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Où va le Pakistan (République islamique du Pakistan)?

On apprend aujourd'hui que l'armée pakistanaise se propose de jouer les intermédiaires entre le Premier ministre Nawaz Sharif et les opposants Imran Khan, ex-joueur de cricket devenu un homme politique nationaliste, et Tahir ul-Qadri, un chef religieux établi au Canada. Leurs partisans paralysent la capitale depuis deux semaines pour exiger la démission du Premier ministre.

Ils accusent Nawaz Sharif d'avoir bénéficié de fraudes massives aux élections nationales de mai 2013 ayant porté sa Ligue Musulmane (PML-N) au pouvoir à la tête d'un gouvernement majoritaire. De plus, Tahir ul-Qadri accuse aussi Nawaz Sharif et son frère Shahbaz, ministre en chef de la province du Pendjab d'être responsables de la mort de 14 de ses fidèles dans une opération en juin contre son QG de Model Town, un quartier de Lahore (est). Dans l'espoir de juguler la contestation, le gouvernement a autorisé jeudi l'enregistrement d'une plainte pour meurtre qui mentionne les noms de 21 personnalités dont, paradoxalement, Nawaz et Shahbaz Sharif.

Mais les opposants ont jugé cette mesure insuffisante et appelé à la poursuite des rassemblements. Dans la nuit, l'armée a offert une médiation entre le gouvernement et les manifestants Imran Khan a demandé à la foule si elle acceptait cette médiation. Les opposants ont répondu par l'affirmative. Kahn et Qadri entendent bien être parties à cette médiation. On peut s'interroger sur le rôle effectif qu'ils pourront jouer, face à une armée qui a conduit 3 coups d'état militaires depuis 1947. Celle-ci semble revenir au coeur du jeu politique, affaiblissant d'autant l'autorité de Premier ministre.

Selon des commentateurs, l'armée pakistanaise n'accepte pas en effet le rapprochement tenté par Nawaz Sharif avec l'Inde ennemie quasi séculaire ni le procès pour haute trahison intentée par le gouvernement contre le général Pervez Musharraf, ancien président et chef de l'armée. Elle cherche donc à affaiblir le gouvernement. Mais que souhaiterait-elle obtenir de ce bras de fer? Elle ne veut sans doute pas exercer le pouvoir directement. Il lui suffit d'influencer la ligne politique par des interventions et pressions multiples. Mais, encore une fois, pour aller dans quel sens?

D'un autre côté, il est difficile de comprendre ce que veulent les opposants Imran Khan et Tahir ul-Qadri, dont les propos empreints de contradictions peinent à regrouper des manifestants de diverses origines. On dit Imran Khan nationaliste. Mais que signifie ce label? Quant aux manifestants, s'ils protestent contre le gouvernement pour sa gestion de la crise, ils ne manifestent pas non plus , semble-t-il, de désirs clairs de changement. Même s'ils acclament de façon spectaculaire Imran Khan, doté d'un fort potentiel de sympathie, il est douteux que les opposants espèrent faire de lui l'homme providentiel capable de résoudre les difficultés du Pakistan.

Le Pakistan, pour un européen (sauf peut-être pour les britanniques), reste un mystère. Ses difficultés sont nombreuses, de même que ses contradictions. Il reste que ce pays de 188 millions d'habitants pèsera certainement dans les futurs équilibres mondiaux. Ceci d'une façon qui pourrait être heureuse, en vue notamment d'une diminution des interventions aussi nombreuses que maladroites de la diplomatie américaine dans la région, mais aussi d'une façon qui pourrait être dangereuse: exacerbation des conflits avec l'Inde, soutien à des mouvements islamistes radicaux.

Des questions à approfondir

Nous ne pouvons pas ici envisager de répondre sérieusement aux questions que pose l'avenir du Pakistan. Bornons-ici à mentionner, dans le désordre, certaines de celles que paraît appeler l'actualité.

- De qui dépend l'arme nucléaire du Pakistan? Est-elle susceptible de détournement par des terroristes.?
- Comment s'exerce exactement l'autorité indiscutable de l'armée, de la police et des services de renseignements? Exercent-ils un pouvoir certes quasi dictatorial mais cependant modérateur,comme beaucoup d'observateurs occidentaux le pensent?
- Les menaces terroristes sont constantes et de diverses origines. Dans ce cadre, le gouvernement ou l'armée soutiennent-ils ou combattent la mise en place d'un éventuel Califat islamique au Moyen Orient.?
- La charia règne-t-elle uniformément au Pakistan, y compris sous une forme intégriste ayant pour conséquence de maintenir les femmes dans la dépendance domestique et l'éloignement des responsabilités politiques? On notera que les communautés religieuses non-musulmanes sont relativement nombreuses, mais ne jouissent pas nécessairement d'un bon accueil de la part des autorités musulmanes.
- Le Pakistan est encore à ce jour un allié déclaré des Etats-Unis. Ces derniers mois, les tensions ont été nombreuses, notamment du fait des interventions militaires américaines au sein des zones tribales, dans le cadre d'une lutte contre les talibans ayant provoqué de nombreuses victimes. Qu'en est-il aujourd'hui des soutiens déclarés, ou occultes, des Etats-Unis au Pakistan? L'armée reçoit-elle une aide américaine, comme ce fut longtemps en cas en Égypte? Le Pakistan manifeste-t-il en quelques façons le désir de s'émanciper de l'influence américaine?
- Parallèlement, quelles sont les relations du Pakistan avec le Qatar, l'Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, jusqu'à présent alliés déclarés des Etats-Unis?
- Les relations avec la Chine, et dans une moindre mesure avec la Russie, sont officiellement bonnes. Se traduisent-elles par des échanges économiques importants?  Sont-elles en croissance?
- L'hostilité avec l'Inde, parfois non exempte de conflits sporadiques entre les deux pays, est-elle considérée comme devant se prolonger indéfiniment? Certains responsables, des deux cotés, s'efforcent-ils de normaliser les relations? Dans cette perspective, le Pakistan envisage-t-il de participer au BRICS, où il rencontrera inévitablement l'Inde?
- Quels sont et seront les points forts et les faiblesses économiques du Pakistan, dont la démographie est toujours croissante, ceci aujourd'hui et plus tard compte tenu du réchauffement climatique?
- Sur tous ces points, pour en revenir à l'actualité de notre article, serait-il possible de résumer les positions ou revendications des opposants Imran Khan et Tahir ul-Qadri,


Pour en savoir plus
Pakistan http://fr.wikipedia.org/wiki/Pakistan



30/08/2014

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