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Une croissance démographique inexorable

Nous avons plusieurs fois abordé ce thème. Pourtant, il ne semble guère inquiéter, comme si les chiffres de l'ONU avaient été trafiqués pour d'obscures raisons.
Or, le nouveau rapport des Nations unies, « Perspectives de la population mondiale : révision 2015 », publié 29 juillet, http://esa.un.org/unpd/wpp/présente des prévisions qui, aussi nataliste que l'on soit, ne peuvent qu'inquiéter.

Le terme de « bombe démographique » vigoureusement critiqué par de nombreux démographes, au vue d'observations antérieures interprétées avec optimisme, est loin d'être une illusion. Seul le Pape, pourtant engagé dans une lutte pour la protection de la nature, n'y fait pas allusion. Jamais ses recommandations ne contiennent la moindre allusion à l'intérêt vital des moyens anticonceptionnels.

Ainsi la Chine et l'Inde, qui sont respectivement les pays les plus peuplés, avec respectivement 1,38 milliard et 1,31 milliard d'habitants (soit 19 % et 18 % de la population mondiale) devraient l'une et l'autre compter avant 2022 1,4 milliard d'individus. Plus inquiétant encore, au delà de cette date, la population indienne continuera de croître, passant à 1,5 milliard en 2030 à 1,7 milliard en 2050. La population chinoise devrait par contre se stabiliser jusqu'en 2030 avant de se mettre à décliner, pour retomber à 1 milliard à la fin du siècle.

On peut penser que la « transition démographique » qui se manifestera en Chine pendant le siècle résultera en partie de ce qui restera de la politique de l'enfant unique, très critiquée aujourd'hui parce qu'elle se traduit par un vieillissement relatif de la population, mais pourtant condition indispensable pour l'équilibre entre les besoins et les ressources. En Inde au contraire, où rien n'est fait sérieusement pour limiter les naissances, et où les perspectives d'accès à une croissance économique en profondeur resteront très fragiles, le phénomène des villes bidonvilles surpeuplées, dont Calcutta offre une image, se poursuivra inexorablement. Il serait étonnant que le chroniqueur indien très averti qu'est MK Bhadrakumar, sur son site Indian Punchline, n'y fasse pas prochainement allusion, et ne présente pas ses réactions à cet égard.

La Chine et l'Inde ne sont évidemment pas les seules concernées par cette croissance démographique. A la fin du siècle, la population planétaire devrait atteindre 11,2 milliards d'individus, soit 300 millions de plus que ne le projetaient en 2012 les démographes de l'ONU, qui ont une nouvelle fois été contraints de revoir à la hausse leurs prévisions. Beaucoup s'en réjouissent. La réévaluation s'explique notamment par les progrès enregistrés sur l'espérance de vie au cours des dernières années, et ce dans toutes les régions du monde.
Les gains les plus importants ont été enregistrés en Afrique, où l'espérance de vie s'est accrue de six ans au cours de la dernière décennie. C'est principalement les progrès réalisés en matière de réduction de la mortalité infantile qui expliquent ce phénomène.

Mais la diminution des maladies infectieuses touchant principalement les enfants se traduira à terme par un développement des maladies non infectieuses (cancer, maladies cardio-vasculaires, diabète) intéressant les adultes et les personnes âgées. Autrement dit la diminution de la mortalité infantile, que vraisemblablement n'accompagnera pas une diminution de la fécondité, du fait notamment des principes imposés par les religions, tant l'islam que l'Eglise catholique, ne représentera en aucun cas un gain en matière de santé publique. Au contraire, les besoins en matière d'infrastructures de santé se multiplieront, sauf à laisser les adultes mourir sans soins.

Si la croissance de la population mondiale se poursuit, son rythme se ralentit. Cependant, de 7,3 milliards en 2015, elle devrait encore gagner au cours des quinze prochaines années plus d'un milliard d'individus, pour atteindre 8,5 milliards en 2030, puis s'élever à 9,7 milliards en 2050 et à 11,2 milliards en 2100.

L'Afrique

Par contre, plus inquiétant est le fait que la moitié de la croissance de la population mondiale d'ici à 2050 devrait concerner l'Afrique. Au milieu du siècle, la population du Nigeria devrait dépasser celle des Etats-Unis (388,8 millions), avec 398,5 millions d'habitants, faisant de ce pays la troisième nation la plus peuplée de la planète. Les recrutements de Boko Aram pourront donc continuer sans difficultés.

L'Angola, le Burundi, la République du Congo, le Malawi, le Mali, le Niger, la Somalie, l'Ouganda, la Tanzanie et la Zambie pourraient, eux, d'ici à 2100, voir leur population quintupler. Comme ces pays ne verront certainement pas augmenter leurs ressources en proportion, notamment du fait du réchauffement climatique, il sera inévitable qu'ils encouragent des migrations massives, fussent-elles initialement présentées comme pacifiques.

Où se dirigeront ces migrations? Ni vers l'Asie-Pacifique ni vers les Amériques, mais vers l'Europe. Celle ci sera la seule région de la planète qui connaîtra un recul continu de sa population. Aujourd'hui le taux de fécondité européen devrait se redresser, en passant de 1,6 enfant par femme en moyenne en 2015 à 1,8 enfant par femme en 2050, mais cela n'empêchera pas la baisse de sa population. Les pays de l'Europe du Nord seront les premiers victimes de ce phénomène, contrairement (en principe) à ceux de l'Europe du Sud et notamment à la France.

Mais les pessimistes feront valoir que la croissance démographique de l'Europe du Sud, si elle se confirmait, serait due au poids particulier, et déjà ancien, de migrations d'origine africaine dans ces pays. Il s'agirait en d'autres termes de phénomènes avant-coureurs des migrations massives qui se produiront en Europe dès avant 2050.

Et alors, que faire? demanderont ceux qui n'ont pas encore compris que les mouvements démographiques sont, à d'autres échelles, très comparables à ceux découlant de la dérive des continents. Autrement dit, inexorables et imparables.

 

01/08/2015


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