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A la recherche des causes de l'engagement djihadistes chez de jeunes européens

Le politologue Olivier Roy, spécialiste de l'islam politique et auteur de "En quête de l'Orient perdu" (Seuil) a donné des éclairages intéressants, lors du 7/9 de France Inter du 27/10 sur les causes selon lui d'un engagement croissant de jeunes européens « de souche » au service de Daesh, le mouvement djihadiste aujourd'hui en pleine croissance au Moyen-Orient, notamment en Irak et en Syrie.
Cet engagement surprend les observateurs, comme souvent les familles, du fait qu'il peut être le fait de jeunes à peine sortis de l'adolescence, garçons et filles, issus de familles souvent agnostiques et qui disposent d'une bonne intégration sociale. En quelques mois, les sujets s'isolent, se convertissent souvent seuls, modifient leur tenue vestimentaire et prennent contact avec des réseaux leur promettant d'aller combattre les « infidèles » , hors d'Europe d'abord mais le cas échéant à leur retour en Europe.

Désormais, des vidéos abondamment diffusées sur Internet les montrent à visage découverts, brandissant des armes et de plus en plus égorgeant de leurs mains des prisonniers ou des « otages ». Les filles sont moins visibles, car elles se voilent et vivent dans l'ombre d'un époux qui leur impose le statut strict de dépendance caractérisant la femme au Moyen-Orient. Mais elles constitueraient quelques 30% des volontaires pour le djihad.

Or, selon Olivier Roy, il ne faut pas imputer seulement ce phénomène à une interprétation extrémiste du Coran, qui se répandrait en Europe, à partir de certaines mosquées engagées dans la « guerre sainte » . Certes le Coran comporte de nombreux passages consacrés à la guerre sainte. Mais ceux-ci datent de plusieurs siècles et n'avaient jamais eu ce résultat ravageur, tout au moins en Europe, et chez des européens.

Il ne faudrait pas non plus penser que le phénomène résulte seulement de la diffusion sur le mode viral des images (des « mèmes » disent les méméticiens) proliférant désormais sur les réseaux numériques. Il ne faut pas davantage l'imputer au chômage et manque de perspectives professionnelles affectant les banlieues des grandes villes, et dont les descendants d'immigrés de confession musulmanes supportent le plus les conséquences.

L'" école de Columbine"

Olivier Roy évoque les exemples de passage à une violence extrême qui sont de plus en plus observés dans les pays occidentaux, notamment en Amérique. Ceci est parfois appelé le phénomène du massacre de l'école de Columbine, aux Etats-Unis, (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_de_Columbine). L'attentat avait été perpétré par deux étudiants blancs apparemment sans problèmes, qui se sont ensuite suicidés. Il faisait suite à plusieurs passages à l'acte criminels analogues et a été suivi par quelques autres moins spectaculaires. A juste titre, on a pu incriminer la législation hyper-laxiste sur les armes que le lobby de l'armement, la puissante National Rifle Association, impose à l'Amérique. Mais l'argument n'est pas suffisant. Vu le nombre d'armes en circulation, il devrait se produire un Columbine par semaine. Il ne s'agissait pas non plus d'un attentat qui aurait pu être imputé à Al Qaida ou au terrorisme musulman. Certes celui-ci est présent aux Etats-Unis, comme en Europe, mais à dose si l'on peut dire homéopathique.

L'engagement des jeunes occidentaux relève selon nous de causes qui devraient être mieux étudiées non seulement par la sociologie criminelle mais par la psychiatrie. Certes des études existent, mais elles restent confidentielles et n'entraînent pas la prise de mesures significatives de prévention. Il en est de même dira-t-on, de l'alcoolisme ou les conduites suicidaires au volant, qui causent bien plus de décès que le djihadisme. Concernant ces deux derniers fléaux, les lobbies alcooliers ou automobiles, qui poussent à une consommation sans limites, ont un effet aussi pervers que la National Rifle Association. Finançant largement les campagnes électorales, ils se mettent à l'abri de toute mesure sérieuse de prévention, qui commenceraient évidemment par des restrictions légales de consommation. Cependant, il existe des études de type psychiatrique sur les causes de l'entrainement suicidaire à l'alcoolisme et à la violence routière. De nombreux médecins hospitaliers ou généralistes les connaissent et s'en inspirent pour essayer de lutter contre les fléaux en résultant.

Les études psychologiques historiques, par ailleurs, n'ont pas manqué concernant des phénomènes religieux tels que l'Inquisition et la chasse aux sorcières des siècles précédents, ou l'anarchisme terroriste un moment présent en Europe. Mais on peut penser d'une part que ces études ne sont pas allées assez loin dans l'exploration des causes de ce que l'on pourrait appeler l'inconscient ou préconscient criminel, et d'autre part qu'elles devraient être reprises et éventuellement modernisées en vue d'une étude du djihadisme criminel individuel.

Chercher plus en profondeur

La responsabilité du milieu sociétal ou familial doit être examinée, même si cette suggestion peut indigner les « bien-pensants ». Dans un article précédent, nous avions montré, en commentant l'ouvrage de Maud Julien, « Derrière la grille » http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1525&r_id= comment des comportements profondément névrotiques, débouchant éventuellement sur le crime, pouvaient trouver leurs sources dans la présence pendant l'enfance du sujet d'un « père abusif » souvent relayé par une mère devenue elle-même abusive, et par un milieu social complaisant.

Cherchez aussi du côté sexuel, comme diraient les freudiens. On pourrait penser par exemple que les jeunes djihadistes satisfont dans l'égorgement réel des fantasmes qui pourraient rester inoffensifs, s'ils osaient en assumer la responsabilité symbolique dans le domaine sexuel de tous les jours, que ce soit au plan hétérosexuel ou homosexuel. Mieux connaître de telles causes permettrait sans doute d'adopter des mesures collectives plus efficaces que celles actuellement mises en oeuvre.

Ecouter
http://www.franceinter.fr/emission-le-79-olivier-roy-les-jeunes-djihadistes-sont-fascines-par-la-violence

27/11/2014


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