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Coopération militaire France/Grande Bretagne réaffirmée. Oui mais pour quoi faire?

Le sommet, tenu le 18 janvier à Sandhurst, entre Emmanuel Macron et la Première britannique Theresa May a été selon les déclarations officielles l'occasion de réaffirmer la volonté franco-britannique de renforcer les liens déjà existants depuis le traité de Lancaster House, entre les deux pays en matière de défense et de la sécurité.

On est surpris cependant de la modestie des nouvelles annonces. Côté britannique, cela se traduira par l'annonce du déploiement de trois hélicoptères CH-47 Chinook au Sahel afin d'apporter un soutien logistique à l'opération Barkhane. Londres va également débloquer 56 millions d'euros d'aide au développement supplémentaire pour la région. De son côté, la France contribuera à la présence avancée renforcée en 2019, dans le cadre du groupement  tactique dirigé par le Royaume-Uni en Estonie, compte tenu du succès du déploiement  conjoint de 2017 dans les pays baltes.

De plus, en Estonie, comme dans les Pays Baltes, ni ailleurs en Europe, l'adversaire manifestement visée est la Russie. Malgré les affirmations répétées de Washington, celle-ci ne menace en aucun cas ni l'Europe, ni la France, ni le Royaume Uni. Personne dans les états-majors concernés ne peut prendre cette menace au sérieux. S'agit-il seulement d'affirmer une présence franco-anglaise dans un Otan déjà en grande difficulté, simplement pour répondre aux injonctions américaines, reprises aujourd'hui par Donald Trump, qui compte toujours faire de l'Otan un échelon avancé dans la perspective d'une guerre en vraie grandeur entre l'Amérique et la Russie? Dans ce cas, ce serait soit suicidaire, soit ridicule.

Si l'on regarde plus en détail les mesures décidées à Sandhurst, il apparaît qu'il s'agit de mesures dans lesquelles la Grande Bretagne n'a jamais joué sa part des promesses précédentes. Elle n'augmentera pas sensiblement ses budgets militaires, qui sont loin du plancher des 2% du PNB aujourd'hui considéré en France comme un objectif indispensable.

Elle n'interdira toujours pas aux immigrants d'entrer en Angleterre, en prenant elle-même à charge la fermeture de sa propre frontière, plutôt que laisser à la France le soin de le faire à Calais. Elle a pratiquement refusé une coopération avec les chantiers navals français pour le construction des deux porte-avions préalablement décidée. Elle ne le fera pas davantage en matière de sous-marins où d'armes nucléaires, où elle reste étroitement soumise aux choix technologiques et stratégiques du Département américain de la défense.

Dans l'annexe au compte-rendu de la réunion consacrée à la politique extérieure, ni la Grande Bretagne ni la France n'ont décidé de s'opposer aux agressions de Washington contre l'Iran et la Corée du Nord, menacée d'anéantissement nucléaire par Donald Trump.

Concernant la Russie, le document a repris les accusations de l'actuelle Administration américaine. La France et la Grande Bretagne, y est-il écrit, doivent faire obstacle en commun aux nouvelles positions russes en matière de défense, notamment au Moyen Orient. Elles doivent continuer à lutter contre une politique russe, selon les termes employés, d'intimidation et de désinformation, notamment à travers les réseaux Internet. Elles ne doivent pas renoncer à imposer à la Russie une mise en oeuvre concrète des accords de Minsk, ce qu'elle ne ferait pas. Elles refusent donc d'envisager la levée des « sanctions » décidées à Washington et dont leurs économies respectives souffrent de plus en plus.

Concernant l'Internet, elles ont réaffirmé la nécessité d'assurer l'automatisation de la détection et de la destruction des documents illégaux. Mais de quelle illégalité s'agit-il? Celle décidée unilatéralement par Washington. Et comment imposer aux Grands de l'Internet (GAFA), tous américains, la prise en compte effective de demandes anglo-françaises dont pourraient souffrir leurs intérêts ?

Apparemment enfin, pas une fois n'a été envisagée une politique franco-anglaise commune face à la désintégration progressive de l'Union Européenne, y compris du fait du Brexit, comme aux ambitions militaires et diplomatiques que pourra afficher le prochain gouvernement allemand.

Référence

https://www.defense.gouv.fr/fre/actualites/articles/la-france-et-la-grande-bretagne-renforcent-leur-cooperation-de-defense

 

21/01/2018


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