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Recul stratégique américain majeur au Moyen Orient et en Méditerranée

A 13h le 21/08, un intervenant français sur une chaine française, se demandait gravement si l'Occident pourrait jamais arrêter « l'offensive de Poutine », en Ukraine et en Syrie. Personne évidemment n'a fait remarquer que les Russes se bornaient à réagir contre des offensives américaines, tant en Ukraine à la suite du coup d'état fomenté par les Etats-Unis contre le précédent président Victor Ianoukovytch, destitué à leur instigation en 2014, qu'au Moyen Orient, agité depuis des années par des « rebelles modérés » destinés par eux à abattre l'allié de Poutine, Bashar al Assad. La plupart de ces rebelles modérés sont devenus depuis des terroristes n'ayant rien de modérés qui sous le nom de Daesh s'en prennent non seulement à Damas ou la Russie, mais aux pays européens.
Que Poutine, après avoir longtemps hésité, ait décidé d'intervenir, d'ailleurs relativement discrètement, sur ces deux fronts, ne peut que réjouir ceux qui même en Europe souhaite un recul de l'unilatéralisme américain. Ces mêmes accueilleront donc avec beaucoup d'intérêt le changement stratégique majeur, impliquant les Russes, mais non les seuls Russes, qui a été réalisé dans les dernières semaines. Ce changement pourrait marquer un recul définitif de l'influence militaire et politique américaine au Moyen Orient voire même prochainement en Europe.

Certes, dans le même temps, les Etats-Unis ont entrepris de faire reculer la présence chinoise dans la Mer de Chine Sud, qu'ils considèrent encore comme leur domaine exclusif d'influence. Il est difficile de prévoir ce qu'il en adviendra. Mais chaque chose en son temps. Ce qui préoccupe les pays du Moyen Orient, comme beaucoup de pays européens, notamment méditerranéens, sans compter bien évidemment les Russes, est de constater le recul stratégique américain dans cette partie du monde. La plupart s'en réjouissent, y compris avec beaucoup d'hésitations Israël.

De quel changement s'agit-il? Il s'agit de la mise en place accélérée d'un Axe Moscou, Tehéran, Ankara que le virage radical d'orientation de la Turquie, sous l'influence de Recep Tayyip Erdogan, est en train de conforter. La visite programmée d'Erdogan en Iran dans les prochains jours devrait le confirmer. Il ne s'agit pas seulement d'un axe politique mais d'un axe militaire, dont profitera en premier lieu l'aviation stratégique russe. Depuis quelques jours, celle-ci peut opérer sur la base de Noji, proche de la ville de Hamadan, en Iran. De même sont entrepris des travaux d'agrandissement de la base désormais légalement russe syrienne de Khmeimim.

Dans quelques jours enfin, les Russes vont acheminer des S-300 et probablement aussi des S-400 vers Hamedan. Grâce à ces armes, l'espace aérien iranien deviendra pratiquement inaccessible tant aux américains qu'aux saoudiens.

Comme le constate avec désenchantement le New York Times, ce que les Russes ont fait avec l'Iran, sans aucune pression, en laissant intact le sens de l'indépendance et de la souveraineté nationales et avec par conséquent avec le soutien constant des Iraniens, jamais les Etats-Unis ne le réussirent avec le shah Mohammed Reza Pahlavi. De plus, cette alliance montre qu'entre partenaires de bonne foi, même séparés par des convictions religieuses et philosophiques différentes, l'islam iranien ne représente en aucun cas une menace – de même d'ailleurs, il faut l'espérer, que l'islam turc.

Moscou, Téhéran et Ankara répondent aux « inquiétudes » manifestées par le département d'Etat et le Pentagone que cet axe vise exclusivement à mieux lutter contre Daesh, ce que la coalition militaire américaine se montre incapable de faire. Mais nul ne s'y trompera, il s'agit bien comme nous le formulions en titre de cet article, d'un recul stratégique américain. Non seulement est-il important, mais il risque de devenir définitif.

Les stratèges européens, s'il en existe, devraient cesser de se lamenter devant cette « offensive de Poutine ». Ils devraient au contraire envisager des rapprochements solides avec la Russie, l'Iran et la nouvelle Turquie. Leurs intérêts sont communs.


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21/08/2016


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