Europe Solidaire http://www.europesolidaire.eu/ Europe Solidaire Europe Solidaire http://www.europesolidaire.eu/logo.gifEurope Solidairehttp://www.europesolidaire.eu/ Sun, 01 Aug 2010 03:01:37 GMT ITER http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=537 537 <br /><br /> Les sept partenaires du projet nucl&eacute;aire Iter, r&eacute;unis &agrave; Cadarache&nbsp; depuis le 27 juillet,&nbsp; viennent de confirmer apr&egrave;s r&eacute;vision le p&eacute;rim&egrave;tre du projet, son calendrier et ses financements. La Commission europ&eacute;enne a propos&eacute; le 20 juillet&nbsp; aux gouvernements de l'Union de couvrir le surco&ucirc;t de financement de 1,4 milliard d'euros &agrave; charge de l'Union europ&eacute;enne pour le r&eacute;acteur&nbsp; en 2012-2013 gr&acirc;ce &agrave; des fonds non utilis&eacute;s du budget commun. Cette r&eacute;vision a &eacute;t&eacute; rendue n&eacute;cessaire par l'augmentation globale du co&ucirc;t d'Iter tel qu'&eacute;valu&eacute; initialement. Cette augmentation &eacute;tait pr&eacute;visible parce qu'in&eacute;vitable. Ce ne sera certainement pas la seule. Mais elle ne justifiait pas que l'Europe renon&ccedil;&acirc;t au projet, dont elle finance 45% du co&ucirc;t. <br /> <br /> L'exemple du LHC pr&eacute;cit&eacute;, dont les scientifiques c&eacute;l&egrave;brent cet &eacute;t&eacute;&nbsp; &agrave; qui mieux mieux les premiers succ&egrave;s exp&eacute;rimentaux, montre en effet les gains directs et indirects que peut procurer un tel ensemble aux pays qui l'accueillent. Il s'agit bien d'une machine &agrave; produire en grande quantit&eacute; du capital cognitif (pour reprendre l'expression de l'&eacute;conomiste Yann Moulier Boutang cit&eacute; ici par ailleurs). Les retomb&eacute;es en seront n&eacute;cessairement tr&egrave;s nombreuses et importantes, m&ecirc;me si elles ne sont pas pr&eacute;visibles aujourd'hui.&nbsp; <br /> <br /> Rappelons que ce projet encore exp&eacute;rimental&nbsp; vise &agrave; faire de la fusion thermonucl&eacute;aire une source d'&eacute;nergie illimit&eacute;e et plus propre que la fission de noyaux d'atomes lourds des centrales nucl&eacute;aires actuelles. M&ecirc;me si, pour des raisons diverses, il ne tient pas toutes ses promesses, il aura pendant 20 ou 30 ans, compte tenu des raisons indiqu&eacute;es ci-dessus, enrichi les Europ&eacute;ens et leurs partenaires, mieux qu'aucun autre grand programme envisageable &agrave; ce jour &ndash; sauf &eacute;videmment les programmes lunaires et martiens dont l'Europe malheureusement est encore pratiquement absente.&nbsp; Il faudrait &agrave; l'Europe la grande voix d'un Winston Churchill pour le faire entendre. Wed, 28 Jul 2010 23:00:00 GMT Yann Moulier Boutang http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=534 534 <br /><br /> <font color="#993300"><em>Yann Moulier Boutang est un &eacute;conomiste et essayiste fran&ccedil;ais, n&eacute; en 1949. Ancien &eacute;l&egrave;ve de l'&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure, il a particip&eacute; dans les ann&eacute;es 1970-1990 &agrave; diff&eacute;rents mouvements de gauche d'inspiration dite aujourd'hui soixante-huit. Il a fond&eacute; plusieurs revues et &eacute;crits de nombreux ouvrages et articles dans l'esprit de l'autonomie ouvri&egrave;re et de l'autogestion. Il a adh&eacute;r&eacute; aux Verts en 1999.<br /> <br /> Depuis 2000, il dirige la revue Multitudes en tant que directeur de publication. Il est membre du comit&eacute; d'orientation de Cosmopolitiques.<br /> <br /> Apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; enseignant &agrave; l'&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure et &agrave; l'Institut d'&eacute;tudes politiques de Paris, Yann Moulier-Boutang est actuellement professeur de sciences &eacute;conomiques &agrave; l'Universit&eacute; de technologie de Compi&egrave;gne et International Adjunct Professor au centre Fernand-Braudel de l&rsquo;Universit&eacute; de Binghamton-New York (&Eacute;tats-Unis).<br /> <br /> Pour en savoir plus<br /> Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Yann_Moulier-Boutang</em></font><br /> <br /> <font color="#000080"><strong>&nbsp;Introduction</strong></font><br /> <br /> Le parcours professionnel et politique de Yann Moulier Boutang l'a toujours conduit &agrave; fr&eacute;quenter les milieux sinon de l'altermondialisme au sens strict, du moins de l'anti-n&eacute;olib&eacute;ralisme. Il a &eacute;galement, avec l'explosion de ce que l'on a nomm&eacute; &agrave; partir de 1980 les nouvelles technologies de l'information, particip&eacute; activement &agrave; la r&eacute;flexion sur les changements induits par celles-ci dans les soci&eacute;t&eacute;s. Si ces technologies &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;es initialement comme apportant des changements b&eacute;n&eacute;fiques g&eacute;n&eacute;ralement bien accueillis par les mouvements intellectuels auxquels participaient l'auteur, l'envers de la m&eacute;daille est vite apparu. Ces mouvements, &agrave; juste titre, ont jug&eacute; n&eacute;cessaire de les critiquer &agrave; la lumi&egrave;re de ce qu'en faisaient les grands Etats (notamment les Etats-Unis) et les int&eacute;r&ecirc;ts financiers mondialis&eacute;s pour imposer partout leur domination.<br /> <br /> Nos lecteurs sont, nous devons l'esp&eacute;rer, suffisamment inform&eacute;s tant de la critique des march&eacute;s financiers que de celle portant sur les perspectives favorables ou d&eacute;favorables au regard de la d&eacute;mocratie d&eacute;coulant de la num&eacute;risation syst&eacute;matique des acteurs et des activit&eacute;s. Ils trouveront cependant dans les deux livres de Yann Moulier Boutang pr&eacute;sent&eacute;s ici de nombreux &eacute;l&eacute;ments permettant de pr&eacute;ciser des opinions pouvant rester un peu g&eacute;n&eacute;rales. De plus, l'int&eacute;r&ecirc;t particulier offert par ces deux livres d&eacute;coule, au moins &agrave; nos yeux, du fait qu'ils &eacute;manent d'un &eacute;conomiste, form&eacute; aux contraintes et au langage de cette discipline.<br /> <br /> Nous nous sommes pr&eacute;c&eacute;demment ici demand&eacute;, &agrave; titre de provocation, si l'on pouvait consid&eacute;rer l'&eacute;conomie politique comme une science. Ne s'agissait-il pas plut&ocirc;t d'un recueil d'arguments mis en forme sur le mode scientifique mais visant &agrave; convaincre que le capitalisme financier et mondialis&eacute; &eacute;tait le seul type d'organisation &eacute;conomique viable. Si cela &eacute;tait, il faudrait laisser jouer librement la concurrence entre entreprises (le lib&eacute;ralisme &eacute;conomique) et entre d&eacute;tenteurs de capitaux (le n&eacute;o-lib&eacute;ralisme ), quelles qu'en soient les cons&eacute;quences sociales et environnementales. Il faudrait aussi continuer &agrave; d&eacute;truire, partout o&ugrave; elles avaient surv&eacute;cu, les structures de l'Etat investisseur, r&eacute;gulateur &eacute;conomique et protecteur au plan social. Ces structures &eacute;tatiques et administratives ne pourraient en effet qu'encourager le maintien d'activit&eacute;s inutiles et le gaspillage. Leur reprise par l'actionnariat priv&eacute; sera le rem&egrave;de &agrave; leurs d&eacute;fauts cong&eacute;nitaux. Ce discours, port&eacute; par des experts dot&eacute;s du titre d'&eacute;conomiste, n'a pu qu'impressionner des gouvernants, des chefs d'entreprises, , des travailleurs et des &eacute;pargnants perdus dans un monde dont les ressorts profonds, de type anthropologique ou anthropotechnique, pour reprendre le terme que nous employons par ailleurs, leur &eacute;chappaient.<br /> <br /> S'il serait sot de disputer &agrave; l'&eacute;conomie le titre de science &ndash; bien d'autres sp&eacute;culations gu&egrave;re plus fond&eacute;es se pr&eacute;tendant scientifiques &ndash; nous devons par contre nous interroger sur le caract&egrave;re neutre des nombreux experts, se disant &eacute;conomistes, que l'on entend en permanence se prononcer dans les m&eacute;dias en faveur des politiques de lib&eacute;ralisation que nous venons de r&eacute;sumer. Le journal Le Monde diplomatique, qui d&eacute;nonce r&eacute;guli&egrave;rement le manque d'objectivit&eacute; des intervenants pr&eacute;sent&eacute;s par les m&eacute;dias ou se pr&eacute;sentant comme des &eacute;conomistes, avait r&eacute;cemment montr&eacute; que la grande majorit&eacute; d'entre eux exer&ccedil;aient des fonctions salari&eacute;es ou b&eacute;n&eacute;ficiaient de cr&eacute;dits d'&eacute;tudes provenant de banques ou entreprises financiaris&eacute;es. Des postes de consultants aupr&egrave;s des grandes organisations internationales telles que la Banque mondiale, le FMI ou l'OMC ne sont pas de meilleurs gages d'objectivit&eacute;, quand on sait l'engagement de ces institutions, depuis leur cr&eacute;ation, en faveur du lib&eacute;ralisme c'est-&agrave;-dire tr&egrave;s largement jusqu'&agrave; pr&eacute;sent en faveur des corporatocraties anglo-saxonnes. De quelle objectivit&eacute; peuvent alors se targuer ces &eacute;conomistes quand ils critiquent les mesures des gouvernements ou les propositions de l'opposition visant &agrave; porter rem&egrave;de &agrave; la crise?<br /> <br /> On entend &eacute;videment beaucoup moins, dans les m&eacute;dias mainstream fran&ccedil;ais tout au moins, s'exprimer des &eacute;conomistes (dot&eacute;s de toutes les r&eacute;f&eacute;rences universitaires et professionnelle leur permettant de se dire tels) critiquant ouvertement l'&eacute;conomie n&eacute;olib&eacute;rale, le syst&egrave;me corporatocratique am&eacute;ricain qui en est le principal acteur et les institutions europ&eacute;ennes qui s'alignent passivement derri&egrave;re lui. C'est que s'exerce en France une censure certaine et d'ailleurs croissante sur ceux qui ne sont pas conformes. Tout au plus, de temps &agrave; autre, la cha&icirc;ne France Culture, d'audience malheureusement tr&egrave;s faible, les invite &agrave; s'exprimer.<br /> <br /> Cette censure, selon nous, a fait de Yann Moulier Boutang un &eacute;conomiste trop peu connu du grand public. On trouve des r&eacute;f&eacute;rences et m&ecirc;me des vid&eacute;os de lui sur le web, encore faut-il savoir les chercher. Il faut le regretter. La lecture de ses livres, et notamment de ceux pr&eacute;sent&eacute;s ici, est particuli&egrave;rement instructive. Mais de tels livres ne sont &eacute;dit&eacute;s qu'&agrave; quelques centaines d'exemplaires. M&ecirc;me avec le bouche &agrave; oreille, leur diss&eacute;mination reste faible. Nous ne partageons pas n&eacute;cessairement toutes les th&egrave;ses de l'auteur. Si nous pouvons cependant, &agrave; notre niveau, contribuer &agrave; le faire mieux connaitre, nous en serions heureux.<br /> <br /> <strong><font color="#000080">Un r&eacute;formisme radical</font></strong><br /> <br /> Les deux plus r&eacute;cents ouvrages de Yann Moulier Boutang, que nous pr&eacute;sentons ici, peuvent &ecirc;tre examin&eacute;s simultan&eacute;ment, car ils repr&eacute;sentent l'&eacute;volution des derni&egrave;res r&eacute;flexions de l'auteur relatives &agrave; deux ph&eacute;nom&egrave;nes qui se recoupent aujourd'hui: un ph&eacute;nom&egrave;ne essentiellement technique, la num&eacute;risation progressive des activit&eacute;s et des contenus de connaissance, d'une part, un ph&eacute;nom&egrave;ne tr&egrave;s largement &eacute;conomique et politique, l'incapacit&eacute; de prendre en compte les modifications du mod&egrave;le capitaliste impos&eacute;es par le d&eacute;veloppement mondial des r&eacute;seaux de production et d'&eacute;change, d'autre part.<br /> <br /> Plut&ocirc;t que s'en prendre en priorit&eacute; aux exc&egrave;s du capitalisme financier mondialis&eacute;,exc&egrave;s qu'il ne nie pas par ailleurs, Yann Moulier Boutang appelle &agrave; mieux comprendre la grande transformation syst&eacute;mique qui concerne le monde tout entier et qui imposerait pour &eacute;viter les risques pr&eacute;visibles la prise de mesures s'apparentant &agrave; ce qu'il nomme un r&eacute;formisme radical, concernant notamment l'&eacute;valuation des valeurs, les modes de r&eacute;mun&eacute;ration des citoyens, qu'ils soient ou non producteurs, et finalement l'assiette des pr&eacute;l&egrave;vements fiscaux.<br /> <br /> Si l'analyse de la crise du capitalisme et l'appel &agrave; en sortir &laquo; intelligemment &raquo; semblent peu discutables, les mesures propos&eacute;es par l'auteur pour ce faire, bien que tr&egrave;s justifi&eacute;es dans leur principe, para&icirc;tront d'application difficile, sinon impossible. Autrement dit, apr&egrave;s une lecture superficielle de ces ouvrages, on sera tent&eacute; de parler d'utopie. Utopie certes attrayante, comme toutes les utopies pr&eacute;sent&eacute;es en soutien aux valeurs soci&eacute;tales de la contribution spontan&eacute;e et du partage, mais qui ne r&eacute;sisterait pas &agrave; la guerre effr&eacute;n&eacute;e, parfois arm&eacute;e, &agrave; laquelle se livrent aujourd'hui les grandes corporatocraties &eacute;conomico-politiques en lutte pour la domination mondiale.<br /> <br /> Nous pensons cependant qu'il ne faudrait pas s'en tenir &agrave; cette lecture superficielle. Il faut entrer en profondeur dans les analyses et propositions rassembl&eacute;es par ces deux livres. Certes, la lecture n'en est pas particuli&egrave;rement facile, car les arguments sont souvent techniques et le fil des d&eacute;monstrations se perd parfois. Mais le lecteur devrait se persuader que Yann Moulier Boutang et ceux qui partagent ses vues soul&egrave;vent des questions fondamentales et proposent des solutions m&eacute;ritant d'&ecirc;tre examin&eacute;es avec soin, car elles pourraient r&eacute;pondre aux impasses que semblent promettre les conflits multiples entre les grands acteurs g&eacute;opolitiques. Les deux ouvrages constituent donc des instruments de travail pr&eacute;cieux, que nous ne pouvons &eacute;videmment pas ici r&eacute;sumer en quelques phrases. Il faut v&eacute;ritablement &laquo; y entrer &raquo;, selon la formule.<br /> <br /> Nous pensons pour notre part qu'un lien s'impose avec la g&eacute;opolitique, lien que l'auteur n'a fait qu'&eacute;pisodiquement. Sur la g&eacute;opolitique et sur ces conflits, le lecteur pourra se reporter au dossier encore provisoire ouvert sur ce site (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/108/geopolitique.htm ). Il y verra que deux sc&eacute;narios selon nous se dessinent, entre lesquels rien n'est sans doute encore jou&eacute;. Le premier est celui d'un progr&egrave;s scientifico-technique acc&eacute;l&eacute;r&eacute; (dit par les prospectivistes la Singularit&eacute;). Les besoins essentiels s'y trouveraient soulag&eacute;s et les tensions entre groupes humains progressivement apais&eacute;es. Le second sc&eacute;nario est celui d'une marche &agrave; la catastrophe. Les m&ecirc;mes progr&egrave;s techniques seraient confisqu&eacute;s par des pouvoirs aveugles &agrave; autre chose que leurs int&eacute;r&ecirc;ts propres imm&eacute;diats. Un collapse environnemental et civilisationnel en r&eacute;sulterait &agrave; relativement court terme.<br /> <br /> Or dans les deux perspectives, les livres de Yann Moulier Boutang apportent des compl&eacute;ments indispensables. Ils concernent en effet la fa&ccedil;on dont les soci&eacute;t&eacute;s modernes pourraient ma&icirc;triser l'emballement de ce qu'il nomme le capitalisme cognitif en r&eacute;seau, principal source selon lui de ces progr&egrave;s techniques. Parler de capitalisme ne signifie pas n&eacute;cessairement se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; la nature juridique de celui-ci, capitalisme priv&eacute; ou capitalisme public, mais plut&ocirc;t &agrave; ce que signifie le terme de capital. Il s'agit des investissements, mat&eacute;riels et immat&eacute;riels, susceptibles de concourir &agrave; la satisfaction des besoins de survie des humains &agrave; travers la conservation de l'environnement. Un tel capital constitue le contraire des consommations de gaspillage et n'est pas incompatible avec les objectifs de d&eacute;croissance des sur-consommations mat&eacute;rielles.<br /> <br /> Pour tirer le meilleur parti de ce capitalisme cognitif, Yann Moulier Boutang invite &agrave; mieux comprendre les m&eacute;canismes de production des connaissances et des comp&eacute;tences qui sont propres aux nouveaux modes de production et de consommation g&eacute;n&eacute;r&eacute;s par l'&eacute;conomie en r&eacute;seau. Beaucoup de personnes venant de d&eacute;couvrir les commodit&eacute;s offertes par l'Internet croient les conna&icirc;tre mais les ignorent encore. Un travail p&eacute;dagogique s'impose. Une meilleure compr&eacute;hension pourrait favoriser l'&eacute;mergence &agrave; grande &eacute;chelle des solutions r&eacute;glementaires et organisationnelles favorisant les comportements et les acteurs les plus propres &agrave; g&eacute;n&eacute;rer les nouvelles ressources immat&eacute;rielles dont les soci&eacute;t&eacute;s ont le plus grand besoin.<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Le capitalisme cognitif</strong></font><br /> <br /> Le premier livre, pr&eacute;cis&eacute;ment intitul&eacute; Le Capitalisme Cognitif, La Nouvelle Grande Transformation, explore en profondeur ce que l'auteur nomme un nouvel &acirc;ge du capitalisme, succ&eacute;dant au capitalisme commercial et industriel. Il montre ce que n'est pas et ce qu'est l'univers &eacute;conomique et politique r&eacute;sultant de la num&eacute;risation de plus en plus radicale des activit&eacute;s productives et de construction des savoirs. L'ouvrage a le m&eacute;rite de multiplier les r&eacute;f&eacute;rences &agrave; des auteurs fran&ccedil;ais et &eacute;trangers peu connus qui contribuent &agrave; pr&eacute;ciser les th&egrave;mes pr&eacute;sent&eacute;s. Il s'agit donc d'un instrument de travail pr&eacute;cieux, que nous ne pouvons &eacute;videmment pas ici r&eacute;sumer en quelques phrases.<br /> <br /> Un point tr&egrave;s important, que nous retrouverons d&eacute;velopp&eacute; dans le livre suivant, &laquo; L'abeille et l'&eacute;conomiste &raquo;, concerne la n&eacute;cessit&eacute; de prendre en compte les &laquo; externalit&eacute;s &raquo;, positives ou n&eacute;gatives. On peut entendre par externalit&eacute;s positives les valeurs &eacute;conomiques et sociales fondamentales que les comptabilit&eacute;s nationales d'inspiration capitaliste se refusent &agrave; &eacute;valuer, parce que pr&eacute;cis&eacute;ment les entreprises financiaris&eacute;es veulent en user et abuser sans rendre de compte &agrave; personne: l'eau, l'air, les territoires, le travail non r&eacute;mun&eacute;r&eacute; et b&eacute;n&eacute;vole sous ses diff&eacute;rentes formes. Ceux qui s'en prennent actuellement &agrave; ce qui reste d'administrations publiques et de services publics industriels rangent parmi ces externalit&eacute;s pr&eacute;tendues sans valeur en termes de comptabilit&eacute; nationale le travail de ces administrations.<br /> <br /> Les externalit&eacute;s n&eacute;gatives repr&eacute;sentent les g&acirc;chis et pertes non comptabilis&eacute;es, qui p&egrave;sent in&eacute;vitablement sur les soci&eacute;t&eacute;s qui les g&eacute;n&egrave;rent: pollutions, d&eacute;chets, sous-formation des individus, conflits et finalement guerres. On con&ccedil;oit que des syst&egrave;mes de comptabilit&eacute; nationale, commerciale et budg&eacute;taire qui refusent de prendre en compte les unes et les autres pratiquent en permanence le d&eacute;ni des r&eacute;alit&eacute;s. Une repr&eacute;sentation compl&egrave;tement fauss&eacute;e des valeurs s'impose au monde &eacute;conomique et politique tout entier. Seuls en b&eacute;n&eacute;ficient les int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques et les pouvoirs &eacute;tatiques qui ne visent qu'&agrave; renforcer leur domination sur les soci&eacute;t&eacute;s.<br /> <br /> Aux externalit&eacute;s positives, Yann Moulier Boutang demande d'inclure les valeurs ajout&eacute;es, l&agrave; encore non comptabilis&eacute;es, r&eacute;sultant du travail en r&eacute;seau de centaines de millions de cerveaux (dont, dirions avec la modestie qui nous caract&eacute;rise, le travail de notre propre cerveau sur le pr&eacute;sent site). Nul n'ignore que ces valeurs ajout&eacute;es sont reconnues, puisque la publicit&eacute; en ligne, des op&eacute;rateurs comme Google et plus g&eacute;n&eacute;ralement tous ceux qui condamnent les logiciels libres et les &eacute;ditions sous le r&eacute;gime de l'open source voudraient s'en assurer le monopole. Il faut ajouter &agrave; ce travail en r&eacute;seau tout le capital relationnel dont disposent certaines firmes et certains salari&eacute;s travaillant dans le domaine de l'interm&eacute;diation.<br /> <br /> L'&eacute;conomiste et prix Nobel am&eacute;ricain Joseph Stiglitz devait, &agrave; la demande de Nicolas Sarkozy, pr&eacute;senter une nouvelle comptabilit&eacute; nationale tenant compte de ces externalit&eacute;s positives et n&eacute;gatives, mais son rapport n'a toujours pas fait l'objet d'une discussion collective. De plus, la liste qu'il en a donn&eacute; para&icirc;t fort restrictive. Il faut dire que la d&eacute;marche risque d'&ecirc;tre une nouvelle fois biais&eacute;e par la course au profit. Evaluer des valeurs afin de les prot&eacute;ger, en faisant payer par exemple aux pollueurs le co&ucirc;t de la disparition des ressources naturelles non comptabilis&eacute;es dont ils abusent serait une excellente chose, mais &agrave; l'inverse, en faire des domaines de privatisation et de monopolisation au profit de nouveaux entrepreneurs &agrave; l'affut de nouveaux profits imm&eacute;diats serait tr&egrave;s dangereux.<br /> <br /> Parmi ces externalit&eacute;s non prises en compte et donc non valoris&eacute;es se trouve ce que l'auteur compare au travail de pollinisation accompli par les abeilles. Il reprend et d&eacute;veloppe ce th&egrave;me dans le livre suivant, dont le titre mentionne explicitement l'abeille. On connait sans doute l'image. En m&ecirc;me temps que les abeilles vont chercher du pollen et des sucres sur les fleurs pour alimenter la ruche, elles permettent la reproduction sexu&eacute;e des plantes &agrave; fleurs. Comme celles-ci constituent aujourd'hui une part tr&egrave;s importante des ressources alimentaires des animaux et des hommes, sans abeilles surviendrait une grave crise &eacute;conomique et &eacute;cologique. Les cultivateurs commencent &agrave; s'en apercevoir aujourd'hui, alors que jusque l&agrave; les craintes des apiculteurs concernant la disparition des abeilles n'avaient pas trouv&eacute; d'&eacute;cho.<br /> <br /> Dans l'&eacute;conomie moderne, les inventeurs et producteurs produisent des connaissances diverses qu'ils utilisent pour r&eacute;aliser les biens et services qu'ils mettent sur le march&eacute;. Mais en m&ecirc;me temps, du fait de la num&eacute;risation croissante des &eacute;changes d'informations scientifiques et techniques, ces connaissances circulent bien au del&agrave; des besoins de ceux qui les ont initialement produites. En circulant, elles s'enrichissent par symbioses et mutations, cr&eacute;ant pr&eacute;cis&eacute;ment le coeur de ce que l'auteur nomme le capital cognitif. Celui-ci, qui est de plus en plus mondialis&eacute;, repr&eacute;sente les vraies valeurs porteuses d'avenir &agrave; partir desquelles s'&eacute;laborent les nouveaux produits et services, les nouveaux comportements cr&eacute;atifs et finalement le monde de demain dans son ensemble.<br /> <br /> Ce capital cognitif n'a plus que de lointaines ressemblances avec le vieux capital traditionnel, celui constitu&eacute; par les ressources naturelles et les investissements agricoles et industriels classiques. Les entrepreneurs et les pays qui s'enrichissent actuellement sont ceux qui ont compris cette &eacute;volution et qui tentent d'attirer et de valoriser &agrave; leur profit le capital cognitif, brevets et savoir-faire, hommes et cellules productives au mieux susceptibles de les cr&eacute;er. Mais il ne s'agit encore que de pr&eacute;curseurs. La grande majorit&eacute; des gouvernants, des chefs d'entreprises, des &eacute;conomistes, des syndicalistes et des travailleurs restent focalis&eacute;s sur les anciennes formes de capital, beaucoup plus rigides et peu adaptatives. Ils continuent &agrave; se battre pour conserver ce capital traditionnel et les profits et salaires en r&eacute;sultant, en n&eacute;gligeant les perspectives autrement plus riches qu'offrirait la valorisation du capital cognitif. Ils devraient en fait faire les deux.<br /> <br /> Le capitalisme cognitif, dont l'auteur propose d'approfondir l'&eacute;tude dans divers programmes de recherche, est si complexe et entra&icirc;ne des cons&eacute;quences si diverses et difficiles &agrave; appr&eacute;hender, que les d&eacute;cideurs, quels qu'ils soient, se trouvent aujourd'hui incapables de le comprendre. Face aux difficult&eacute;s d'adaptation et aux crises en d&eacute;coulant, &eacute;conomiques, sociales et environnementales, ils ont tendance alors &agrave; en appeler aux vieilles recettes du capitalisme et du syndicalisme traditionnel ou &agrave; celles de l'interventionnisme public dont la France fut un bon mod&egrave;le du temps des trente Glorieuses. A plus forte raison, aucun expert, aucune institution ne sont aujourd'hui capables d'appr&eacute;hender les d&eacute;fis pour demain que suscite la croissance exponentielle et d&eacute;sordonn&eacute;e, aux plans &eacute;cologiques et soci&eacute;taux, r&eacute;sultant de la convergence des technologies &agrave; travers les r&eacute;seaux de connaissance.<br /> <br /> Pour Yann Moulier Boutang, la finance internationale et la grande flexibilit&eacute; que lui offrent les r&eacute;seaux mondiaux de sp&eacute;culation boursi&egrave;re et mon&eacute;taire, constituent aujourd'hui les agents les plus efficaces en vue de produire et distribuer le capital cognitif. C'est la raison pour laquelle il se refuse &agrave; la condamner syst&eacute;matiquement. Tant que de nouvelles solutions collectives ne pourront pas &ecirc;tre invent&eacute;es pour rendre ce service de pollinisation, il serait impossible de pr&eacute;tendre la supprimer, voire dangereux de la limiter. Cela ne veut pas dire que pour lui, tout serait du mieux possible dans le monde du n&eacute;o-lib&eacute;ralisme financier d&eacute;cha&icirc;n&eacute; et des biens et services num&eacute;riques faisant p&eacute;riodiquement l'objet de bulles de croissance suivies de r&eacute;cessions &agrave; travers lesquelles, comme le croit Howard Bloom (The Genius of the Beast) de nouveaux produits innovants ne cesseraient d'appara&icirc;tre. Son second ouvrage, l'Abeille et l'&eacute;conomiste, dresse un panorama sans complaisance des exc&egrave;s de la finance de march&eacute;.<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>La finance de march&eacute;</strong></font><br /> <br /> Concernant ce secteur devenu aujourd'hui essentiel dans le d&eacute;veloppement de l'&eacute;conomie mondiale, Yann Moulier Boutang ne se livre pas comme certains de ses coll&egrave;gues &agrave; une apologie sans nuances. Mais comme nous venons de le noter, il ne verse pas dans une critique syst&eacute;matique qui n&eacute;gligerait les moyens de comprendre pourquoi ce type d'activit&eacute; s'est si rapidement g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; au monde entier, y compris aux pays &eacute;mergents tout r&eacute;cemment sortis du communisme, tels que la Russie et la Chine.<br /> <br /> Les trois quarts de son second ouvrage sont consacr&eacute;s &agrave; d&eacute;crire l'origine et les diff&eacute;rentes formes et m&eacute;canismes caract&eacute;risant ce que les &eacute;conomistes de gauche nomment le n&eacute;o-lib&eacute;ralisme, c'est-&agrave;-dire la libert&eacute; d'action reconnue aux institutions bancaires et financi&egrave;res et &agrave; travers elles aux actionnaires, pour d&eacute;cider de l'avenir des activit&eacute;s productives. Le livre commence par une histoire de la finance et se poursuit par une analyse fouill&eacute;e des crises en cha&icirc;nes, financi&egrave;res, mon&eacute;taires, sociales et en partie &eacute;conomiques qui se sont succ&eacute;d&eacute;es depuis 2007-2008, &agrave; la suite de la d&eacute;faillance des institutions de cr&eacute;dit am&eacute;ricaines. Ceux qui ont suivi de pr&egrave;s ces &eacute;v&egrave;nements pourront en lisant l'ouvrage rafraichir leurs connaissances. Les autres comprendront mieux des probl&eacute;matiques expos&eacute;es abondamment mais dans la confusion par les m&eacute;dias.<br /> <br /> Cette compr&eacute;hension ne sera pas inutile car la grande crise, ses s&eacute;quelles et ses nouvelles formes n'ont pas cess&eacute; d'exercer leur influence sur les politiques &eacute;conomiques. La plupart des causes qui l'ont provoqu&eacute;e sont demeur&eacute;es ou ont reparu, d'o&ugrave; l'int&eacute;r&ecirc;t s'attachant &agrave; ce que les citoyens en prennent mieux conscience. Le lecteur comprendra pourquoi, malgr&eacute; les retomb&eacute;es n&eacute;gatives, les acteurs de la finance, &agrave; la recherche de profits &eacute;lev&eacute;s imm&eacute;diats, continuent &agrave; pr&eacute;f&eacute;rer les sp&eacute;culations diverses, sur les mati&egrave;res et sur les valeurs, &agrave; des investissements productifs lourds, lents et rapportant peu. Ce ne seront pas les incantations des hommes politiques se targuant de moraliser les march&eacute;s qui les arr&ecirc;teront.<br /> <br /> A la lecture de cette histoire r&eacute;cente, le lecteur pourra &agrave; nouveau se convaincre de l'inadaptation des rem&egrave;des engag&eacute;s par les gouvernements, les institutions financi&egrave;res internationales et, en ce qui la concerne, l'Union europ&eacute;enne, incapable d'agir dans l'unit&eacute; comme le font ses concurrents des grands empires &eacute;conomiques nord-am&eacute;ricain et chinois. Mais au fur et &agrave; mesure qu'il avancera dans sa lecture, il se demandera quelles solutions l'expert &eacute;conomiste et politique qu'est Yann Moulier Boutang propose d'adopter pour sortir des impasses qui s'accumule.<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Des solutions radicales</strong></font><br /> <br /> Sur ce plan, les deux livres et surtout le second envisagent dans leurs chapitres terminaux une s&eacute;rie de solutions radicales. Celles-ci, &eacute;videmment, sont d&eacute;j&agrave; d&eacute;battues par les milieux de ce que pourrions appeler l'&eacute;conomie alternative, mais elles ne sont pas expos&eacute;es syst&eacute;matiquement dans la presse destin&eacute;e au grand public. Elles ne sont pas non plus reprises syst&eacute;matiquement dans les programmes politiques de la gauche, laquelle selon nous devrait pourtant s'en emparer plus ouvertement qu'elle ne le fait actuellement, ne fut-ce que pour les discuter. Mais peut-&ecirc;tre en aurait-elle peur.<br /> <br /> Compte tenu de la d&eacute;finition qu'il nous a donn&eacute; du capital cognitif et de la pollinisation, Yann Moulier Boutang propose il est vrai de vrais r&eacute;volutions en termes de politiques &eacute;conomiques, sociales et budg&eacute;taires. Il ne s'agit pas de poursuivre un r&ecirc;ve impossible, sortir du capitalisme pour le remplacer par un socialisme &eacute;tatique, dont on connait les &eacute;garements. Il ne s'agit pas non plus de pr&eacute;tendre tourner le dos aux &eacute;volutions technologiques et sociologiques qui fondent le capitalisme cognitif. Il s'agirait seulement, et c'est d&eacute;j&agrave; beaucoup, d'introduire dans l'&eacute;conomie de march&eacute; et de concurrence des r&eacute;gulations bien plus importantes que celles actuellement discut&eacute;es par les Etats, &agrave; l'ONU ou dans les instances telles que le G20 . Tous les Etats devraient en principe &ecirc;tre concern&eacute;s, car les mesures propos&eacute;es, pour &ecirc;tre efficaces et pr&eacute;venir fuites et d&eacute;tournements, devraient &ecirc;tre adopt&eacute;es par l'ensemble des grands pays.<br /> <br /> Nous traduiront en les r&eacute;sumant les propositions de l'auteur de la fa&ccedil;on suivante:<br /> <br /> * Evaluer en comptabilit&eacute; nationale afin de les valoriser &eacute;conomiquement toutes les activit&eacute;s et biens non identifi&eacute;s officiellement mais largement exploit&eacute;s de fa&ccedil;on sauvage par les entrepreneurs n&eacute;o-lib&eacute;raux. Il s'agit des externalit&eacute;s positives d&eacute;crites dans le premier livre, lesquelles correspondent &agrave; la pollinisation r&eacute;alis&eacute;e par les abeilles. Continuer aujourd'hui &agrave; consid&eacute;rer que ces externalit&eacute;s n'ont pas de valeur ou qu'elles doivent &ecirc;tre abandonn&eacute;es au pillage anarchique, aboutira demain &agrave; ce que serait une agriculture sans abeilles, un d&eacute;sert.<br /> <br /> La solution pour r&eacute;aliser cette valorisation consisterait &agrave; identifier et chiffrer en termes &eacute;conomiques et mon&eacute;taires tous les biens et toutes les activit&eacute;s qui &eacute;chappent actuellement aux descriptions quantitatives et m&ecirc;me qualitatives, mais dont chacun peut constater tous les jours cependant l'importance. Yann Moulier Boutang cite en priorit&eacute; ce qu'il a nomm&eacute; (avec les auteurs anglo-saxons mais avant Martine Aubry), le &laquo; care &raquo;, c'est-&agrave;-dire tout ce qui concourra &agrave; la bonne conservation du capital humain. Mais un &laquo; care &raquo; identique s'impose &agrave; l'&eacute;gard de la nature. Le m&ecirc;me travail d'&eacute;valuation sera fait en parall&egrave;le concernant les externalit&eacute;s n&eacute;gatives: &eacute;valuer les pertes r&eacute;sultant de la non prise en compte des destructions r&eacute;sultant de l'activit&eacute; &eacute;conomique et du &laquo; progr&egrave;s &raquo;.<br /> <br /> La t&acirc;che serait &eacute;videmment consid&eacute;rable, surtout si elle est entreprise au plan mondial, o&ugrave; les appr&eacute;ciations relatives aux valeurs d&eacute;pendent beaucoup des sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles. Mais il ne s'agirait au fond que d'un travail auquel les statisticiens, &eacute;conomistes et &eacute;valuateurs de toutes sortes sont habitu&eacute;s. L'entreprendre sans attendre aurait un effet p&eacute;dagogique et d'entra&icirc;nement consid&eacute;rable. Le public pourrait enfin, selon l'expression, commencer de comprendre&nbsp; &laquo; ce dont on parle &raquo; quand on discute de l'&eacute;cologie. &nbsp;<br /> <br /> * Supprimer tous les imp&ocirc;ts actuels et les remplacer par une taxe uniforme tr&egrave;s faible sur l'ensemble des op&eacute;rations de communication utilisant les r&eacute;seaux num&eacute;riques. Ce projet va plus loin que la Taxe Tobin laquelle est cens&eacute;e se limiter aux transactions financi&egrave;res internationales. L'auteur montre qu'une telle taxe serait parfaitement indolore mais qu'elle rapporterait bien plus d'argent que toutes les contributions obligatoires existantes. Nous renvoyons &agrave; l'ouvrage pour plus d'&eacute;claircissement sur ce projet. Disons seulement que Yann Moulier Boutang ne pr&eacute;cise pas comment cet imp&ocirc;t serait per&ccedil;u et r&eacute;parti. Mais on peut penser que, si la volont&eacute; existait au niveau des grands Etats, le dispositif serait parfaitement r&eacute;alisable, sans trop g&eacute;n&eacute;rer de fraudes.<br /> <br /> * Verser uniform&eacute;ment &agrave; tous les citoyens du monde un Revenu Social Garanti distribu&eacute; de fa&ccedil;on inconditionnel. Ce RSG, calcul&eacute; comme revenu minimum assurant la survie (1500 euros mensuels en Europe ? ) aurait l'int&eacute;r&ecirc;t de lib&eacute;rer les individus du souci de la vie quotidienne et de leur permettre d'investir, avec ou sans perspectives de b&eacute;n&eacute;fices, dans les t&acirc;ches &agrave; haute valeur ajout&eacute;e permises par les r&eacute;seaux producteurs de capital cognitif. Le RSG devrait sans doute &ecirc;tre distribu&eacute; par les administrations publiques.<br /> <br /> On pourrait penser le faire financer par l'imp&ocirc;t sur les transactions num&eacute;riques pr&eacute;cit&eacute;. Mais nous pensons pour notre part qu'il pourrait &ecirc;tre vers&eacute; sans &ecirc;tre gag&eacute; par des ressources fiscales, en faisant pratiquement appel &agrave; de la cr&eacute;ation de monnaie provenant des banques centrales. Les personnes ainsi subventionn&eacute;es, dont la cr&eacute;ativit&eacute; serait stimul&eacute;e, rapporteraient rapidement en termes de produits &eacute;conomiques commercialisables sur les march&eacute;s ou de gains sur les externalit&eacute;s beaucoup plus qu'elles ne co&ucirc;teraient aux budgets.Il n'y aurait donc pas en principe de risque inflationniste. Nous avons d&eacute;velopp&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment une hypoth&egrave;se concernant un Fonds strat&eacute;gique europ&eacute;en s'inspirant de cette id&eacute;e (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=446&amp;r_id= ).<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Qui prendra l'initiative?</strong></font><br /> <br /> Tout cela para&icirc;tra bel et bon, mais le lecteur r&eacute;aliste se demandera quelles autorit&eacute;s prendront l'initiative de telles r&eacute;formes. Certes, l'Union europ&eacute;enne pourrait d&eacute;cider de donner l'exemple, mais la question restera pos&eacute;e: qui en Europe en d&eacute;ciderait?<br /> <br /> Yann Moulier Boutang n'aborde pas r&eacute;ellement cette question. Il n'attend cependant rien des Etats sous leur forme actuelle, qui sont rappelle-t-il des machines &agrave; conqu&eacute;rir le pouvoir (y compris dirions nous sous ses aspects les plus triviaux du bling-bling), associ&eacute;es aux classes entrepreneuriales les plus conservatrices. Ce jugement pessimiste rejoint le n&ocirc;tre, concernant le poids de ce que nous avons baptis&eacute; du terme affreux mais significatif de corporatocraties anthropotechniques.<br /> <br /> Nous pensons pour notre part que l'aggravation in&eacute;vitable de la crise, touchant un nombre croissant de citoyens bien inform&eacute;s, poussera peut-&ecirc;tre une majorit&eacute; de ceux-ci, dans les grands pays, &agrave; prendre en mains directement le passage au r&eacute;formisme radical esquiss&eacute; par Yann Moulier Boutang. Mais il s'agirait d'une autre histoire, dont nous pourrons peut-&ecirc;tre nous entretenir avec lui un de ces jours.<br /> <br /> Tue, 27 Jul 2010 23:00:00 GMT Le FMI s'attaque à l'Europe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=535 535 <br /><br /> &nbsp;<font color="#ff0000"><em>En fait, le FMI et son directeur g&eacute;n&eacute;ral Dominique Strauss Kahn dont le PS en France pourrait d&eacute;cider de faire son candidat &agrave; la prochaine &eacute;lection pr&eacute;sidentielle,&nbsp; continuent un travail de sape destin&eacute; &agrave; paralyser les administrations publiques (pr&eacute;sent&eacute;es comme repr&eacute;sentant&nbsp; des externalit&eacute;s n&eacute;gatives &ndash; Voir &agrave; ce sujet la pr&eacute;sentation des livres de l'&eacute;conomiste Yann Moulier Boutang sur ce site) et encourager la privatisation de leurs activit&eacute;s au seul profit des classes sup&eacute;rieures.&nbsp; Europe Solidaire<br /> http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-fmi-attaque-l-europe-76160</em></font><br /> <br /> La grande presse a pass&eacute; largement sous silence le rapport que le FMI a publi&eacute; le 15 juin dernier sur la France. Ce rapport r&eacute;sume les constats pr&eacute;liminaires effectu&eacute;s par les repr&eacute;sentants du FMI &agrave; l&rsquo;issue de missions qui s&rsquo;inscrivent dans le cadre des consultations p&eacute;riodiques de suivi de la situation &eacute;conomique.<br /> <font color="#000080"><strong><br /> La France</strong></font><br /> <br /> Dans ce rapport , le FMI vante la rigueur budg&eacute;taire.&nbsp; Il se r&eacute;jouit des &eacute;conomies&nbsp; envisag&eacute;es par Nicolas Sarkozy&nbsp;: &laquo;&nbsp;La ma&icirc;trise des d&eacute;penses sociales est cruciale. Les mesures de rigueur, notamment la poursuite de la r&eacute;duction des effectifs des fonctionnaires (avec le non-remplacement d&rsquo;un d&eacute;part &agrave; la retraite sur deux)&hellip; permettront de ma&icirc;triser la hausse des d&eacute;penses des administrations publiques&nbsp;&raquo;.<br /> <br /> Le FMI indique aussi que &laquo;&nbsp;la r&eacute;forme des retraites et du syst&egrave;me de sant&eacute; doivent constituer la pierre angulaire de la strat&eacute;gie budg&eacute;taire de moyen terme&nbsp;&raquo;. Et il donne m&ecirc;me des le&ccedil;ons de rigueur &agrave; Nicolas Sarkozy en mettant en garde la France contre la tentation redistributive&nbsp;: &laquo;&nbsp;il convient toutefois de r&eacute;sister aux pressions qui conduiraient &agrave; ne pas corriger les d&eacute;s&eacute;quilibres fondamentaux et &agrave; s&rsquo;appuyer d&eacute;mesur&eacute;ment sur des mesures d&rsquo;accroissement des recettes&nbsp;&raquo;, c'est-&agrave;-dire sur de nouveaux imp&ocirc;ts ou des ajustements fiscaux auxquels on sait que Nicolas Sarkozy n'est pas favorable. <br /> <br /> Mais le FMI va encore plus loin. Il note&nbsp; qu&rsquo;&laquo;&nbsp;en France, le march&eacute; du travail et le march&eacute; des produits se caract&eacute;risent par d&rsquo;importantes restrictions&nbsp;&raquo;. Et il appelle carr&eacute;ment &agrave; de nouveaux sacrifices sociaux&nbsp;: &laquo;&nbsp;r&eacute;duire la dualit&eacute; entre les CDD et les CDI&nbsp; et poursuivre la mod&eacute;ration du salaire minimum (SMIC)&nbsp;&raquo;.<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>L'Europe </strong></font><br /> <br /> Outre la Gr&egrave;ce, le FMI est intervenu dans trois pays de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est membres de l&rsquo;UE&nbsp;: la Hongrie en octobre 2008, la Lettonie en d&eacute;cembre 2008, la Roumanie en mars 2009. Il est &eacute;galement intervenu dans deux pays de l&rsquo;Est non membres de l&rsquo;UE&nbsp;: l&rsquo;Ukraine en 2008 et la Serbie en 2009<br /> Partout, les cons&eacute;quences sont les m&ecirc;mes&nbsp;: lib&eacute;ralisation du march&eacute;, baisse des d&eacute;penses du secteur public, baisse du pouvoir d&rsquo;achat pour des millions de salari&eacute;s.<br /> <br /> Le plan de rigueur draconien &eacute;tabli&nbsp; par le FMI et l&rsquo;UE pour la Gr&egrave;ce est particuli&egrave;rement s&eacute;v&egrave;re&nbsp;: <br /> * Salaires gel&eacute;s jusqu&rsquo;en 2014. <br /> * Primes du 13e et 14e mois (No&euml;l et P&acirc;ques) supprim&eacute;es pour les salaires sup&eacute;rieurs &agrave; 3.000 &euro; par mois et plafonn&eacute;es &agrave; 1.000 &euro; pour les salaires inf&eacute;rieurs &agrave; 3.000 &euro; par mois, alors que ces primes avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; r&eacute;duites de 30% dans le cadre des pr&eacute;c&eacute;dentes mesures annonc&eacute;es en mars dernier. <br /> * Baisse des investissements publics de 1,5 milliard &euro;. <br /> * Taux de TVA, pass&eacute; en mars de 19 &agrave; 21, relev&eacute; &agrave; 23%. <br /> * Mise en place d&rsquo;un nouveau salaire minimum applicable aux jeunes et aux ch&ocirc;meurs de longue dur&eacute;e. <br /> * R&eacute;duction du nombre de d&eacute;parts anticip&eacute;s &agrave; la retraite, avec comme objectif d&rsquo;interdire ces d&eacute;parts avant 60 ans. <br /> * Lib&eacute;ralisation des march&eacute;s des transports et de l&rsquo;&eacute;nergie. <br /> Cette liste n&rsquo;&eacute;tant &eacute;videmment pas exhaustive.<br /> Tue, 27 Jul 2010 23:00:00 GMT Wikileaks: circulez, braves Français, il n'y a rien à voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=536 536 <br /><br /> Chacun conna&icirc;t dor&eacute;navant ce dont il s'agit. Inutile d'y revenir. On peut s'interroger par contre sur la diff&eacute;rence de l'accueil faite &agrave; ces fuites par le syst&egrave;me washingtonien et par les gouvernement europ&eacute;ens engag&eacute;s via l'Otan, eux aussi, dans cette guerre am&eacute;ricaine. <br /> <br /> Les d&eacute;g&acirc;ts faits par cette divulgation sur la politique officielle am&eacute;ricaine enti&egrave;rement assum&eacute;e dor&eacute;navant par Barack Obama, la v&eacute;ritable descente aux enfers qui se dessine pour celui-ci tant qu'il aura &eacute;t&eacute; incapable de prendre la d&eacute;cision qui s'impose, se retirer, suscitent force commentaires, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Par contre, en Europe, et pour ce qui nous concerne en France, l'&eacute;v&egrave;nement semble rester sans r&eacute;percussions. <br /> <br /> Les Fran&ccedil;ais paraissent oublier qu'ils ont l&agrave;-bas un contingent militaire de pr&egrave;s de 4.000 hommes. Qui se pr&eacute;occupe d'eux? Personne. Peut-&ecirc;tre parce qu'il s'agit de soldats professionnels pouvant &ecirc;tre d&eacute;pens&eacute;s tels des rouleaux de sopalin, comme le sugg&egrave;re (sans employer le terme) l'ancien ministre de la d&eacute;fense Paul Quil&egrave;s dans Le Monde du 27 juillet.&nbsp; Il ne s'agit pas de dire que la France ne devrait pas participer &agrave; une op&eacute;ration militaire, si les r&eacute;sultats de celle-ci justifiaient les risques. Mais en l'esp&egrave;ce&nbsp; l'opinion devrait exiger du gouvernement qu'il la tienne en permanence inform&eacute;e de l'&eacute;volution d'un conflit dont personne n'a jamais clairement expliqu&eacute; les enjeux et dont personne aujourd'hui, &agrave; part le Wikileaks, ne d&eacute;crit&nbsp; les mauvais r&eacute;sultats. <br /> <br /> Ces r&eacute;sultats sautent aux yeux des plus faucons des Am&eacute;ricains eux-m&ecirc;mes: un gouvernement afghan corrompu et jouant plusieurs double-jeux, des chefs de guerre et une insurrection de plus en plus envahissants, des d&eacute;penses militaires gigantesques dont le quart au moins finance les Talibans, une tension croissante sinon un d&eacute;but de guerre larv&eacute;e avec le Pakistan...De plus, il appara&icirc;t que les buts de guerre annonc&eacute;s initialement, &eacute;liminer le terrorisme, ne tiennent pas. Contrairement aux affirmations officielles, les Talibans ne semblent&nbsp; pas &ecirc;tre des fanatiques d'Al Quaida mais pour la plupart l'&eacute;manation de populations locales qui cherchent surtout &agrave; se d&eacute;barrasser des militaires &eacute;trangers comme ils l'avaient fait des Russes il y a 20 ans. L'Occident, si l'on peut encore employer ce terme, lutterait mieux contre le terrorisme international en renfor&ccedil;ant ses moyens de contre-terrorisme sur son sol m&ecirc;me qu'en poussant, par des bavures de plus en plus nombreuses, de plus en plus d'Afghans et de Pakistanais &agrave; prendre les armes contre lui. <br /> <br /> Paul Quil&egrave;s sugg&egrave;re une initiative internationale. Selon lui, la France <em>&laquo;&nbsp;devrait proposer de r&eacute;unir les pays voisins de l'Afghanistan, ceux d&eacute;tenant un si&egrave;ge permanent au Conseil de s&eacute;curit&eacute; et les membres de l'Union europ&eacute;enne et de l'Alliance atlantique (de mani&egrave;re &agrave; associer la Turquie). Cette conf&eacute;rence aurait pour t&acirc;che d'&eacute;tablir un statut international de l'Afghanistan, qui en ferait un Etat neutre, dont les autorit&eacute;s s'engageraient &agrave; n'apporter aucun soutien au terrorisme international&nbsp;&raquo;</em>. Pour retrouver une libert&eacute; d'action, <em>&laquo;&nbsp;la France doit commencer par retirer son contingent. Le retrait fran&ccedil;ais doit &ecirc;tre imm&eacute;diatement annonc&eacute; et sa mise en &oelig;uvre coordonn&eacute;e avec le d&eacute;sengagement programm&eacute; des forces am&eacute;ricaines et internationales&nbsp;&raquo;</em>, qui seront incit&eacute;es ainsi &agrave; suivre cet exemple. <br /> <br /> Quoiqu'il en soit, aujourd'hui, le silence des autorit&eacute;s fran&ccedil;aises au milieu des grandes remises en causes que va continuer &agrave; provoquer le Wikileaks est profond&eacute;ment sid&eacute;rant. Il s'agit en fait d'un m&eacute;pris caract&eacute;ris&eacute; pour la Nation, qui s'ajoute &agrave; tous les autres dont nous devenons h&eacute;las coutumiers. Tue, 27 Jul 2010 23:00:00 GMT Recul américain sur le contrôle des gaz à effet de serre http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=532 532 <br /><br /> Sous la pression des s&eacute;nateurs r&eacute;publicains, suivis en cela par les d&eacute;mocrates, le S&eacute;nat va renoncer &agrave; voter le syst&egrave;me de march&eacute;s d'&eacute;mission dit &quot;cap and trade&quot;, m&ecirc;me sous la version att&eacute;nu&eacute;e qui avait &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e. Le poids des lobbies p&eacute;troliers et industriels est tel que l'Administration va tr&egrave;s probablement d&eacute;cider de s'incliner. Barack Obama devrait alors aborder la conf&eacute;rence des Nations unies sur le climat &agrave; Cancun (Mexique), fin novembre, sans pouvoir confirmer&nbsp; les engagements pris &agrave; Copenhague fin 2009 devant les repr&eacute;sentants du monde entier. <br /> <br /> Cette fa&ccedil;on de faire est en permanence celle des Etats-Unis. Le Pr&eacute;sident, sous la pression des &eacute;v&egrave;nements et des opinions publiques, prend des positions conciliatrices que les Repr&eacute;sentants et S&eacute;nateurs d&eacute;savouent ensuite. L'Administration g&eacute;n&eacute;ralement s'incline. Ceci introduit un manque de fiabilit&eacute; dans les engagements diplomatiques am&eacute;ricains auquel sont habitu&eacute;s depuis longtemps les partenaires des Etats-Unis. Il n'y a plus gu&egrave;re que les Europ&eacute;ens na&iuml;fs qui prennent encore au mot les promesses de r&eacute;forme annonc&eacute;es par les pr&eacute;sidents successifs. L'&eacute;lectoralisme, renforc&eacute; par la corruption (n'h&eacute;sitons pas &agrave; employer ce mot) pratiqu&eacute;e par les int&eacute;r&ecirc;ts industriels &agrave; l'&eacute;gard des &eacute;lus est tel que la corporatocratie am&eacute;ricaine continue imperturbablement &agrave; mettre le monde en danger sans que rien ne puisse l'arr&ecirc;ter 1).<br /> <br /> L'Administration va donc tr&egrave;s probablement devoir renoncer au projet de loi en quatre parties qu'elle avait pr&eacute;sent&eacute;, portant sur le contr&ocirc;le des forages p&eacute;troliers, le d&eacute;veloppement des &eacute;nergies renouvelables, les incitations fiscales pour r&eacute;duire la consommation d'&eacute;nergie et l'introduction d'un march&eacute; d'&eacute;mission dit aussi de &laquo;&nbsp;droit &agrave; polluer&nbsp;&raquo;. M&ecirc;me si les &eacute;cologistes contestent l'efficacit&eacute; de ce dernier, qu'il pr&eacute;f&eacute;rerait voir remplacer par des syst&egrave;mes de taxes carbone, m&ecirc;me si le &quot;cap and trade&quot; avait &eacute;t&eacute; restreint au secteur &eacute;lectrique, il s'agissait pourtant d'une avanc&eacute;e notable. L'obligation pour le secteur &eacute;nerg&eacute;tique d'utiliser au moins 10 % d'&eacute;nergie renouvelable sera &eacute;galement abandonn&eacute;e. On voit qu'il s'agit d'un recul g&eacute;n&eacute;ral devant ce qu'il faut bien appeler les pollueurs. L'objectif de r&eacute;duction&nbsp; des &eacute;missions de Co2 de 17 % d'ici &agrave; 2020 par rapport &agrave; 2005 et de 80 % d'ici &agrave; 205, adopt&eacute;e en 2009 par la Chambre des repr&eacute;sentants, ne pourra donc pas &ecirc;tre tenu. <br /> <br /> Les &eacute;cologistes esp&egrave;rent que Barack Obama va passer par la voie r&eacute;glementaire : l'EPA, l'agence pour la protection de l'environnement, d&eacute;ciderait de r&eacute;ductions obligatoires par d&eacute;cret. Mais cette solution, &agrave; laquelle les r&eacute;publicains s'opposent,&nbsp; ne pourrait conduire qu'&agrave; l'adoption d'un texte dont l'ambition serait de r&eacute;duire de 14 % au maximum les &eacute;missions am&eacute;ricaines, sinon m&ecirc;me de stabiliser les &eacute;missions en l'&eacute;tat actuel. Quand on connait l'importance des &eacute;missions am&eacute;ricaines au regard de celles du reste du monde, on con&ccedil;oit que le mauvais exemple donn&eacute; par les Etats-Unis aura un effet d&eacute;vastateur &agrave; l'&eacute;gard des contraintes que les Nations Unies voudraient imposer aux autres gros pollueurs.&nbsp; <br /> <br /> Si les Europ&eacute;ens (nous employions ce terme par routine sans savoir exactement quel pouvoir politique nous pourrions mettre derri&egrave;re l'expression) avaient un minimum de r&eacute;activit&eacute;, ils profiteraient de ce recul am&eacute;ricain pour combler le vide. Barack Obama avait fait du d&eacute;veloppement des &eacute;nergies nouvelles la base d'une &quot;nouvelle croissance durable&quot;. Gr&acirc;ce aux centaines de milliards de dollars attendus, la vente des permis d'&eacute;mission devait lui permettre de financer le d&eacute;veloppement des &eacute;nergies alternatives, ainsi que de r&eacute;duire le d&eacute;ficit budg&eacute;taire. L'Europe aurait l&agrave; une occasion exceptionnelle pour red&eacute;finir sa politique &eacute;nerg&eacute;tique dans le sens pr&eacute;cis&eacute;ment que l'Am&eacute;rique abandonne, celui d'une nouvelle croissance durable. <br /> <br /> Ajoutons un point qui n'est pas que de d&eacute;tail. N'en d&eacute;plaise aux &eacute;cologistes radicaux, on ne comprend toujours pas pourquoi la France ne tente&nbsp; pas de faire reconna&icirc;tre son industrie &eacute;lectro-nucl&eacute;aire comme relevant des &laquo;&nbsp;&eacute;nergies renouvelables&nbsp;&raquo; dont l'Europe devrait se faire le champion, ceci d'autant plus que d'autres gouvernements europ&eacute;ens sont en train de relancer le nucl&eacute;aire. Cela ne les emp&ecirc;cherait pas, quoique l'on dise, de financer des &eacute;nergies vertes.<br /> <br /> 1) Dans le m&ecirc;me temps, que l'on nous autorise &agrave; ne pas sauter au plafond d'&eacute;merveillement devant le paquet de r&eacute;formes r&eacute;cemment d&eacute;cid&eacute;es par Washington &agrave; l'&eacute;gard du capitalisme financier. On verra ce qu'il en restera quand elles seront pass&eacute;es &agrave; la moulinette de Wall Street. Sat, 24 Jul 2010 23:00:00 GMT La dangereuse tentation de la montée aux extrêmes http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=533 533 <img src="http://www.europesolidaire.eu/repimg/20100725183552_mexique.jpg" align="left" alt="photo" title="" border="0" /><br /><br /> La soci&eacute;t&eacute; du crime et de la terreur qui s'est instaur&eacute;e dans les villes mexicaines jouxtant la fronti&egrave;re am&eacute;ricano-mexicaine, dont Ciudad Juares est la plus souvent cit&eacute;e, menace dor&eacute;navant de plus en plus les Etats am&eacute;ricains voisins, Texas, Nouveau Mexique et Arizona notamment. Mais &agrave; partir de l&agrave; les barons de la drogue &eacute;tendent leur influence souterraine dans la plupart des banlieues des grandes villes, notamment &eacute;videmment parmi les populations d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;es latino-am&eacute;ricaines.<br /> <br /> Pour ce qui concerne le Mexique, l'&eacute;crivain&nbsp; Leonidas Alfaro Bedolla, auteur de narconovelas et historien natif de Culiacan, dans l'Etat de Sinaloa, le berceau du narcotrafic, estime dans l'Express du 23 juillet que la situation est, non seulement tr&egrave;s grave, mais&nbsp; apparemment sans issue, car la violence augmente de jour en jour, face &agrave; un gouvernement Calderon de plus en plus impuissant. Le 22 juillet, la police mexicaine a exhum&eacute; au moins 51 corps d'une fosse commune d&eacute;couverte pr&egrave;s de Monterrey, capitale &eacute;conomique du nord du pays. Il s'agirait d'assassinats en s&eacute;rie remontant &agrave; deux semaines, victimes d'une guerre entre cartels. <br /> <br /> Les services de renseignements am&eacute;ricains avaient il y a deux ans indiqu&eacute; dans un rapport sur l'&eacute;valuation des risques que le danger majeur mena&ccedil;ant le pays venait de la culture de la violence et de la drogue s'&eacute;tant empar&eacute; du Mexique et des Etats d'Am&eacute;rique centrale. La menace &eacute;tait pour eux bien pire que celle d'Al Quaida. De grandes d&eacute;cisions avaient alors &eacute;t&eacute; prises, visant notamment &agrave; s&eacute;curiser la fronti&egrave;re avec des barri&egrave;res de haute technologie et une mobilisation exceptionnelle de la garde nationale et de volontaires civils. Mais depuis, il semble que l'alerte soit retomb&eacute;e. La fronti&egrave;re est toujours aussi poreuse et personne, sauf les populations pauvres en contact direct avec les hommes de main des trafiquants infiltr&eacute;s, ne s'en inqui&egrave;te. <br /> <br /> On sait que l'Arizona a propos&eacute; r&eacute;cemment une loi destin&eacute;e &agrave; contr&ocirc;ler l'immigration clandestine &agrave; ses propres fronti&egrave;res, que Washington dans son ensemble a d&eacute;clar&eacute; &laquo;&nbsp;raciste&nbsp;&raquo;, sans prendre la peine de r&eacute;pondre concr&egrave;tement aux menaces qu'une immigration sauvage prise en mains par des gangs et cartels de la drogue font peser sur la s&eacute;curit&eacute; de l'&eacute;tat. Que se passerait-il pourtant si l'Arizona levait ses propres milices et qu'un certain nombre d'autres Etats suivaient&nbsp; son exemple, s'estimant trahis par l'administration f&eacute;d&eacute;rale. <br /> <br /> Paradoxalement, dans le m&ecirc;me temps, alors que Barack Obama et les d&eacute;mocrates semblent abandonner le sud du pays aux retomb&eacute;es de la guerre de 4e g&eacute;n&eacute;ration qui semble en train de s'installer au Mexique, comme le confirme la voiture pi&eacute;g&eacute;e sur le mode irakien ou afghan qui vient d'exploser &agrave; Ciudad Juares,&nbsp; l'Administration et l'ensemble des parlementaires, d&eacute;mocrates et r&eacute;publicains unis, soutiennent non seulement les campagnes militaires&nbsp; lointaines et sans issues au Moyen Orient, mais n'h&eacute;sitent pas &agrave; en envisager d'autres, dans des zones dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles devraient laisser les citoyens am&eacute;ricains indiff&eacute;rents. C'est ainsi que des forces navales consid&eacute;rables, incluent un PA nucl&eacute;aire, sont en cours de manoeuvre conjointement avec la marine sud-cor&eacute;enne en mer du Japon, pr&eacute;tendument pour d&eacute;courager une agression nord cor&eacute;enne &agrave; l'&eacute;gard de sa voisine du sud &ndash; le tout d'ailleurs au grand m&eacute;contentement de la Chine dont personne &agrave; Washington ne semble s'inqui&eacute;ter. Il est vrai que les d&eacute;penses militaires rapportent des centaines de milliards de dollars aux lobbies militaro-industriels, ce qui ne serait pas le cas d'un contr&ocirc;le de l'immigration clandestine, contr&ocirc;le&nbsp; dont les employeurs am&eacute;ricains du secteur agricole et fruitier seraient les premiers &agrave; se plaindre.&nbsp; <br /> <br /> Notre confr&egrave;re&nbsp; Philippe Grasset s'interroge sur cet apparent non-sens de la politique am&eacute;ricaine. Il y voit une nouvelle preuve de la d&eacute;sorganisation de l'Etat f&eacute;d&eacute;ral et de l'incapacit&eacute; de l'Administration &agrave; impulser des mesures claires de redressement. Ainsi, selon son expression, se r&eacute;v&egrave;lerait&nbsp; une nouvelle fois le &laquo;&nbsp;ventre mou d'un colosse en d&eacute;composition&nbsp;&raquo; (http://www.dedefensa.org/article-_toc_toc_la_crise_frappe_a_la_porte_24_07_2010.html). Nous pouvons cependant nous poser la question. Est-ce bien le cas? M&ecirc;me si les dirigeants de la corporatocratie am&eacute;ricaine font parfois montre d'aveuglement, l'exp&eacute;rience montre&nbsp; qu'en g&eacute;n&eacute;ral ils ont toujours su ce qu'ils faisaient. Tous les moyens leur ont toujours &eacute;t&eacute; bons pour conforter leur pouvoir, y compris la mort d'innocents am&eacute;ricains, militaires ou civils (nous pensons &eacute;videmment ici au 11 septembre). Dans le cas de l'ins&eacute;curit&eacute; qui monte sous l'influence des narco-trafiquants dans les Etats&nbsp; du Sud, et de l'indiff&eacute;rence apparente avec laquelle celle-ci est accueillie &agrave; Washington, ne s'agit-il pas plut&ocirc;t d'une volont&eacute; d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e de &laquo;&nbsp;mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes&nbsp;&raquo; encourag&eacute;e par des d&eacute;cideurs cyniques repr&eacute;sentant le &laquo;&nbsp;sommet de la classe dirigeante bourgeoise am&eacute;ricaine&nbsp;&raquo;, pour reprendre le vocabulaire trotskyste attard&eacute; toujours en usage chez le World Socialiste Web Site (http://www.wsws.org/ ). <br /> <br /> <font color="#000080"><strong>La mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes </strong></font><br /> <br /> Le concept de mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes, qui dans une certaine mesure correspond &agrave; celui de politique du pire, d&eacute;signe, appliqu&eacute;e &agrave; la vie politique, le ph&eacute;nom&egrave;ne faisant que des&nbsp; forces en conflits, au plan national ou international, poussent &agrave; la radicalisation de ces conflits plut&ocirc;t qu'&agrave; leur apaisement. Elles y voient la fa&ccedil;on de mieux faire pr&eacute;valoir leurs objectifs. Le jeu est dangereux. Il l'est d'abord pour la paix qui s'en trouve menac&eacute;e. Mais il l'est aussi pour l'un des deux partenaires tout au moins, car le succ&egrave;s de l'un entra&icirc;ne n&eacute;cessairement la disparition de l'autre. C'est ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; sous la R&eacute;publique de Weimar en Allemagne. Les r&eacute;volutionnaires de l'&eacute;poque avaient pouss&eacute; &agrave; la radicalisation des affrontements avec l'extr&egrave;me droite militaire et imp&eacute;riale. Ce fut le triomphe du nazisme qui en r&eacute;sulta, avec la d&eacute;portation et la mort des premiers. <br /> <br /> On peut supposer, sans preuves &eacute;videmment, qu'une droite muscl&eacute;e am&eacute;ricaine verrait tr&egrave;s bien aujourd'hui se d&eacute;velopper l'ins&eacute;curit&eacute; dans les&nbsp; villes et les Etats du Sud pauvres. Si ces derniers&nbsp; tombaient aux mains de gangs ou, tout au moins, faisaient s&eacute;cession, les Etats riches du nord, disposant en fait de l'essentiel des ressources, pourraient s'&eacute;riger progressivement en bunkers militaris&eacute;s attirant &agrave; eux toutes les forces &eacute;conomiques et les sources de richesse mondialis&eacute;es. Les Latinos et les Afro-am&eacute;ricains dont les classes dirigeants, dite WASP,&nbsp; de ces Etats riches continuent &agrave; se m&eacute;fier,&nbsp; pourraient ainsi &ecirc;tre contenus off limits, sans que&nbsp; les d&eacute;fenseurs des droits de l'homme puissent y trouver &agrave; redire. Les pauvres se seraient mis dans leur tort en tombant dans la criminalit&eacute;.<br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Qu'en est-il en Europe?</strong></font><br /> <br /> La mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes n'est certainement pas une tentation limit&eacute;e aux seules classes dirigeantes am&eacute;ricaines. Elle semble d&eacute;j&agrave; &agrave; l'oeuvre en Europe et plus particuli&egrave;rement en France. Quand l'on voit&nbsp; avec quelle pers&eacute;v&eacute;rance la majorit&eacute; de droite d&eacute;mant&egrave;le les services publics industriels et sociaux, afin de les privatiser, on peut penser que l'objectif non avou&eacute; est de priver les classes sociales moyennes et pauvres des ressources de l'ancien syst&egrave;me fran&ccedil;ais de l'Etat r&eacute;gulateur et providence. Cela ne peut que les pousser dans la mis&egrave;re et, plus particuli&egrave;rement au sein des banlieues en difficult&eacute;, dans la drogue et bient&ocirc;t peut-&ecirc;tre la guerre civile larv&eacute;e. Les privil&eacute;gi&eacute;s, retranch&eacute;s dans leurs bunkers &laquo;&nbsp;favoris&eacute;s&nbsp;&raquo;, &nbsp; les recevront&nbsp; dignement. L'appel aux militaires ne tardera pas. Un g&eacute;n&eacute;ral Videla se pr&eacute;pare peut-&ecirc;tre quelque part sans que nous le sachions. <br /> <br /> Il en est sans doute de m&ecirc;me en Allemagne. Selon le Spiegel, la r&eacute;forme du haut commandement militaire mise en place en avril 2010 par le ministre de la d&eacute;fense Karl-Theodor zu Guttenberg (CSU) est destin&eacute;e &agrave; renforcer et unifier les forces arm&eacute;es et leur commandement. Dans quel objectif? Certainement pas pour faire face &agrave; des menaces ext&eacute;rieures. Pour l'ancien secr&eacute;taire &agrave; la d&eacute;fense Willy Wimmer (CDU) , s'exprimant dans Freitag, il s'agit d'un &ldquo;cold military putsch&rdquo;. Le terme n'a pas besoin de traduction. Contre qui se d&eacute;fendre? Nul ne le dit mais beaucoup y pensent, Contre les menaces de l'int&eacute;rieur. Un jour, il appara&icirc;tra peut-&ecirc;tre utile aux forces conservatrices d'attiser un peu ces menaces, sur le mod&egrave;le de l'incendie du Reichstag. <br /> <br /> On peut &agrave; cet &eacute;gard s'&nbsp;&eacute;tonner de la courte vue des classes moyennes sup&eacute;rieures fran&ccedil;aises, qui continuent &agrave; applaudir les pr&eacute;tendues r&eacute;formes de la majorit&eacute; UMP&nbsp; alors que celles-ci sont en train de supprimer toutes les structures qui permettaient &agrave; ces classes moyennes sup&eacute;rieures de conserver un certain niveau de vie: les administrations qui les prot&eacute;geaient, les services sociaux qui leur permettaient de ne pas se retrouver au niveau des populations assist&eacute;es, les m&eacute;dias qui les informaient de fa&ccedil;on (&agrave; peu pr&egrave;s) ind&eacute;pendante. On leur promet que les entreprises commerciales (soci&eacute;t&eacute;s de s&eacute;curit&eacute;, cliniques, assurances priv&eacute;es) qui prendront le relais leur assureront des prestations bien meilleures. C'est &eacute;videmment faux. Seuls les plus riches pourront y acc&eacute;der. La bourgeoisie moyenne encore favoris&eacute;e, dont la plupart des fonctionnaires et professions lib&eacute;rales, se retrouvera au niveau des plus pauvres. Dans le cadre de la politique de mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes, les dominants s'en r&eacute;jouiront. Ce seront autant d'intellectuels r&acirc;leurs qui seront marginalis&eacute;s et perdront leur&nbsp; pouvoir de contestation. <br /> <br /> Ne m&eacute;riteront-ils pas ce sort, puisqu'ils sont sans cervelle. Ne continuent-ils&nbsp; pas &agrave; soutenir sans failles les &laquo;&nbsp;r&eacute;formes&nbsp;&raquo; qui les ruineront ? Sat, 24 Jul 2010 23:00:00 GMT Dossier. La géopolitique. Un outil nécessaire à la définition des stratégies européennes http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=531 531 <br />Mais il est difficile &agrave; l' heure de l'interdisciplinarit&eacute;, c'est-&agrave;-dire des &eacute;changes entre les sciences, de consid&eacute;rer la g&eacute;opolitique comme se suffisant &agrave; elle-m&ecirc;me, au m&ecirc;me titre que l'histoire, la g&eacute;ographie ou la science politique et, a fortiori, au m&ecirc;me titre que la chimie ou la biologie. Il s'agit en fait d'une discipline r&eacute;cente qui conjugue plusieurs approches, celle des trois sciences humaines &eacute;voqu&eacute;es ci-dessus, mais aussi de plus en plus celles d'autres sciences que nous allons pr&eacute;senter dans la suite de cette &eacute;tude.<br /> <br /> Dire que la g&eacute;opolitique est une science ne veut pas dire qu'elle doive &ecirc;tre r&eacute;serv&eacute;e &agrave; des sp&eacute;cialistes. Chaque citoyen soucieux de participer &agrave; l'histoire de son temps fait de la g&eacute;opolitique, soit sans le savoir, soit sur le mode empirique. Il est donc important, vu les cons&eacute;quences que peuvent avoir en termes g&eacute;opolitique les choix propos&eacute;s par les programmes politiques, de bien identifier les acteurs et les forces s'exprimant dans le champ g&eacute;opolitique. Ils conditionnent en fait notre vie de tous les jours. Mais pour s'en apercevoir, il faut pouvoir analyser l'actualit&eacute; et la fa&ccedil;on dont les m&eacute;dias &ndash; et les hommes politiques - en rendent compte. Ceux-ci dissimulent souvent l'essentiel sous l'accessoire. Nous voudrions que ce dossier apporte au lecteur quelques points de rep&egrave;re.<br /> <br /> Nous n'aurons pas cependant la pr&eacute;tention de d&eacute;chiffrer un terrain vierge. M&ecirc;me si la g&eacute;opolitique n'est pas un th&egrave;me tr&egrave;s pratiqu&eacute; en France, il existe un certain nombre d'ouvrages et d'articles en langue fran&ccedil;aise visant &agrave; en pr&eacute;senter et illustrer les enjeux. C'est le cas par exemple du livre de Philippe Moreau Defarge, &laquo; La g&eacute;opolitique pour les nuls &raquo;, paru en 2008 dans la collection Pour les Nuls. Nous ne pouvons que recommander la lecture de cet ouvrage fort bien fait. Nous citerons plus loin d'autres sources en fran&ccedil;ais qu'il est indispensable de consulter. Nous pensons cependant que le texte propos&eacute; ici ne fera pas double-emploi, dans la mesure o&ugrave; nous nous efforcerons d'&eacute;tablir, comme indiqu&eacute; ci-dessus, des ponts entre la g&eacute;opolitique et diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons d'interpr&eacute;ter l'&eacute;volution du monde global que nous avons rencontr&eacute;es en tant qu'&eacute;diteur de la revue Automates Intelligents et que nous ne retrouvons pas dans des livres plus classiques.<br /> <br /> Rappelons par ailleurs qu'il ne faut pas confondre la g&eacute;opolitique avec la g&eacute;ostrat&eacute;gie. Celle-ci s'efforce d'appliquer les enseignements de la g&eacute;opolitique &agrave; la d&eacute;finition de strat&eacute;gies diplomatiques, militaires, &eacute;conomiques mettant en jeu les territoires et les populations qui y vivent. On d&eacute;signe en g&eacute;n&eacute;ral par strat&eacute;gie une d&eacute;marche s'effor&ccedil;ant de tenir compte du long terme et des causes agissant en profondeur, tandis que la tactique vise &agrave; tirer parti des &eacute;v&egrave;nements plus imm&eacute;diats. On comprend bien que les strat&eacute;gies des grands organismes, Etats, entreprises, associations, dans la mesure o&ugrave; elles sont r&eacute;fl&eacute;chies, doivent tenir compte des facteurs g&eacute;ographiques et humains &eacute;tudi&eacute;s par la g&eacute;opolitique. D'o&ugrave; l'int&eacute;r&ecirc;t de mettre au point des g&eacute;ostrat&eacute;gies. Les g&eacute;ostrat&eacute;gies inspirent de fa&ccedil;on plus ou moins &eacute;videntes la plupart des grandes d&eacute;cisions affectant le monde contemporain. Il s'agit d'une raison de plus justifiant de bien comprendre les &eacute;l&eacute;ments essentiels de la g&eacute;opolitique dont elles cherchent &agrave; s'inspirer.<br /> <br /> Mais auparavant, tentons de r&eacute;pondre &agrave; une question souvent pos&eacute;e: &laquo; A quoi peut servir la g&eacute;opolitique? &raquo;. Nous dirons qu'elle doit nous aider &agrave; comprendre la vie politique, voire pour certains d'entre nous &agrave; y agir, le tout en tenant compte, r&eacute;p&eacute;tons-le, des contraintes de la g&eacute;ographie. La g&eacute;ographie est divis&eacute;e classiquement en trois branches, g&eacute;ographie physique, g&eacute;ographie humaine et au sein de cette derni&egrave;re g&eacute;ographie politique. Au sens large la g&eacute;ographie &eacute;tudie la Terre et les diff&eacute;rents ph&eacute;nom&egrave;nes naturels et humains qui s'y manifestent. Pour cette &eacute;tude, elle s'appuie n&eacute;cessairement sur l'histoire qui permet de mieux comprendre pourquoi les choses et les &ecirc;tres ont acquis sur la plan&egrave;te la complexit&eacute; que nous sommes bien oblig&eacute;s de constater. En quoi la g&eacute;ographie est-elle indispensable?<br /> <br /> Le premier objectif de la science politique consiste &agrave; identifier des acteurs et des enjeux de pouvoir. Or il se trouve que la g&eacute;ographie offre, selon le terme d'une &eacute;mission c&eacute;l&egrave;bre, des outils pour faire appara&icirc;tre le &laquo; dessous des cartes &raquo;. Les acteurs de la vie politique dont les plus visibles, sinon les plus importants, sont les Etats, se d&eacute;ploient &agrave; travers les territoires g&eacute;ographiques, mod&eacute;lis&eacute;s par des cartes et des statistiques. De m&ecirc;me les enjeux ont toujours pris une dimension g&eacute;ographique. La plupart d'entre eux sont li&eacute;s &agrave; la possession des territoires et des ressources qui leur sont attach&eacute;es. Nous verrons &agrave; cet &eacute;gard que la mondialisation et la d&eacute;mat&eacute;rialisation n'ont pas chang&eacute; l'importance du facteur g&eacute;ographique. Elles leur donnent seulement une nouvelle dimension. La g&eacute;ographie dans de nombreux de ses domaines doit dor&eacute;navant s'int&eacute;resser &agrave; ce qui se passe sur l'ensemble du globe terrestre. La g&eacute;ographie n'est pas une science capable de tout expliquer. Nous examinerons plus loin d' autres sciences pouvant permettre de comprendre la vie politique. A ce titre, elles participent au regard g&eacute;opolitique. Cependant ignorer la dimension g&eacute;ographique des questions politiques conduit &agrave; un aveuglement, une v&eacute;ritable na&iuml;vet&eacute;, &agrave; laquelle beaucoup d'analystes politiques n'&eacute;chappent pas, notamment en France.<br /> <br /> Ceci veut dire qu'il faudra entendre la g&eacute;ographie au sens large. Elle ne se limite pas &agrave; la prise en consid&eacute;ration des cartes et de leurs contenus, que ce soit au dessus ou au dessous. Outre l'indispensable appel &agrave; l'histoire, elle suppose aussi et sans doute surtout la prise en consid&eacute;ration de tout ce que l'on nomme d&eacute;sormais l'environnement: naturel et artificiel, qui d&eacute;termine et que d&eacute;termine en retour l'activit&eacute; des humains.<br /> <br /> La g&eacute;opolitique, ainsi inform&eacute;e par la g&eacute;ographie, impose un regard indispensable pour compl&eacute;ter les analyses juridiques, psychologiques ou purement politiques. Autrement dit elle &eacute;claire les grands &eacute;v&eacute;nement de la vie politique d'une fa&ccedil;on r&eacute;aliste, ceci au plan international comme au plan national ou local. Pourquoi des conflits, des comp&eacute;titions, des alliances? Pourquoi des successions d'expansion ou de crise? Comment juger de la pertinence des grands programmes politiques? Quels types de r&eacute;formes envisager? La g&eacute;opolitique oblige ainsi &agrave; se projeter dans le futur, rejoignant en cela la g&eacute;ostrat&eacute;gie.<br /> <br /> On serait tent&eacute; de se demander, compte-tenu de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, si tout ph&eacute;nom&egrave;ne ou &eacute;v&eacute;nement ne m&eacute;riterait pas une analyse g&eacute;opolitique. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, dans les d&eacute;cennies pr&eacute;c&eacute;dentes, on pouvait pr&eacute;tendre que tout &eacute;v&eacute;nement relevait de l'explication politique: &laquo; tout est politique! &raquo; Il est bien &eacute;vident que la connaissance scientifique &eacute;tant une et la vie ne tenant pas compte des barri&egrave;res acad&eacute;miques cr&eacute;es pour en simplifier l'&eacute;tude, toute analyse relevant en g&eacute;n&eacute;ral des sciences humaines et sociales devrait introduire le facteur g&eacute;opolitique. Ce sera au chercheur ou &agrave; l'analyste de savoir o&ugrave; s'arr&ecirc;ter s'il ne veut pas passer en revue l'ensemble des connaissances.<br /> <br /> Ainsi les conflits li&eacute;s &agrave; la volont&eacute; d'acc&eacute;der aux r&eacute;serves p&eacute;troli&egrave;res et gazi&egrave;res doivent n&eacute;cessairement &ecirc;tre &eacute;clair&eacute;s par la g&eacute;opolitique: o&ugrave; sont situ&eacute;es ces r&eacute;serves, quelles sont les peuples qui poss&egrave;dent le sous-sol o&ugrave; elles se trouvent, quels sont les Etats qui veulent s'en emparer et pour quelles raisons? A l'inverse, on pourra admettre, au moins en premi&egrave;re approche, que les politiques de d&eacute;croissance visant &agrave; r&eacute;duire l'empreinte &eacute;cologique de la croissance d&eacute;brid&eacute;e des consommations ne rel&egrave;vent pas a priori d'une analyse g&eacute;opolitique, bien qu'elle concernent l'avenir de l'environnement terrestre. Elles rel&egrave;vent d'analyses climatologiques, biologiques, politiques, &eacute;conomiques et technologiques. Mais tr&egrave;s vite, il faut y r&eacute;introduire la g&eacute;opolitique. On sait bien que les programmes de d&eacute;croissance et de passage aux &eacute;nergies vertes sont re&ccedil;ues diff&eacute;remment par les pays du Nord et ceux du Sud, compte tenu des contraintes g&eacute;ographiques qui p&egrave;sent sur eux, elles-m&ecirc;mes li&eacute;es &agrave; des histoires diff&eacute;rentes. <br /> <br /> <font color="#ff0000"><em>On lira la suite de ce dossier en utilisant&nbsp; les liens r&eacute;f&eacute;renc&eacute;s ci-dessous</em></font><br /> Fri, 23 Jul 2010 23:00:00 GMT Dominique de Villepin, la voix de la France et l'Europe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=530 530 <br /><br /> Certes la diffusion de ce m&eacute;dia est tr&egrave;s limit&eacute;e, n&eacute;anmoins, France Inter rentrant dans le rang, il faut s'en satisfaire. Aussi, sans abandonner en rien des convictions de gauche matin&eacute;es de vert (quand on en a), on peut&nbsp; esp&eacute;rer le bon effet d'un programme et d'une personnalit&eacute; qui seraient bien utiles &agrave; la France et &agrave; l'Europe aujourd'hui. <br /> <br /> Alors que le pouvoir se livre, en m&eacute;prisant l'intelligence des &eacute;lecteurs,&nbsp; &agrave; un enfumage g&eacute;n&eacute;ral,&nbsp; r&eacute;pondant en permanence &agrave; c&ocirc;t&eacute; des questions, que ce soit au plan national ou au plan international, Dominique de Villepin a le m&eacute;rite de dire haut et fort ce que selon nous la France devrait attendre d'un chef d'Etat et ce que l'Europe devrait attendre de la France. <br /> <br /> Ne nous faisons pas d'illusion. Il y a toujours un abime entre les grandes id&eacute;es et les r&eacute;alit&eacute;s du pouvoir, une fois venu le moment de l'exercer.&nbsp; N&eacute;anmoins il vaut mieux entendre de grandes id&eacute;es et de grands principes que des d&eacute;nis de r&eacute;alit&eacute;,&nbsp; quand ce ne sont pas des contre-v&eacute;rit&eacute;s. Nous ne r&eacute;sumerons pas ici les m&eacute;rites du discours politique de Dominique de Villepin. Disons seulement que nous en retenons 3 points essentiels:<br /> <br /> * une prise de distance indispensable &agrave; l'&eacute;gard des Etats-Unis, sinon un d&eacute;sengagement radical vis-&agrave;-vis&nbsp; de l'atlantisme ambiant qui r&egrave;gne plus que jamais en France et en Europe 1). Le refus de poursuivre l'engagement en Afghanistan en donnerait le signe, mais il ne faudrait pas s'en tenir &agrave; cela. <br /> <br /> * la conscience que des investissements tr&egrave;s importants, priv&eacute;s et publics, dans les sciences, les technologies et l'enseignement sup&eacute;rieur sont, pour l'Europe, une bien plus grande priorit&eacute; que la r&eacute;duction des d&eacute;ficits.<br /> <br /> * la conscience enfin que devient insupportable l'aggravation des in&eacute;galit&eacute;s entre une petite minorit&eacute; profitant de la mondialisation sans rien apporter en retour &agrave; la nation, et la grande masse de la population. Or sacrifier, sous pr&eacute;texte d'&eacute;conomies 2),&nbsp; ce que le secteur public social et l'administration font pour diminuer cette in&eacute;galit&eacute; ne peut que pousser &agrave; de v&eacute;ritables r&eacute;voltes. <br /> <br /> Les choses seraient sans doute plus claires, tant vis-&agrave;-vis des Fran&ccedil;ais que vis &agrave; vis de l'opinion europ&eacute;enne, qui malheureusement ignore en g&eacute;n&eacute;ral Dominique de Villepin, si celui-ci se d&eacute;marquait v&eacute;ritablement de la droite, qu'il continue &agrave; pr&eacute;senter comme sa famille. Pour cela il devrait se d&eacute;finir en rassembleur,&nbsp; &agrave; l'image de De Gaulle (le De Gaulle de 1940 plus pr&eacute;cis&eacute;ment). <br /> <br /> De Gaulle, les Europ&eacute;ens savent encore de qui et de quoi il s'agit. Un De Gaulle adapt&eacute; &agrave; l'encha&icirc;nement crisique du monde actuel suscitera peut-&ecirc;tre l'ironie de certains de nos voisins, mais certainement l'int&eacute;r&ecirc;t du plus grand nombre. Nous ne voyons malheureusement pas d'autres hommes (ou femmes) politiques fran&ccedil;ais pouvant pleinement jouer ce r&ocirc;le. <br /> <br /> <strong>Notes</strong><br /> 1) Comment par exemple nier le fait que le pr&eacute;sident de la Commission europ&eacute;enne Jose Manuel Barroso soit l'homme-lige de Washington, qui a pr&eacute;par&eacute; d&egrave;s le d&eacute;but la mise en place de ce pion &agrave; la t&ecirc;te des institutions europ&eacute;ennes. <br /> 2) Ces &eacute;conomies sont amplement compens&eacute;es par le co&ucirc;t d'une privatisation des services publics qui ne profite qu'aux riches. Sun, 11 Jul 2010 23:00:00 GMT La France critiquée de toute part. Quelles conséquences pour l'Europe? http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=529 529 <br /><br /> Il ne s'agit pas seulement d'ironie facile mais d'analyses virulentes. Nos voisins, m&ecirc;me les plus pond&eacute;r&eacute;s, soulignent &agrave; l'envie ce que r&eacute;v&egrave;le le scandale actuel. Ce n'est pas seulement le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, ni le gouvernement, qui sont critiqu&eacute;s, mais l'Etat dans son ensemble et au del&agrave;, la soci&eacute;t&eacute; sinon la nation fran&ccedil;aise. <br /> <br /> Les &laquo;&nbsp;columnists&nbsp;&raquo; insistent sur ce qu'il faut bien nommer des vices fondamentaux de notre syst&egrave;me politique et social, que nous cherchons &agrave; nous cacher en affirmant que &laquo;&nbsp;cela a toujours &eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo; et que &laquo;&nbsp; le monde fonctionne&nbsp; ainsi&nbsp;&raquo;. Ils &eacute;voquent le plus &eacute;vident de ces vices: l'imbrication &eacute;troite de l'argent, du politique et de l'administratif. Ceci veut dire que derri&egrave;re les apparences de la neutralit&eacute; de l'Etat, autrement dit de l'ind&eacute;pendance du pouvoir, de l'administration et de la justice, jouent des relations et complicit&eacute;s visant &agrave; mettre les institutions au service de ceux qui gr&acirc;ce &agrave; l'argent, ont acc&eacute;d&eacute; &agrave; ce pouvoir et tentent&nbsp; de mettre la main sur ces institutions. Cet argent lui-m&ecirc;me n'est pas honn&ecirc;tement gagn&eacute;, par le l&eacute;gitime exercice des activit&eacute;s industrielles et commerciales. Il r&eacute;sulte pour l'essentiel de passe-droits et facilit&eacute;s extorqu&eacute;s &agrave; des responsables politiques complices. On est dans un syst&egrave;me qui, comme le d&eacute;non&ccedil;ait le magistrat Jean de Maillard (Voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=458) s'entretient de lui-m&ecirc;me en tournant en boucle. <br /> <br /> Les vertus r&eacute;publicaines dont nous nous gargarisons: autonomie de l'administration, de la justice, de la presse, &agrave; l'&eacute;gard tant des pressions de l'argent que de celles d'un ex&eacute;cutif&nbsp; &eacute;lu gr&acirc;ce &agrave; l'argent, sont&nbsp; mises en doute. Il est inqui&eacute;tant de voir nos voisins s'interroger sur ce qu'il adviendra des enqu&ecirc;tes de police et des actions judiciaires aujourd'hui entam&eacute;es. Beaucoup pensent qu'elles n'aboutiront pas et que les voix d&eacute;nonciatrices seront &eacute;touff&eacute;es. Certains s'interrogent m&ecirc;me sur les risques physiques courus par les d&eacute;nonciateurs (trices) eux-m&ecirc;mes, comme si la France n'&eacute;tait qu'une vulgaire r&eacute;publique banani&eacute;ro-maffieuse. Mais plus grave encore, le sentiment anti-fran&ccedil;ais suscit&eacute; par cette affaire est tel que c'est l'ensemble des citoyens de ce pays qui sont englob&eacute;s dans l'ironie et plus encore le m&eacute;pris. Pourquoi les Fran&ccedil;ais acceptent-ils de tomber si bas? Les Fran&ccedil;ais, nous explique-t-on, s'accommodent de ce syst&egrave;me car ils n'ont jamais eu malgr&eacute; leurs pr&eacute;tentions le moindre sens civique. <br /> <br /> Personne n'imagine aujourd'hui que le syst&egrave;me politique puisse s'en sortir par le haut, comme le syst&egrave;me politique am&eacute;ricain l'avait fait du temps du Watergate. Ni le pr&eacute;sident ni le gouvernement ne d&eacute;missionneront, m&ecirc;me si leur impopularit&eacute; continuait &agrave; baisser. Jamais la majorit&eacute; ne provoquera l'&eacute;quivalent d'une proc&eacute;dure d'&nbsp;&laquo;&nbsp;empeachment&nbsp;&raquo;. L'opposition elle-m&ecirc;me, par&nbsp; crainte de contre-feux, n'exigera rien. Ceci contribue &agrave; r&eacute;pandre dans l'opinion l'image du &quot;tous complices&quot; . La plupart des commentateurs nous pr&eacute;disent un avenir peu glorieux: soit un retour en force du Front National sous une forme renouvel&eacute;e mais qui ne dissimulera pas son caract&egrave;re profond&eacute;ment mussolinien, soit un coup d'Etat militaire, bien dans la tradition fran&ccedil;aise et que la &laquo;&nbsp;prise de parole&nbsp;&raquo; r&eacute;cente du g&eacute;n&eacute;ral Desportes pourrait pr&eacute;figurer. N'a-t-il pas &eacute;crit dans un de ses livres ce que beaucoup de Fran&ccedil;ais, confront&eacute;s aux turpitudes et &agrave; la l&acirc;chet&eacute; des autres corps, commencent &agrave; penser: &laquo;&nbsp;&quot; L&rsquo;arm&eacute;e, dernier grand corps de l&rsquo;&Eacute;tat parfaitement disciplin&eacute;, autonome, polyvalent, constitue l&rsquo;ultima ratio, disponible et efficace &agrave; tout moment quand bien m&ecirc;me plus rien d&rsquo;autre ne fonctionnerait. Nous devons donc nous inscrire dans une logique duale, &ecirc;tre capable d&rsquo;efficacit&eacute; au service de la population et de sa d&eacute;fense, tant &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de nos fronti&egrave;res.&quot;&nbsp; Si l'arm&eacute;e prenait le pouvoir afin de remplacer un Sarkozy d&eacute;faillant, ce ne serait sans doute pas pour imposer un De Gaulle, mais un quelconque Videla. <br /> <font color="#000080"><strong><br /> Cons&eacute;quences pour l'Europe</strong></font><br /> <br /> Que peuvent &ecirc;tre les cons&eacute;quences de l'effondrement moral et politique des institutions fran&ccedil;aises sur l'avenir de la construction europ&eacute;enne, sur la cr&eacute;dibilit&eacute; du projet d'Europe puissance qui mobilisait beaucoup de citoyens. Elles ne peuvent &ecirc;tre que d&eacute;sastreuses. La premi&egrave;re est que chacun des pays voisins, face &agrave; l'exemple fran&ccedil;ais, est tent&eacute; d'exalter sa propre probit&eacute;, sa propre rigueur: &laquo;&nbsp; nous ne sommes pas comme ces Fran&ccedil;ais...&nbsp;&raquo;. Ce n'est pas toujours vrai. L'Italie et quelques autres ne sont pas des exemples de d&eacute;mocratie participative. Mais les citoyens de ces pays l'oublient. Par r&eacute;flexe, ils valorisent leur vertu et refusent toute perspective qui les conduiraient &agrave; se rapprocher soit de la France soit d'institutions europ&eacute;ennes o&ugrave; la France jouerait le moindre r&ocirc;le. Ils ne voient malheureusement pas que l'Europe divis&eacute;e est impuissante. <br /> <br /> La seconde cons&eacute;quence de la crise de r&eacute;gime et de soci&eacute;t&eacute; que subit la France se r&eacute;percute sur la capacit&eacute;, non seulement de la France mais de l'Union europ&eacute;enne, &agrave; &ecirc;tre prise au s&eacute;rieux par les super-pouvoirs auxquels la France est confront&eacute;e. Il suffit de lire, dans la presse internationale cette fois-ci, les jugements pr&eacute;tendument inquiets mais en fait triomphants, que formulent les Am&eacute;ricains, les Russes, les Chinois. Pour eux, les vices de fonctionnement manifest&eacute;s par le syst&egrave;me politique &agrave; la fran&ccedil;aise touchent l'ensemble du fonctionnement europ&eacute;en. Ils ne rentrent pas dans les d&eacute;tails. Les difficult&eacute;s que rencontrent les Etats-Unis, la Russie, la Chine sont oubli&eacute;s par leurs chroniqueurs quand ceux-ci mentionnent&nbsp; le cas fran&ccedil;ais. C'est en fait une paralysie de l'Europe toute enti&egrave;re qu'ils &eacute;voquent. Si dans l'avenir certains des gouvernements de ces pays ne renon&ccedil;aient pas &agrave; quelques alliances strat&eacute;giques avec les europ&eacute;ens, ils ne le feraient plus &agrave; travers l'Union europ&eacute;enne, encore &agrave; leurs yeux trop marqu&eacute;e par l'influence fran&ccedil;aise. Ils le feront &agrave; travers quelques pays, l'Allemagne ou la Grande Bretagne notamment, qui leur paraissent plus solides.&nbsp; Ainsi tels les Curiaces, par la faute de la France qui ne tient plus son rang, les Europ&eacute;ens seront instrumentalis&eacute;s les uns apr&egrave;s les autres. Wed, 07 Jul 2010 23:00:00 GMT Peut-on aujourd'hui discuter sérieusement de la biologie synthétique&#160;? http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=528 528 <br /><br /> On sait que le sujet est aujourd'hui particuli&egrave;rement &agrave; l'ordre du jour, &agrave; la suite des annonces faites le mois dernier par Craig Venter et son &eacute;quipe, selon lesquelles ils avaient r&eacute;ussi pour la premi&egrave;re fois dans l'histoire de la vie la cr&eacute;ation d'une bact&eacute;rie viable compos&eacute;e d'&eacute;l&eacute;ments emprunt&eacute;s &agrave; d'autres bact&eacute;ries, des morceaux d'ADN d'une part, une cellule &eacute;nucl&eacute;e d'autre part. Dans l'article que nous avons consacr&eacute; &agrave; cette annonce sur un autre site 1), nous avions indiqu&eacute;, en accord en cela avec la majorit&eacute; des biologistes, que si Craig Venter n'avait pas encore franchi un pas d&eacute;cisif dans la cr&eacute;ation de formes de vie artificielle, dont beaucoup des m&eacute;canismes restent &agrave; d&eacute;couvrir, il avait cependant mis au point des pratiques de laboratoires qui ne manqueront pas d'inspirer de nouvelles exp&eacute;riences puis la r&eacute;alisation industrielle de nouveaux produits biologiques. <br /> <br /> Ceci n'a d'ailleurs pas tard&eacute; puisque ces derniers jours The Venter Institute a pr&eacute;sent&eacute; Synthia, ou Syn for friends. Il s'agit par ce nom de d&eacute;signer de ce que Venter appelle la premi&egrave;re forme de vie cr&eacute;es par l'homme. Or il semble bien que l'Institut soit engag&eacute; dans une proc&eacute;dure de prise de brevet au niveau mondial. Il en r&eacute;sulterait que nul ne pourrait l&eacute;galement utiliser la plateforme ainsi r&eacute;alis&eacute;e, ni sans doute proc&eacute;der &agrave; des op&eacute;rations analogues en reprenant les techniques de l&nbsp;'Institut. Le brevet cherchera peut &ecirc;tre m&ecirc;me &agrave; interdire toute exp&eacute;rience nouvelle de synth&egrave;se de la vie, sauf &eacute;videmment &agrave; verser des royalties &agrave; l'Institut. Venter va-t-il devenir le Biosoft (pour ne pas dire le Microsoft) de la biologie? <br /> <br /> D'ores et d&eacute;j&agrave;, cette perspective suscite une certaine opposition de la part de nombreux organismes. On peut citer l'ETCgroup 2). On lira sur son site (http://www.etcgroup.org/en/node/5143) le texte qu'il a publi&eacute; d&egrave;s mai dernier pour mettre en garde contre les dangers pr&eacute;sent&eacute;s par ce qu'il nomme la &laquo;&nbsp;boite de Pandore&nbsp;&raquo; ouverte par le Venter Institute. Certains contesteront la l&eacute;gitimit&eacute; de l'ETC &agrave; se prononcer sur cette question. Il serait &eacute;videmment souhaitable que la question soit discut&eacute;e bien plus largement, en associant non seulement les repr&eacute;sentants des int&eacute;r&ecirc;ts directement concern&eacute;s, mais les scientifiques, les hommes politiques et les citoyens. <br /> <br /> Ceci dit, les esprits r&eacute;alistes s'interrogeront sur la possibilit&eacute; de mettre en place sur cette question comme sur d'autres (les OGM, les nanotechnologies, le nucl&eacute;aire) de v&eacute;ritables forums citoyens. On sait que le philosophe fran&ccedil;ais Bruno Latour a toujours souhait&eacute; faire entrer les sciences dans le d&eacute;bat d&eacute;mocratique (voir notre article de 2002 http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/sep/latour.html ), mais on ne peut pas dire que les exp&eacute;riences faites jusqu'ici aient &eacute;t&eacute; concluantes, que ce soit en France ou ailleurs. <br /> <br /> En Grande Bretagne, Tom Wakeford et Jackie Haq, membres du Policy Ethics and Life Science Research Centre de Newcastle (http://www.ncl.ac.uk/peals/) soulignent dans un article du NewScientist (26 juin 2010 p. 26) les difficult&eacute;s de la d&eacute;marche. Ils sont conscient que les promoteurs de la biologie synth&eacute;tique, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment de Synthia, feront valoir les avantages consid&eacute;rables pouvant &ecirc;tre obtenus de leur d&eacute;marche: cr&eacute;er de nouvelles vari&eacute;t&eacute;s permettant de lutter contre la faim dans le monde ou produire des biocarburants, notamment. Mais ils rappellent que c'&eacute;taient exactement les m&ecirc;mes arguments qu'avaient avanc&eacute;s les industriels promoteurs d'OGM, notamment Monsanto. Or l'exp&eacute;rience a montr&eacute; que ces nobles ambitions cachaient en fait la volont&eacute; de monopoliser la production et la vente de nouvelles esp&egrave;ces, dont les r&eacute;sultats &agrave; long terme, en mati&egrave;re notamment de biodiversit&eacute; et m&ecirc;me d'efficacit&eacute; (en termes par exemple de lutte contre les parasites), se r&eacute;v&egrave;lent aujourd'hui plus que douteux. <br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Le Synthetic Biology Dialogue</strong></font><br /> <br /> Il se trouve que Tom Wakeford et Jackie Haq ont particip&eacute; en 2009 &agrave; une premi&egrave;re exp&eacute;rience pilote de dialogue-citoyen organis&eacute; par l'UK Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC) et l'Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC). Ce dialogue, intitul&eacute; Synthetic Biology Dialogue, vise &agrave; faire discuter les perspectives et les risques de la biologie synth&eacute;tique &ndash; dont d'ailleurs les projets de Craig Venter ne sont qu'un aspect parmi d'autres. Dans cette exp&eacute;rience-pilote de 2009, il s'agissait de confronter des scientifiques et des panels de personnes tir&eacute;es au sort repr&eacute;sentant le public. Or Wakeford et Haq ont relev&eacute; de nombreux points critiquables. D'abord, les deux Conseils ont d&eacute;cid&eacute; que dans un premier temps, les d&eacute;bats ne seraient ni publics ni publi&eacute;s. Ceci pour &eacute;viter que les s&eacute;ances ne fassent &eacute;merger des &laquo;&nbsp;propos non-scientifiques&nbsp;&raquo; provenant d'intervenants pr&eacute;sent&eacute;s comme &laquo;&nbsp;mal-inform&eacute;es&nbsp;&raquo;. <br /> <br /> L'exp&eacute;rience de pr&eacute;c&eacute;dents d&eacute;bats sur l'autisme et sur les dangers de certains vaccins administr&eacute;s aux enfants avait il est vrai montr&eacute; que pouvaient s'y exprimer des militants de l'&nbsp;&laquo;&nbsp;anti-science&nbsp;&raquo; avec qui le dialogue &laquo;&nbsp;devient vite impossible&nbsp;&raquo;. A l'inverse, en mati&egrave;re d'OGM et d'ESB (vache folle), les d&eacute;bats publics avaient en leur temps mis en &eacute;vidence le fait que les experts d&eacute;fendant un point de vue scientifique officiel se trompaient, volontairement ou non, en minimisant les risques. <br /> <br /> En 2005, &agrave; l'initiative de trois Conseils de recherche, du gouvernement et de Greenpeace, la question des nanotechnologies fut examin&eacute;e dans le cadre d'un grand d&eacute;bat participatif intitul&eacute; &laquo;&nbsp;Nanojury&nbsp;&raquo;. Des inqui&eacute;tudes concernant la nocivit&eacute; &eacute;ventuelle des nanoparticules furent &eacute;voqu&eacute;es. Mais elles n'eurent pas de suite, aucune des mesures r&eacute;glementaires &eacute;voqu&eacute;es pour prot&eacute;ger le public ne fut d&eacute;cid&eacute;e. Les multinationales du secteur ont continu&eacute; &agrave; exposer les citoyens &agrave; des risques qu'il n'est m&ecirc;me pas possible d'&eacute;valuer. On sait qu'en France, les discussions des comit&eacute;s d'&eacute;valuation portant sur les nanotechnologies ont &eacute;galement tourn&eacute; court, partisans et opposants ne r&eacute;ussissant pas &agrave; s'entendre et s'accusant les uns les autres de diverses turpitudes. <br /> <br /> Il ne faudrait donc pas renouveler de telles exp&eacute;riences &agrave; l'occasion du Synthetic Biology Dialogue qui vient d'&ecirc;tre lanc&eacute; officiellement en vraie grandeur en Grande Bretagne. Les objectifs en sont expos&eacute;s dans un texte publi&eacute; &agrave; l'initiative du BBSRC 3). Mais d'ores et d&eacute;j&agrave; on a pu constater qu'un communiqu&eacute; de presse avait affirm&eacute; sans preuves que les participants &eacute;taient favorables &agrave; de tels d&eacute;veloppements, sous r&eacute;serve de r&eacute;glementations ad&eacute;quates. Ceci n'apparait pas &eacute;vident. En fait, certains participants ont fait valoir que d&egrave;s le d&eacute;part, le point essentiel concernant le r&ocirc;le que jouera le Big Business dans les recherches et applications de la biologie synth&eacute;tique n'a pas &eacute;t&eacute; abord&eacute;. <br /> <br /> On sait qu'aux Etats-Unis, les deux g&eacute;ants p&eacute;troliers BP et Exxon ont pris des participations importantes dans Synthia, apparemment pour &eacute;tendre plut&ocirc;t que r&eacute;duire le recours aux carburants fossiles. Par ailleurs, l'essentiel des recherches en synbio sont financ&eacute;es par des entreprises priv&eacute;es qui se prot&egrave;gent par le secret commercial. On risque donc de voir les th&egrave;mes de discussions s&eacute;v&egrave;rement tri&eacute;s et contr&ocirc;l&eacute;s. Les entreprises de Craig Venter et de ses &eacute;mules, visant notamment &agrave; breveter le synbio et l'imposer &agrave; tous, comme Monsanto tente de le faire depuis des ann&eacute;es avec les semences g&eacute;n&eacute;tiquement modifi&eacute;es, se verront donc offrir des boulevards contre lesquels l'opinion ne pourra rien. <br /> <br /> Dans un monde id&eacute;al, on pourrait esp&eacute;rer que des organismes publics ind&eacute;pendants de toutes pressions commerciales pourraient investir dans ces recherches et en discuter les r&eacute;sultats avec tous, y compris les populations des pays pauvres qui risquent autrement de se faire imposer des solutions accroissant encore leur d&eacute;pendance au corporate power. Mais on sait malheureusement qu'il n'en est rien. Les soucis qu'expriment dans l'article du NewScientist Tom Wakeford et Jackie Haq nous confirment dans notre propre diagnostic. Les gouvernements issus de la corporatocratie n'ont qu'un objectif: r&eacute;duire sans cesse l'autonomie et les moyens des laboratoires publics. On ne voit pas tr&egrave;s bien comment les citoyens qui voudraient &eacute;chapper au conditionnement impos&eacute; par les corporatocrates pourraient le faire, sauf &agrave; se manifester en ordre dispers&eacute; et avec des arguments mal &eacute;tudi&eacute;s que les pouvoirs se feront un plaisir de rejeter. <br /> <br /> C'est aujourd'hui et dans le monde entier toutes les sciences susceptibles d'avoir des applications technologiques commercialisables qui se trouvent soumises au m&ecirc;me d&eacute;fi. <br /> <br /> <strong>Notes</strong><br /> 1) Les &quot;Chim&egrave;res&quot; de Craig Venter http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/107/venter.htm<br /> 2) L'ETCgroup (http://www.etcgroup.org/en/about) est une ONG internationale prenant en charge &laquo;&nbsp;la conservation et le d&eacute;veloppement soutenable de la diversit&eacute; culturelle et biologique ainsi que des droits de l'homme&nbsp;&raquo;<br /> 3) Voir http://www.bbsrc.ac.uk/society/dialogue/activities/synthetic-biology/synthetic-biology-dialogue.aspx<br /> <br /> <br /> <br /> Tue, 06 Jul 2010 23:00:00 GMT Du triangle de Weimar (France, Allemagne et Pologne) à l' «&#160;axe Paris-Berlin-Varsovie-Moscou&#160;» http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=527 527 <br /><br /> &nbsp;Les trois ministres des affaires &eacute;trang&egrave;res des pays fondateurs, Bernard Kouchner, Guido Westerwelle, Radek Sikorski, s'&eacute;taient compl&eacute;t&eacute;s de Sergei Lavrov pour la Russie.&nbsp; La r&eacute;union &eacute;tait importante parce qu&rsquo;elle impliquait une nouvelle approche de la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;Europe. Ce sera notre premier angle d&rsquo;analyse. Notre deuxi&egrave;me angle sera le constat que les Am&eacute;ricains n&rsquo;&eacute;taient pas pr&eacute;sents. <br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Une nouvelle approche de la s&eacute;curit&eacute; en Europe</strong></font><br /> <br /> Nous allons essayer de rappeler quelques points conduisant, selon notre point de vue, &agrave; la situation actuelle. <br /> <br /> &bull; En juin 2008, il y eut une proposition du pr&eacute;sident Medvedev pour une nouvelle architecture europ&eacute;enne de s&eacute;curit&eacute;, suivie, sans que ceci ait un lien &eacute;vident avec cela, par la crise g&eacute;orgienne d&rsquo;ao&ucirc;t 2008. Le 29 septembre 2008, nous &eacute;crivions, citant justement &ldquo;le triangle de Weimar&rdquo;&nbsp;: <em>&laquo;Fran&ccedil;ais et Allemands ont d&eacute;j&agrave; montr&eacute;, particuli&egrave;rement &agrave; l&rsquo;occasion de la crise g&eacute;orgienne, qu&rsquo;ils partageaient une vision proche des n&eacute;cessit&eacute;s europ&eacute;ennes dans ce cas, qui passent par l&rsquo;&eacute;tablissement des meilleurs rapports possibles avec la Russie. Sarkozy, &agrave; New York, a parl&eacute; de la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;&eacute;tablir un &ldquo;espace &eacute;conomique&rdquo; qui int&eacute;grerait l&rsquo;Europe et la Russie. Les liens des Allemands et des Russes sont tr&egrave;s fermes, renforc&eacute;s notamment sur des liens personnels entre Merkel et Poutine d&eacute;j&agrave; anciens. La Pologne semble &eacute;galement avoir sa place dans cette dynamique particuli&egrave;re, qui va &ecirc;tre renforc&eacute;e par la perception du dramatique effacement am&eacute;ricain. Il y a actuellement une entente informelle pour tenter de r&eacute;activer le &ldquo;triangle de Weimar&rdquo; qui rapprocherait la France, l&rsquo;Allemagne et la Pologne, ceci&nbsp; avec le soutien discret des Russes qui y voient un moyen d&rsquo;apaiser leurs rapports avec l&rsquo;Europe et avec la Pologne. Il existe des indications selon lesquelles la Pologne tend &agrave; &eacute;voluer du cadre atlantique de s&eacute;curit&eacute; vers le concept europ&eacute;en de s&eacute;curit&eacute; (PESD). Du point de vue &eacute;conomique, la crise am&eacute;ricaine&nbsp; ne peut que rapprocher les conceptions franco-allemandes des conceptions russes, par rapport &agrave; une appr&eacute;ciation commune de plus en plus hostile au comportement am&eacute;ricain dans ce domaine.&raquo; </em><br /> <br /> &bull; Cette chaude saison de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2008, ensuite &eacute;lectris&eacute;e par la crise du 15 septembre 2008, fut suivie &agrave; l&rsquo;automne par une entente de coop&eacute;ration intense entre Fran&ccedil;ais (Sarkozy) et Russes (Medvedev). C&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;&eacute;poque glorieuse o&ugrave; le pr&eacute;sident fran&ccedil;ais, &eacute;galement pr&eacute;sident de l&rsquo;Union Europ&eacute;enne, semblait avoir des id&eacute;es et servir &agrave; quelque chose de f&eacute;cond. Cette phase ne d&eacute;boucha sur rien de concret, notamment &agrave; cause de l&rsquo;effacement fran&ccedil;ais du &agrave; l&rsquo;absence de continuit&eacute; dans la politique fran&ccedil;aise et &agrave; un certain regain d'atlantisme suivant le retour de la France dans l&rsquo;OTAN en avril 2009. L&rsquo;&eacute;pisode fut &agrave; son tour suivi d&rsquo;un certain repli russe, &agrave; la fin 2009. Les Russes se concentr&egrave;rent sur les seuls int&eacute;r&ecirc;ts de leur pays et le r&egrave;glement des relations strat&eacute;giques avec les USA apr&egrave;s un bref espoir, vite d&eacute;&ccedil;u, dans les capacit&eacute;s d&rsquo;Obama &agrave; changer certaines choses dans une&nbsp; politique &eacute;trang&egrave;re am&eacute;ricaine marqu&eacute;e d'unilat&eacute;ralisme. <br /> <br /> &bull; Un point essentiel fut ensuite&nbsp; la r&eacute;conciliation symbolique et tr&egrave;s forte entre la Russie et la Pologne, autour de la comm&eacute;moration, en avril 2010, du massacre de Katyn. On conviendra que la chose intervint avec opportunit&eacute; pour faire du 23 juin une r&eacute;union plut&ocirc;t prometteuse, &agrave; un point qu&rsquo;on ne serait pas loin d&rsquo;en faire une condition sine qua non de la relance du &ldquo;plan Medvedev&rdquo; sous une forme minimaliste, par Allemagne interpos&eacute;e, en direction de l'Union Europ&eacute;enne.&nbsp; De cette r&eacute;conciliation entre la Russie et la Pologne, nous &eacute;crivions le 19 avril 2010&nbsp;: <em>&laquo;La&nbsp; surprise est sans doute aujourd'hui que les Russes ont soudain jug&eacute; opportun,&nbsp; rencontrant &agrave; cet &eacute;gard une oreille int&eacute;ress&eacute;e du c&ocirc;t&eacute; de la Pologne, de remplacer leur projet d&rsquo;aborder le probl&egrave;me de la s&eacute;curit&eacute; europ&eacute;enne par la plus grande porte possible (la coop&eacute;ration avec les USA), pour choisir la plus petite porte possible que sont les relations avec la Pologne. [&hellip;L]. La perspective concerne deux pays d&rsquo;une importance ind&eacute;niable, tous deux en qu&ecirc;te d&rsquo;affirmation identitaire et nationale, tous deux voulant tout de m&ecirc;me jouer un r&ocirc;le dans le concert europ&eacute;en, eux deux formant en fait un &ldquo;pont&rdquo; entre l&rsquo;extr&ecirc;me Est de l&rsquo;Europe et l&rsquo;ouverture sur l&rsquo;Ouest de l&rsquo;Europe de cet &ldquo;extr&ecirc;me Est&rdquo;. La Pologne est la voie r&eacute;gionale par laquelle la Russie peut s&rsquo;&ldquo;europ&eacute;aniser&rdquo; d&rsquo;une fa&ccedil;on d&eacute;cisive, entra&icirc;nant dans ce mouvement un processus qui tendrait &agrave; clore d&eacute;finitivement l&rsquo;antagonisme Est-Ouest &eacute;tabli au c&oelig;ur de l&rsquo;Europe par la Guerre froide.&raquo; </em>.<br /> <br /> &bull; C&rsquo;est &agrave; ce point, effectivement, deux ans apr&egrave;s le lancement jusqu&rsquo;ici sans suite importante du &rdquo;plan Medvedev&rdquo;, que l&rsquo;Allemagne entre en sc&egrave;ne, sollicit&eacute;e par les Russes lors d&rsquo;une rencontre Medvedev-Merkel au d&eacute;but de ce mois. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une proposition d&rsquo;un organisme de &ldquo;coop&eacute;ration sur la s&eacute;curit&eacute;&rdquo; entre la Russie et l&rsquo;Union Europ&eacute;enne, faite d&rsquo;abord &agrave; l&rsquo;Allemagne par Medvedev, endoss&eacute;e par ce pays et expos&eacute;e &agrave; la r&eacute;union du 23 juin du &ldquo;triangle de Weimar&rdquo; &agrave; laquelle les Russes avaient &eacute;t&eacute; invit&eacute;s. <br /> <br /> A Paris, le 23 juin, Bernard Kouchner, dans son style habituel,&nbsp; a qualifi&eacute; la r&eacute;union des 3+1 (&ldquo;le triangle de Weimar&rdquo; + la Russie) &laquo;&agrave; la fois de n&eacute;cessaire et, si vous me permettez ce mot &hellip; d&rsquo;exaltante&raquo;. On a parl&eacute; du projet russo-allemand, qui en &eacute;tait le plat de r&eacute;sistance. Kouchner en a donc parl&eacute; avec l&rsquo;emphase en question, comme si le projet &eacute;tait endoss&eacute; par les 4, &ndash; la France en t&ecirc;te, bien entendu (dont on n'oubliera pas qu'elle est seule avec la Russie &agrave; &ecirc;tre dot&eacute;e de l'arme&nbsp; nucl&eacute;aire, dont le r&ocirc;le au moins psychologique demeure essentiel) . L&rsquo;accent a &eacute;t&eacute; mis le 23 juin sur les aspects tr&egrave;s pratiques que permet un tel accord, le probl&egrave;me de l&rsquo;enclave de Kaliningrad par exemple.&nbsp; L&rsquo;OSCE, qui doit d&eacute;battre tr&egrave;s prochainement dans sa premi&egrave;re conf&eacute;rence au sommet depuis 10 ans de la &ldquo;proposition Medvedev&rdquo; , observe avec curiosit&eacute;, peut-&ecirc;tre appr&eacute;hension, par crainte de la concurrence, l&rsquo;&eacute;laboration &ldquo;par le bas&rdquo; de cette d&eacute;marche de s&eacute;curit&eacute; europ&eacute;enne d&rsquo;un nouveau type. <br /> <br /> R&eacute;sumons notre sentiment&hellip; Le document Merkel-Medvedev plus ou moins endoss&eacute; par la r&eacute;union du 23 juin repr&eacute;sente une approche minimaliste du &ldquo;projet Medvedev&rdquo;, tant par la forme (d&rsquo;abord &agrave; 2, puis &agrave; 4, etc.) que par les ambitions (r&egrave;glements de probl&egrave;mes tr&egrave;s concrets, souvent d&rsquo;ordre r&eacute;gional). Cette approche minimaliste est une tactique habile pour faire progresser la chose sans trop et trop vite alerter certaines &acirc;mes sensibles. L'id&eacute;e rencontre sans aucun doute une atmosph&egrave;re propice dans les quatre&nbsp; capitales et sans doute aussi dans d'autres pays europ&eacute;ens. <br /> <br /> <font color="#000080"><strong>Absence et incompr&eacute;hension am&eacute;ricaines</strong></font><br /> <br /> L'&eacute;ditorialiste George Friedman, de Stratfor.com, du 22 juin 2010 illustre bien cette&nbsp;&nbsp; constatation d'absence et d'incompr&eacute;hension. Il termine son analyse concernant la d&eacute;marche germano-russe &eacute;tendue au &ldquo;triangle de Weimar&rdquo; par cette observation&nbsp;: <em>&laquo;It will also be interesting to see what the Obama administration has to say about this.</em>&raquo;. Les trois Europ&eacute;ens et la Russie vont-ils encourir les foudres de Barack Obama, comme ils le m&eacute;riteraient certainement, aux yeux de Friedman ?<br /> <br /> Premi&egrave;re remarque&nbsp;: il faudra d&rsquo;abord que l&rsquo;administration Obama s&rsquo;aper&ccedil;oive qu&rsquo;il s&rsquo;est pass&eacute; quelque chose. Deuxi&egrave;me remarque&nbsp;: lorsque ce sera fait, si cela se fait, il faudra que l&rsquo;administration Obama comprenne ce qui se passe. Dans ce cas, la r&eacute;action de l&rsquo;administration Obama sera n&eacute;cessairement n&eacute;gative. La psychologie am&eacute;ricaniste est totalement incapable de comprendre ce que signifie le terme &ldquo;s&eacute;curit&eacute;&rdquo;, comme Friedman lui-m&ecirc;me le montre dans son analyse. Cette psychologie, qui est celle de la politique de l&rsquo;&ldquo;id&eacute;al de puissance&rdquo;, raisonne en termes de force et rien d&rsquo;autre. Friedman lui-m&ecirc;me proc&egrave;de de la sorte puisqu&rsquo;il ne voit dans l&rsquo;arrangement initial germano-russe que la possibilit&eacute; de la constitution d&rsquo;un axe de puissance mena&ccedil;ant, et dans la r&eacute;union avec le &ldquo;triangle de Weimar&rdquo; + les Russes une d&eacute;marche des Russes et des Allemands pour tenter de rassurer les Polonais terroris&eacute;s et apaiser les Fran&ccedil;ais tr&egrave;s mal &agrave; l&rsquo;aise devant cette alliance de puissance entre la Russie et Allemagne. La psychologie am&eacute;ricaine est incapable de comprendre que le terme &ldquo;s&eacute;curit&eacute;&rdquo; signifie, non pas manifestation de force mais si possible arrangement&nbsp; &eacute;quilibr&eacute; pour r&eacute;gler des litiges et emp&ecirc;cher des crises de na&icirc;tre. <br /> <br /> Donc, les Etats-Unis devraient r&eacute;agir mal. Mais comme l&rsquo;approche des partenaires europ&eacute;ens est minimaliste, au contraire du &ldquo;plan Medvedev&rdquo;, l'information des USA &agrave; ce propos sera elle aussi minimaliste et leur alarme, qui se d&eacute;clenche comme le reste selon les notions de force, sera en proportion. Tout se jouera essentiellement du c&ocirc;t&eacute; europ&eacute;en&nbsp;: auront-ils le courage d&eacute;mesur&eacute; de secouer les cha&icirc;nes de servilit&eacute; (vis-&agrave;-vis des USA) dont ils ont encombr&eacute; leurs relations avec l'Am&eacute;rique depuis plus d&rsquo;un demi-si&egrave;cle, et plus particuli&egrave;rement depuis la fin de la Guerre froide et le 11 septembre ? Auront-ils le courage de poursuivre&nbsp;? <br /> <br /> Mais voyons la chose sous un autre angle. La r&eacute;union du Quai s&rsquo;est faite le jour o&ugrave; &eacute;clatait &ldquo;l&rsquo;affaire McChrystal&rdquo;. Depuis, cette affaire a &eacute;t&eacute; r&eacute;solue comme l&rsquo;on sait, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;une fa&ccedil;on qui promet un enlisement suppl&eacute;mentaire des USA en Afghanistan et une aggravation de la crise&nbsp; v&eacute;cue par la psychologie&nbsp; am&eacute;ricaine du fait de cette guerre. Par cons&eacute;quent, on peut ais&eacute;ment admettre que l&rsquo;attention am&eacute;ricaine&nbsp; va &ecirc;tre plus que jamais port&eacute;e sur l&rsquo;affaire afghane, et moins que jamais sur les affaires europ&eacute;ennes. <br /> <br /> &hellip; A cela va s&rsquo;ajouter la confusion au sein de l&rsquo;OTAN. Friedman consacre quelques paragraphes &agrave; cette question, r&eacute;duisant &agrave; nouveau instinctivement l&rsquo;affaire &agrave; un axe Berlin-Moscou, et l&rsquo;OTAN &agrave; un ensemble totalement manipul&eacute; par les USA, potentiellement contre la Russie. (<em>&laquo;The problem, however, is this: If Germany and Europe have a security relationship that requires prior consultation and cooperation, then Russia inevitably has a hand in NATO. If the Russians oppose a NATO action, Germany and other European states will be faced with a choice between Russia and NATO. To put it more bluntly, if Germany enters into a cooperative security arrangement with Russia (forgetting the rest of Europe for the moment), then how does it handle its relationship with the United States when the Russians and Americans are at loggerheads in countries like Georgia?&raquo;) <br /> </em><br /> L&agrave; aussi, il manque quelques &eacute;l&eacute;ments de poids. Il manque l&rsquo;id&eacute;e essentielle que l&rsquo;OTAN et en tous cas son secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral,&nbsp; a &eacute;pous&eacute; d&rsquo;une fa&ccedil;on emphatique le but d&rsquo;&eacute;tablir de tr&egrave;s bonnes relations avec la Russie. Id&eacute;alement, l&rsquo;OTAN voudrait coiffer l&rsquo;Union Europ&eacute;enne en tant que telle dans l&rsquo;&eacute;tablissement de relations privil&eacute;gi&eacute;es avec la Russie, essentiellement dans le domaine de la s&eacute;curit&eacute;. L&rsquo;initiative germano-russe, &eacute;ventuellement &eacute;tendue &agrave; la Pologne et &agrave; la France, la prend de court, dans une occurrence tr&egrave;s complexe. Au contraire de ce que devrait &ecirc;tre la r&eacute;action naturelle des Etats-Unis, la r&eacute;action de l&rsquo;OTAN devrait &ecirc;tre beaucoup plus d&eacute;licate &agrave; d&eacute;terminer puisque l&rsquo;initiative va dans le sens de la s&eacute;curit&eacute; europ&eacute;enne construite sur de bonnes relations avec la Russie, &ndash; ce que l&rsquo;OTAN recherche elle-m&ecirc;me. L&rsquo;OTAN n&rsquo;est pas dans le train qui commence d&eacute;j&agrave; &agrave; rouler mais elle ne pourrait s&rsquo;y opposer compl&egrave;tement puisque la destination annonc&eacute;e est celle qu&rsquo;elle-m&ecirc;me juge absolument n&eacute;cessaire. <br /> <br /> Si l&rsquo;initiative poursuit sa route, elle va donc causer un trouble certain et un d&eacute;sordre bienvenu dans l&rsquo;arrangement du bloc Etats-Unis/ Europe tel qu&rsquo;il existe encore. Rien que pour cela, elle doit &ecirc;tre salu&eacute;e avec int&eacute;r&ecirc;t et sympathie. Mon, 28 Jun 2010 23:00:00 GMT L'Amérique face à une crise majeure&#160;? http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=526 526 <br /><br /> De l'avis de beaucoup de chroniqueurs politiques am&eacute;ricains, Barack Obama, apr&egrave;s avoir beaucoup flott&eacute; et fait douter de ses capacit&eacute;s de chef d'Etat, serait ces derniers jours sorti du triple pi&egrave;ge qui le guettait. D'une part, il a r&eacute;affirm&eacute; sur le pouvoir militaire son autorit&eacute; de commandant en chef, en d&eacute;missionnant le G&eacute;n&eacute;ral Stanley McCrystal qui l'avait ouvertement d&eacute;fi&eacute;. D'autre part, il a impos&eacute; &agrave; BP une contribution de 20 mds de dollars pour couvrir les d&eacute;penses li&eacute;es &agrave; la fuite de p&eacute;trole dans le golfe du Mexique. Enfin, il a fait passer au Congr&egrave;s un texte r&eacute;glementant les activit&eacute;s du secteur financier, ceci malgr&eacute; l'opposition de Wall Street. <br /> <br /> De l'avis cependant de ces m&ecirc;mes chroniqueurs, il s'agissait du minimum sans lequel Barack Obama sombrait d&eacute;finitivement dans le discr&eacute;dit sinon le ridicule, ce qui aurait pu en faire la cible d'une proc&eacute;dure d'<em>empeachement</em> (mise &agrave; l'&eacute;cart pour incapacit&eacute;) diligent&eacute;e par les R&eacute;publicains &agrave; la suite des prochaines &eacute;lections. Mais en fait ces d&eacute;cisions n'ont rien r&eacute;gl&eacute;. Au contraire.&nbsp; Elles contribuent &agrave; masquer la r&eacute;alit&eacute; d'une crise majeure mena&ccedil;ant les Etats-Unis et risquant d'emporter le r&eacute;gime. Les Europ&eacute;ens qui contribuent &agrave; s'abriter sous la domination am&eacute;ricaine pour s'&eacute;viter de grands choix difficiles en seront, apr&egrave;s les Am&eacute;ricains, les victimes oblig&eacute;es.&nbsp; Dans les prochains mois, cette crise prendra trois visages. <br /> <strong><br /> D'abord l'Afghanistan</strong>. Avoir &laquo;&nbsp;oust&eacute;&nbsp;&raquo; McChrystal pour mettre &agrave; sa place&nbsp; le g&eacute;n&eacute;ral David Petraeus, mauvais strat&egrave;ge, mauvais diplomate (on l'a vu &agrave; l'oeuvre en Irak) et de plus physiquement malade, tout en affirmant que rien ne sera chang&eacute; dans la politique annonc&eacute;e, rel&egrave;ve du d&eacute;ni absolu de r&eacute;alit&eacute;. Rappelons que cette politique vise, d'une part &agrave; restaurer une autorit&eacute; afghane solide &agrave; Kaboul, en neutralisant les insurg&eacute;s, d'autre part &agrave; &eacute;vacuer totalement le pays dans quelques mois.&nbsp; Pour Bob Herbert, columnist du New York Times, il s'agit d'un pari impossible. Non seulement ces objectifs ne seront pas tenus, mais les forces US ainsi que leurs alli&eacute;es de l'Otan risquent de subir un d&eacute;sastre majeur sur le terrain, dont profiteront tous les ennemis de l'Occident dans la r&eacute;gion, en premier lieu le Pakistan et l'Iran &ndash; ceci sans mentionner les trillions de dollars de d&eacute;penses militaires et civiles d&eacute;pens&eacute;s dont l'Am&eacute;rique aurait bien besoin ailleurs. Nous renvoyons le lecteur &agrave; l'article de Bob Herbert, dont le titre est &eacute;vocateur &laquo;&nbsp;Pire qu'un cauchemar,Worse than a Nightmare&nbsp;&raquo; (voir http://www.nytimes.com/2010/06/26/opinion/26herbert.html ). Bob Herbert n'est &eacute;videmment pas seul de cet avis. Il est m&ecirc;me le plus mod&eacute;r&eacute;. <br /> <br /> On peut donc se demander si face &agrave; ce dilemme Obama et ceux qui le soutiennent ont toute leur raison. La m&ecirc;me question se pose &agrave; propos des Europ&eacute;ens membres de l'Otan, Nicolas Sarkozy le premier. Rappelons que sur ce site, depuis des mois, nous avons &eacute;crit que cette guerre &eacute;tait ingagnable et qu'il avait &eacute;t&eacute; irresponsable de s'y engager. Plus exactement, cette guerre fait certainement les affaires de tous ceux, aux Etats-Unis et ailleurs, qui vivent des sommes d&eacute;pens&eacute;es pour la perdre, sans parler du sang vers&eacute;. Mais nul ne veut &eacute;videmment reconna&icirc;tre de tels&nbsp; buts cach&eacute;s&nbsp; inavouables. &nbsp;<br /> <br /> <strong>Ensuite le &laquo;oil spill&nbsp;&raquo;</strong>. Sans tomber dans le catastrophisme, dont les sir&egrave;nes fonctionnent &eacute;videmment &agrave; plein, notamment sur internet, nous devrions &ecirc;tre attentifs aux avertissements d'un nombre croissant d'experts g&eacute;ologues. Selon eux, BP a d&eacute;clench&eacute; par sa course aveugle au profit un m&eacute;canisme de type sismique qui risque de prendre des proportions cataclysmiques. Certains parlent d'un nouveau Mt. St Helen. La raison en tiendrait&nbsp; aux quantit&eacute;s &eacute;normes de gaz (&eacute;minents toxiques) contenus sous des pressions consid&eacute;rables &agrave; tr&egrave;s grande profondeur et qui d&eacute;stabilis&eacute;es par le forage vont continuer inexorablement &agrave; monter &agrave; la surface. Les puits auxiliaires actuellement creus&eacute;s pour injecter du ciment dans le puits principal ne feraient qu'accroitre les risques d'un fracture des roches qui recouvrent&nbsp; ce premier gisement. Des m&eacute;canismes de d&eacute;tente en chaine pourraient survenir&nbsp; dans d'autres gisements, avec l'&eacute;ruption de quantit&eacute;s d'hydrocarbures liquides et gazeux susceptibles de tuer des milliers sinon des millions de personnes dans la zone. La encore se produirait un s&eacute;isme non seulement g&eacute;ophysique mais politique, emportant&nbsp; Obama et peut-&ecirc;tre aussi&nbsp; le syst&egrave;me corporatocratique am&eacute;ricain tout entier. Laissons au lecteur le soin d'aller lui-m&ecirc;me aux sources, sinon du p&eacute;trole, du moins de l'information technique. Il sera &eacute;difi&eacute;. Tant mieux, commencent &agrave; dire certains opposants au capitalisme pr&eacute;dateur. Peut-&ecirc;tre les Am&eacute;ricains comprendront-ils qu'ils sont all&eacute;s trop loin. On peut le souhaiter mais rien n'est moins s&ucirc;r. <br /> <br /> Rien n'est d'autant moins s&ucirc;r que<strong> Wall Street</strong>, qui devait ressortir fortement r&eacute;glement&eacute;e de son affrontement avec Obama, semble maintenant tout &agrave; fait rassur&eacute;e. La nouvelle loi, destin&eacute;e &agrave; &ecirc;tre adopt&eacute;e par le Congr&egrave;s le 4 juillet, a fait l'objet d'intenses discussions entre parlementaires et lobbyists, cr&eacute;ant une situation si confuse que les meilleurs experts semblent aujourd'hui incapables de dire si elle aura le r&eacute;sultat attendu, c'est-&agrave;-dire &eacute;viter que ne se reproduise la derni&egrave;re crise financi&egrave;re. Certes dans sa version finale, le Bill &eacute;tend les pouvoirs r&eacute;glementaires de la R&eacute;serve F&eacute;d&eacute;rale et cr&eacute;e un Conseil d'&eacute;tude des risques syst&eacute;miques sous l'autorit&eacute; du secr&eacute;taire au Tr&eacute;sor. De m&ecirc;me, il instaure un bureau de protection des consommateurs de cr&eacute;dit et renforce les pouvoirs de la SEC&nbsp;&nbsp; (<em>Securities and Exchange Commission</em>) &agrave; l'&eacute;gard des Fonds sp&eacute;culatifs et des agences de notation. <br /> <br /> Parmi d'autres mesures moins spectaculaires, il oblige les banques et les fonds &agrave; alimenter une caisse de 20 mds de dollars destin&eacute;s &agrave; couvrir les d&eacute;faillances de certains &eacute;tablissements. On notera aussi que le Bill restreint les capacit&eacute;s des banques &agrave; investir sur fonds propres (<em>Volcker Rule)</em> et cr&eacute;e un cadre plus strict pour les produits d&eacute;riv&eacute;s, qui ont &eacute;t&eacute; au coeur de la crise de 2008. <br /> <br /> Mais les plus mod&eacute;r&eacute;s des observateurs reconnaissent que le contr&ocirc;le des pratiques ayant provoqu&eacute; la crise restent encore confi&eacute;&nbsp; &agrave; l'auto-r&eacute;gulation des acteurs financiers, ceux-ci ayant jou&eacute; abondamment de l'argument selon lequel aller plus loin pourrait effrayer les investisseurs et ass&eacute;cher les cr&eacute;dits n&eacute;cessaires au business. Ces investisseurs en ont conclu que les banques pourraient ais&eacute;ment s'adapter aux mesures de contr&ocirc;le dont Barack Obama s'est fait le champion devant le monde entier, notamment au r&eacute;cent G20. La Bourse a &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement optimiste &agrave; Wall Street le vendredi 25.&nbsp; On pourra l&agrave; encore se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; un bon article du NYT sur ce sujet compliqu&eacute;&nbsp; ( voir http://www.nytimes.com/2010/06/26/us/politics/26regulate.html?pagewanted=1 )<br /> <br /> Tr&egrave;s bien mais que se passera-t-il si une nouvelle crise, plus forte encore que la pr&eacute;c&eacute;dente, &eacute;clatait dans les mois sinon les semaines &agrave; venir. Le nouveau rapport de L&rsquo;OCC, l&rsquo;<em>Office of Comptroller of the Currency</em>, l&rsquo;organisme gouvernemental de tutelle des banques US, d&eacute;pendant du tr&eacute;sor am&eacute;ricain, est paru le 23 juin 2010. Il &eacute;value notamment les pr&ecirc;ts immobiliers am&eacute;ricains et les saisies immobili&egrave;res en cours. L'ensemble des cr&eacute;dits immobiliers non commerciaux aux USA repr&eacute;sentent 5947,548 mds de dollars. Selon l'OCC, 87,3&nbsp;% de ces pr&ecirc;ts sont rembours&eacute;s, ce qui signifie que 12,7&nbsp;% d'entre eux sont actuellement en difficult&eacute;s, soit une dette immobili&egrave;re de 750 mds de dollars. L'immobilier commercial serait &eacute;galement en difficult&eacute;, selon un rapport du&nbsp; COP, le <em>Congressionnal Oversight Panel,</em> bureau de surveillance mis en place par le Congr&egrave;s. 1.400 mds de dollars de cr&eacute;dits immobiliers commerciaux seraient &agrave; refinancer sur 3 ans, soit pr&egrave;s de 500 mds de dollars &agrave; trouver par an. Au total, 1250 mds &agrave; trouver d&egrave;s cette ann&eacute;e, pour &eacute;viter de nouvelles faillites des organismes de cr&eacute;dit. La Fed et la SEC proposeront elles un nouveau TARP,&nbsp; <em>Troubled Asset Relief Program</em>, permettant de racheter sur fonds f&eacute;d&eacute;raux les dettes des banques?&nbsp; On peut en douter, vu l'importance d&eacute;j&agrave; excessive de la dette f&eacute;d&eacute;rale? Mais alors que se passera-t-il, et que fera Obama? <br /> <br /> On voit que les nuages s'accumulant sur les Etats-Unis ne sont pas pr&ecirc;ts de s'all&eacute;ger. Ceci est &agrave; mettre en parall&egrave;le avec la volont&eacute; de puissance croissante de la Chine, sans m&ecirc;me mentionner l'Iran. L'Europe pour sa part aura-t-elle la volont&eacute;&nbsp; de tenter de se rendre plus autonome vis-&agrave;-vis de l'&nbsp;Am&eacute;rique, pour ne pas se laisser entrainer dans le d&eacute;sastre annonc&eacute;. On n'entend plus gu&egrave;re Nicolas Sarkozy sur cette grande question, mais l'accord semblant s'esquisser entre l'Allemagne, la Russie, la Pologne et la France pour une politique commune de s&eacute;curit&eacute; en Europe pourrait ouvrir quelques perspectives. Nous y reviendrons dans un autre article. Sun, 27 Jun 2010 23:00:00 GMT Réduire les dépenses publiques inutiles, peut-être. Investir oui http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=525 525 <br /><br /> <div>Les Europ&eacute;ens, qu'il s'agisse des gouvernements ou des populations, semblent en train de se convaincre de la n&eacute;cessit&eacute; de r&eacute;duire drastiquement les d&eacute;penses non productives. On parle de 20% sinon 40% en 5 ans. Mais personne ne parle d'augmenter en proportion les d&eacute;penses productives. Ne pas le faire plongerait l'Europe non seulement dans une r&eacute;cession durable mais dans le sous-d&eacute;veloppement. </div> <!-- FIN article_summary --> <!-- DEB article_text --> <br /> Il devient courant dor&eacute;navant d'entendre lors des tribunes &eacute;conomiques les experts de toutes origine discuter des moyens de r&eacute;duire la dette des Etats et des r&eacute;gimes sociaux, de comprimer les d&eacute;penses publiques, de trouver de nouvelles ressources fiscales, le tout pour &eacute;viter la possible &laquo;&nbsp;faillite&nbsp;&raquo; de ces m&ecirc;mes Etats. Ceci n'est pas d&eacute;nu&eacute; de fondement. Nul ne peut pr&eacute;tendre qu'une collectivit&eacute;, quelle qu'elle soit, puisse &agrave; long terme d&eacute;penser plus qu'elle ne gagne. Mais il est &eacute;vident que si rien n'est fait en contrepartie pour augmenter les offres de produits et services &eacute;cologiquement durables r&eacute;pondant aux besoins de production et de consommation des Europ&eacute;ens, les couches sociales pour qui ces derni&egrave;res ne sont pas un luxe mais une n&eacute;cessit&eacute; vitale ne pourront que se r&eacute;volter. <br /> <br /> Dans le m&ecirc;me temps cependant, d'autres experts invitent les pays europ&eacute;ens &agrave; ne pas s'enfoncer dans la r&eacute;cession. Il faut relancer la croissance. Mais comment et pour quoi faire? Les avis diff&egrave;rent mais dans l'ensemble, il s'agit de relancer la consommation, sans se demander si cette relance profitera ou non aux industries occidentales d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s marqu&eacute;es par le sous-investissement. La relance, en fait, ne profitera qu'aux pays produisant des biens &agrave; bas co&ucirc;ts, comme aux grands distributeurs qui les revendent en Europe &agrave; des prix &eacute;lev&eacute;s. <br /> <br /> Ce ne sera pas non plus non plus l'importation &agrave; cr&eacute;dit de biens et services produits hors d'Europe qui pourra r&eacute;pondre aux besoins de relance, puisque les revenus permettant de se les procurer auront disparu du fait de la d&eacute;sindustrialisation et des d&eacute;localisations. Il ne reste donc qu'une solution pour &eacute;viter de mourir progressivement, sinon de faim du moins de langueur: investir en Europe pour se donner les technologies et les produits r&eacute;pondant aux demandes incompressibles. Point n'est besoin d'attendre pour en d&eacute;cider. Investir dans les secteurs &eacute;mergents demande des hommes et des ressources techno-scientifiques que l'Europe n'a peut-&ecirc;tre plus. Mais les retards en ce domaine peuvent se rattraper. Il faut par contre de l'argent. Nous avons estim&eacute; les sommes n&eacute;cessaires &agrave; 1.000 milliards sur 5 ans. Il faut les trouver quelque part. <br /> <br /> Dans un article pr&eacute;c&eacute;dent (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=446&amp;r_id=) nous avions indiqu&eacute; que les Etats europ&eacute;ens pouvaient, sans aucunement accroitre leur dette ext&eacute;rieure, s'engager dans une politique de cr&eacute;ations d'obligations garanties &agrave; 10 ans s'adressant aux citoyens europ&eacute;ens disposant d'un minimum d'&eacute;pargne. Si un dispositif communautaire ad&eacute;quat &eacute;tait mis en place permettant de n'attribuer les pr&ecirc;ts correspondants qu'&agrave; des investisseurs domestiques s'engageant &agrave; investir&nbsp; sur le territoire europ&eacute;en, et si les choix&nbsp; technologiques judicieux &eacute;taient faits, les 1.000 milliards ainsi pr&ecirc;t&eacute;s devraient se retrouver dans un d&eacute;lai de 5 &agrave; 10 ans sous forme de biens et services commercialisables. Le pr&ecirc;t serait donc amorti. Autrement dit, il ne faudrait en aucun cas&nbsp; l'ajouter au montant des dettes publiques que l'on cherche par ailleurs &agrave; r&eacute;duire. Dans le m&ecirc;me esprit, on pourrait tr&egrave;s bien envisager que les budgets publics d'investissement et de recherche b&eacute;n&eacute;ficient du m&ecirc;me r&eacute;gime de financement contre restitution &agrave; terme des cr&eacute;dits allou&eacute;s. <br /> <br /> Est-il n&eacute;cessaire de pr&eacute;ciser que les mesures envisag&eacute;es ici supposeraient un minimum d'accord entre les Etats europ&eacute;ens et l'Union europ&eacute;enne, visant de facto sinon de jure &agrave; mettre en place le gouvernement europ&eacute;en commun que m&ecirc;me les Am&eacute;ricains nous demandent maintenant de faire fonctionner. Thu, 24 Jun 2010 23:00:00 GMT Plaidoyer pour un keynésianisme radical http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=521 521 <br /><br /> Au-del&agrave; des secousses financi&egrave;res qui donnent des frayeurs aux pays de la zone &laquo; euro &raquo;, nous proposons ici une solution concr&egrave;te &agrave; la grave crise &eacute;conomique que nous vivons aujourd'hui, et ce sur la base d'un quadruple constat.<br /> <br /> Primo, le sauvetage du secteur bancaire a &eacute;t&eacute; spectaculairement r&eacute;ussi gr&acirc;ce &agrave; l'injection massive de liquidit&eacute;s, en pratique un v&eacute;ritable &laquo; open bar financier&raquo; &agrave; taux z&eacute;ro gracieusement ouvert par les grandes banques centrales, avec en outre l'appui budg&eacute;taire des principaux &Eacute;tats.<br /> <br /> Secundo, ces sommes astronomiques consenties pour r&eacute;animer le secteur bancaire ne se sont pas massivement r&eacute;percut&eacute;es vers l'&eacute;conomie r&eacute;elle car les banques ont en fait utilis&eacute; l'argent des banques centrales pour restaurer leur profitabilit&eacute;.<br /> <br /> Tertio, dans le monde &eacute;conomique actuel, structur&eacute; autour de trois &laquo; m&eacute;gadevises &raquo; (dollar, euro et yen), qui repr&eacute;sentent les trois quarts de la masse mon&eacute;taire mondiale, l'inflation a maintenant disparu. Trois raisons &agrave; cette situation nouvelle&nbsp;: les devises ne peuvent plus d&eacute;valuer, car elles n'ont maintenant plus rien au-dessus d'elles&nbsp;; dans un contexte de ch&ocirc;mage et de stagnation des salaires et des b&eacute;n&eacute;fices, les consommateurs, quel que soit leur niveau de revenu, veulent syst&eacute;matiquement<br /> payer moins cher les produits et services qu'ils ach&egrave;tent&nbsp;; les producteurs, stimul&eacute;s par une concurrence internationale f&eacute;roce, tendent &agrave; r&eacute;duire toujours davantage leurs prix de vente. <br /> <br /> Quarto,la masse mon&eacute;taire mondiale (au sens de M3, c'est-&agrave;-dire la somme de l'argent liquide, des d&eacute;p&ocirc;ts &agrave; vue ou &agrave; terme et des Sicav mon&eacute;taires) est du m&ecirc;me ordre de grandeur que le PIB mondial, ce qui signifie que la cr&eacute;ation annuelle de richesse a besoin d'une ann&eacute;e d'&eacute;quivalent d'argent en stock pour pouvoir se concr&eacute;tiser. Et sym&eacute;triquement, l'augmentation du stock<br /> de masse mon&eacute;taire entra&icirc;ne m&eacute;caniquement un accroissement &eacute;quivalent du montant du PIB. Cette r&eacute;alit&eacute; m&eacute;connue est d'une importance capitale pour bien comprendre les ressorts r&eacute;els de l'&eacute;conomie mondiale.<br /> <font color="#000080"><strong><br /> Une injection massive de liquidit&eacute;s</strong></font><br /> <br /> &Agrave; partir de ces quatre constats, nous avan&ccedil;ons l'id&eacute;e force suivante&nbsp;: pourquoi ne pas reprendre le mode efficace de sauvetage &eacute;clair des banques, &agrave; savoir l'injection massive de liquidit&eacute;s, pour l'appliquer &agrave; l'&eacute;conomie r&eacute;elle&nbsp;? En pratique, il s'agit de cr&eacute;er au niveau mondial &mdash; via des &eacute;missions mon&eacute;taires des grandes banques centrales &mdash; de l'argent qui serait donn&eacute; aux m&eacute;nages et aux entreprises, pour par exemple un total de 5 % du PIB, et ce sans obligation de remboursement.<br /> <br /> Ainsi en France, sur la base d'un PIB de 1.900 milliards d'euros, cela reviendrait &agrave; donner quelque 50 milliards &agrave; chacune des deux parties, soit de l'ordre de 2.500 euros par m&eacute;nage et 25.000 euros par entreprise.<br /> <br /> Concr&egrave;tement, une telle d&eacute;marche n'aurait que des avantages. Elle serait gratuite, car faire marcher la planche &agrave; billets ne co&ucirc;te rien, tr&egrave;s simple &agrave; appliquer pour les b&eacute;n&eacute;ficiaires, au travers des r&eacute;seaux bancaires et permettrait de relancer la consommation, de conforter les bilans des entreprises et de cr&eacute;er des emplois. Le tout sans risque d'inflation qui a d&eacute;sormais disparu. Cette relance procurerait en outre de nouvelles recettes fiscales et compte tenu du lien organique entre PIB et masse mon&eacute;taire, elle aboutirait sans tarder &agrave; atteindre une croissance mondiale de 5 % l'an. <br /> <br /> Cela dit, il para&icirc;t indispensable &mdash; pour des raisons d'efficacit&eacute; &mdash; de lancer cette op&eacute;ration d'une mani&egrave;re coordonn&eacute;e &agrave; l'&eacute;chelle internationale, au niveau de chaque m&eacute;gabanque centrale (BCE, FED et Banque du Japon), les autres banques centrales (notammentBanque de Chine et Banque d'Angleterre) pouvant elles aussi participer au mouvement, sous l'&eacute;gide du G20 et de la BRI (Banque des r&egrave;glements internationaux).<br /> <br /> En conclusion, une telle id&eacute;e, qui peut sembler fantaisiste voire iconoclaste &mdash; et qui se place &agrave; l'oppos&eacute; des politiques budg&eacute;taires restrictives impos&eacute;es aujourd'hui &mdash; n'a rien d'utopique&nbsp;: elle est en v&eacute;rit&eacute; profond&eacute;ment r&eacute;aliste, car elle proc&egrave;de juste d'une mise &agrave; jour moderne de la doctrine de Keynes, qui a efficacement fait ses preuves &agrave; la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Fri, 18 Jun 2010 23:00:00 GMT Plaidoyer pour un keynésianisme radical http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=522 522 <img src="http://www.europesolidaire.eu/repimg/20100619102851_keynes.jpg" align="left" alt="photo" title="" border="0" /><br /><br /> Au-del&agrave; des secousses financi&egrave;res qui donnent des frayeurs aux pays de la zone &laquo; euro &raquo;, nous proposons ici une solution concr&egrave;te &agrave; la grave crise &eacute;conomique que nous vivons aujourd'hui, et ce sur la base d'un quadruple constat.<br /> <br /> Primo, le sauvetage du secteur bancaire a &eacute;t&eacute; spectaculairement r&eacute;ussi gr&acirc;ce &agrave; l'injection massive de liquidit&eacute;s, en pratique un v&eacute;ritable &laquo; open bar financier&raquo; &agrave; taux z&eacute;ro gracieusement ouvert par les grandes banques centrales, avec en outre l'appui budg&eacute;taire des principaux &Eacute;tats.<br /> <br /> Secundo, ces sommes astronomiques consenties pour r&eacute;animer le secteur bancaire ne se sont pas massivement r&eacute;percut&eacute;es vers l'&eacute;conomie r&eacute;elle car les banques ont en fait utilis&eacute; l'argent des banques centrales pour restaurer leur profitabilit&eacute;.<br /> <br /> Tertio, dans le monde &eacute;conomique actuel, structur&eacute; autour de trois &laquo; m&eacute;gadevises &raquo; (dollar, euro et yen), qui repr&eacute;sentent les trois quarts de la masse mon&eacute;taire mondiale, l'inflation a maintenant disparu. Trois raisons &agrave; cette situation nouvelle&nbsp;: les devises ne peuvent plus d&eacute;valuer, car elles n'ont maintenant plus rien au-dessus d'elles&nbsp;; dans un contexte de ch&ocirc;mage et de stagnation des salaires et des b&eacute;n&eacute;fices, les consommateurs, quel que soit leur niveau de revenu, veulent syst&eacute;matiquement payer moins cher les produits et services qu'ils ach&egrave;tent&nbsp;; les producteurs, stimul&eacute;s par une concurrence internationale f&eacute;roce, tendent &agrave; r&eacute;duire toujours davantage leurs prix de vente. <br /> <br /> Quarto,la masse mon&eacute;taire mondiale (au sens de M3, c'est-&agrave;-dire la somme de l'argent liquide, des d&eacute;p&ocirc;ts &agrave; vue ou &agrave; terme et des Sicav mon&eacute;taires) est du m&ecirc;me ordre de grandeur que le PIB mondial, ce qui signifie que la cr&eacute;ation annuelle de richesse a besoin d'une ann&eacute;e d'&eacute;quivalent d'argent en stock pour pouvoir se concr&eacute;tiser. Et sym&eacute;triquement, l'augmentation du stock<br /> de masse mon&eacute;taire entra&icirc;ne m&eacute;caniquement un accroissement &eacute;quivalent du montant du PIB. Cette r&eacute;alit&eacute; m&eacute;connue est d'une importance capitale pour bien comprendre les ressorts r&eacute;els de l'&eacute;conomie mondiale.<br /> <br /> <strong><font color="#000080">Une injection massive de liquidit&eacute;s</font></strong><br /> <br /> &Agrave; partir de ces quatre constats, nous avan&ccedil;ons l'id&eacute;e force suivante&nbsp;: pourquoi ne pas reprendre le mode efficace de sauvetage &eacute;clair des banques, &agrave; savoir l'injection massive de liquidit&eacute;s, pour l'appliquer &agrave; l'&eacute;conomie r&eacute;elle&nbsp;? En pratique, il s'agit de cr&eacute;er au niveau mondial &mdash; via des &eacute;missions mon&eacute;taires des grandes banques centrales &mdash; de l'argent qui serait donn&eacute; aux m&eacute;nages et aux entreprises, pour par exemple un total de 5 % du PIB, et ce sans obligation de remboursement.<br /> <br /> Ainsi en France, sur la base d'un PIB de 1.900 milliards d'euros, cela reviendrait &agrave; donner quelque 50 milliards &agrave; chacune des deux parties, soit de l'ordre de 2.500 euros par m&eacute;nage et 25.000 euros par entreprise.<br /> <br /> Concr&egrave;tement, une telle d&eacute;marche n'aurait que des avantages. Elle serait gratuite, car faire marcher la planche &agrave; billets ne co&ucirc;te rien, tr&egrave;s simple &agrave; appliquer pour les b&eacute;n&eacute;ficiaires, au travers des r&eacute;seaux bancaires et permettrait de relancer la consommation, de conforter les bilans des entreprises et de cr&eacute;er des emplois. Le tout sans risque d'inflation qui a d&eacute;sormais disparu. Cette relance procurerait en outre de nouvelles recettes fiscales et compte tenu du lien organique entre PIB et masse mon&eacute;taire, elle aboutirait sans tarder &agrave; atteindre une croissance mondiale de 5 % l'an. <br /> <br /> Cela dit, il para&icirc;t indispensable &mdash; pour des raisons d'efficacit&eacute; &mdash; de lancer cette op&eacute;ration d'une mani&egrave;re coordonn&eacute;e &agrave; l'&eacute;chelle internationale, au niveau de chaque m&eacute;gabanque centrale (BCE, FED et Banque du Japon), les autres banques centrales (notammentBanque de Chine et Banque d'Angleterre) pouvant elles aussi participer au mouvement, sous l'&eacute;gide du G20 et de la BRI (Banque des r&egrave;glements internationaux).<br /> <br /> En conclusion, une telle id&eacute;e, qui peut sembler fantaisiste voire iconoclaste &mdash; et qui se place &agrave; l'oppos&eacute; des politiques budg&eacute;taires restrictives impos&eacute;es aujourd'hui &mdash; n'a rien d'utopique&nbsp;: elle est en v&eacute;rit&eacute; profond&eacute;ment r&eacute;aliste, car elle proc&egrave;de juste d'une mise &agrave; jour moderne de la doctrine de Keynes, qui a efficacement fait ses preuves &agrave; la sortie de la Seconde Guerre mondiale. <br /> Fri, 18 Jun 2010 23:00:00 GMT