Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Trump: le grand écart entre Moscou et Pékin

L'on avait compris, en lisant les déclarations d'intention de Donald Trump, que celui-ci souhaiterait, une fois définitivement élu, se rapprocher de Moscou. Il serait ainsi en rupture avec la politique constante de ses prédécesseurs depuis la fin de la 2eGM, visant à détruire le régime russe parce que doté, notamment, d'une arme atomique comparable à la leur
Le rapprochement devait se faire à propos de la lutte anti-terroriste au Moyen Orient, mais il n'était pas exclu qu'il s'étende à d'autres domaines. Vladimir Poutine avait salué ce changement considérable d'attitude à son égard.

Tous ceux qui connaissent un tant soit peu les relations entre la Russie et la Chine, notamment pour une attitude coordonnée dans la mise en valeur de l'Eurasie, s'était demandé comment Trump pourrait concilier cette position avec son intention affichée de lutter contre l'expansionnisme économique chinois. Celui-ci se fait notamment au détriment de ce qui reste de potentiel industriel de l'Amérique dans ce domaine. Cette intention, qui se caractérisait notamment par un certain retour au protectionniste, avait été à la source du succès électoral de Trump dans le « rust belt ».

Trump ne pouvait pas ignorer que la Russie et la Chine avaient décidé de coopérer au sein du Brics et de l'Organisation économique de Shanghai (OCS). Certes cette coopération suscitait quelques inquiétudes à Moscou. Mais en aucun cas il ne serait être question pour Moscou; pensons-nous, d'y renoncer. L'on pouvait légitimement penser que Trump, qui connaissait ces liens, renoncerait en conséquence à engager une sorte de guerre économique avec la Chine.

Une quasi déclaration de guerre

Or c'est tout le contraire qu'il vient de faire en laissant penser qu'il ne se limiterait pas à une guerre économique avec la Chine, mais qu'il vise en fait aussi une guerre diplomatique voire militaire. Ce fut l'entretien téléphonique que Trump vient d'avoir avec la présidente taiwanaise Tsai Ing-wen, dont il a rendu compte sur son blog, qui a donné l'alerte. Il rompait ainsi avec la politique de ses prédécesseurs qui avaient convenu, sur la demande expresse de Pékin, de reconnaitre le principe dit “One China” déniant à Taiwan toute personnalité diplomatique.

Cette nouvelle attitude vis-à-vis de Pékin a toujours été recommandée à Trump par ses conseillers les plus durs. Ceux-ci dès 2015 avaient pris de nombreux contacts avec le gouvernement taïwanais.  Elle entre désormais en application. Trump a officiellement déclaré sur Twitter qu'il agissait ainsi en réponse aux décisions unilatérales de Pékin visant dévaluer sa devise, taxer lourdement les importations américaines en Chine et finalement construire un complexe militaire en Mer de Chine méridionale.

Pendant sa campagne, il avait menacé d'imposer en retour des taxes de 45% aux importations chinoises. Au plan géopolitique, il vient d'annoncer via ses conseillers qu'il réactiverait la politique de Barack Obama dite de « pivot vers l'Asie » à laquelle il reproche de n'être qu'une apparence de gros bâton. Il a fait connaître notamment , comme nous l'avions relaté, sa volonté d'accroitre la force navale américaine dans le région, en la portant de 274 navires à 350. Ceci correspond aux intentions de son nouveau Secrétaire à la Défense, le général Mattis dit “Mad Dog Mattis”. Celui-ci a déclaré que, tout en maintenant des relations positives avec la Chine, il mettrait en place une stratégie diplomatique et militaire visant à contrebalancer l'« expansionnisme systématique chinois ».

Si la Russie n'annonce pas son opposition à cette nouvelle attitude américaine, elle se mettrait à mal avec le Brics et l'OCS. Ceci serait innacceptable pour elle. Mais si elle s'y oppose, qu'en sera-t-il de ses projets de coopération stratégique avec Washington? Dans ces conditions, on ne voit pas comment Trump, à moins de se monter incohérent, pourrait continuer à faire le grand écart entre Moscou et Pékin.

06/12/2016


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire