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Non, Bernard Guetta, ne nous traitez plus d'« Occidentaux »

Beaucoup d'auditeurs de la chronique géopolitique assurée par Bernard Guetta sur France Inter vers 8h15 avait appris à apprécier son engagement sans faille pour la construction européenne. Son ouvrage récent « Intime conviction » (Seuil) en porte témoignage. Mais aujourd'hui, une faille et de taille est apparue dans son discours.


Il s'agit des propos systématiquement pro-américains et anti-russes dont, pratiquement un jour sur deux, il sature sa chronique. Les évènements d'Ukraine ont donné une nouvelle force à ce qui était sans doute chez lui un trait congénital, la phobie à l'égard de tout ce qui est russe. Il refuse systématiquement de voir ce qui fait la complexité de la crise ukrainienne: proximité de ce pays avec la Russie – histoire et intérêts partagés – agitation forcenée d'une partie des Etats nouveaux-européens voisins pour se faire reconnaître comme des défenseurs de la démocratie face à une Russie qui au contraire, s'était jusqu'à présent caractérisée par sa modération, intérêt à terme d'une alliance euro-russe, voire euro-BRICS que cette crise pourrait décourager.

Dans le même temps, Bernard Guetta manie jusqu'à l'irréalisme l'argument selon lequel Obama et avec lui l'Amérique sont les meilleurs garants de la paix dans le monde, de la sécurité en Europe et finalement de la cohésion d'une Union européenne rangée par lui en permanence dans le camp de ce qu'il appelle à satiété l'Occident. Bernard Guetta n'est évidemment pas le seul à nous qualifier, nous ses auditeurs, d'Occidentaux. Le terme est ancien. Il a été forgé depuis des décennies par tous les intérêts politiques et économiques soumis à l'Amérique dans ce qu'elle a plus de détestable, super-pouvoir de l'armement et du dollar, allumant des guerres meurtrières dans toutes les parties du monde où elle veut faire triompher ses intérêts. Il sera évidemment employé pour nous faire admettre la future Union Douanière transatlantique qui signera la fin de ce qui restait de spécificités européennes.

Se dire occidental, prétendre faire partie de l'Occident, comme nos médias tentent sans relâche de nous en convaincre, avait sans doute un sens quand l'URSS paraissait menacer l'Europe. Ce n'est plus le cas. Si c'était encore le cas, de toutes façons, il appartiendrait aux Européens de se défendre seuls. Ils en ont ou pourraient en avoir les moyens. La soumission à l'Amérique que signifie le terme d'occidentaux empêche l'Europe de devenir la puissance indépendante et souveraine qu'elle pourrait être. Elle transforme chaque gouvernement européen, chaque citoyen européen, en « toutou » de Washington, selon l'expression trop vite oubliée.

Francis Huster, par ailleurs comédien apprécié, en a donné une étonnante démonstration sur la 2e chaine au 20h du 14 avril. Il est entré dans une sorte de transe, en accusant Obama d'oublier tous ses devoirs à l'égard de l'Europe. Obama selon lui se montre trop faible vis à vis de Moscou, au lieu de se comporter en chef de la super-puissance mondiale qu'il est indiscutablement. Ce ne seraient pas des Francis Huster, ou, à un tout autre niveau de qualité, un Bernard Guetta, qui récuseraient d'être embrigadés dans les rangs des Occidentaux, présentés comme des paladins du monde moderne.

C'est en tous cas le nôtre. Ayez la décence, monsieur Guetta, de ne plus nous traiter d'Occidentaux.

14/04/2014

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