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Faire taire la lutte des classes

Faire taire la lutte des classes. Commentaire sur le livre de Paul Jorion, présenté par ailleurs sur ce site par Paul Jorion lui-même http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2167&r_id=

 

Image Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.
Voir ci-dessous

On peut penser que la majorité des visiteurs de nos sites sont informés des risques que fait courir à la survie de l'humanité la poursuite des politiques de consommation d'énergie fossiles provoquant un réchauffement climatique d'ores et déjà profondément destructeur. Ils sont également conscients du danger d'un développement de systèmes robotiques et d'intelligence artificielle évolués, tendant vers l'autonomie et pouvant de plus en plus se substituer à l'homme. Ceci dans le domaine militaire où ils vont devenir la règle mais aussi dans le domaine civil. Le livre de Paul Jorion, « Le dernier qui sort éteint la lumière » donne d'intéressantes précisions dans ces deux domaines, il est donc à lire. Mais ce n'est pas sur ces points que nous voudrions insister ici.

Pour notre part, nous recommandons plus particulièrement les pages du livre qui mettent en garde contre le pouvoir que se sont donnés les intérêts financiers internationaux sur le monde et son avenir. Beaucoup d'auteurs dits anti-systèmes abordent ces thèmes. Nous mêmes nous nous y référons constamment. On peut donc penser qu'ils sont connus et que Paul Jorion, dans ce livre comme d'ailleurs dans certains de ses précédents ouvrages, n'apporte pas d'éléments particulièrement originaux.

Ce serait une erreur. L'auteur de ces lignes, qui se croyait de par ses activités professionnelles antérieures convenablement informé sur ces points, a découvert en lisant Paul Jorion qu'il connaissait mal en profondeur les mécanismes permettant à ce que l'on nomme désormais les 3% des plus riches de dominer les 97 autres %. Ces 3% ont mis au point progressivement, mais plus particulièrement dans les dernières années, des systèmes financiers et boursiers à l'échelle du monde, fort complexes, qui sont organisés pour capter à leur profit les plus values résultant du travail productif des salariés, des petits entrepreneurs et des entreprises associatives.

Il en résulte une spoliation à grande échelle, qui ne cesse de se renforcer,  au service d'activités de recherche/développement dont ils se sont assurés le contrôle, notamment rappelons le dans les domaines de l'information et de la surveillance en réseau consacrés à la protection de leurs intérêts de classe.

Nous avons ici souvent évoqué le rôle joué en ce sens, au service des 3 %, qui sont principalement liés aux centres de pouvoir de Wall Street et de Washington, par l'association de plus en plus néfaste pour l'avenir de l'humanité, de Google et ses homologue, avec la NSA, la CIA et leurs homologues se consacrant à l'espionnage et aux actions clandestines de destruction des efforts de démocratie pouvant apparaître dans le monde.

Le silence organisé

Paul Jorion insiste plus particulièrement sur ces questions, plus complexes qu'elles n'en ont l'air. Ce qui est pour nous une raison de plus pour recommander la lecture du livre et les appels implicites à la révolte, pour ne pas dire à la révolution, qu'il suggère. Mais sur ce dernier point, l'auteur lui-même reconnaît qu'il ne faut pas se faire d'illusions.

Les pouvoirs dominants ont depuis longtemps maitrisé les canaux de la recherche universitaire, des débats publics, de l'utilisation des médias et plus généralement de l'action politique de terrain. Tout est fait, plus particulièrement dans les pays occidentaux où se concentre la richesse, pour éviter que les populations prennent conscience des mensonges multiples dont ils sont inondés pour les empêcher d'ouvrir les yeux.

Au plan des sciences humaines, il insiste plus particulièrement sur la forfaiture ayant consisté à imposer sous le terme de « science économique » les façons les plus savantes et les moins détectables par lesquelles le néolibéralisme financier prétend décrire l'économie au service de ses objectifs. Les néolibéraux éliminent de cette façon toute les questions relatives par exemple à l'étude de la lutte des classes – ce que faisait , bien qu'avec timidité une « économie politique » de plus en plus rejetée dans les ténèbres.. Mentionnons l'économiste Alain Supiot, que l'on peut lui aussi qualifier d'anti-Système, significativement très ignoré en France. Nous y reviendrons 1)

Nous avons pour notre part dénoncé ici l'escroquerie intellectuelle que représente le Prix Nobel d'économie, particulièrement illustrée récemment par l'attribution de ce prix à un français pour qui l'économie doit soigneusement éviter l'étude des luttes de pouvoir entre exploitants et exploités, afin de se consacrer à une économie mathématique entièrement au service des calculs d'optimisation financière, autrement dit des meilleurs façons de renforcer le pouvoir des exploitants.

Les débats actuels sur la Loi Travail en France, et les résistances syndicales inattendues que soulève le passage en force sur ce texte d'un gouvernement se disant socialiste, donnent de nombreux exemples de la pertinence des analyses de Paul Jorion. Comment les dominants osent-ils imposer aux salariés, par une « flexibilité » accru des rémunérations de base, ce que les marxistes appelaient en leur temps la « Loi d'airain des salaires ».

Ceci au moment où plus que jamais les entreprises du CAC 40 et le Medef qui les représente font tout ce qu'ils peuvent pour cacher les centaines de milliards de profits indus qui se dissimulent dans les paradis fiscaux. Ceux-ci, que les gouvernements prétendent combattre tout en poursuivant en justice les rares lanceurs d'alerte, ne cessent de se reconstituer sous de nouvelles formes et de renforcer partout dans le monde, y compris en Europe.

La même question est posée par Paul Jorion à propos de la dette des Etats. Celles-ci sont généralement attribuées par les « voix autorisées » à un laxisme des gouvernements face aux revendications sociales et aux demande de financement public en matière d'investissement productif et de recherche scientifique. Paul Jorion rappelle ce que le grand public ignore, le fait que ces dettes sont essentiellement dues à des engagements spéculatifs des intérêts nationaux et transnationaux, ainsi qu'aux exigences de ces derniers pour que les Etats réparent leurs erreurs de gestion quand ces dernières se produisent régulièrement.

Nous avons ici souvent évoqué le cas de la Grèce, dont les populations travailleuses sont actuellement étranglées par les exigences de « rigueur » imposées par la troïka Union européenne, Banque centrale européenne et FMI, alors que les dettes publiques grecques résultent essentiellement d'emprunts fait au profit de spéculateurs grecs et non-grecs représentants des 3% de dominants. La question plus générale du remboursement des dettes publiques, dont les dominants prétendent ne pas vouloir charger les « générations futures » mais au contraire imposer aux classes travailleuses actuelles seules productrices de valeur dans l'économie réelle, illustre bien les analyses de Paul Jorion.

Mais que peuvent faire les exploités?

Paul Jorion sur ce plan n'est pas très optimiste. Les résistances organisées par les dominants et les institutions publiques et privées à leur service pour faire taire les opprimés sont telles que rien ne pourra permettre à ces dernières de se faire entendre. Ainsi les quelques décennies qui restent selon lui pour assurer la survie de l'espèce humaine ne seront pas consacrés à lutter contre les comportements destructeurs et finalement auto-destructeurs imposés au monde par les intérêts dominants.

Il cite à cet égard, petit exemple, le cas de la production-consommation d'énergie fossile, charbon et pétrole, qui ne cesse d'augmenter malgré les recommandations pourtant bien timides de la récente COP 21. Les prétendues politiques d'économie d'énergie et de production d'énergie verte restent globalement lettre morte. Elles le resteront jusqu'aux catastrophes finales mais alors il sera trop tard.

Le silence imposé aux dominés, et le désarmement de leurs velléités de résistance, trouve une bonne illustration en France dans la façon dont la CGT et les syndicats résistants à la Loi Travail, citée plus haut, ont été attaqués par le gouvernement et les médias aux ordres. Philippe Martinez a été quasiment présenté comme un ennemi du peuple, au prétexte des quelques grèves organisées par la CGT dans le secteur de l'énergie, où ce syndicat a conservé une certaine représentativité. Les usagers de véhicules ont été appelés par le gouvernement à la révolte, alors que c'est contre l'exploitation autrement plus massive que leur imposent les grands intérêts financiers qu'ils devraient se révolter.

Ne concluons pas pour notre part que les 97 % de dominés devraient se résigner. Au contraire, ils devraient plus que jamais se battre, notamment au sein des médias « alternatifs » et de mouvements de résistance spontanés. Mais à titre personnel nous restons sceptiques. La fin de l'humanité nous paraît, comme sauf erreur à Paul Jorion, quasiment inévitable.

Note

1) Mentionnons l'économiste Alain Supiot, que l'on peut lui aussi qualifier d'anti-Système, significativement très ignoré en France. Nous y reviendrons
Sur Alain Supiot, voir Wikipedia ainsi que son site au Collège de France

 

26/05/2016


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