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Plus d'patrons

Dans une chanson célèbre en son temps, un peu oubliée depuis, « Plus de patrons » le chansonnier Aristide Bruant (https://fr.wikipedia.org/wiki/Aristide_Bruant) donnait dans les années 1890 la parole à un ouvrier tenté par la révolution, qui proposait de tout supprimer. Mais à la fin celui-ci revenait à la raison (selon Bruant) et se demandait: « Oui mais si y a plus de latronspèmes (patrons), qui qui f 'ra la paye el sam'di? »

On dénoncera non sans raison, dans cette chanson comme dans beaucoup d'autres, les efforts d'Aristide Bruant, issu de la classe bourgeoise et n'ayant jamais partagé l'anarchisme radical ou le marxisme de militants plus prolétaires, pour démobiliser par le ridicule ceux qui combattaient sincèrement en faveur de l'abolition de la bourgeoisie et du travail salarié.

Mais, aujourd'hui encore, au vu de la façon dont se sont pervertis les efforts concrets pour supprimer les patrons et la société de classe: entreprises coopératives et surtout nationalisations communistes, l'argument demeure très fort. Ceux qui aujourd'hui dans les manifestations « Nuit debout » veulent tout changer ou tout remplacer, ne peuvent pas ne pas se la poser. Que mettre à la place? Comment continuer à répondre aux exigences de la vie quotidienne? Frédéric Lordon, qui s'est auto-institué l'une des têtes pensantes de « Nuit debout », n'offre pas vraiment de solutions crédibles.

Complexité

Il est vrai que les sociétés actuelles sont devenues si complexes, se sont tellement imbriquées les uns dans les autres, au plan mondial et européen notamment, que les théoriciens les plus savants de la systémique politico-économique et du changement anthropologique n'osent pas vraiment proposer de solutions. Ils savent, s'ils sont sincères, que celles ci ne résisteront pas longtemps aux critiques croisées et moins encore à un début de mise en pratique expérimentale.

Ceux qui ont par hasard un minimum de culture scientifico-technique connaissent par ailleurs le rôle des évolutions technologiques pour modifier, au moins en apparence, la répartition des pouvoirs. On pense à la société numérisée, mais bien d'autres facteurs seraient à prendre en considération. Ils agissent discrètement au début, jusqu'à ce leurs effets en matière de changement sociétal saute brusquement aux yeux.

On ne peut pas cependant prétendre décourager les activistes ignorant généralement tout cela et provenant notamment des classes moyennes (les bobos, comme il a été dit) et dotés d'un minimum de culture politique, de chercher à changer l'ordre social. En effet, malgré son apparente stabilité et les moyens de contraintes dont il dispose, l' « establishment » n'est ni omniscient ni tout puissant. Il est obligé, sans d'ailleurs généralement s'en rendre compte, de répondre aux réactions critiques que suscite l'exercice d'un pouvoir dédié à la seule satisfaction des ambitions des 1% de dominants.

Même s'il s'y refuse, et sans abandonner réellement son pouvoir, l'establishment doit faire des concessions plus ou moins profondes. Ils ne s'en aperçoivent pas nécessairement sur le moment, mais d'une année et mieux encore d'une décennie à l'autre, les théoriciens de l'establishment sont obligés de constater l'émergence de forces nouvelles auxquelles cet establishment a été obligé de faire des concessions plus ou moins étendues.

Plaques tectoniques

Dans certains cas, on pourra parler de véritables glissements de plaques tectoniques. La révolution de 1789 en France a résulté de tels glissements, restés longtemps insoupçonnés des nobles et des églises. Aujourd'hui aux Etats-Unis, on peut se demander si un tel glissement de plaques tectoniques n'est pas en train de se produire. Pour reprendre l'exemple des plaques, on pourrait avancer qu'une plaque de grande profondeur, représentée par les millions d 'électeurs inattendus rassemblés contre l'establishment tant par Donald Trump que par Bernie Sanders, n'est pas en train de soulever la plaque de surface qui est celle de l'establishment dominant aux Etats-Unis. Ni Trump ni Sanders ne dirigent véritablement le glissement. Ils sont seulement portés par lui et tentent de s'en servir pour leur propre émergence.

Ceci dit, le mouvement entrainera-t-il un changement radical dans le paysage géologique, avec par exemple l'apparition de nouvelles chaines de volcans, ou se bornera-il à provoquer quelques séismes et tsunamis de faible ampleur? Il est trop tôt pour le dire.


Notes

J'suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Revolutionnaire, anarchisse,
Eq' caetera... Eq' caetera...
Aussi j'vas dans tous les métingues,
Jamais je n'rate un' réunion,
Et j'pass' mon temps chez les mann'zingues
Oùsqu'on prêch' la révolution.

C'est vrai que j'comprends pas grand'chose
À tout c'qu'y dis'nt les orateurs,
Mais j'sais qu'i's parl'nt pour la bonne cause
Et qu'i's tap'nt su' les exploiteurs.
Pourvu qu'on chine l'ministère,
Qu'on engueul' d'Aumale et Totor
Et qu'on parl' de fout' tout par terre !...
J'applaudis d'achar et d'autor.

C'est d'un' simplicité biblique
D'abord faut pus d'gouvernement,
Pis faut pus non pus d' République,
Pus d' Sénat et pus d' Parlement,
Pus d' salauds qui vit à sa guise,
Pendant qu' nous ont un mal de chien...
Pus d' lois, pus d'armé', pus d'église,
Faut pus d' tout ça... faut pus de rien !

Alors c'est nous qui s'ra les maîtres,
C'est nous qui f'ra c'que nous voudrons,
Yaura pus d' chefs, pus d' contremaîtres,
Pus d' directeurs et pus d' patrons !
Minc' qu'on pourra tirer sa flemme,
On f'ra tous les jours el' lundi !
Oui... mais si n'y a pus d' latronspème,
Qui qui f'ra la paye l' sam'di ?

04/05/2016


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