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L'Europe, épicentre de conflits destructeurs

On ne rappellera jamais assez, notamment aux jeunes générations, que l'Europe continentale s'est sabordée en tant que puissance mondiale lors des deux dernières guerres, et plus particulièrement lors de celle de 1939/45. L'histoire va-t-elle se répéter?
L'antagonisme franco-allemand qui aurait pu être évité avant 1914 a conduit 20 ans après, du fait d'une paix mal conçue, à la subversion de l'Europe par le régime nazi. Celui-ci à son tour a été détruit par l'intervention américaine, qui n'attendait que cette occasion pour se substituer à l'Europe dans la domination de l'occident. Dans le même temps, la Russie tsariste avide de coopérations avec les Européens, a été remplacée par un régime communiste refermé sur lui-même.

Très vite, même si ses excès initiaux le justifiaient, la Russie a été diabolisée sous l'influence principalement de l'Amérique, s'appuyant sur les forces conservatrices en Europe. Ceci alors que, au contraire, avec Gorbatchev et ses successeurs, elle aurait due être considérée par les Européens comme une alliée potentielle, pouvant partager les mêmes objectifs géopolitiques. Elle a par ailleurs failli être détruite de l'intérieur sous l'action des oligarques soutenus par les Etats-Unis, qui s'étaient emparé de toutes ses forces vives.

C'est que la Russie avait réussi à la fin de la guerre à se donner une force militaire, notamment nucléaire qui, sans être du niveau de celle des Etats-Unis, représentait une perspective de « destruction mutuelle assurée » en cas de conflit. De ce fait, l'Amérique, pour qui comme l'a dit un commentateur, il n'y a de Russie acceptable que rayée de la carte, n'avait plus comme espoirs d'intervention que tenter de susciter des « révolutions orange » en Russie même, comme elle le fit depuis dans les pays composant la ceinture occidentale de l'ancienne URSS. Il se trouva cependant des Russes suffisamment éclairés sur ce qu'étaient à long terme les objectifs de survie de leur patrie, pour se redonner, avec Vladimir Poutine et ses équipes, des dirigeants décidés à tenir tête, non seulement à l'Amérique, mais à ses alliés au sein de l'Otan.

Une Europe soumise

Mais que devint l'Europe pendant ce temps? Avec la création de l'Union européenne et la mise en place de l'euro, les optimistes ont pu croire qu'elle s'était affranchie de ses démons autodestructeurs antérieurs. Mais c'était oublier que l'Union européenne avait été conçue par des hommes politiques européens totalement dévoués à l'influence atlantiste. C'est d'ailleurs pour s'en faire une alliée docile dans la lutte contre l'URSS puis sur le plan économique dans la lutte contre les autres puissances du monde, que l'Amérique avait acceptée de reconnaître aux Européens une certaine marge d'autonomie. Mais il ne fallait pas que les Européens en abusent.

Ce but a été très largement acquis. Ainsi toutes les velléités de socialisme en Europe ont été détruites du fait des pressions de Washington et des institutions internationales mises en place pour les prolonger: FMI, Banque Mondiale et autres. Il en fut de même en matière d'autonomie politique. Un de Gaulle qui voulait récupérer une certaine indépendance vis-à-vis de l'Amérique n'a pas été suivi de successeurs s'inspirant de son modèle. On peut se souvenir, à titre d'exemple parmi de nombreux autres, comment le Plan Calcul européen, lancé par De Gaulle, et qui représentait un défi technologique à juste titre très pris au sérieux par le lobby politico-industriel américain, fut rapidement sabordé alors qu'il était en train de réussir par un Valéry Giscard d'Estaing, tout dévoué à la domination d'outre-atlantique.

Dans la lutte incessante menée par l'Empire américain contre la Russie, directement ou par Otan interposé, l'Amérique a trouvé deux alliés. L'un fut et demeure encore la Pologne, suivie de ses voisins immédiats La diplomatie américaine sut parfaitement y exploiter les sentiments anti-russes et anti-religion orthodoxe qui existaient déjà avant la 2e guerre mondiale. Le second fut l'Allemagne réunifiée où la collaboration entre industriels et financiers permit aux deux pays de réunir leurs efforts dans un certain nombre de domaines industriels. Cependant, aujourd'hui, l'Allemagne semble avoir reconquis une volonté d'indépendance. Elle a notamment découvert, à l'occasion des affaires d'espionnages US sur son territoire, qu'elle n'était qu'un outil comme les autres au service de la domination américaine. Par ailleurs, grâce à ses compétences en matière industrielle et d'organisation sociale, elle a réussi récemment à s'émanciper du moins en partie à l'influence politique d'une Amérique désormais en proie à des crises internes diverses.

Que pèse dorénavant pour l'Amérique comme pour l'Allemagne leurs anciennes complicités dans la lutte contre la Russie. Il ne faut pas se faire d'illusion. L'Allemagne reste encore très largement ce qu'elle a toujours été, notamment vis-à vis de l'Amérique, c'est-à-dire un nain politique. Ce n'est pas sur elle, encore pour le moment, que devront compter les mouvements européens souhaitant marquer ouvertement une émancipation à l'égard de cette dernière. Cependant son économie et celle de la Russie sont de plus en plus imbriquées, à la satisfaction des deux parties. Ainsi, le capitalisme et la banque allemande ont montré récemment une grande résistance aux « sanctions » contre la Russie que voulait imposer l'Amérique. Malgré cela, le rôle de l'Allemagne, comme facteur de résistance aux offensives américaines contre la Russie, et au service de ses propres intérêts, reste encore incertain. L'histoire sur ce point très important, hésite encore.

Qu'en est-il de la France? Nous l'avons dit, l'idéal Gaullien de souveraineté n'a guère laissé de traces. Certes, dans l'opinion, demeurent aux deux extrêmes de l'échiquier politique des forces demandant, au moins dans les discours, une prise de distance. Mais au niveau des institutions, comme chez les représentants des majorités au pouvoir, s'est installée une dévotion à l'atlantisme quasiment de nature religieuse. Faut-il s'en étonner si l'on sait que par exemple chaque promotion de l'Ecole Nationale d'administrationn a vu ses représentants les mieux notés invités aux Etats-Unis pour des séjours tous frais payés par la French-American Foundation - séjours n'étant pas autre chose que de l'endoctrinement. Ne mentionnons pas les innombrables organisations dites non-profit, composées de citoyens français, qui font du lobbying à tous niveaux, politiques et économiques, au service des entreprises américaines, qu'il s'agisse de Boeing ou des industriels du tabac.

Pendant un certain temps cependant, dans la suite du gaullisme, de très efficaces industries de pointe s'étaient mises en place à partir des années soixante, notamment dans le domaine de l'aviation et de la défense. Néanmoins aujourd'hui, elles semblent ne plus intéresser les gouvernement tandis que, sous prétexte de libre-échange au plan de l'Union, elles ont perdu l'essentiel de leurs centres d'excellence au profit d'industriels européens agissant souvent comme faux nez de leurs homologues d'outre-atlantique.

L'Union européenne, en ce qui la concerne, s'est-elle constitué en force géopolitique capable de contrebalancer l'influence américaine et jouer un rôle de pont en direction de la Russie? Il n'en a rien été. Sous l'influence des Britanniques, notamment, aucune décision ou organisme capable de s'opposer au pilotage de l'Europe par l'Amérique n'ont été mis en place. Une entente quasi permanente entre le conseil des ministres européens, représentants les Etats – et les recommandations ou consignes de Washington, a été observée. Des postes essentiels de commissaires ont été confiés à des personnalités convaincues de la nécessité de l'alliance atlantique. Le Haut représentant pour la politique extérieure est encore à ce jour une Britannique, en liaison directe avec le Département d'Etat américain. Les négociations, déterminantes pour l'avenir de l'Europe en tant que référence civilisationnelle, politique et économique et visant à conclure des traités de Libre-échange avec les Etats-Unis, sont prises en charge exclusivement par la Commission. On fait valoir qu'en tant que telles, elles relèvent du domaine commercial, lui-même de la seule compétence de la Commission. Mais c'est évidemment faux. Il suffit de voir le nombre des accords qui, s'ils étaient signés, aboutiraient à la disparition de compétences régaliennes, intéressant au plus haut niveau les responsabilités des Etats européens. Quant à l'euro, la Banque centrale européenne, sous la pression des intérêts financiers anglo-saxons, s'est toujours vu interdire un rôle d'intervention au service des politiques européennes analogue à celui de la Banque fédérale américaine en soutien des politiques conduites par le président des Etats-Unis (le POTUS) et ses ministres.

Un avenir sombre

Comment vont évoluer ces trois entités, Etats-Unis, Russie et Allemagne, non pas dans un futur de quelques décennies, mais dans les trois prochaines années? Si nous nous limitons à ce court laps de temps, nous pouvons ne pas tenir compte des évènements qui surviendront à terme, influence des rapports avec des BRICS, Chine et Inde notamment, de plus en plus influents, ou sous un autre angle, changement climatique mondial dont la plupart des conséquences sont présentées comme devant être catastrophiques. Or à échéance de deux à trois ans, les pronostics que pour notre part nous pourrions faire sont extrêmement pessimistes.

L'Amérique d'abord, dont on ne répétera assez qu'elle dispose d'une supériorité technologique et militaire dépassant largement les forces réunies du reste du monde. Va-t-elle en faire un usage plus sage, sous l'influence notamment de revendications démocratiques de plus en plus présentes en son sein même? On peut craindre que, pour des raisons quasiment systémiques qui se sont retrouvées identiques dans l'histoire et la préhistoire, car une force dominante se s'inflige pas à elle-même une réduction de puissance, l'Amérique continuera à abuser de sa puissance dans tous les domaines. Ceci même si dans certains cas elle est obligée de tenir compte de difficultés qu'elle ne pourra éviter. Disons-même que, plus ces difficultés s'accentueront, comme par exemple aujourd'hui des restrictions budgétaires obligées, plus elle les compensera par ailleurs, aux dépends d'équilibres mondiaux qui ne lui importent pas.

C'est ainsi notamment que les efforts qu'elle multiplie aujourd'hui pour obtenir la destruction, au moins politique et économique, de la Russie, ne diminueront pas. Ceci par tous les moyens disponibles, sauf peut-être, il faut l'espérer, le recours à l'arme nucléaire: campagnes de désinformation au niveau mondial, pressions économiques et financières multiples, mobilisation de plus en plus active des pays voisins. Au sein même de la Russie, les intrusions non officielles de ce que nous avons appelé la diplomatie du dollar et des forces spéciales se multiplieront. Leur objectif sera de mobiliser au service de l'Amérique, par des promesses qui ne seront d'ailleurs pas tenues, les oligarques et autres forces internes d'opposition au gouvernement actuel.

Qu'en sera-t-il alors de la Russie? Compte tenu de ces mêmes oppositions internes, mais aussi de facteurs de faiblesse propres à la fédération de Russie (démographie insuffisante, aggravation de l'état sanitaire, manque d'accès direct à des ressources essentielles), le régime dit de Poutine sera de plus en plus fragilisé. Il est loin d'être aussi fort que la propagande occidentale le prétend. Poutine peut être renversé d'un jour à l'autre. Il serait alors remplacé soit par des oligarques précités soit par des extrémistes ultra-nationalistes, voire néo-nazis qui dans tous les cas, feront les affaires de l'Amérique. Elle pourra ainsi ainsi dicter ses conditions à un pays affaibli, démoralisé, ouvert à tous les démembrements.

Quant à l'Europe enfin, rien ne permet d'espérer, compte tenu de son évolution récente, qu'elle devienne une puissance mondiale et autonome capable d'imposer sa médiation dans l'hémisphère nord. Elle deviendra, plus encore qu'actuellement, l'épicentre de tous les conflits. Au plan juridique, la cohésion déjà fragile de l'Union et de la zone euro ne résistera pas à tous ceux voulant s'en extraire. Chaque Etat européen, même le plus petit, prétendra reprendre son indépendance. Dans le même temps, ces Etats seront de plus en plus confrontés à des revendications d'indépendance régionale où les grands Etats régaliens, et par conséquent le continent tout entier, épuiseront leurs forces.

Quel jeu jouera alors l'Allemagne, aujourd'hui la puissance incontestée du continent ? Si les Etats-Unis poursuivent leur politique actuelle, c'est-à-dire d'espionnage, de pénétration, de contrôle de secteurs allemands essentiels, y compris les médias, ils s'efforceront d'en faire une version renouvelée d'un grand Reich sous influence capable de s'imposer victorieusement, non seulement à la Russie, mais à tous les Etats européens refusant le retour à un passé douloureux. Ce grand Reich, peuvent-ils espérer, leur sera suffisamment dépendant pour exécuter fidèlement toutes les consignes de Washington. Un tel dessein échouera sans doute, du fait des forces démocratiques encore présentes en Allemagne, de la résistance d'autres Etats européens et surtout des faiblesses intrinsèques de l'économie allemande. Cette dernière n'aurait alors, pas plus que l'économie hitlérienne, la maîtrise des technologies émergentes, l'accès à des sources énergétiques et à des marchés d'exportation absolument vitaux. L'Allemagne deviendrait seulement une source de désordre et conflits supplémentaires, s'ajoutant à tous ceux dont l'Europe souffrira alors.

Quid de la France, demandera-t-on ? On ne voit pas de raisons pour lesquelles elle se guérirait de ce qu'il faut bien appeler sa dépendance congénitale à l'atlantisme. Ayant bradé à l'Amérique et à l'Allemagne ses investissements dans les grands programmes industriels, ayant renoncé à tout effort pour se doter de moyens d'action dans le monde des réseaux numériques, déchirée par des conflits entre minorités religieuses, poussant sa jeunesse à s'expatrier dans d'autres parties du monde plus prometteuses, il ne lui resterait que des prophètes hallucinés sur le modèle d'un certain BHL lors de la campagne dite de Libye pour lui proposer des options radicales parfaitement impossibles à mettre en oeuvre.

NB1: Précisons que, dans un court article comme celui-ci, si nous sommes conduits à écrire, par exemple , « l'Amérique pense ceci » ou « La France fait cela », c'est parce que nous sommes obligés de nous en tenir aux propos et décisions effectifs des représentants officiels de ces Etats. Nous ne pouvons tenir compte de résultats de sondages ou de manifestations de rues, fussent-ils très significatifs.

NB2: Cet article a développé certaines des idées présentées par un correspondant, que nous remercions, en observation d'un article publié sur le Saker.fr http://www.vineyardsaker.fr/2014/07/21/guerre-en-ukraine-les-grands-medias-francais-mentent-deliberement/#comments


26/07/2014

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