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Libye. Pour une présence militaire européenne forte

Le territoire libyen est devenu aujourd'hui un foyer à partir duquel se mènent de véritables actions offensives contre l'Europe. Inutile d'en faire la liste, elle est connue de tous. Il s'agit de la prolifération de groupes djihadistes, se réclamant ou non du prétendu Etat islamique, qui multiplient des exactions abominables, décapitations de chrétiens et autres opposants, conduites d'opérations terroristes dans tous les Etats voisins, Égypte, Tunisie, Algérie, pays sub-sahariens et bientôt Union européenne.
Il est de plus en plus apparent par ailleurs que de Libye partent des opérations concertés de ce que nous avons appelé une guerre de 4e génération et demi, utilisant pour déstabiliser l'Europe des migrants dont le nombre ne cessera d'augmenter.

L'Egypte demande depuis longtemps des opérations terrestres, et non plus seulement aériennes, contre ces groupes. A part peut-être l'Italie, personne en Europe n'a pris cette demande au sérieux. Non plus d'ailleurs que les pays du Maghreb directement concernés, Algérie et Tunisie. La France y a réfléchi, mais sans aucun soutien des autres membres de l'Union européenne. Ces opérations terrestres devraient viser à éradiquer, ou tout au moins empêcher de nuire les groupes représentants du terrorisme islamique, ainsi que les appuis qu'ils trouvent dans une population de plus en plus tentée de les soutenir, si rien n'est fait contre eux.

L'objection le plus souvent avancée est que des opérations terrestres, qui devraient être suivies pendant une période indéterminée d'une présence sur le terrain, seraient trop coûteuses. De plus elles seraient à la longue inefficaces. Les guerres désastreuses menées par les Etats-Unis et leurs alliés en Afghanistan et en Irak pourraient le démontrer. Enfin, ce qui serait plus grave, elles provoqueraient en Libye comme sans doute dans le reste de l'Afrique un sentiment anti-européen mêle de relents d'anti-colonialisme qui ferait le jeu des terroristes. En Europe par ailleurs, les partis de gauche ne manqueraient pas de souligner, non sans raisons, qu'elles provoqueraient l'intervention d'intérêts économiques n'ayant aucun souci de la liberté et de la paix, mais de mettre ou remettre la main sur les richesses en énergie et matière première dont dispose les Libyens.

Plus grave, les Etats-Unis, toujours à l'affut d'occasions pour reprendre la main en Afrique et en Méditerranée, ne manqueraient de profiter d'opérations militaires en Libye, non pour y envoyer des troupes, ce que politiquement Obama ne serait plus autorisé à faire par son opposition, mais pour polluer les forces d'interventions par des actions de services secrets sous le contrôle de l'Africa Command du Pentagone ou d'autres chefs militaires, sur le modèle des interventions désastreuses qui se multiplient aujourd'hui en Syrie, en Irak et plus loin au Yémen.

De mauvais arguments


Tous ces arguments, visant à décourager une action militaire européenne en Libye, ne tiennent pas. Militairement, le coût en serait négligeable, au regard des conséquences, en Europe même, d'une non-intervention. La Libye est un grand pas, mais principalement désertique, dont facile à contrôler. Elle n'est peuplée par ailleurs que de 6 millions d'habitants, moins nombreux que les Tunisiens voisins. Beaucoup de ces Libyens, par ailleurs, verraient d'un bon oeil une intervention européenne. Ils seraient loin de soutenir Daesh, dont ils mesurent de plus en plus les excès. Enfin, au plan militaire, la France a montré récemment au Mali que quelques milliers d'hommes bien entrainés, appuyés le cas échéant par de l'aviation, peuvent obtenir des résultats substantiels. Il faut seulement d'assurer qu'ils resteraient durables, en maintenant une présence suffisante sur le terrain.

Concernant les oppositions politiques que pourrait susciter une intervention européenne en Libye, il est évident qu'elle devrait s'intégrer à une intervention africaine. Autrement dit elle devrait être menée conjointement avec les pays nommés plus haut, Egypte, Algérie, Tunis, voire Niger, Tchad et Mali. Tâche impossible dira-t-on que provoquer entre eux un consensus. Encore faudrait-il l'entreprendre. Quant enfin à éviter que l'action soit exploitée par des interventions américaines ou par celles d'Etats ou d'intérêts pétroliers divers, il suffirait que les Européens y veille pour que ceci ne se produise pas.

La vraie difficulté est intra-européenne


La vraie difficulté, dans la perspective évoquée ici, serait que l'Union européenne se transforme en puissance autonome capable d'être prise au sérieux par le reste du monde. Il faudrait dans ce sens en priorité que se mettent en place des forces européennes intégrées, auxquelles chaque Etat contribuerait en fonction de sa population. Il faudrait que ces forces soient commandées par un état-major européen lui-même intégré, sous l'autorité d'une diplomatie européenne aujourd'hui inconsistante. Il faudrait enfin changer les dispositions des traités rendant tout ceci impossible.

C'est trop demander, dira-t-on. Pourtant beaucoup d'Etat du nord et de l'est de l'Europe se montrent aujourd'hui prêts à mener, sous les pressions américaines, de dangereuses campagnes contre la Russie qui ne présente aucune menace pour l'Union. Comme nous l'indiquons ici, la vraie menace relève aujourd'hui du terrorisme islamique. L'Europe ne survivra pas si elle ne s'organise pas militairement et politiquement pour y faire face. Enfin, concernant l'immigration, l'aggravation du réchauffement climatique et de la crise économique mondiale feront que ce seront non plus quelques milliers de migrants qui réclameront un droit d'asile pourtant inapplicable, mais des millions sinon davantage. Intervenir à la source sera une question de vie ou de mort pour l'Europe, l'Egypte et les pays du Maghreb.

Les chefs d'Etat européens devraient se réunir prochainement pour discuter du renforcement de la sécurité maritime en Méditerranée. Comme prévisible, la riche Allemagne s'en lavera les mains, laissant l'Italie, l'Espagne, Chypre et la France traiter seules le problème. Si le gouvernement français laisse faire et ne tient pas un discours s'inspirant des principes beaucoup plus généraux évoqués dans cet article, il se rendra complice d'une capitulation historique.

20/04/2015


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