Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Espoirs en Grèce, espoirs en la Grèce

Yanis Varoukafis a été mardi 27 janvier nommé ministre des finances du gouvernement d'Alexis Tsipras. C'est lui qui sera chargé de discuter avec les autres ministres européens, d'assister à l'Eurogroup, de rencontrer le FMI et la BCE, d'affronter nécessairement les intérêts financiers mondialisés et leur mentor, Washington.
Son programme est simple, si l'on peut dire: en finir avec l'austérité, mettre un terme à l'appauvrissement généralisé des classes populaires et moyennes, renégocier les 320 milliards d'euros de dettes du pays en liant notamment le remboursement des échéances à l'évolution du PIB du pays. Il a ajouté durant la campagne qu'il voulait détruire les oligarques du pays qui se sont d'autant plus enrichis pendant l'austérité que le pays se ruinait.

Ce propos concernant les oligarques, visant notamment les détenteurs quasi absolus de ce qui reste de capital en Grèce, les armateurs et l'Eglise orthodoxe, lui avait déjà suscité des ennemis. Economiste et possédant une double nationalité, grecque et australienne, Yanis Varoufakis avait du rechercher un poste de professeur d'économie à l'université d'Austin au Texas, où travaille un des derniers keynésiens audibles en dépit du vacarme mené par les libéraux, James Galbraith.

En 2011, il a souhaité analysé la crise majeure des subprimes et ses suites, dans un livre Le minotaure planétaire. Il y développait à peu de choses près les idées reprises par Pierre Jovanovic, présentées récemment par nous sur ce site. Lequel Jovanovic parle non de Minotaure, mais de Bête de l'Apocalypse. Il s'agit de la même chose (souvent dénoncée ici par nous, mais avec moins d'audience). En 2008 avait paru s'écrouler (mais il est reparti aujourd'hui de plus belle) le plus vaste hold-up du siècle, perpétué par Wall Street et Washington.

Le gouvernement américain, devant faire face aux deux déficits de sa balance commerciale et de son budget, a inondé le marché de bons du Trésor que se précipitaient pour acheter les pays producteurs de valeur ajoutée réelle. Les banquiers américains ont utilisé cet argent frais ne leur appartenant pas pour soutenir la consommation à crédit des consommateurs américains, le financement des entreprises américaines, et surtout les besoins de l' « Etat profond américain », autrement la mise en place de forces militaires supérieures à celles cumulées de tous les autres pays, forces leur permettant de calmer les récalcitrants.

La construction de la monnaie européenne, selon Yanis Varoufakis, s'est faite sur un hold-up interne un peu semblable. Les pays excédentaires, en premier lieu l'Allemagne, dotés d'une industrie compétitive, ont empêché toute dévaluation. Les revenus de leurs exportations leur permettent d'accumuler des bénéfices qu'ils consacrent, non aider le développement des pays du Sud européen, mais à renforcer encore leurs industries, dans un cycle sans fin.

Que pourra faire le gouvernement

Ceci dit, même si de plus en plus de citoyens européens acceptent cette analyse, l'écrasante majorité de ceux qui s'expriment s'interrogent sur ce que va bien pouvoir faire le gouvernement Tsipras et son ministre des Finances pour renverser la tendance, à partir d'un pays petit et affaibli. D'ores et déjà, le chef du gouvernement a paru faire allégeance aux représentants de l'Eglise orthodoxe. Il ne va certainement pas pousser à l'exil ce qui reste d'entreprises viables en Grèce. Que va par ailleurs donner l'alliance obligée avec le parti des Grecs Indépendants, eurosceptique et nationaliste.

Tout laisse penser que l'ordre américano-européen actuelle, un moment inquiet, ne va pas tarder à se ressaisir....a moins que...

A moins que, dans les opinions des grands pays européens, sous la pression de forces de gauche très minoritaires mais qui pourraient s'inspirer de l'exemple de Syrisa, des mouvements populaires d'appui à la Grèce se fassent entendre, Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne, etc. S'ils s'entendaient et montraient aux populations qu'ils défendent vraiment les intérêts de la base, de nouveaux grands équilibres politiques pourraient peut-être se faire.

Quant à ce qui pourrait se produire chez la gauche ou la gauche de la gauche en France, mieux vaut ne pas l'imaginer pour le moment. C'est l'écran noir.

27/01/2015

A LIRE AUSSI
Les articles du même type
Europe Solidaire