Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Défendons le complotisme

Ceux qui veulent se réserver le monopole de la réflexion géopolitique n'ont cessé, depuis l'attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, de dénoncer comme complotistes ou conspirationnistes tous ceux qui recherchaient des arguments pouvant mettre en difficulté la thèse « officielle » selon laquelle cet attentat avait été provoqué par des terroristes hostiles aux Etats-Unis.

Pourtant, aujourd'hui, selon les estimations disponibles, près de 50% des Américains suspectent Washington, sinon d'avoir provoqué directement le crash contre le World Trade Center, du moins d'avoir fait le nécessaire pour que des fanatiques musulmans se chargent du travail, dans l'espoir de gagner ensuite directement le paradis d'Allah. L'attentat aurait dans cette hypothèse donné un prétexte pour déclarer la guerre à Saddam Hussein et tenter de mettre la main sur son pétrole.

Or, comme l'explique le Figaro lui-même (1), « Dans un document qui vient d'être déclassifié, la CIA réfute les arguments déployés par l'administration Bush pour convaincre l'opinion de la nécessité d'attaquer l'Irak. Après les armes de destruction massive, c'est un autre argument de l'Administration Bush justifiant la guerre en Irak qui s'effondre. Un message de la CIA, envoyé une semaine avant l'intervention de 2003, a été en partie déclassifié jeudi. Il montre que les espions américains n'ont jamais cru que Saddam Hussein était lié aux attentats du 11-Septembre.

À l'époque, l'exécutif américain a besoin de justifier l'entrée en guerre des États-Unis. Dans un pays encore meurtri par les attentats du 11-Septembre, la stratégie est toute trouvée: créer l'amalgame entre les terroristes d'al-Qaida et la dictature baasiste. Le vice-président américain, Dick Cheney, lance la rumeur. Mohammed Atta, chef du commando du 11-Septembre, aurait rencontré un espion irakien à Prague, peu avant les attentats qui ont frappé la ville de New York. Le président Bush martèlera de nombreuses fois cette histoire pour justifier le renversement du président irakien. »

Or aujourd'hui, les anti-complotistes, tel Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, dénoncent comme complotistes tous ceux qui s'interrogent sur l'existence possible d'intérêts géopolitiques ayant pu, sinon tenir directement la main des assassins de Charlie Hebdo, du moins mettre en place les conditions pour que cet attentat se produise (2).

Serait-ce faire preuve de complotisme que rechercher, en amont de l'intervention d'organisations islamistes ayant manifestement déclaré la guerre à la France et dont nul ne songe à nier l'influence grandissante, les gouvernements ayant eu un intérêt, proche ou lointain, à la mise en difficulté de la France attendue des suites de cet attentat.

Sur le web, là encore, ou dans la presse non officielle, les hypothèses abondent, avec justifications à l'appui. On cite les Etats-Unis, Israël, la Turquie, différents Etats du Golfe, sunnites ou chiites, voire la Russie elle-même. Il est bien évident que toutes ces hypothèses ne sont pas simultanément crédibles. Il faut faire un tri entre elles. Il faut aussi discuter les arguments ou preuves avancés.

Mais c'est précisément le travail auquel procèdent souvent les auteurs d'hypothèses. Il reste ensuite à chacun des lecteurs de se faire une opinion. Pour notre part, n'entrons pas ici dans la discussion de ces hypothèses, ce que nous n'avons pas les moyens de faire. Disons seulement qu'y réfléchir conduit à prendre du recul au regard du récit simpliste selon lequel les auteurs de l'attentat ne seraient que des jeunes déboussolés s'étant radicalisés spontanément.

Un tissu de banalités

Or Laurent Joffrin, au terme de l'article cité ici qui n'est qu'un tissu de banalités mêlées de procès d'intention, assimile ceux qui se posent des questions géopolitiques à des esprits quasi-délirants, ouvrant involontairement ou non une voie aux dictateurs:

« Les complotistes entendent démontrer que nos démocraties sont manipulées par des forces obscures qui en pervertissent le fonctionnement, le Mossad, la CIA, les francs-maçons, les juifs, les Illuminati, le groupe de Bilderberg, le grand capital, les sociétés transnationales, etc. C'est la béquille intellectuelle des extrémistes : si les démocraties sont manipulées, autant instaurer une dictature (communiste, fasciste, islamiste...) qui terrassera les pouvoirs occultes et changera enfin la société. Le complotisme est l'antichambre de la tyrannie ».


Beaucoup de citoyens ne se laisseront pas prendre à cette sortie furieuse. Ils auront plutôt tendance à se demander quel intérêt pousse Laurent Joffrin à se faire un anti-complotiste aussi virulent. Ils rappelleront qu'il y a quelques semaines, Libération, avec la bénédiction dudit Joffrin, avait dressé une liste de tous les journaux, blogs et auteurs présentés comme des « agents de Moscou » et donc, en quelque sorte des complotistes manipulés par le KGB-FSB. Libération souhaitait-elle les voir interdire d'expression, sinon qu'ils comparaissent en justice pour haute trahison?

Constatons seulement que les personnes définies par Laurent Joffrin et ses confrères comme des complotistes, présentent généralement leurs hypothèses sur le web, c'est-à-dire ailleurs que dans Libération. Ils remettent donc de facto en cause le monopole de la réflexion politique que Joffrin et ses homologues des médias mainstream veulent se donner.

Or à y regarder de plus près, la plupart de ces prétendus complotistes s'inspirent de la méthode scientifique la plus classique, ne pas considérer l'apparence du réel comme le réel lui-même, et chercher à éclairer cette apparence en formulant des hypothèses qu'ils soumettront ensuite à vérification expérimentale. Il n'est pas nécessaire d'être diplômé de 4e cycle, ou d'avoir une carte professionnelle de journaliste, pour procéder ainsi. Internet a changé tout cela.

Le simple citoyen accusé de complotisme retrouve grâce à Internet la grande tradition de la science expérimentale. Et Laurent Joffrin ou ses semblables, en leur contestant ce droit retrouvent la grande tradition de la Sainte Inquisition ayant condamné Galilée pour le péché de s'être demandé si le mouvement des astres au regard de celui de la Terre était bien explicable par les causes qu'en donnaient les Ecritures,

Notes

1) La CIA n'a jamais cru que Saddam Hussein était lié au 11-Septembre
http://www.lefigaro.fr/international/2014/12/12/01003-20141212ARTFIG00132-la-cia-n-a-jamais-cru-que-saddam-hussein-etait-lie-au-11-septembre.php

2) Laurent Joffrin http://www.liberation.fr/societe/2015/01/20/bequille-intellectuelle_1185032

3) Voir les propos rapportés d'un certain cheikh salafiste. S'ils ne sont pas authentiques, ils pourraient l'être. On en lit bien d'autres sur Internet: « Dieu a ordonné aux musulmans de conquérir le monde entier! Pas seulement les régions arabes! Le drapeau du Jihad doit flotter sur le balcon de la Maison Blanche! Aux fenêtres  de l'Elysée! Nous ne forcerons aucun individu à devenir musulman. Mais nous forcerons chaque Etat à adopter l'islam et la Charia! Comprenez bien la différence: vous pourrez vivre en tant que chrétien ou en tant que juif, mais sous l'égide d'un califat islamique. Car un infidèle ne doit jamais gouverner un musulman... »



21/01/2015

A LIRE AUSSI
Les articles du même type
Europe Solidaire