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Est-il opportun de célébrer les victimes des attentats terroristes?

Le 19 septembre, François Hollande et de nombreuses personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, ont assisté comme le rapporte la presse, à la cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme qui a débuté à 9 heures.
«  Cette année, avec la multiplication des attaques djihadistes en France, cette cérémonie revêt une dimension particulière. Les noms des 230 personnes décédées dans les attentats de novembre 2015 à juillet dernier ont ensuite été prononcés. Une minute de silence a également eu lieu avant le discours de François Hollande » .

Il serait malvenu de critiquer cet hommage national. Cependant il n'est pas inutile de s'interroger sur les conséquences qu'il aura nécessairement dans le recrutement des « combattants suicide ». Les quelques études ayant eu lieu à ce sujet montre qu'il s'agit, notamment dans les pays européens et sans doute bientôt aux Etats-Unis, de jeunes fanatisés par les appels au djihad abondamment lancés sur les réseaux dits « sociaux » par des organisations de combat bien organisées, n'ignorant rien des possibilités offertes par les réseaux. Avec les difficultés rencontrées actuellement en Syrie par Daesh, chacun prévoit que celui-ci diversifiera et étendra ses opérations en dehors de l'immédiat Moyen-Orient. Pour cela les opérations relevant de la  guerre dite « de 4e génération » se multiplieront.

Les combattants suicides ou « suicide bombers » ont toujours été une arme favorite dans cette guerre. Mais elle le sera de plus en plus grâce si l'on peut dire à sa facilité d'emploi. Il ne s'agit plus d'inciter des djihadistes étrangers à rejoindre les rangs de l'armée islamique pour y combattre avec des moyens classiques. Les islamistes ne cachent plus désormais le fait qu'ils comptent sur des faiseurs d'attentats suicide émanant des milieux visés, et n'utilisant que des armes rudimentaires. Depuis longtemps Israël a été confronté à de telles offensives, mais ses mises en garde n'avaient pas beaucoup d'échos en Occident.

Les rares psychologues ou sociologues s'intéressant à cette question ont montré que les candidats à l'attentat suicide se rencontrent chez des garçons et des filles provenant en partie (mais pas exclusivement) des milieux dits défavorisés. Il faut cependant que s'y ajoutent des profils psychologiques particuliers, désir de dépasser des frustrations et incapacités personnelles (notamment sexuelles...mais on le dit pas) par un acte exemplaire. Certes, ils le payent de leur mort mais la perspective de faire parler d'eux à grande échelle suffit à leur permettre de transcender ce faible inconvénient. Si cependant s'y ajoute la certitude d'accéder à leur mort au paradis (en l'espèce d'Allah) ils n'ont plus aucune raison de s'attarder dans une existence où ils ne trouvent que des vexations.

C'est bien ce mode de recrutement que privilégieront de plus en plus les organisations islamiques. Certes, les recrues ne seront pas très nombreuses au début, sauf effet de contagion mémétique. Mais elles seront suffisantes pour détruire progressivement les fondements de nos civilisations. Or il paraît clair que tout « hommage » public rendu aux victimes seront aussi des hommages publics, dans l'esprit des terroristes, au sacrifice des combattants suicide.

Les Etats et les institutions visées par les attentats terroriste doivent-ils pour autant faire silence en ce qui concerne les victimes. On peut le penser. Si pendant la première guerre mondiale des milliers de célébrations auraient rendu sans cesse hommage aux millions de morts, le risque aurait été grand de voir se multiplier les refus de se battre et désertions à tous les niveaux. La propagande de guerre de l'époque avait parfaitement compris qu'il valait mieux mettre en valeur les objectifs de la guerre et les efforts des combattants que les pertes encourues. Les monuments aux morts ne se sont multipliés qu'à la paix.

De plus, célébrer les victimes sans mettre au point et faire largement partager par la population les objectifs et moyens permettant de se battre avec succès dans cette guerre de 4e génération, ne galvanise guère ceux qui la mènent, notamment au plan de la sécurité et de la défense, et souvent en prenant de grands risques personnels et familiaux. Le sujet de la lutte contre le terrorisme devrait être au coeur des débats politiques et sera dit-on un des sujets-clés de la campagne présidentielle. Or l'annonce solennelle faite par François Hollande le 19 septembre concernant la refonte du système d'indemnisation des victimes réjouira certainement les organisations terroristes, mais n'appellera en aucune façon à une mobilisation générale contre eux.

Note

Sur les « suicide bombers » voir What next in Syria?, 19/09/2016 par Patrick Cockburn

http://www.counterpunch.org/2016/09/19/what-next-in-syria/



19/09/2016

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