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Erdogan le mal-aimé de l'Ouest

Un an après le putsch avorté en Turquie, des centaines de milliers de citoyens turcs ont pris part à des manifestations liés à la Journée de la démocratie et de l'union nationale fêtée le 15 juillet. Cette journée commémorait les victimes du putsch contre Tayyip Recep Erdogan dont la tentative a échoué l'année dernière.
Des centaines de milliers de manifestants ont pris part aux évènements. Les manifestations se sont déroulées dans des dizaines de villes turques, dont principalement Ankara et Istanbul. Les médias occidentaux ont affirmé que c'était le régime qui les avaient organisées de bout en bout, les manifestants n'étant que des victimes de la propagande.

Il suffisait pourtant de regarder les vidéos et écouter les manifestants interrogés pour se rendre compte du fait qu'il s'agissait de mouvements spontanés, correspondant à une vraie ferveur populaire. L'étendue de la répression qui avait suivi l'échec du coup d'Etat et le nombre de responsables limogés ou arrêtés, dont un certain nombre de journalistes, ont pu faire penser qu'une majorité de l'électorat s'était opposée à Erdogan, et que celui-ci ne se maintenait qu'en exerçant une véritable dictature douce. Il n'en était rien.

Les citoyens turcs s'étaient bien rendu compte que le putsch organisé contre Erdogan avait été largement organisé par le prêcheur Islamique Fetullah Gulen, exilé aux Etats-Unis, lui même soutenu par les divers gouvernements, Etats-Unis, Arabie, Emirats, notamment, qu'exaspéraient la politique de plus en plus favorable à la Russie qu'avait adoptée Erdogan. Faut-il rappeler que Fetullah Gulen, même s'il n'est pas qualifié de terroriste par ceux qui prétendent combattre le terrorisme au Moyen-Orient, est de la pire espèce qui soit ?

Il avait recruté en puisant dans les ressources en dollars mis à sa disposition par la CIA et autres agences américaines voulant provoquer un « regime change » en Turquie, un grand nombre de militaires, policiers et juges qui avaient infiltré tout l'appareil d'Etat, à l'insu d'ailleurs de Erdogan. Il ne s'agissait pas d'esprits libéraux proches de la philosophie politique européenne, mais de militants d'un islam de combat pour qui le « régime islamique modéré » mis en place par Erdogan était considéré comme une capitulation devant un vrai Islam. Le coup d'Etat n'aurait pas été une plaisanterie. Il visait d'emblée à éliminer physiquement Erdogan et les responsables des soutiens qu'il avait trouvé auprès de l'opinion. On peut d'ailleurs penser que de nombreux détails concernant les interventions américaines en faveur du putsch restent encore non révélés.

L'aide de la Russie

Nous avons évoquées dans des articles précédents les modalités selon lesquelles Erdogan s'était rapproché de la Russie, de l'Iran et de la Syrie, notamment dans leur lutte contre l'Etat islamique. Vu la puissance régionale de la Turquie, l'appui d'Erdogan leur a permis de remporter des succès décisifs sur le terrain. Washington y a perdu une grande partie de son influence traditionnelle et ne la récupérera pas. La coalition arabe conduite par les Etats-Unis, de son côté, peine visiblement à s'imposer.

L'aide de la Russie s'est concrètement très vite manifestée durant la semaine du 14 juillet par la vente à Ankara du puissant S-400 Triumf ABM system qui est en cours d'installation, avec l'assistance technique et le transfert de technologie qui l'accompagneront. Cependant, l'Amérique n'a pas renoncé à exercer une influence sur la Turquie. Cette même semaine, une importante délégation de diplomates et chefs militaires, dont le général David L. Goldfein, chef de l'Etat Major de l'Air Force, s'est rendue à Ankara pour tenter de faire échouer cette vente et obtenir en contrepartie l'achat de 100 chasseurs F35A (dont d'ailleurs comme nous le savons l'ensemble de la chaine de production éprouve encore des difficultés). Mais le gouvernement turc n'a en rien modifié son orientation favorable à l'axe irano-russe.

Ceci expliquera pourquoi dans les prochains mois l'entreprise de démonisation d'Erdogan continuera dans les Etats européens, au sein de l'Otan, ainsi qu'en Israël. Certes le président turc n'a rien de sympathique aux yeux de l'opinion occidentale. Par ailleurs, l'orientation de moins en moins « modérée » de son islam fera peur. Nul de censé ne défendra encore l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Mais le réalisme devrait obliger à admettre que, sans Erdogan, ce serait un islam véritablement hostile à l'Europe sur le mode de celui de Fetullah Gulen ou de l'Etat Islamique qui s'imposerait au plus près des frontières méditerranéennes de cette même Europe.

18/07/2017


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