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Narendra Modi

Paris a été la première étape du voyage européen du premier ministre indien Narendra Modi, qui se rendra ensuite en Allemagne, avant d'aller au Canada. Ni Londres ni Bruxelles ne sont sur sa route.
En janvier 2015, Barack Obama s'était rendu en Inde et conjointement avec Narendra Modi, avait annoncé un partenariat stratégique entre l'Inde et Washington. Le contenu de ce partenariat était resté flou, compte-tenu de la volonté d'indépendance de l'Inde, notamment dans ses relations avec la Chine et la Russie au sein du Brics, compte tenu aussi de la volonté de ne pas se faire imposer par Obama des « relations amicales » avec le Pakistan qui ne correspondent pas aux conflits latents demeurant entre les deux pays (voir notre article « Obama tente de désorganiser la coopération Inde-Chine qui constitue un pilier important du Brics » http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1641

En France, non plus qu'en Allemagne, Narendra Modi ne se verra critiqué pour un anti-islamisme historique. Au contraire. L'Inde, peuplée par plus d'un milliard d'habitants qui se réfère à d'autres sources religieuses que l'Islam, est considérée comme un facteur d'équilibre dans un monde comprenant deux milliards de musulmans dont beaucoup sont de plus en plus travaillés par l'intégrisme. Par ailleurs, ce qui intéresse aussi bien Paris que New Delhi, relève de la coopération dans les investissements et la technologie. On pourrait (avec un peu d'optimisme) considérer qu'il s'agit là d'un premier segment dans la construction d'un euroBrics correspondant à l'intérêt de l'ensemble des parties.

Pour l'Inde il s'agit à la fois d'attirer les investisseurs français à venir « fabriquer en Inde » (politique du « Make in India » à laquelle la France vient de souscrire par un document publié le 23 mars) et de promouvoir la capacité technologique indienne, qui dépend encore beaucoup, sauf dans le domaine de l'espace, de transferts de technologie, Pour la France, il ne s'agit pas seulement d'obtenir de nouveaux contrats à l'exportation, mais là aussi de développer des coopérations sur un pied de réciprocité avec un pays dont les compétences industrielles ou les capacités de recherche scientifiques sont reconnues dans le monde entier. Environ 350 groupes français (dont 38 du CAC40) et plus de 600 petites ou moyennes entreprises sont présentes en Inde aujourd'hui, avec un investissement cumulé de près de 20 milliards de dollars. Mais à l'échelle du continent indien, c'est encore peu.

On observera, en France, où le jeu systématique des responsables politiques de tous bords, largement amplifié par les médias, est de dénigrer ou tout simplement d'ignorer les savoirs-faire français, que Narendra Modi, ses ministres et ses conseillers ne partagent pas ce point de vue. L'exemple en est la confirmation, que nous avons relatée par ailleurs, d'un premier contrat Rafale, comme d'un contrat avec Aréva pour 1 ou 2 centrales nucléaires de type EPR. Concernant le Rafale, faut-il rappeler qu'il y a peu en France un certain Hervé Morin, alors ministre de la défense dans l'ancienne majorité, n'avait pas hésité à proclamer urbi et orbi que cet avion était et resterait invendable – ceci à la grande satisfaction de tous ceux qui, en France et en Europe, sponsorisés ou non, jouaient les défenseurs du F35 américain.

François Hollande, à qui l'on reproche beaucoup d'indécisions dans de nombreuxdomaines, s'est en tous cas chaleureusement engagé dans le développement d'un accord stratégique avec Narendra Modi. On ne peut que l'en féliciter. Le premier ministre indien, de son côté, a manifesté (sans arrière-pensées semble-t-il ) une volonté claire d'approfondir des relations avec la France...ceci non seulement au plan technologique mais diplomatique. Pour lui la France mérite attention, par son rang à l'ONU, par son engagement contre Al-Qaïda et Daech, par ses capacités technologiques, par sa coopération de défense. Nous pourrions ajouter qu'elle mérite aussi attention au plan civilisationnel. L'Inde, ne l'oublions pas, est la plus grande démocratie du monde, malgré différents points sur lesquels elle diverge avec la France. C'est aussi un pays ou l'indépendance de la femme s'affirme de plus en plus, malgré des résistances historiques. L'Inde est loin des pays musulmans sur ce point essentiel.

Pour notre modeste part, nous ne pouvons donc que saluer à notre tour la visite en France de son Premier ministre.



11/04/2015

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