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La fin du monde selon Orlov

Dmitry Orlov (en russe : Дмитрий Орлов), né en 1962, est un ingénieur et écrivain russo-américain. Ses écrits ont pour sujet le déclin et l'effondrement économique, écologique et politique potentiel aux États-Unis. Ici il n'aborde pas seulement la question de l'effondrement des Etats-Unis, mais celle de l'effondrement du monde.
Dans l'esprit des préoccupations qui sont principalement les nôtres sur ce site, nous avons extrait de l'article d'Orlov référencé ci-dessous certains paragraphes (en noir) nous paraissant appeler des commentaires de notre part (en italique rouge). Nous avons résumé les propos d'Orlov et réorganisé pour plus de clarté l'ordre des paragraphes.

Image. Vénus et la Terre. Dans quelques siècles, quelles différences?

Première partie. Le phénomène de la destruction en marche

1) Pic du pétrole

La première hypothèse d'Hubbert ( voir Wikipedia Pic de Hubbert) , qui prédisait que le pic de production historique de pétrole par les USA serait atteint dans les années 1970, s'est révélée juste. Mais les prédictions suivantes, qui situaient le pic de production mondial, suivi par un effondrement rapide, autour des années 2000 se sont avérées erronées. Quinze ans plus tard, la production mondiale bat tous les records. Les prix du pétrole, qui étaient élevés pendant un certain temps, se sont temporairement abaissés. Cependant, si l'on examine de plus près les détails de la production de pétrole, il devient flagrant que la production conventionnelle de pétrole a atteint son maximum en 2005, soit 5 ans après la date prévue, et n'a fait que diminuer depuis. Les compléments de production ont été fournis par des moyens d'extraction difficiles et coûteux (forages en profondeurs, fracturation hydraulique), et par des produits qui ne sont pas exactement du pétrole (sables bitumineux).

Les prix actuels sont trop bas pour soutenir cette nouvelle production qui nécessite des investissements élevés pendant longtemps. L'abondance actuelle commence à ressembler à un banquet qui sera suivi par la famine. La cause directe de cette famine ne sera pas l'énergie, mais la dette, bien que ses origines puissent être reliées à l'énergie. Une économie de croissance nécessite une énergie bon marché. Des coûts d'énergie élevés réduisent la croissance, et obligent à contracter des dettes qui ne pourront jamais être payées. Une fois que la bulle d'endettement aura explosé, il n'y aura plus assez de capitaux pour investir dans une nouvelle phase coûteuse de production d'énergie, et le délabrement final s'installera.

Notre commentaire.

Il n'est pas certain que le pic de production d'énergie fossile soit jamais atteint dans le siècle. D'une part de nouvelles réserves de gaz relativement faciles à exploiter se découvrent régulièrement, par exemple en arctique. D'autre part le réchauffement climatique, parmi ses effets nocifs, produira d'énormes quantités de méthane ,elles-aussi semble-t-il facilement exploitables. Inutile de préciser que tout ceci ne fera qu'accélérer le réchauffement, en retardant les investissements visant les économies d'énergie et les énergies renouvelables. La Russie et la Chine, outre l'Amérique du nord, seront les principaux agents de ce recours au pétrole-gaz arctiques et au méthane. Il s'agit évidemment de mauvaises nouvelles concernant les risques et délais de survenance des futures catastrophes climatiques.

2.) Les USA en pleine décomposition

La meilleure description qui puisse se faire des USA est celle d'une nation en pleine décomposition, dirigée par une petite clique d'oligarques contrôlant les masses au moyen de discours orwelliens. La population est à un tel niveau d'aveuglement que la plupart des gens pensent encore que tout va bien dans le meilleur des mondes. Cependant, quelques-uns réalisent que le pays a de très nombreux problèmes, notamment la violence, l'abus d'alcool et de drogues, l'hyper-consommation destructrice. Mais ils ne peuvent se faire entendre. Les géants du web américain leur impose de penser que tout ira bien s'ils continuent à consommer davantage et éviter de réfléchir.

Les signes de cet état avancé de décomposition ne peuvent être ignorés, qu'il s'agisse de l'éducation, la médecine, la culture, ou de l'état général de la société américaine, dans laquelle la moitié des personnes en âge de travailler ne peuvent gagner de quoi vivre une vie décente. Mais c'est encore plus évident lorsque l'on s'intéresse à la liste sans fin des erreurs qui forment l'essence de la politique étrangère des USA.

L'État Islamique, qui dirige maintenant une grande partie de l'Irak et de la Syrie, est un exemple d'échec particulièrement flagrant. Cette organisation avait d'abord été mise en place, avec l'aide des USA, pour renverser le gouvernement syrien, mais au lieu de cela elle commence à menacer la stabilité de l'Arabie saoudite. Et ce problème a encore été aggravé par le déclenchement d'une nouvelle guerre de moins en moins froide contre la Russie. Celle-ci pourtant, avec son immense frontière sud-asiatique, est l'une des grandes nations qui cherche à combattre l'islamisme extrémiste.

Un autre exemple est le chaos militarisé et l'effondrement économique complet qui ont englouti l'Ukraine suite au renversement violent, organisé par les USA, de son tout dernier gouvernement constitutionnel il y a un an. La destruction de l'Ukraine a été justifiée par le calcul simpliste de Zbigniew Brzezinski, supposant que transformer l'Ukraine en une zone antirusse occupée par l'Otan sera à même de contrer efficacement les ambitions impérialistes russes. Le fait que la Russie ne montre pas d'ambitions impérialiste est l'un des défauts majeurs de ce calcul. La Russie possède tout le territoire dont elle aura jamais besoin, mais pour le développer, elle a besoin de la paix et d'accords commerciaux. Un autre grain de sable non prévu par Brzezinski vient du fait que la Russie se sent concernée par la protection des intérêts des populations russophones, où qu'elles puissent vivre. Pour des raisons de politique intérieure, elle agira toujours pour les protéger, même si ses actions doivent être illégales et risquent de mener à un conflit militaire de grande ampleur. Donc, la déstabilisation de l'Ukraine par les Américains n'a rien accompli de positif, mais a accru le risque d'autodestruction nucléaire.

Notre commentaire

Cette description de la décomposition des USA, qui paraît fondée, devrait conduire les européens à se demander si l'Europe ne participe pas elle-même à cette décomposition, du fait qu'elle paraît décidée à rester inféodée aux USA. C'est par exemple ce qu'a demandé le président polonais Komorovski à la dernière réunion du German Marshal Fund ( http://brussels.gmfus.org/ ) en suggérant que les USA et l'Union européenne fusionnent. L'avenir de l'Europe se trouve au contraire dans le renforcement de ses identités variées et, ainsi armée, dans des coopérations stratégiques avec le Brics, Russie, Chine, Brésil, Inde notamment. Mais qui s'en rend compte en Europe aujourd'hui?

3) Détérioration accélérée du climat de la Terre

Les prévisions parfaitement scientifiques du GIEC continuent à se heurter au lobby des climato-sceptiques. Quand ils ne nient pas la détérioration actuelle, ils font miroiter des solutions d'ingénierie climatique ou géo-ingénierie qui d'une part sont hors de portée technique ou budgétaire et qui, d'autre part, en cas de succès, pourraient entrainer des conséquences encore plus dangereuses que le réchauffement prévu.

Nous assistons aujourd'hui à un épisode d'extinction massive déclenchée par l'homme, qui ira sans aucun doute au-delà de tout ce qu'a pu expérimenter l'humanité,. Elle pourrait rivaliser avec la grande extinction Permien-Trias, qui a eu lieu il y à 252 millions d'année. Il est même possible que la Terre se transforme en planète stérile, avec une atmosphère tout aussi surchauffée et toxique que celle de Vénus. Ces changements sont en train de se produire, il ne s'agit pas de prédiction, mais d'observations.

Notre commentaire

Dmitry Orlov ne dénonce pas suffisamment les intérêts industriels, financiers et géopolitiques qui imposent à l'humanité toute entière de continuer à gaspiller l'énergie et les ressources naturelles « comme avant », c'est-à-dire sans rien changer. Même si combattre de tels intérêts paraît hors de portée des citoyens ordinaires, il faut néanmoins tenter de les analyser, non seulement sous leur forme actuelle, mais sous les formes qu'ils revêtent afin de faire face à des critiques renouvelées.

Le paysage des oligarchies dominantes est complexe et généralement gardé secret par celles-ci. Ceci ne doit pas justifier les refus d'analyses, aussi scientifiques que possible.

Seconde partie. La destruction. Incertitudes qui demeurent

1. Jusqu'où ira ce processus ?

Existera-t-il encore un habitat dans lequel l'humanité pourrait survivre? Pour survivre,les hommes ont besoin d'une abondance d'eau potable, de glucides, graisses et protéines, autrement dit d'écosystèmes viables permettant de les extraire. Si l'ensemble de la végétation meurt, ils mourront aussi. De plus, ils ne peuvent survivre dans un environnement où la température humide dépasse leur température corporelle. Enfin, ils ont besoin d'un air respirable, doté d'assez d'oxygène et dépourvu sauf sous forme de traces de dioxyde de carbone et de méthane. Or c'est ce qui se produira lorsque la végétation aura disparue, que le permafrost aura fondu, que le méthane actuellement emprisonné dans les clathrates océaniques aura été libéré. Les hommes mourront tous, comme d'ailleurs les autres formes de vie supérieure, animaux et végétaux.

Nous savons déjà que l'augmentation des températures moyennes globales a dépassé le degré Celsius depuis les temps préindustriels. Si l'on prend en compte les modifications de composition atmosphériques, pouvant en sens opposé augmenter les effets de serre ou jouer un rôle d'écran analogue à celui des nuages, qui ralentit le réchauffement, on peut approximer que la température moyenne devrait augmenter d'au moins encore 1 degré. Cela devrait à terme de cent ans, rapprocher du seuil limite d'augmentation, estimé à 3,5 degrés. Or aucun homme n'a jamais vécu sur une Terre plus chaude de 3,5 degrés, par rapport aux températures actuelles.

Pas de commentaires

2. A quelle vitesse ce processus va-t-il se dérouler ?

L'inertie thermique de la planète est telle qu'on constate un décalage de quarante ans entre la modification de la composition chimique atmosphérique, et le ressenti de ses effets sur les températures moyennes. A ce jour, nous avons été protégés de certains de ces effets par la fonte des glaciers et du permafrost dans l'Arctique et l'Antarctique, et la capacité de l'océan à absorber la chaleur. Certains scientifiques annoncent qu'il faudra sans doute près de cinq mille ans pour que les glaces disparaissent, mais les modes de refroidissement des glaciers ne sont pas bien compris, notamment concernant leur rapidité a relâcher des icebergs, qui dérivent alors vers des eaux plus chaudes et y fondent rapidement.

La plus grande surprise de ces dernières années a été le taux de libération du méthane auparavant emprisonné dans l'Arctique. Il s'agit de ce que l'on a nommé le clathrate gun, qui pourrait relâcher jusqu'à cinquante gigatonnes de méthane en quelques décades. Le méthane est un gaz à effet de serre considérablement plus puissant que le CO2. La quantité de méthane concentrée dans les clathrates est suffisante pour dépasser par un facteur pouvant aller de 4 à 40 le potentiel de réchauffement climatique généré par toutes les énergies fossiles brulées à ce jour.

En voyant de telles données, certains chercheurs ont émis l'hypothèse d'une extinction humaine imminente. Les estimations varient, mais, de manière générale, si le clathrate gun a vraiment été déclenché, alors les humains ne devraient prévoir d'être présents après la seconde moitié du présent siècle.

Dans l'intervalle cependant, la surpopulation humaine actuelle aura laissé la place à des mortalités massives. La surpopulation est actuellement rendue possible par l'utilisation des énergies fossiles. Une fois cette utilisation ralentie, la population humaine s'effondrera. Il faudra compter par exemple avec la mort par coups de chaleur des citadins accumulées dans les mégapoles que l'on pourra plus climatiser en été.

Notre commentaire

Concernant les mortalités, on peut prévoir que la plupart ne se produiront pas pacifiquement, si l'on peut dire. Elles résulteront de guerres pour la survie opposant les populations les premières atteintes à celles disposant encore de ressources naturelles et technologiques ou de climats plus protecteurs.

Concernant par ailleurs la vitesse de survenance des grandes catastrophes, il faut préciser que l'incertitude la plus grande demeure. Elles peuvent se dérouler sur un siècle ou un peu plus, laissant le temps aux populations les plus riches de s'adapter. Elles peuvent aussi atteindre ce que les scientifiques nomment un effet de non retour auto-entretenu et auto-accélérée. En ce cas, le point à ne pas dépasser pourrait survenir en quelques années, ne laissant aucun répit permettant l'adaptation.

3. Où survivre le plus longtemps possible?

Ce sera dans la partie nord de l'Eurasie et du Canada. Mais là l'encombrement sera maximum.

Notre commentaire final

Sans être garanties à 100%, comme peut l'être par exemple la prévision d'une éclipses, ces anticipations de Dmitry Orlov devraient être prises le plus au sérieux possibles par ceux qui prétendent décider de l'avenir du monde. Or comme souvent constaté, ceux-ci sont incapables de le faire.

Cet aveuglement ne relève pas seulement, peut-on penser, de motifs liés à la protection des avantages acquis. Il relève de causes plus profondes, de type biologique. Nous avons plusieurs fois ici signalé les hypothèses selon lesquelles le cerveau humain est incapable de prévoir concrètement au delà d'un temps très limitée. A supposer que le cortex puisse le faire, il se heurte à des réflexes génétiquement déterminés et impossibles à modifier faisant qu'un groupe donné, menacé par la concurrence avec un autre groupe, préfèrera mourir que négocier avec ce dernier.

Pour notre part, personnellement, nous avons défendu la thèse selon laquelle ce ne sont pas les humains tels qu'ils sont couramment envisagés qui décident du sort du monde, mais des systèmes que nous avons nommé anthropotechniques, lesquels sont en concurrence darwinienne pour la domination. Or la composante technique de tels systèmes, contrairement à leur composante anthropologique, paraît pour le moment encore inaccessible au simple bon sens. C'est ainsi pour reprendre un propos de Dmitry Orlov, que les forces technologiques réagissant plus vite que leurs composantes anthropologiques s'investissent, non pas dans la lutte contre la protection de la planète, mais dans la recherche de solutions dites d'ingénierie climatique qui ne feront à terme qu'aggraver le mal.

Sources à consulter

* L'article original de Dmitry Orlov
http://cluborlov.blogspot.co.nz/2015/02/extinctextincterextinctest.html


* Wikipedia  Dmitry Orlov
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dmitry_Orlov

24/03/2015


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