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Guerre hybride, terrorisme et Convention de Genève

Un colloque s'est tenu récemment à Berlin sur le thème des « guerres hybrides » dites aussi en français « guerre non conventionnelles ». Il s'agit de celles menées contre des armées traditionnelles par des adversaires n'ayant pas les mêmes ressources conventionnelles et utilisant au mépris des lois de la guerre devant en principe être respectées par les militaires, des armements, des combattants et des méthodes généralement considérés comme relevant du terrorisme.
Ce colloque avait été organisé par le centre Ethic und Militaer (www.ethikundmilitaer.de/) en association avec le Think Tank Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP). Le colloque a abordé une série de problèmes pouvant conduire à ne pas respecter les règles de l'éthique dans les conflits actuels. Il a également discuté les fondements politiques et moraux de telles violations, si celles-ci s'avéraient de plus en plus nécessaires.

Lors des réunions se sont principalement exprimé des intervenants recommandant un renforcement des moyens militaires allemands et de ceux des agences de renseignement. Il s'est agi notamment du professeur de l'Université Humbolt Herfried Münkler; du Général Major Jürgen Weigt, commandant de l'Internal Leadership Center of the Armed Forces,et d'autres personnalités connues par leurs appels à l'augmentation des moyens de défense du pays, autrement dit, selon l'opposition de gauche Die Linke, pour un retour en force du militarisme allemand.

Ce renforcement a été requis non seulement pour combattre une menace russe autour de l'Ukraine ou celle de Daesh mais aussi d'éventuels mouvements de résistance populaire internes à l'Allemagne. Le général Weigt a insisté sur le fait qu'après l'expérience des guerres en Afghanistan et en Irak, il fallait accepter d'adapter l'éthique militaire afin de faire face à des adversaires ne respectant ni éthique ni lois de la guerre. Selon le WSWS, lors d'une réunion précédente intitulée "Interventionsmacht Deutschland? un intervenant aurait affirmé: « On ne peut pas vaincre les Talibans ou Daesh si l'on n'est pas résolu soi-même à prendre des otages, brûler des villages, pendre des civils et répandre la terreur de la même façon que le font les terroristes ». Autrement dit, il faut cesser de se référer à la Convention de Genève mais accepter d'utiliser les méthodes des terroristes. Le propos surprendra.

Les faiblesses des sociétés européennes, selon les intervenants, ne se manifestent pas seulement en cas de conflit, fut-il non conventionnel, mais dans le développement de la « guerre intérieure », autrement dit, notamment, pour la protection de la société et de ses lieux sensibles (dits Seveso en France) contre des attentats pouvant être extrêmement meurtriers.

On observera que, dans d'autres pays européens également menacés par la guerre non conventionnelle, conduite de façon délibérée par des mouvements djihadistes, la même question est également posée. Doit-on traiter un citoyen radicalisé s'étant rendu en Syrie pour y perpétrer divers crimes et revenant dans son pays natal avec l'intention vraisemblable de faire de même, en le faisant bénéficier de toutes les garanties qu'offre la procédure pénale au profit de suspects traditionnels? Ceci d'autant plus que le nombre des militaires, policiers et juges ayant pour mission d'empêcher ces attentats est devenu ridiculement insuffisant au regard du nombre des terroristes en puissance.

On serait tenté de répondre par la négative, autrement dit recommander d'appliquer à ces suspects les mêmes méthodes que celles qu'ils se préparent à utiliser à leur retour. Mais que faire exactement? Vladimir Poutine avait dit il y a quelques années qu'il poursuivrait les terroristes et candidats terroristes « jusque dans les chiottes ». Il n'est pas besoin de dessin pour préciser ce que signifiait ce propos. Manifestement beaucoup des participants allemands au colloque organisé par le centre Ethic und Militaer pensaient de même. Qu'en sera-t-il en France, si le nombre des attentats, déjoués ou non, se multipliait comme prévisible, dans le cadre de la « guerre hybride » aujourd'hui apparemment déclarée contre notre pays?

Notes

* Voir WSWS

http://www.wsws.org/fr/articles/2015/jul2015/alle-j18.shtml

* Voir aussi sur ces sujets un rapport de 2013 " New powers, new responsabilities . Eléments pour une politique étrangère et de sécurité allemande visant à faire face aux menaces d'un monde changeant

http://www.swp-berlin.org/fileadmin/contents/products/projekt_papiere/GermanForeignSecurityPolicy_SWP_GMF_2013.pdf/



16/07/2015

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