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Saboter les accords de Minsk2

Les négociateurs des accords dits de Minsk2 visant à rétablir un cessez-le-feu en Ukraine (Ukraine, Russie, Allemagne, France) se sont réunis à Berlin le 13 avril pour faire le point de l'application de ces accords. Ils ont considéré la réunion comme productive, encore que selon eux beaucoup de progrès restent à faire pour obtenir un résultat satisfaisant, compte tenu de la volatilité de la situation sur le terrain. La mise en place rapide des 4 groupes de travail décidés dans le cadre de Minsk2 pour définir des solutions durables a été une nouvelle fois demandée. Même le représentant de l'Ukraine, le plus belliqueux des négociateurs, a partagé ce consensus 1)
La Russie, manifestement, comme l'a laissé entendre le ministre russe Serguei Lavrov, n'a aucune intention de voir la situation se radicaliser. Elle souhaite, comme d'ailleurs on peut le supposer la diplomatie française, voir la question se régler dans le cadre d'un accord entre les Ukrainiens de Kiev et les autonomistes de l'Est, organisant un processus politique qui pourrait aboutir à la mise en place d'une structure de type fédérale. Rappelons-le, c'est ce qu'avait proposé dès le début du conflit l'ancien ministre français Hubert Védrine.

C'était évidemment compter sans le travail de sape mené par Washington, non représenté officiellement aux réunions de Minsk, mais bien décidé à ce que rien ne s'apaise. Plus personne n'entretient de doute en effet concernant la volonté américaine de faire de l'Ukraine un foyer potentiel de conflit ouvert avec la Russie. Non seulement le lobby militaro-industriel retire déjà de cette situation d'importantes commandes, mais les plus extrémistes des militaires du Pentagone comme nous l'avons rappelé dans nos articles précédents, affirment ouvertement vouloir à cette occasion la destruction de l'Etat Russe. Celui-ci a le grand défaut à leurs yeux de disposer d'une force nucléaire stratégique capable de faire jeu égal avec la leur.

Au plan diplomatique, la Secrétaire d'État américaine aux affaires européennes, Victoria Nuland, se rend dans les pays de l'Union qui s'opposent à des sanctions plus sévères contre la Russie, Hongrie, Grèce, Chypre et quelques autres. L'objectif est de leur rappeler le devoir de discipline atlantiste. On peut penser qu'à cette occasion, elle signifiera au gouvernement français qu'il devra plus que jamais refuser la livraison des Mistrals à la Russie, quels que soient les coûts divers en résultant pour Paris. C'est cette même Victoria Nuland qui a été l'acteur le plus diligent de l'éclatement de la crise en Ukraine.

Parachutistes américains

Mais il y a plus significatif et bien plus scandaleux encore. Le 16 avril, environ 300 parachutistes américains sont arrivés en Ukraine pour entraîner des soldats de la Garde nationale ukrainienne lors de manoeuvres dans l'ouest du pays. Il s'agit de militaires de la 173ème brigade aéroportée. Les bénéficiaires de cet « entrainement » haut de gamme sont des « volontaires » ayant fait partie des milices d'autodéfense du Maïdan, à juste titre considérés comme des extrémistes incontrôlables que l'on pourrait dire d'extrême droite si ce terme avait encore un sens à Kiev.

Ce sont les mêmes qui ont fait dégénérer les premières manifestations proeuropéennes en mouvement de contestation armée contre le gouvernement ukrainien légitime de l'époque. On peut craindre qu'ainsi officiellement encouragés (sans compter l'appui permanent des « special forces » américaines présentes en Ukraine, à l'Ouest comme à l'Est, depuis le début du conflit), ils ne resteront pas les mains dans les poches dans les prochains jours. Que dirait-on si la Russie avait envoyé des parachutistes pour entrainer d'éventuels mouvements autonomistes mexicains à la frontière avec les Etats-Unis?

Mais il ne s'agit là que d'une partie visible dans les pressions constamment exercées par Washington que les membres européens de l'Otan, notamment les pays scandinaves, Etats Baltes et Pologne, pour leur laisser croire que la Russie se prépare à les envahir. Des manœuvres militaires, terrestres, navales et aériennes, permettent à l'US Army de renforcer à cette occasion son influence sur les pays considérés, assortie de nouvelles offres de coopération et d'offres de matériels. Plus généralement, les Etats-Unis, renforcés du Canada (sic) multiplient le nombre des conseillers militaires. Il faut compter aussi à plus long terme sur les pressions diplomatiques menées sans arrêt par Washington pour décourager les pays européens, notamment l'Allemagne, la France, l'Italie, de renouer des liens diplomatiques et commerciaux avec la Russie, liens pourtant bien nécessaires à tous.

Il est certain dans ces conditions que les excités de Kiev, autour de Petro Poreschenko et de ses ministres et oligarques plus corrompus les uns que les autres, ne manqueront pas pour rentrer en faveur auprès de l'Europe de susciter de nouveaux affrontements armés dans le Donbass et les régions dites indépendantistes. Leur espoir sera plus que jamais de provoquer des interventions militaires russes dont jusqu'ici les satellites américains les plus affutés n'ont jamais pu apporter la preuve. Si Vladimir Poutine et son état-major sortaient de leur réserve, ce ne serait qu'un seul cri à l'ouest: « L'ours russe montre enfin ses griffes. Nous vous avions bien dit que cela se produirait ! ».

Image. Parachutistes américains (photo d'archive). Ceux mentionnés dans cet article ont atterri plus calmement sur l'aéroport de Lviv

1) cf déclaration commune http://www.mid.ru/bdomp/brp_4.nsf/e78a48070f128a7b43256999005bcbb3/4f7a35ae67d9e79943257e270029de5a!OpenDocument

17/04/2015

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