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Bernie Sanders, laquais de l'establishment.

On devrait s'interroger longtemps sur la démocratie politique et sa capacité à faire émerger une volonté populaire s'opposant aux pouvoirs dominants, en réfléchissant au phénomène Bernie Sanders.
Beaucoup d'entre nous, ici même, avions admiré « l'ouverture du jeu politique aux Etats-Unis » résultant du fait que quelqu'un comme lui se disant résolument opposé au pouvoir de l'establishment avait pu finalement mobiliser des millions de nouveaux citoyens se disant prêts à modifier l'actuel ordre de pouvoir. Il avait pu aussi récolter progressivement des soutiens financiers modestes mais significatifs provenant des classes moyennes et travailleuses exploitées par le système. Les effectifs électoraux en faveur de Sanders avaient dépassé les 13 millions de voix exprimées.

Il était manifeste par ailleurs, en parcourant notamment les sites politiques non alignés, qu'au delà de ces soutiens visibles Bernie Sanders avait mobilisé un vaste mouvement d'opinion, en Amérique et dans le monde, défendant l'idée qu'après tout, le régime américain pourrait se révéler capable de générer une opposition populaire à la domination des 1% de la population mondiale, essentiellement américains, qui à eux seuls détiennent les richesses du monde.

Or concernant Bernie Sanders, il s'est avéré que lors de la Convention démocrate, il a renié dès le 25 juillet toutes ses prétentions au changement, laissant ses partisans dans le désarroi, et pour certains dans la fureur. Il s'est permis d'affirmer (avec ses vociférations habituelles) que pour prendre en compte la « révolution politique » qu'il avait préconisée, la meilleure façon de faire était de voter pour Hillary Clinton. Comme si celle-ci n'était pas la plus parfaite représentante du combat de l'aristocratie financière, économique et militariste qui avait jusqu'ici réussi à contenir la révolte grandissante des classes travailleuses.

Il n'a pas dit un mot des milliers d'emails précédemment divulgués par Wikileaks et qui montraient que l'équipe de campagne d'Hillary Clinton avait dépensé des sommes considérables pour le déconsidérer personnellement. Il n'a pas davantage tenu compte d'autres milliers d'emails diffusés plus récemment par une autre source (voir http://www.zerohedge.com/news/2016-07-25/clinton-cash-debut-just-time-fan-flames-tension-dnc ) montrant comment les époux Clinton avaient accumulé pour leur fortune personnelle des millions de dollars en conférences et services rendus au Big Business.

Rien ne prouve à ce jour, malgré les protestations soulevées par la trahison de Sanders au sein de ses supporters, que ceux-ci tiendront compte de cette trahison et ne voteront pas en faveur d'Hillary Clinton. La campagne lancée tout récemment par les hiérarques démocrates selon laquelle la divulgation de ces messages était un coup monté par Poutine pour encourager les électeurs à voter Trump, semble avoir eu par ailleurs des effets chez les anciens soutiens de Sanders...comme si les emails avaient été inventés par Poutine, ce qu'ils ne sont évidemment pas.

Le ralliement

Lors d'une conférence tenue le lundi après-midi au Wells Fargo Center, divers orateurs se disant représentants des classes moyennes ou populaires proches de Bernie Sanders (l'International Socialist Organization, Socialist Alternative, Solidarity et le  Green Party) ont confirmé que pour eux, comme pour Sanders, Clinton était une infatigable combattante en faveur de l'égalité et de la justice. Il en ont profité pour rappeler que Clinton était aussi une infatigable combattante en faveur des minorités afro-américaines, des femmes et des homosexuels, au contraire de Trump.

A entendre Sanders parler, il était difficile de croire qu'il avait précédemment reproché avec véhémence à Hillary Clinton ses positions conservatrices dans ces divers domaines. Il lui avait reproché par ailleurs, à juste titre, d'avoir participé avec son mari au démantèlement des réglementations bancaires protectrices (le Glass-Steagall Act), à la destruction du programme fédéral de sécurité sociale et finalement d'avoir précipité la grande crise de 2008 et n'avoir rien fait ensuite pour prévenir ses effets désastreuse sur les classes moyennes auxquelles se référait constamment Sanders.

Plus surprenant encore, en entendant Sanders défendre avec véhémence la cause de Hillary Clinton à la Convention démocrate, est qu'il ne fit aucune allusion à la politique étrangère désastreuse pour le monde et dangereuse pour l'Amérique qu'elle a directement conduite en tant que secrétaire d'Etat sous Obama.

Qu'adviendra-t-il de la trahison de Sanders? Selon des estimations récentes, il semble bien que malgré le large soutien qu'il reçoit parmi les classes moyennes, Donald Trump ne mobilisera pas suffisamment de voix pour l'emporter sur Hillary Clinton lors des prochaines élections fédérales. Les jeux ne sont évidemment pas encore faits, mais le pronostic est sombre.

La question que nous posions en début de cet article, concernant la capacité de la démocratie américaine à faire émerger une volonté populaire s'opposant aux pouvoirs dominants, n'entraine donc qu'une seule réponse: elle ne le peut pas. Il se trouve toujours au dernier moment des « laquais » pour reprendre un terme (employé sauf erreur par Georges Marchais) comme Sanders pour égarer le bon peuple.







26/07/2016

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