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NUMERIQUE ET AEROSTATIQUE. LE PROJET LOON : INNOVATION ET RETRO-INNOVATION

L'annonce de l'accord intervenu entre le CNES et GOOGLE est au plan scientifique une excellente nouvelle. Cette annonce inaugure une alliance prometteuse entre technologies aérostatiques et technologies numériques. NDLR Cet article annule et remplace le précédent, publié ici sous le même titre
Le développement du projet Loon (voir aussi JP Baquiast :  « Google à l'assaut des zones blanches du tiers monde »qui met bien en évidence les risques géopolitiques que comporte ce projet.) consiste à utiliser un cortège de ballons évoluant à plus de 20 000 mètres d'altitude comme relais de télécommunications pour couvrir les parties de la terre  qui n'ont pas encore accès à Internet et permettre ainsi à cinq milliards d'habitants de notre planète de s'y connecter dans des conditions économiques favorables.

Certains, non sans raisons d'ailleurs,  y voient une menace dans la perspective d'un contrôle globalisé de la planète, d'autres au contraire se réjouissent de perspectives plus enthousiasmantes de réduction de la fracture numérique à l'échelle mondiale.

En revanche ,sous l'angle technologique , économique , environnemental , cette mise en évidence des technologies du plus léger que l'air ou technologies aérostatiques réjouira tous ceux qui depuis des années, parfois dans un climat d'incompréhension généralisé, voire de dérision,  militent pour un retour en force de l'utilisation massive de ces technologies dans des domaines aussi divers que la sécurité, la surveillance maritime et l'action de l'Etat en mer , le transport de colis lourds, le sport et le tourisme etc.

En mars 1999 Bertrand Piccard et Brian Jones  signait, dans une certaine indifférence, l'un des plus grands exploits du XX ème siècle finissant : le tour du monde en ballon  sans escales en vingt et un jours sur le Breitling Orbiter III.

Le Projet Loon est emblématique. Il devrait offrir au plus léger que l'air une très grande visibilité et permettre  aux technologies aérostatiques de ré-émerger  et de réapparaitre dans toute leur dimension comme  techniques de pointe.  Techniques de pointe  elles n'ont jamais cessé de l'être depuis le premier vol humain effectué le 21 novembre 1783, sur des fonds du gouvernement  déjà dans une perspective militaire et  stratégique.

Nul doute qu'elles vont reprendre  dans le spectre de nouvelles approches de l'observation environnementale ou sécuritaire, mais aussi  du transport point à point ,sans rupture de charge, d'objets lourds et/ou encombrants  sur des distances continentales ,qu'il s'agisse d' équipements pour l'industrie nucléaire, ou d' éléments d'éoliennes , tels que pales mats ou nacelles, etc.  C'est ainsi qu'EADS  envisagea, un moment l'acheminement, des composants de l'A 380 depuis des sites de fabrication répartis sur toute l'Europe vers l'usine d'assemblage de Toulouse.

Pour ce qui est de la surveillance DCNS avec le programme,  “I2C ” (prononcer “Eye to see”) pour “Integrated System for Interoperable sensors & Information sources for Common abnormal vessel behaviour detection & Collaborative identification of threat” intègre dans la chaine de surveillance, en synergie avec d'autres supports ,avions ou satellites, un dirigeable Zeppelin équipé notamment du  radar haute fréquence à onde de surface développé par l'ONERA. Ce projet est soutenu par l'Union européenne). Il vise le développement d'un système commun, multinational et interopérable de surveillance des frontières.

Le programme « Innovation 2030 » lancé en juin  2014, initié, au sein du Conseil National de l'Industrie, à partir des travaux de la commission présidée par Anne Lauvergeon dans le cadre des perspectives pour une nouvelle France Industrielle retient parmi ses 34 projets innovants l'étude du transport par dirigeables des charges lourdes ou encombrantes.
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On le voit,  longtemps oubliées, les technologies aérostatiques sont en pleine renaissance, préoccupations environnementales, économies d'énergie, apparition de nouveaux matériaux plus résistants mais aussi plus légers, développement de l'électricité d'origine photo voltaïque pour la propulsion ou de l'intelligence artificielle pour le pilotage et la navigation, leur donnent par leur diversité d'application, une dimension de retro-innovation singulière  c'est à dire impliquant le retour vers des techniques anciennes pour des applications futures.

C'est donc dans cette vaste perspective que s'inscrit l'accord passé entre Google et le CNES. Une crainte cependant. Il semble acquis, en effet, que les ballons seront construits exclusivement aux Etats-Unis par « Raven  Aerostar » une société proche de la Nasa et des milieux de la défense. Cette stratégie s'inscrit, sans doute,  dans la politique de réindustrialisation américaine. On serait, pourtant  en droit d'attendre, compte tenu de l'apport  du CNES,  un partenariat plus équilibré. Il est à craindre, en effet, que celui-ci, s'inscrive, dans la conception très léonine  que l'Administration américaine se fait du futur Grand Marché Transatlantique.

Formulons un souhait: que des projets français ou européens se concrétisent rapidement dans le domaine de l'aérostation. Compte tenu de la taille des objets en cause, ces recherches attireront autant sinon plus l'attention du grand public que des recherches portant sur les micro-organismes

Jean-Claude Empereur
20/12/2014


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