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Qu'attend la gauche française pour devenir vraiment de gauche ?

L'échec de François Hollande est d'abord son échec personnel. Manifestement il n'avait pas les qualités pour imposer à l'ensemble de ses électeurs un programme dans lequel ils se seraient reconnus et pour lequel ils l'auraient soutenu jusqu'à la fin de son mandat. Il avait moins encore les qualités pour s'imposer au sein de l'Union européenne et plus généralement en face du monde comme le représentant crédible d'un pays qui malgré des reculs récents représente à peu près une cinquième puissance mondiale. Ayant toujours obéi aux injonctions de ce nous appelons sommairement l'américanisme, il a délibérément sacrifié la richesse des coopérations qu'il aurait pu établir avec Moscou et Pékin.
Aujourd'hui, il semble que les forces de gauche, dont on ne peut nier l'existence ni les capacités à représenter le pays tout entier aux yeux du monde, soient en train de saborder les quelques possibilités de se faire entendre, en premier lieu lors de la prochaine élection présidentielles. La cacophonie et le flou des programmes que proposeront la dizaine ou quinzaine des candidats se disant de gauche ne leur permettra pas de rassembler, d'abord une majorité pour élire un président de la République qui les représente, ensuite une majorité beaucoup plus large pour gouverner le pays une fois celui-ci éventuellement élu.

Il ne faut donc pas être grand expert pour prédire que l'élection présidentielle verra s'affronter deux candidats qui diffèrent certes sur certains points mais qui pourrait s'entendre sur les autres. Ce seront François Fillon et Marine le Pen. Le point essentiel de leurs convergences consistera à se rapprocher enfin de Moscou et exploiter toutes les synergies en découlant. Si par ailleurs Donald Trump est élu définitivement en décembre et met de son coté en oeuvre des politiques conservant certes le souci de la primauté de l'Amérique, « America first » mais avec lesquelles les Européens et les Français pourraient s'entendre sans abdiquer leurs propre autonomie,il faudra que le futur président français cesse de traiter Donald Trump en pestiféré, comme s'il regrettait la catastrophique Hillary Clinton. Là encore Fillon et Le Pen devraient pouvoir présenter des politiques plus ouvertes voisines.

Il est vraisemblable par contre que le programme de François Fillon, aujourd'hui dit de « droite dure », ne pourra pas être entièrement soutenu par Le Front National, soucieux d'élargir sa base électorale. Pour cela Marine Le Pen devra s'adresser à des couches sociales provenant des classes moyennes et populaires. Elle a commencé à le faire, comme d'une certaine façon l'a fait Donald Trump aux Etats-Unis. Sa volonté de combattre l'islamisme radical sera par ailleurs beaucoup plus lisible que les perspectives beaucoup moins claires sur ce sujet affichées par François Fillon.

Avenir pour la gauche?

Que peut proposer dans ces conditions la gauche, si elle prétend présenter à l'élection présidentielle un candidat capable de l'emporter face aux deux ténors de la droite François Fillon ou Marine Le Pen. Nous pensons pour notre part qu'elle ne pourra le faire qu'en se radicalisant à gauche, comme François Fillon à droite et Marine Le Pen à l'extrême droite souverainiste.

Pour ce faire, la gauche devrait reprendre presque en tous points, sur le plan de la politique intérieure, le programme que vient de résumer très clairement Philippe Poutou, probable candidat du NPA aux prochaines présidentielles. Nous conseillerons aux électeurs se voulant encore de gauche de l'étudier en profondeur et sans préjugés. Voir http://www.huffingtonpost.fr/philippe-poutou/programme-francois-fillon-npa/?utm_hp_ref=fr-homepage

Pour lui, la seule possibilité de l'emporter face à François Fillon ou Marine Le Pen serait, nous citons:

...que les classes populaires, les exploités, défendent leurs intérêts sur la scène politique. Nos revendications, nos droits contre les classes possédantes et les plus riches. Nos emplois, nos salaires, nos retraites, nos conditions de travail, un accès à la santé pour toutes et tous, notre environnement, l'égalité des droits pour toutes et tous, le partage des richesses, la socialisation de secteurs économiques fondamentaux (banques, énergie, transport...).

Pour cela, il n'y a pas d'autre choix que de rompre radicalement avec la gauche gouvernementale, avec les institutions. Les institutions de la Ve République, la fonction présidentielle, il faut tout balayer.

Pour nous, cela nécessite qu'enfin les exploités construise une nouvelle représentation politique, un outil pour prendre nos affaires en mains. Même si cela peut paraître utopique, même si la période est difficile pour nous, les résistances sont nombreuses, la solidarité existe encore, en réalité, il y a tout pour ne pas baisser la tête, il y a toutes les raisons d'espérer. A nous de construire la riposte en comptant que nous nous-mêmes.

Impossible dira-t-on face à la domination qu'exercent actuellement sur la vie politique française les représentants des grands intérêts financiers transnationaux basés essentiellement à Washington. De plus, à supposer que des majorités françaises suffisantes se rallient à ce programme, elles devront aussi se faire entendre malgré ce qui sera une hostilité ouverte de l'Union européenne et des pays dominant la zone euro. Ceci devrait conduite un futur gouvernement de gauche « révolutionnaire » à négocier très rapidement un Francexit, soit une sortie de l'UE et de l'euro. Impossible, dira-t-on encore, compte tenu des puissants intérêts français voulant continuer à prospérer dans le cadre de l'UE.

Soit, mais si les forces de gauche, ou ce qu'il en reste, partent du principe que toute proposition un tant soit peu révolutionnaire se heurtera à des oppositions insurmontables, mieux vaudrait qu'elles rallient sans attendre François Fillon ou Marine Le Pen. C'est malheureusement ce que n'avaient pas compris François Hollande et le PS. D'où leur échec cuisant d'aujourd'hui.

NB: ce texte ne recueille pas nécessairement l'accord de tous les membres du comité de rédaction



04/12/2016

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