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Crise de la livre turque ou crise d'Erdogan

La monnaie turque, la livre turque, dite plus simplement la livre, a beaucoup baissé ces derniers jours. Le 08/08, la livre turque a perdu jusqu'à 12% face au dollar. A la-mi-séance à Paris, elle cédait 6,2%.

Il en résulte que les citoyens turcs de la classe moyenne, qui ne procurent pas de dollars par différentes spéculations, ont vu leurs revenus sensiblement amputés. Les biens qu'ils produisent en Turquie leurs rapportent moins de revenus, ceux qu'ils achètent à l'extérieur sont plus coûteux. Quelles sont les causes de cette baisse, qui est trop brutale pour ne pas résulter d'une manipulation ?

Le président turc Recip Tayyep Erdogan est le premier à se poser cette question. Il se refuse à une critique en profondeur de sa politique économique, qui sur le long terme était inviable. La Turquie produit peu en propre, en dehors du tourisme. Le gouvernement a dépensé depuis quelques années d'importantes sommes de consommation qui ne rapportent rien. Ainsi des immeubles à fort loyers ont été construits, restés vacants, sans mentionner des palais pour certains dignitaires dont lui-même et surtout plus de 1.500 mosquées. Il faut rappeler qu'Erdogan se dit le chef d'un pays musulman qu'il avait qualifié de modéré, mais qui se radicalise de plus en plus. A l'inverse aucun investissement productif à long terme n'a été entrepris.

Pour résister, Erdogan incite ses concitoyens à vendre toutes leurs économies en dollars ou en or pour soutenir le cours de la livre. Il est peu probable qu'il soit suivi, mais même s'il l'est, cela ne suffira pas à redresser la livre.

Erdogan accuse Washington

Quelle est la cause de cette spéculation à la baisse. Erdogan incrimine Washington, qui lui aurait déclaré une guerre économique. La livre souffrirait de menaces de sanctions de la part de Washington, après l'échec de négociations entre les Etats-Unis et la Turquie au sujet au sujet du pasteur américain Andrew Brunson, soupçonné par Ankara de terrorisme et détenu dans une prison turque. Dans l'immédiat, Donald Trump vient d'annoncer sa volonté de doubler les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium turcs, principales exportations du pays aux Etats-Unis.

Il est indéniable que Washington en effet, au niveau de Donald Trump lui-même, supporte mal le rapprochement de la Turquie, par ailleurs membre de l'Otan, avec la politique russe visant à constituer un front associant notamment la Syrie et l'Iran, pour lutter contre les implantations américaines au Moyen-Orient. Erdogan avait rejoint récemment ce front, inquiet non sans raisons de voir l'Arabie saoudite soutenue par les Américains encourager, sous couvert de lutte contre le terrorisme, la politique d'expansion américaine au sein des Etats pétroliers du Golfe.

Il avait décidé il y a quelques semaines une intervention militaire puissante au nord de la Syrie, dite Rameau d'olivier (sic) qui lui avait permis de s'implanter sur un important territoire dans la région de Lattaquia et d'Iblid. Comme nous l'avons récemment relaté, Bashar el Assad, désireux se reconquérir l'ensemble du territoire syrien, avait menacé d'utiliser son armée, désormais bien aguerrie, pour attaquer les troupes turques dites par lui d'occupation. Moscou avait paru encourager Erdogan aux dépens de Bashar. Cela n'avait pas pu échapper aux Américains.

Précédemment cependant Erdogan n'avait pas hésité à jouer le jeu américain. Il se disait proche des Frères Musulmans bien vus par les Eglises évangéliques américaines. Il avait paru réprouver la présence militaire russe sur la côte méditerranéenne. Récemment il avait laissé son armée abattre un appareil militaire russe survolant ses frontières. Mais il avait du se convaincre des réalités géostratégiques. Washington est loin du Moyen Orient et n'y entretient que peu de forces, en voie d'ailleurs de retrait. Ce n'est pas le cas de Moscou.

Erdogan peut-il cependant imputer la baisse rapide et subite de la livre à de seules manœuvres américaines ?

Crise de la popularité d'Erdogan

Les cours des devises sur les marchés internationaux, y compris à Wall Street, ne dépendent pas uniquement de la volonté des Etats. Les investisseurs privés, y compris des épargnants modestes, font eux-mêmes leurs choix. Il faut chercher ailleurs les causes des variations importantes et rapides à la baisse de la livre turque.

On doit donc en revenir à la raison profonde. Le conflit actuel de la Turquie avec les Etats-Unis n'est pas la seule cause de la baisse de la livre. Elle tient selon nous au fait que l'absence de politique économique crédible imposée par Erdogan à son pays est brutalement ressentie à l'occasion de cette crise par les Intérêts financiers turcs et internationaux. Aucune perspective permettant à l'économie turque de lutter contre ses insuffisances actuelles n'est à espérer d'Erdogan. Par ailleurs, l'Union européenne, à juste titre, refuse régulièrement l'entrée dans l'Union de la Turquie, soit celle de 81 millions de musulmans dont beaucoup n'ont rien de modéré.

Il conviendrait pour bien faire qu'Erdogan démissionne et laisse la place à un gouvernement plus adapté aux besoins d'un pays finalement pauvre. Il en existe un certain nombre dans l'Union européenne qui, malgré leurs difficultés, se comportent assez bien. Mais jamais l'orgueilleux Erdogan n'en conviendra. On peut se demander si la baisse brutale de la livre n'est pas un moyen décidé par les intérêts économiques et politiques turcs eux-mêmes pour l'en convaincre.

Erdogan vient d'appeler Allah à son secours. On peut douter qu'il soit entendu par le Très Haut.

Pour en savoir plus

Voir en date du 10/08 cet article apparemment bien informé et objectif du site américain non aligné Moon of Alabama http://www.moonofalabama.org/2018/08/how-turkeys-currency-crisis-came-to-pass.html

Voir aussi en date du 10/08 également http://www.agefi.fr/asset-management/actualites/article/20180810/chute-livre-turque-inquiete-marches-253786

Autre

Sur l'alliance de fait entre Trump et l'Arabie saoudite, pouvant justifier l'hostilité de Trump à l'égard d'Erdogan, ennemi déclaré de Rihad, voir cet article qui mérite la lecture, malgré sa longueur
https://www.strategic-culture.org/news/2018/08/10/why-trump-cancelled-iran-deal.html

Voir aussi, avec graphiques
https://www.zerohedge.com/news/2018-08-12/lira-crashes-through-700-erdogan-urges-turks-not-pull-money-out-banks

12/08/2018

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