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Guerre contre la Syrie ou guerre contre la Russie

Le secrétaire d'Etat John Kerry a rencontré le 21 juin plusieurs « diplomates » du Département d'Etat, auteurs d'un mémoire dissident. Ils y appellent au lancement de frappes aériennes américaines contre le gouvernement syrien, prétendument afin de mettre un terme à une guerre de cinq ans qui a coûté la vie à bien plus d'un quart de million de personnes et obligé à fuir plus de la moitié de la population du pays.
Le New York Times a rapporté que Kerry et dix des cinquante et un agents ayant signé ce mémoire avaient eu « une conversation étonnamment cordiale » à son propos. Il aurait été normal au contraire que Kerry rappelle que jusqu'à nouvel ordre, la position d'Obama était de refuser une attaque américaine directe contre la Syrie, ne fut-ce que pour ne pas provoquer une réaction fortement négative, pour ne pas dire plus, de la Russie.

L'attitude de Kerry n'est pas étonnante. En 2013, alors nouvellement nommé, il était l'un des partisans les plus belliqueux d'une intervention directe de l'armée américaine pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad après que le gouvernement Obama ait annoncé sa « ligne rouge » à propos de l'utilisation d'armes chimiques. Il avait argué du fait, démenti depuis, que les forces gouvernementales syriennes étaient responsables d'une attaque à l'arme chimique dans la banlieue de Damas.

Le gouvernement Obama avait à l'époque reculé devant une intervention militaire directe face à l'opposition populaire à une nouvelle guerre au Moyen-Orient et compte tenu de divisions entre dirigeants de l'armée d'une part, le Département d'Etat et la CIA d'autre part, sur l'opportunité d'une telle intervention. Moscou s'y était par ailleurs fortement opposé.

Par la suite cependant, en 2014, Obama lança des frappes aériennes et envoya des centaines de forces spéciales en Syrie, sous prétexte de lutter contre l'État islamique que Washington avait tacitement encouragé jusqu'à alors. Ces opérations n'eurent aucun résultant, permettant à l'EI d'envahir une partie de l'Irak et de la Syrie. Seule l'intervention militaire russe en Syrie réussit, avec les troupes du gouvernement syrien, à porter des coups sérieux tant à l'EI qu'au Front Al Nusra, l'organisation syrienne d'Al-Qaïda que Washington protège toujours. Ce faisant Vladimir Poutine s'était montré comme le seul capable de contrer sérieusement les milices islamistes. Son prestige dans une grande partie du Moyen-Orient s'en était accru, au détriment de celui des Etats-Unis.

D'où la nécessité de ce que les agents du Département d'Etat appellent « un rôle militaire plus affirmé des Etats-Unis en Syrie, basé sur l'utilisation judicieuse d'armes utilisées à grande distance et depuis des avions, qui sous-tendraient et pousseraient un processus diplomatique plus ciblé et plus dur dirigé par les Etats-Unis. ». Damas serait la première visée.

La demande des diplomates s'accompagne d'un appel « humanitaire ». Le mémoire affirme que « la justification morale de prendre des mesures pour mettre fin à la mort et à la souffrance en Syrie, après cinq ans de guerre brutale, est évidente et incontestable », comme si l'essentiel de cette guerre en Syrie n'avait pas été provoqué par Washington.

Contraindre le futur POTUS

En fait les auteurs du mémoire ne se préoccupent absolument pas du sort des Syriens. Ils envisagent sans le dire clairement une intervention qui aboutisse à une confrontation militaire avec la Russie. Celle-ci deviendrait inévitable si les interventions américaines provoquaient ce que le mémoire nomme hypocritement  un certain nombre d'"effets secondaires ".

Parmi ceux-ci il y aurait inévitablement la mort de militaires russes et iraniens déployés avec les forces gouvernementales syriennes, la probabilité de la destruction d'avions militaires russes et une escalade d'hostilités mutuelles. Les suites en seraient nécessairement, comme en a prévenu récemment Poutine, une intervention militaire russe en retour, qui pourrait provoquer une escalade incontrôlable.

L'appel à une offensive américaine contre Damas a été fait dans des conditions où les tensions entre Washington et Moscou sont à leur plus haut niveau depuis la guerre froide. Les exercices militaires continus de l'Otan sur la frontière occidentale de la Russie et le déploiement de systèmes anti-missiles en Europe de l'Est (BMDE) conçus pour préparer une guerre nucléaire "gagnable" contre Moscou, montrent le danger grandissant qu'il y a d'une confrontation entre les deux principales puissances nucléaires du monde.

Obama a rejeté pour le moment les propositions contenues dans le mémoire du Département d' Etat. Il ne se sent pas en état de monter une grande intervention militaire nouvelle avant les élections de novembre. Mais le parti de la guerre américain compte sur l'élection de l'ultra-militariste Hillary Clinton à la Maison Blanche pour reprendre ses exigences. Si Donald Trump était élu, il n'est pas sûr qu'il puisse résister à la pression anti-russe, malgré qu'il ait jusqu'à présent préconisé une reprise de la coopération avec Moscou. Un « incident » provoqué par la CIA (false flag) pourrait entrainer la mort d'agents des services spéciaux américains et obliger Trump à s'engager militairement sur une grande échelle à l'encontre de Moscou. Une guerre nucléaire pourrait en découler.

25/06/2016

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