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L'Allemagne et le blocage institutionnel européen.

L'avancée du parti Podemos aux élections régionales et municipales espagnoles ne conduira pas dans l'immédiat à un changement de majorité au plan national. Cependant Podemos, issu du mouvement des Indignés s'étant opposé aux mesures d'austérité qui se sont multipliées ces dernières années, va-t-il réussir à enlever les deux plus grandes villes du pays, Madrid et Barcelone, des mains de la majorité conservatrice? Les manifestations de liesse qui ont accompagné la publication des résultats montrent clairement qu'il existe en Espagne un courant populaire opposé aux mesures d'austérités budgétaires imposées à l'Espagne comme aux autres pays européens par l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le fonds monétaire international. Podemos rejoint en cela la politique actuellement défendue en Grèce par le mouvement Syrisa et le gouvernement Tsipras.

On peut penser que ces refus de la politique d'austérité n'auront pas dans l'immédiat d'échos dans d'autres pays européens. Ceci pour une raison majeure, tenant à la force des intérêts conservateurs très largement soutenus par Washington, lesquels ont intérêt à ce que rien ne bouge en Europe. Pour eux, l'Europe doit rester politiquement atlantiste, soumise économiquement à Wall Street. Mais nous devons évoquer une autre raison, l'absence de projets concrets que Syrisa, Podemos et ses homologues pourraient proposer aux citoyens voulant sortir de l'actuel système. « Nous le pouvons, peut-être, mais que pouvons nous exactement ? ».

Le fait que la Grèce populaire n'ait pas encore imposé au gouvernement Tsipras de véritables changements structurels dont les répercussions auraient été considérables, par exemple sortir de l'euro et se rapprocher concrètement du Brics, actuellement représenté en Europe par Moscou, laisse planer un doute concernant les intentions de changement de ces mouvements, même s'ils affirment refuser la soumission à l'Union européenne sous sa forme actuelle. Pour ce qui concerne la France, il est évident que la majorité actuelle, comme la majorité suivante (fut-elle conquise par le Front National) ne fera rien de sérieux pour faire bouger l'ordre européen. A l'extrême gauche, les protestations d'un Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche resteront purement verbales.

L'Allemagne

Mais il est un point peu évoqué et qui paralyse les volontés de changement, la position de l'Allemagne, partagée par les deux partis de la grande coalition et qu'illustre parfaitement Angela Merkel. Cette position correspond évidemment aux stratégies de domination des milieux industriels allemandes, satisfaits de l'ordre actuel et s'opposant à toute évolution sérieuse. Mais plus en profondeur les observateurs de l'Allemagne rappellent que celle-ci, dès le 19e siècle, a toujours été fondamentalement favorable à un ordre économique autoritaire, excluant un véritable libéralisme, conçu comme la compétition avec d'autres intérêts que ceux représentés par l'Allemagne. C'est que qu'exprime parfaitement aujourd'hui le concept d'ordo-libéralisme.

De plus, au plan international, l'Allemagne a le plus grand mal à concevoir un système politique international résultant d'une coopération entre Etats placés sur un pied d'égalité, coopération pouvant menacer sa souveraineté. Plus exactement, les Allemands semblent concevoir les hiérarchies internationales comme comportant les Etats-Unis en numéro un et l'Allemagne en numéro deux. Si la puissance américaine se trouvait pour des raisons diverses affaiblie, ce serait à l'Allemagne de prendre le relais.

Concernant l'Union européenne, il est clair que celle-ci se satisfait de soumettre économiquement le reste de l'Europe, mais qu'en aucun cas elle n'envisagerait de considérer les autres pays comme des partenaires. Si certains de ces pays prétendaient échapper à la domination allemande, l'Allemagne, via notamment les institutions de Bruxelles, ne le supporterait pas. En ce qui concerne la Russie, elle n'est fondamentalement ni russophile ni russophobe. Elle attend seulement de la Russie qu'elle se soumette aux règles allemandes. Ainsi, concernant la question ukrainienne, elle estime que la Russie doit admettre que l'Ukraine fait partie de la zone d'influence allemande. Les intérêts allemands rêvent de conquérir l'immense marché russe à partir d'une plate-forme ukrainienne. C'est pourquoi tout autant que les Américains, et pour des raisons différentes, ils ont dès le début soutenu la révolution Maidan, et qu'ils continuent à s'opposer à une fédéralisation de l'Ukraine consacrant une perte d'influence dans les provinces russophones.

Aujourd'hui, la participation (du bout des lèvres) de Angela Merkel aux accords dits Minsk2 ne remet pas en cause ce souci de domination de l'Allemagne par l'intermédiaire d'une complicité fondamentale avec l'Amérique. Ainsi, Berlin continue à demander une accélération des négociations sur le traité TTIP. Le grand marché ainsi mis en place sera sans doute très ouvert aux intérêts américains, mais il le sera aussi aux intérêts allemands dominants. Cela en sera en tous cas fini des possibilités de coopérations stratégiques entre pays européens autres que l'Allemagne, tant avec la Russie qu'au delà avec le Brics, par exemple dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie. Athènes le constate à ses dépens aujourd'hui.

Ceci veut dire les mouvements comme Syrisa ou Podemos qui rêvent d'échapper à la domination americano-allemande s'exprimant officiellement à travers les Institutions européennes et officieusement par une domination économique et médiatique omni-présente, n'auront guère de possibilités de changement à proposer. Quoiqu'il en soit, comme nous l'avons rappelé en introduction, ce ne sera pas de l'atonie politique française que pourront surgir des propositions sérieuses de rééquilibrage au sein de l'ordre actuel des pouvoirs.

25/05/2015


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