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Alain Supiot

Alain Supiot, né en 1949, est un juriste français spécialiste du droit du travail et de la sécurité sociale. Il est depuis 2012 professeur au Collège de France. Il a toujours souligné les dangers de la primauté accordée à l'accord d'entreprise, qui deviendrait un instrument de mise en concurrence sociale des travailleurs.

Références
https://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/
Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Supiot
Ecoutez le sur https://www.youtube.com/watch?v=VW0eQzrgiMY

Dans son programme politique, avant son élection à l'Elysée, puis depuis, Emmanuel Macron a annoncé son intention de modifier en profondeur le droit du travail. Non seulement ceci supposera une refonte complète de la loi dite El Khomri, mais toute une série d'autres mesures d'inspiration « libérale » qu'il n'a pas encore exposées en détail, mais qui iront dans le même sens.

Ni lui ni le Premier ministre n'ont encore voulu en parler ouvertement aux organisations syndicales. Ils ont laissé entendre qu'une place restera ouverte à la négociation, mais les syndicats doutent beaucoup qu'il y ait négociation véritable, avec concessions de part et d'autre. Avec la majorité écrasante obtenue par le parti France en marche d'Emmanuel Macron, on peut penser que le gouvernement pourra, sans même recourir à des ordonnances, imposer toutes les mesures qui paraitront opportunes au grand patronat, comme aux forces conservatrices dominant en Europe, pour qui le droit du travail à la Française, né de la Résistance, a toujours été considéré comme une menace permanente.

Ces forces conservatrices font valoir aujourd'hui qu'avec le développement de l'économie numérique, le droit du travail à la française, non seulement ne s'impose plus, mais constitue un obstacle insupportable. Avec ce que l'on appelle l'ubérisation, on voit aujourd'hui ce qu'il en est: le travailleur individuel indépendant traité comme un mal à faire rapidement disparaître, le pouvoir restant aux mains des entreprises numériques anonymes, souvent d'ailleurs américaines. Le tout bien entendu aux dépens du « consommateur final », que lui non plus on ne consulte pas.

Alain Supiot, professeur au Collège de France, spécialiste du droit du travail, a depuis longtemps souligné les dangers de ces projets, mais aucune publicité n'a été faite, ni par les pouvoirs publics ni par les médias, à son travail. Nous pensons utile ici, dans cette rubrique dite de l'Invité du mois, de contribuer à faire connaître Alain Supiot et son travail. Précisons que notre démarche n'a en aucune mesure été suscité par ce juriste fort modeste. Nous ne lui avons même pas demandé l'autorisation.

Alain Supiot a toujours souligné les dangers de la primauté accordée à l'accord d'entreprise, qui deviendrait un instrument de mise en concurrence sociale des travailleurs. Il plaide pour une « vraie réforme » du droit du travail, répondant aux transformations de l'organisation de l'économie, ainsi qu'à la révolution technologique en cours.

Il a rappelé que la suppression, en 1986, de l'autorisation administrative de licenciement, qui avait été présentée comme le principal frein à l'embauche, n'a pas entraîné les créations d'emplois promises. La création d'emploi dépend beaucoup plus des investissements productifs entrainant de nouvelles demandes, que de réformes législatives. De la même façon la réforme des normes comptables a précipité les entreprises dans le « court-termisme » et encouragé les « licenciements boursiers ».

Certes, il faut réfléchir à la réforme du droit du travail, du fait de la révolution permanente des modes d'organisation de production et des techniques. Mais si c'est le pouvoir patronal, relayé et soutenu par les Pouvoirs Publics, qui décide seul ce qui doit en être, ce seront les travailleurs et au delà d'eux la démocratie dans son ensemble, qui en seront les victimes. On reproche aux syndicats de travailleurs, plus particulièrement à la CGT, de n'avoir aucune ouverture à cet égard. Mais par quoi les remplacer?

13/06/2017

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