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Brexit , une très bonne nouvelle ?

Après le titre de l'éditorial de Europe Solidaire de vendredi 24, ce nouveau titre peut apparaître très provocateur, mais est-il si erroné ?
Le Brexit me rappelle la formule célèbre d'un météorologue anglais alors qu'un brouillard épais régnait sur la Manche : « le continent est isolé ». Les britanniques ont cru pouvoir appliquer cette idée pour leur profit contre l'Europe actuellement marquée par une faiblesse récurrente. Mais ils se sont sûrement trompés cette fois pour le meilleur de l'Europe, résumons rapidement.

On peut dire dès aujourd'hui que le Brexit restera une des grandes erreurs de l'histoire politique comme pour prendre un autre exemple assez proche, la dissolution de la Chambre des députés française en 1995, dans les deux cas pour assurer soit la réélection du dirigeant, soit son pouvoir. On connait la suite de 1995. Il est évident que le référendum de 2016 a été lancé pour assurer et la réélection de David Cameron et son pouvoir sur son parti, notamment en arrachant des accords supplémentaires de l'Europe favorables à la Grande Bretagne en février 2016. Mais la campagne extrêmement violente à la fois pour et contre le Brexit a brouillé les cartes jusqu'à transformer le référendum en pari. Cette virulence a éloigné les orateurs de l'objectif final : donner les vrais arguments pour le in et pour le out. Et une nouvelle fois dans un référendum le peuple a voté plus sur des sentiments que sur la réalité, y compris pour d'autres raisons que la question. Fâcheuse habitude devenue la référence.

La deuxième caractéristique du Brexit est d'être ainsi l'illustration parfaite des dérapages des mondes politiques aujourd'hui, vivre loin de la réalité, transformer les réalités pour leur profits, voire multiplier les tromperies et utiliser des mensonges ou pire gouverner sur des omissions dans leur seul intérêt. Quand la réalité ressort le lendemain matin avec ce qu'on doit imager par le terme habituel de ''vraie gueule de bois'', comme dans le Brexit et que le peuple découvre qu'il s'est fait floué, la désillusion est la plus totale. Dès ce samedi on entend plus d'un million et demi de britanniques réclamer un nouveau référendum qui annulerait le premier. Que deviendrait alors la démocratie ? L'expression d'un peuple aurait-il encore une valeur ? A quoi servirait-elle ? Après la mondialisation, au milieu des nouvelles technologies que seules quelques-uns maitrisent, les politiques demandent aux peuples de choisir des alternatives qui les engagent sur le long terme, alors que ceux-ci n'ont pas les éléments pour juger. Est-ce raisonnable, est-ce la meilleure solution ? C'est sans doute devenu la question majeure de ce XXI ° siècle dépassé par sa propre accélération asymptotique. Le Brexit répond clairement non à ces questions fondamentales. Il est à craindre que dans le cas des britanniques et plus particulièrement des anglais la désillusion née du Brexit se transforme en rancœur contre Cameron à l'initiative du référendum et les supporters du out, voire beaucoup plus.

La liste des ''oublis'' dans la campagne du référendum et des conséquences évidente est longue. Comment pourrait-on croire qu'un Premier Ministre après une telle erreur puisse gérer les conséquences de cette mistake, et prendre les décisions pendant encore quatre mois engageant un nouvel avenir, comment les fonctionnaires britanniques pourraient-ils continuer à travailler pour l'Europe alors que leur nation a décidé de lui tourner le dos, comment pourraient-ils continuer à être payés à ne rien faire, comment le Royaume Uni pourrait-il continuer à bénéficier de toutes les aides européennes d'ailleurs souvent supérieures aux autres participants et arrachées par des discussions asymétriques à une Europe anormalement bienveillante, comment un britannique commissaire européen pourrait-il continuer à participer à l'avenir de l'Europe, comment la frontière des migrants peut-elle continuer à être en France, dont Calais, alors que le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'Europe ? Ce pays doit récupérer sa frontière à Douvres et ses migrants. Il a y des centaines, des milliers d'impacts dont le peuple a été exclus. Un autre exemple, les financiers annonçaient pourtant la chute de la Livre après le Brexit mais les retraités vivants hors de l'île n'avaient pas réalisés que leur retraite serait amputée de 10 % en un jour, peut-être 20 % dans six mois. Que les sièges sociaux de nombreuses grandes sociétés devraient quitter l'île en raison de nouvelles contraintes de tous ordres, et que le chômage a toutes les chances de fortement progresser comme l'inflation.

On découvre même des perles. Où était la Chambre de compensation (organe de contrôle majeur) pour l'euro ? Dans un pays de l'euro ? Non, dans un pays qui a refusé l'euro, à Londres. On peut ajouter que c'est sans doute pour cela que les taux de l'Euribor qui sert de référence à tous les crédits à court terme en Europe et à de nombreux placements ont été par des délits, manipulés par des grandes banques anglaises qui ont subits ensuite de fortes amendes. Mais dont les dirigeants n'ont pas connu la froideur des prisons. Et pourtant aussi l'Euribor n'a rien à voir avec le Royaume-Uni qui lui utilise sur son territoire exclusivement le Libor comme référence. Les perles comme celles-ci sont nombreuses dans tous les domaines. Ces anomalies ne peuvent que cesser comme tous les avantages et les profits que retiraient les Britanniques de très nombreux accords asymétriques. La baisse de la Livre va aussi renchérir tous les produits industriels que le Royaume-Uni ne produit plus ayant basculé essentiellement sur les services et la finance, plus de 70 % du PIB. Sur ce plan également les pertes peuvent être lourdes, on sait que de nombreux établissements étudient déjà des bureaux de l'autre côté de la Manche.

La dernière ''perle'' est la contribution supplémentaire de l'Europe aux britanniques qui bénéficient depuis Margaret Thatcher d'une ristourne annuelle considérable de 5,8 Md€ pour laquelle la France est le plus gros contributeur avec 1,6 Md€ (''I want my money back'', 30 novembre 1979). Sa disparition apportera au moins 1 Md€ à la France. L'Europe va se retrouver ainsi dans des échanges plus symétriques, obligée de remettre à plat à son profit les très nombreux accords commerciaux et autres avec le UK, qui se trouvent par définition à reconstruire.

Mais le plus gros avantage est de faire enfin ressortir et avec une énorme force les carences de l'Europe, sa pusillanimité, les faiblesses de ses dirigeants d'une part, et d'autre part les frustrations des européens face au fonctionnement de Bruxelles qui depuis longtemps dépense son énergie sur des détails mineurs comme la taille des escargots au lieu de créer des grands récits. A commencer par créer son propre grand récit puis celui du futur de l'Europe au sein des nouvelles technologies dans la sécurité, la communication, les nanotechnologies, les biotechnologies, les applications numériques, les robots, l'homme augmenté, etc., dans la véritable guerre économique vitale menée par les américains, les chinois, les russes et ... presque tout le monde. L'Europe reste un des rares continents à ne pas avoir sa propre géolocalisation, y compris pour un temps de guerre. Il faudra attendre encore plusieurs années pour que Galileo nous affranchisse du GPS, qui représente une dépendance totale aux USA impensable et potentiellement mortelle. Que deviendraient nos chars, nos avions militaires, simplement nos voitures et de milliers d'autres applications si les américains tournaient le contacteur au-dessus de l'Europe sur off ?

La question fondamentale du choix de l'alliance première pour l'Europe n'est évoquée que comme une suggestion, une obligation et non un choix. Faut-il continuer la dépendance des USA, qui ne pensent qu'à nous freiner pour mieux nous dominer, ou vers la Russie à la culture bien plus proche de nous, qui est notre voisine avec qui nous avons déjà de multiples échanges indispensables à notre développement de matières énergétiques, agricoles et autres matières premières comme les métaux rares indispensables. La question se pose dans ce tournant de l'Histoire mais oubliée ... dans la taille des escargots. Le Brexit fait émerger l'écart entre l'Europe de Jean Monnet, de Robert Schuman, de François Mitterrand et d'Helmut Kohl et celle du XXI° siècle dominée par une bureaucratie castratrice et maintenant honnie par les peuples conscients de cette évolution immensément couteuse en frais de fonctionnement inutiles et peu productrice in fine. Oui aujourd'hui les peuples sont conscients de ces errements et les anglais en particulier ont consolidé cette voie sans en maîtriser les conséquences. Profitons-en immédiatement pour nettoyer nos écuries surtout après toutes les sanctions des peuples dans les élections récentes contre les politiques ''aux logiciels dépassés'', aux habitudes le plus souvent égocentriques, financièrement captatrices et loin des préoccupations et intérêts de leur peuple, en Grèce, en Italie, peut-être en Espagne ce dimanche.

Cette prise de conscience forte face aux contestations et frustrations des 27 peuples toujours dans l'Europe, est le plus grand cadeau que pouvait nous apporter l'Angleterre. On peut même dire enfin ! Oui le Brexit pour les européens est une très bonne nouvelle. Une seule question : ce déclencheur réveillera-t-il demain les dirigeants, ou fera-t-il apparaitre des nouveaux acteurs pragmatiques et tournés vers l'avenir, aux ''logiciels'' adaptés aux nouvelles technologies et à leur accélération. Dans tous les cas nous les attendons. Si cette évolution n'apparaissait pas nous nous dirigerions directement vers un désordre de plus en plus difficile à contrôler et un risque élevé d'implosion. Soyons optimistes.

Hubert Levoyer

Le 25 juin 2016

26/06/2016

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