Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Quelle politique nataliste pour la France?

Les discussions voire les polémiques ayant suivi la récente décision du gouvernement français, visant à moduler en fonction des revenus les allocations familiales et mesures associées, oblige à se reposer la question de l'optimum de natalité pour un pays européen tel que la France, comme celle des moyens d'y parvenir.
On sait que, à la suite des deux guerres mondiales, les gouvernements français avaient décidé d'encourager les naissances, en aidant les familles mais aussi les personnes célibataires, à faire davantage d'enfants, selon l'expression adoptée à l'époque. Ceci signifiait qu'il ne fallait pas seulement inciter la nation à se doter d'un nombre de naissances permettant la stabilité démographique, mais d'un nombre de naissance permettant d'atteindre un taux de croissance démographique aussi élevé que possible. Ceci était destiné à compenser non seulement les pertes dues aux guerres, aux crises, mais aussi à un début de désintérêt pour la reproduction qui se manifestait semblait-il dans les milieux intellectuels ou féministes.

Pour bien montrer que la politique d'encouragement des naissances, recommandée notamment par le démographe Alfred Sauvy (image), n'avait pas de finalité fiscale ou redistributive, mais visait seulement à favoriser la natalité, quel que soit le niveau de vie des bénéficiaires, il avait donc été décidé de proportionner les aides familiales au nombre d'enfants, indépendamment du niveau de revenu des bénéficiaires. La démarche avait fait l'objet de quelques débats à l'époque, mais elle avait finalement été acceptée et même encouragée par toutes les tendances politiques.

Parallèlement aux allocations familiales, la société française, bien plus en avance sur ce point que celles des autres pays, où qu'ils soient situés sur le globe, avait encouragé les femmes qui travaillent à ne pas devoir choisir entre la famille et la profession...au contraire du scandaleux projet de Appel et Facebook obligeant pratiquement les employées de ces entreprises à reporter leur reproduction au delà de la quarantaine, c'est-à-dire dans les conditions les plus défavorables possibles. Un nombre important d'aides à la famille et au parent existent donc en France, au profit des mères qui travaillent, qu'elles soient célibataires ou en couple. Le montant de ces aides se réduit de plus en plus, mais leur principe demeurent cependant bien inscrit dans les institutions et dans les moeurs.

Un résultat exceptionnellement favorable

A la suite des politiques publiques et privées visant à encourager la natalité, la France est aujourd'hui le seul pays européen disposant d'une démographie positive, c'est-à-dire permettant un taux de naissances supérieur à celui des décès. Ce résultat n'est pas du seulement à l'immigration et aux politiques d'aides telle que le regroupement familial. Il résulte d'une « propension à l'enfant » répandue dans toutes les classes sociales, indépendamment de l'origine, des religions ou de l'appartenance ethnique des parents.

Ce n'est pas le cas des autres pays européens, même en ce qui concerne la « riche » Allemagne. On a pu parler à cet égard et non sans raison d'une véritable suicide démographique de l'Europe. Faire appel à l'immigration provenant d'autres continents pour y remédier n'est pas une solution, car elle augmente aujourd'hui les conflits liés à cette dernière, qu'elle soit officielle ou clandestine. Ceci non seulement dans chaque pays considéré mais dans l'espace européen en général, où la circulation des personnes est devenue la règle. Il faut ajouter que l'exemple de l'Allemagne montre bien que la dénatalité n'est pas seulement le résultat d'un choix en matière d'aides familiales, mais aussi un trait sociologique profond, la mère au foyer y étant encore vécue comme un idéal alors qu'il s'agit en France d'un statut plutôt négatif.

Mais faut-il absolument considérer que dans un monde où la population globale continue à croître, alors que les ressources vont inexorablement diminuer, une démographie positive resterait une valeur à encourager? Ne faudrait-il pas au contraire encourager une décroissance raisonnée de la population mondiale? Nous ne le pensons pas. Envisager qu'une telle décroissance, voire une simple stabilisation, puisse être décidée au niveau mondial, serait aussi utopique que proposer d'assurer une redistribution des richesses.

Jusqu'à nouvel ordre, c'est la compétition pour la survie qui règne entre les nations et les Etats. Chaque Etat ou groupe d'Etats considère que disposer d'une population en croissance est un élément de sa puissance, lui permettant de s'imposer, y compris militairement, au détriment des Etats en voie de dépeuplement. C'est ainsi que la Chine, après avoir fort raisonnablement, par le politique dite de l'enfant unique, tenté ces dernières décennies de réguler sa natalité, revient désormais sur cette politique dans la perspective de compétitions possibles avec l'Inde ou l'Indonésie surpeuplées, sans doute aussi en espérant sans l'avouer qu'elle pourra ainsi coloniser pacifiquement la Sibérie russe dramatiquement sous peuplée.

Quelle politique nataliste pour la France du prochain demi-siècle?

Compte tenu des points évoqués ci-dessus, nous répondrons à cette question par plusieurs propositions corrélées, c'est-à-dire participant d'une démarche sociétale globale. Inutile de préciser que ces propositions n'engagent que leur auteur.

  • La politique nataliste doit être déterminée pour au moins deux, sinon trois générations. Elle est donc structurelle. Elle ne doit pas varier selon les aléas de la conjoncture: taux de croissance, taux de chômage, taux d'inégalités, taux d'émigration ou d'immigration. Elle relève par ailleurs de la souveraineté nationale, autrement dit elle ne doit pas être fixée par des politiques européennes. Il pourrait en être différemment s'il s'agissait de choix pris explicitement au niveau de l'ONU, mais, comme nous venons de le voir, cette perspective reste encore hautement improbable.

  • La politique nataliste ne doit pas être liée à des considérations relatives à la situation des génitrices. Elle doit donc être la même pour toutes, que celles-ci soit mariées, divorcées, célibataires ou en couple homosexuel, qu'elles exercent ou non une activité professionnelle et ce à quelque niveau que ce soit. Ajoutons que les femmes qui pour une raison ou une autre, n'ont pas d'enfants, ne devraient en aucun cas être pénalisées par rapport aux mères.

  • La politique nataliste ne repose pas seulement sur l'appel à des aides matérielles allouées par la collectivité ou l'Etat, mais aussi sur des symboles. A cet égard, nous pensons que la démarche qui a été invariablement celle de la France, jusqu'à ces dernières semaines, visant à ne pas lier les allocations familiales au niveau de vie, était la bonne. Autrement dit, le choix récent du gouvernement français se traduisant par un lien entre les aides et le revenu n'est pas bon. Il s'agit d'une capitulation, au sens propre du terme, devant les oukases du respect d'un équilibre budgétaire, lequel dépend en fait de bien d'autres facteurs que la politique nataliste, tel notamment le taux d'investissements productifs. Il conviendrait donc de l'abroger le plus vite possible.

  • Il serait par contre nécessaire de limiter les aides une fois atteint un certain taux de reproduction. Globalement, les familles supérieures à 4 enfants ne devraient pas être encouragées. On pourrait concevoir que croissantes jusqu'à 3 enfants, les aides se stabilisent au 4e enfant et disparaissent totalement au delà. Ainsi seraient évitées, notamment, les incitations à l'immigration de familles trop nombreuses, ou des démarches contraires aux valeurs de notre civilisation, telle que la polygamie.

Concernant donc la France, nous ne pouvons que dénoncer la véritable lâcheté du Président et du gouvernement. Pour complaire à Bruxelles en matière d'économies, comme aussi aux exigences d 'autres pays européens, ils n'ont même pas cherché à poser le problème des allocations familiales en toute clarté devant l'opinion publique. Si l'appel au référendum s'impose, cela aurait pourtant été le cas.

20/10/2014


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire