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Déstabiliser Poutine ?

Nous avions dans un article précédent suggéré que l'attentat de Moscou avait pour objectif, venant d'adversaires extérieurs, de détabiliser Vladimir Poutine "Possible provocation à Moscou? Dans quels buts ?" Pour certains, il s'agirait de dresser contre Poutine les oligarques et autres affairistes encore très actifs à Moscou. Que penser des chances d'aboutir de cette manoeuvre?

Il est plus que probable qu'une grande partie des hommes d'affaire et spéculateurs russes, constituant un pouvoir informel très puissant, s'inquiètent des « sanctions » imposées à Washington et destinées à déstabiliser Poutine comme plus généralement une Russie non soumise à ce même Washington. Mais en viendraient-ils, comme le cherchent depuis longtemps les pouvoirs américains, à renverser Poutine pour mettre à sa place un pantin plus docile aux intérêts de l' « occident »?

Ce n'est pas certain, car Poutine et son entourage ont ouvert aux intérêts russes une perspective de développement considérable, bien supérieure à ce que peut offrir un « occident » bien affaibli et sans grands projets stratégiques, autres que militaires. Il s'agit des accords et projets se développant au sein du Brics, notamment entre la Russie, la Chine et vraisemblablement ultérieurement l'Inde. Avec la Chine par exemple s'organisent des coopérations technologiques de grande ampleur (voir notre article sur un autre site Composantes technologiques de l'entente stratégique russo-chinoise , 20/02/2015 http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2015/154/russochine.htm)

Il y aura là de quoi occuper suffisamment tous ceux qui veulent à juste titre développer les ressources de la Russie en coopération avec une Chine certes sur certains points encore rivale de la Russie mais aussi alliée dans la résistance aux agressions politiques et économiques de l'Amérique.

Par ailleurs, comme nous l'avons souvent indiqué, la politique de dédollarisation, visant notamment à remplacer le dollar par un mix rouble-yuan dans les contrats entre Russie et Chine, est déjà bien avancée. La aussi il y aura là largement matière à investissements et spéculations fructueuses pour les hommes d'affaires et banques russes. S'y ajouteront les perspectives offertes par d'autres structures telle le Fonds monétaire et la banque mondiale Brics. D'ores et déjà on constate que les industriels européens, notamment allemands, s'y intéressent. Ils seront vite rejoints par les banques un peu visionnaires.

Enfin, à supposer que sous pression de Washington et de Wall Street, toutes les sources d'accès à des crédits occidentaux soient coupées, voire que la Russie soit exclue du réseau interbancaire SWIFT, cela signifierait-il que la Russie ne puisse se créer les liquidités dont elle a besoin pour investir elle-même ou dans ses relations avec le Brics? Certainement pas.

Il lui suffirait, par un accord entre le Kremlin et la Banque centrale russe, de créer du rouble-papier en quantité suffisante pour amorcer des investissements importants, ainsi que les bénéfices en résultant si ces investissements sont bien gérés. C'est ce qu'a toujours fait, sous le nom moderne de « quantitative easing », la Banque fédérale américaine aux ordres de la Maison Blanche et du Congrès. C'est ce que commence à faire, mais encore bien timidement, car le FMI et l'Amérique voient cela d'un très mauvais oeil, la Banque centrale européenne. Dans le cadre de la dédollarisation en cours, les Bons du Trésor libellés en roubles (autrement dit rouble-yuan) que pourrait mettre en circulation Moscou trouveraient sans difficultés preneurs chez des investisseurs chinois.

05/03/2015


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