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Les citoyens allemands sur une pente dangereuse

Nous disons les citoyens, c'est-à-dire en termes politiques les électeurs, et non l'Allemagne politique proprement dite, représentée par sa chancelière et les chefs des deux partis constituant la grande coalition. Ceux-ci, en leur for intérieur, seraient sans doute plus prudents que ce que leurs électeurs exigent d'eux à l'égard du gouvernement grec d'Alexis Tsipras. Mais, pour des raisons électorales, c'est-à-dire le désir d'être réélus, ils adoptent sans même chercher à les discuter, les positions de ces électeurs.


Or celles-ci, à l'égard de la Grèce, gouvernement et populations confondus, manifestent une hostilité surprenante, que l'on ne retrouve pas dans les autres pays européens, gauche et droite confondues. Il s'agit d'abord d'un mépris profond, à composante raciste, pour un peuple qu'ils ne connaissent aujourd'hui que comme fournissant les animateurs des clubs de vacances où jusqu'à présent ils s'étaient précipités. Ils s'agit aussi de la volonté constamment réaffirmée de ne pas « payer pour les Grecs », c'est-à-dire participer à la couverture des déficits grecs, en acceptant notamment l'annulation ou une restructuration profonde de la dette .

Cependant, en ce cas, la facture pour chaque citoyen allemand serait très supportable. Il a été calculé en France qu'elle ne dépasserait pas quelques centaines d'euros par personne. Les Français ne s'en sont pas indignés. Au contraire. La plupart accepteraient apparemment de faire cette dépense, en faveur d'un pays membre de l'Union et qui plus est, depuis longtemps ami. Les banques allemandes ne sont guère plus engagées à l'égard de la Grèce que les banques française. D'autre part, elles bénéficient largement de la prospérité allemande, due d'ailleurs en partie à l'importation par les autres pays européens, sans réactions nationalistes, des produits de l'industrie allemande (Das Auto). Il en résulte que la dépense à faire par l'Allemagne pour désengager la Grèce serait marginale.

Ce manque de solidarité, cet égoïsme étroit, est donc surprenant de la part d'une Allemagne devenue la plus forte puissance économique de l'Europe, pas seulement par les efforts d'austérité qu'elle aurait consentis, mais par les innombrables facilités qu'elle a tirées des traités européens: libre circulation des biens et des personne sans laquelle l'essor industriel n'aurait pas pu réussir, refus d'une fiscalité de répartition sérieuse dont Bruxelles aurait pu devenir l'agent...S'ajoute le fait que la Banque Centrale Européenne, dominée par l'Allemagne, et derrière elle par les intérêts américains, décourage le financement par les Etats-membres de tout investissement productif susceptible de concurrencer l'industrie allemande. Il est facile dans ces conditions de reprocher aux Grecs d'avoir ces dernières années investi dans l'immobilier et les infrastructures non productives, plutôt que dans les secteurs industriels et scientifiques où pourtant ils ne manquaient pas d'atouts.

Une résurgence inconsciente du passé.

On peut se demander si, dans cette hostilité névrotique aux Grecs que manifeste l'écrasante majorité des Allemands ne s'exprime pas, consciemment ou inconsciemment, la mémoire d'un temps où l'armée puis les résistants grecs avaient tenu momentanément en échec l'armée allemande, durant la seconde guerre mondiale. Plus gravement encore, ne faudrait-il pas y voir la nostalgie d'une Grande Allemagne impériale puis nazie étendant son pouvoir à toute une Europe soumise?

Mais dans l'affirmative, ce serait une pente dangereuse. En contrepartie de la résurgence du passé allemand, un grand nombre de citoyens européens, de toutes nationalités et pas seulement grecque, ne vont-ils pas voir ressurgir, dans leur inconscient ou dans leur conscient, les souvenirs des années s'étendant de 1870 à 1945, où l'Allemagne était considérée dans de nombreux pays, dont la France, comme l'ennemi héréditaire. La construction européenne avait réussi à faire disparaître le souvenir de ce passé. Mais le passé, conservé, sinon dans les programmes d''histoire désormais aseptisés, mais dans les traditions familiales, peut aisément ressurgir.

06/07/2015

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