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Un Poutine bien respectueux

En s'en tenant pour le moment aux analyses à chaud, faute de précisions suffisantes, notamment sur les réactions de la population russe, force est de constater que Vladimir Poutine, dans sa conférence de presse du 18 décembre, s'est bien gardé d'annoncer une quelconque volonté de « renverser la table » en refusant de jouer le jeu des marchés.
 Il s'est borné à annoncer des mesures qui n'effraieront que les spéculateurs à terme, qu'ils soient d'ailleurs russes ou venant d'autres parties du monde financier. Il s'agit de l'engagement des réserves du Ministère des Finances et de la Banque Centrale (BCR) pour provoquer une remontée des cours du rouble. Autrement dit, face à un rouble qui ces derniers jours avait été évalué par les marchés à 75, voire 80 roubles pour un dollar, présenté comme ruineux pour l'économie russe, l'achat de ces roubles par la banque centrale a provoqué une remontée sensible de ce cours. Les achats nécessaires à cette fin ont été évalués à 30 milliards de dollars par semaine . La Russie le peut puisque les réserves de la BCR dépassent les 400 milliards de dollars.

Ce ne sera évidemment pas de l'argent qui sera totalement perdu par la BCR puisque, si les cours remontent, celle-ci pourra revendre les roubles achetés à un taux redevenu normal. Par contre, les spéculateurs et fonds spéculatifs qui jouent le rouble à la baisse subiront des pertes importantes, qui les inciteront à se méfier dorénavant. Il s'agit des contrats à terme. Si j'achète du dollar à 70 roubles en espérant le revendre à 75 et si du fait de la hausse du rouble je suis obligé de le revendre à 65, je subis une perte importante. Le 18 décembre, le rouble était remonté à 62 roubles pour un dollar.

Si cependant la spéculation s'avérait soutenue politiquement par les adversaires de la Russie, qui eux non plus ne manquent pas de réserves de change (rappelons que la Fed. américaine émet du dollar quasi à la demande), la situation continuerait à se détériorer. Il faudrait alors en venir à des mesures indispensables dans une économie en guerre, que nous avons évoquées dans notre article précédent 1) . Il faudrait notamment introduire un contrôle des mouvements de capitaux sinon un contrôle des changes.

Mais là, Moscou marquerait clairement qu'il a décidé, pour reprendre cette expression de renverser la table, en abandonnant tout espoir de s'imposer dans la zone dollar et en se rapprochant de ses alliés (ou futurs alliés) du BRICS. Mais les résultats ne seraient pas obtenus rapidement. La population russe, sans même mentionner les spéculateurs russes, ne verrait certainement pas ce changement d'alliances d'un bon oeil.

Aussi, pour mobiliser le sentiment patriotique, Poutine devrait sans attendre adopter une posture que manifestement le 18 décembre, il a refusé. Non seulement il faudrait dans cette grande guerre patriotique (cf. Великая Отечественная война ) montrer que la Russie est un pays fort (ce qu'il a dit le 18) mais que l'ennemi est faible. Or désignant les Etats-Unis et leurs alliées comme l'Empire, il suscite chez les Russes une peur révérencieuse. A quoi bon espérer triompher dans la confrontation avec un Empire tout puissant, sûr de lui et dominateur ? Il vaut mieux s'arranger pour faire du business avec lui.

Poutine aurait sans doute du dire que l'Empire, bien que restant impérial, branlait de toutes part (même si cela n'était pas tout à fait exact), et qu'il suscitait contre lui l'hostilité générale du monde. Or ce n'était pas à nous de parler à sa place.

1) Aggravation de la guerre économique contre la Russie
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1595&r_id=

18/12/2014


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