économie de la Chine, il convient d'observer sa réalité politique actuelle. La Chine est dirigée par le PCC qui décide de toutes les politiques économiques et sociales. Son objectif principal est de transformer la Chine en un pays fort et prospère, doté d'une distribution équitable des richesses. Le site officiel du PCC stipule ainsi que le Parti communiste chinois « guide son action par le marxisme-léninisme, la pensée de Mao Zedong, la théorie de Deng Xiaoping et la pensée importante des Trois représentations ». Il est important de bien comprendre que le capitalisme de marché chinois introduit par Deng Xiaoping est uniquement un outil visant à atteindre les objectifs du PCC. Or, celui-ci n'a pas l'intention de transformer la Chine en un État capitaliste « à l'américaine »...

Soit et tant mieux pour la Chine. Mais au delà des intentions et des mots, il faut apprécier comment ceux-ci se traduisent, au moins à l'heure actuelle.





28/08/2015


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