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Du Mistral au Rafale, sous le regard de l'Inde

n illo tempore, plusieurs observateurs avaient rapproché la livraison des porte-hélicoptères Mistral français à la Russie à la commande de 126 Rafale français par l'Inde, en observant que l'éventuelle faillite de la première menacerait la concrétisation de la seconde. Ce lien s'est encore renforcé, jusqu'à ce qu'on puisse y distinguer un air de famille, depuis la dernière péripétie du président de la France annonçant qu'il “suspendait” la réalisation de la première partie du contrat (livraison du premier exemplaire) jusqu'en novembre, - cela (livraison du Mistral) dépendant alors de la situation en Ukraine.

On peut donc raisonnablement observer dans notre boule de cristal que quelque chose – un incident prétendu grave - aura lieu en Ukraine orientale aux alentours de la fin octobre, pour être aussitôt porté avec indignation au débit des Russes et confirmer devant le tribunal de la Communauté Internationale, en présence du témin Hollande, l'impossibilité de livrer le Mistral. La chose acquise (la non-livraison), le président Obama félicitera le président Hollande.

Possible remise en cause du contrat Rafale

... L'hypothèse de la chose (les relations incestueuses entre les deux contrats) fut largement confirmée par un article de Alexander Korablinov, dans RIR (Russia & India Report), une revue essentiellement intéressée par les liens et les initiatives entre la Russie et l'Inde, et rendant compte de points de vue de commentateurs indiens et russes sur un large spectre d'événements internationaux. Le 5 septembre 2014, Korablinov développait une petite nouvelle à partir de diverses sources, alimentant l'idée de la triste et forte possibilité d'une remise en cause par l'Inde de la perspective de finaliser la commande de Rafale. Un expert français de l'IRIS, parlant au site russe Delovoi Peterburg, était cité, ainsi que des sources indiennes, avec également une déclaration du chef d'état-major de la Force Aérienne Indienne à l'Hindustan Times le 3 septembre.

Ces petites et intéressantes précisions sur le sentiment des Indiens vis-à-vis de la France, du Mistral et du Rafale nous ont été donnés, par l'intermédiaire du lien adéquat, par un autre auteur du site RIR, l'expert indien Rakesh Krishnan Simha, dans un article du 13 septembre 2014. Simha analysait la logique, s'il y en a une, des sanctions antirusses, et surtout leurs effets négatifs pour les “sanctionneurs”, effets négatifs qui sont considérables. Le texte est intéressant, également pour avoir plus directement un écho de ce que pourrait être le sentiment indien à cet égard. Une partie est consacrée aux affaires militaires, avec le constat de l'incompréhensibilité du comportement français (et du comportement allemand), qui se déroule comme si la France voulait liquider sa position de fournisseur indépendant d'armement, comme principale, sinon seule véritable alternative aux USA (aux Anglo-Saxons) au sein du bloc BAO, pour ceux qui veulent acquérir des armements sophistiqués... Mais quoi, la France, nous pouvons au moins exporter “le mariage pour tous” !

Ce qui est remarquable avec cet article, d'un expert indien répétons-le et publiant dans une revue destinée à un public international, mais d'abord russe et indien bien entendu, c'est justement l'“internationalisation” publique de la grande crainte exprimée par quelques experts français concernant les conséquences pour les exportations françaises d'armement du comportement de la France dans l'affaire du Mistral. D'une certaine façon, on peut en déduire, ce qui relève par ailleurs d'une évidence chronologique, que le mal est déjà fait, que la “réputation” de la France est d'ores et déjà ternie sinon compromise décisivement par le comportement du président français.

Sa décision de suspendre la livraison (du Mistral), annoncée juste au moment du sommet de l'OTAN, a été unanimement appréciée par les milieux concernés, dans les pays concernés, – c'est-à-dire tous les clients traditionnels et potentiels d'une France à la politique d'indépendance nationale, – comme le signe que cette politique française n'avait plus rien d'indépendant, qu'elle en était réduite, pour le cas du Mistral, à des manœuvres honteuses de petit commis pris la main dans la caisse. Même si le Mistral est livré, cette réputation française est complètement ternie d'ores. Il faudrait un formidable changement de politique générale (quelque chose comme la sortie de l'OTAN) pour renverser ce jugement dévastateur.

Une position délicate

La position des Indiens est d'une certaine façon délicate. Ils sont sur le point de boucler le contrat Rafale, et techniquement autant qu'opérationnellement le choix de l'avion français est un point essentiel de leur rééquipement, – cela, du point de vue des techniciens, des militaires, voire des industriels. Du côté politique, la position est notablement plus imprécise, puisque le Rafale se retrouve avec deux adversaires sur ses deux flancs : d'un côté ce n'est pas nouveau, les concurrents essentiellement sinon exclusivement anglo-saxons veulent faire capoter le contrat et font pression bien entendu dans ce sens ; si leur pression a échoué directement, elle représente un élément de malfaisance continu, notamment pour le cas où la France rencontrerait des difficultés dues à sa position politique et à sa réputation perdue d'indépendance, – ce qui est le cas...

De l'autre côté, il y a les milieux politiques indiens reflétant la politique nouvelle du Premier ministre Modi, qui justement veut une ligne plus indépendante pour l'Inde, c'est-à-dire une ligne sortant des normes du Système (et de la prépondérance US). L'inratable paradoxe est que cette ligne favoriserait évidemment la France traditionnelle telle que la connaissent les Indiens, c'est-à-dire la France gaulliste ; mais pas cette caricature extraordinaire qu'Hollande a d'ores et déjà déployée aux yeux de tout, faisant penser aux observateurs que la France, dans la perception qu'on en a, est totalement sous le contrôle US. Que cela soit conforme à la vérité de la situation ou pas n'importe guère ici, puisqu'il s'agit de l'essentiel, qui est la perception des observateurs. L'article de Simha est à cet égard un signe tangible de cette situation.

Concrètement, où pourrait-on situer l'actuelle vérité de la situation, du côté indien et de la commande Rafale ? C'est difficile à dire, entre l'abandon de la commande, ou bien la signature du contrat. Peut-être existerai-il une voie intermédiaire, selon des sources indépendantes indiennes. Ainsi va l'hypothèse : l'Inde imposerait des clauses extraordinaires de garantie politique de livraison, qui mettraient en cause de façon voyante (sinon insultante, pour ceux qui gardent le souvenir de ce que fut ce pays) une certaine politique française, – réelle ou encore virtuelle ; qui pourrait même faire allusion au précédent éventuel du Mistral là aussi, avec l'inconnue de savoir si les Indiens attendraient ou non de voir si les Français vont livrer le Mistral ; qui pourrait même faire allusion à la question du précédent des liens avec la Russie.

Certains pourraient imaginer que certaines de ces conditions pourraient même gravement embarrasser la France vis-à-vis des USA d'un point de vue strictement politique, les USA ne se gênant plus pour intervenir politiquement dans les transactions française, sans résistance des Français et estimant alors qu'on ne peut envisager des livraisons d'armements sans conditions politiques exigées du côté du pays acheteur, – et l'on imagine lesquelles, et dans quelles conditions. Ces conditions pourraient embarrasser la France, tout en plaçant ce pays devant la nécessité d'un choix politique visible et quasiment public, vis-à-vis de leur éventuelle allégeance aux USA qu'il serait conduit à nier et à dénoncer, s'ils veulent le contrat Rafale... Mais enfin, il semble bien que ce type d'hypothèses soit, pour l'instant, du wishful thinking, cela écrit en gardant à l'esprit l'idée qu'à notre époque, les choses vont vraiment très, très vite.


Sources

* Russia and India Report . Mistral row: France risks losing Rafale contract in India

http://in.rbth.com/economics/2014/09/05/mistral_row_france_risks_losing_rafale_contract_in_india_38097.html

* Russia and India Report. How sanctions are hastening the world without the West

http://in.rbth.com/blogs/2014/09/13/how_sanctions_are_hastening_the_world_without_the_west_

18/09/2014

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