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18/07/2021 Pegasus, un logiciel espion israélien au service d'une dizaine d'Etats

" Le Monde » et seize autres rédactions ont eu accès à plus de 50 000 numéros de téléphone potentiellement ciblés par Pegasus, un puissant logiciel espion israélien, pour le compte d'une dizaine d'Etats.

Il s'agit d'une arme numérique utilisée contre des journalistes, des avocats, des militants et des responsables politiques de nombreux pays, dont la France. Dans cet annuaire, on trouve un chef d'Etat et deux chefs de gouvernement européens, de hauts responsables russes des dizaines de députés de l'opposition d'un pays africain ; des princes et des princesses, des chefs d'entreprise, quelques milliardaires, des ambassadeurs, des généraux. Ainsi que des centaines de journalistes, d'avocats, de militants des droits de l'homme.

Ce logiciel provient de l'entreprise israélienne NSO Group, Il a été baptisé « Pegasus ». Le Monde et le consortium coordonné par Forbidden Stories ont pu confirmer l'authenticité des données en les croisant avec plusieurs autres sources et en identifiant des dizaines de nouvelles victimes du logiciel par des analyses techniques extrêmement poussées sur leurs téléphones mobiles, grâce aux experts du Security Lab d'Amnesty International.

Depuis sa création, en 2011, l'entreprise israélienne vend son logiciel comme un outil  destiné uniquement à la lutte contre le terrorisme et le crime organisé – et multiplie les discours assurant que tout est mis en œuvre pour garantir cet usage « légitime ». L'analyse des données consultées par Le Monde et ses partenaires montre que, pour une grande partie des clients de NSO, ce sont avant tout des journalistes, des opposants, des avocats, des défenseurs des droits de l'homme, qui sont les principales cibles de ce logiciel espion sophistiqué.

Ces violations des droits de l'homme répétées sont commises par des Etats pour lesquels la vente de Pegasus a été systématiquement validée par le ministère de la défense israélien. Israël protège  NSO, un outil de son « soft power », dont la fourniture à des gouvernements a pu contribuer à la restauration de relations diplomatiques. Les activités de NSO éclairent, en partie, les rapprochements récents de l'Etat hébreu avec l'Arabie saoudite, la Hongrie ou le Maroc.

Ni NSO ni le gouvernement israélien ne peuvent ignorer qu'une importante partie de leurs clients achètent Pegasus spécifiquement pour se livrer à une surveillance de leurs oppositions politiques et de leur population, sans oublier l'espionnage industriel de leurs partenaires commerciaux et le renseignement sur les gouvernements voisins.

Comme il fallait s'y attendre, NSO Group nie radicalement ces accusations.

L'ampleur et la gravité de ces violations des droits de l'homme tient aussi à la nature de Pegasus, qui n'est pas un simple outil « d'écoute téléphonique ». Réputé particulièrement efficace et puissant, le logiciel espion peut aspirer l'ensemble des données contenues dans un téléphone, depuis les photographies ou les carnets d'adresses jusqu'aux messages échangés sur des applications, pourtant sécurisées, comme Signal ou WhatsApp.

Invisible pour l'utilisateur du téléphone, ce logiciel peut être installé à distance, sans que la cible ait même besoin de cliquer sur un lien malveillant, et en toute discrétion, en s'appuyant sur des failles de sécurité dans les logiciels d'Apple et de Google, que celles-ci ne corrigent pas toujours assez vite. Le logiciel de NSO alimente aussi un lucratif et obscur marché des failles de sécurité, incitant des centaines de pirates professionnels à rechercher en permanence de nouvelles vulnérabilités que NSO et une poignée d'autres acteurs achètent au prix fort.

Plus que d'autres pays, la France en a fait les frais ; plusieurs milliers de numéros téléphoniques en « +33 », l'indicatif français, ont été ciblés par Pegasus, en majorité pour le compte d'un pays « allié » de la France, le Maroc . Rabat rejette énergiquement ces accusations. Pourtant des diplomates, des hauts fonctionnaires, des élus ont été espionnés par NSO.

En France comme dans les pays qui ont acheté l'accès à ce logiciel espion, c'est aussi et surtout la société civile qui est visée : des athlètes, des prêtres et des imams, des journalistes, des youtubeurs, des avocats. Et aussi des hommes et des femmes dont le seul tort est d'être proches, par liens d'amitié ou familial, de personnes critiques du gouvernement. Les témoignages recueillis par les journalistes ayant travaillé sur le sujet soulignent les conséquences dramatiques de cette surveillance, dans la vie personnelle des cibles comme dans la manière dont elle aboutit à l'autocensure de voix dissidentes, même les plus modérées.

Ceci par ailleurs explique sans doute le soutien anormal que reçoit en Occident ce que l'on nomme le « lobby » juif.

18/07/2021

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