Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Merkel, Renzi, Hollande: le vide

Matteo Renzi, Angela Merkel et François Hollande ont appelé l'Europe, lors d'une rencontre le 22/08, à trouver un nouveau souffle après le Brexit. Cette rencontre sur le porte-aéronefs Giuseppe Garibaldi préparait un sommet extraordinaire à 27 prévu le 16 septembre à Bratislava.
En dehors des banalités habituelles sur les risques menaçant l'Europe, c'est-à-dire en fait l'Union européenne (UE), par « la dislocation, la fragmentation, l'égoïsme, le repli»,de même que l'affirmation désormais rituelle que le Brexit n'a pas mis fin à l'UE, François Hollande a énuméré trois priorités pour parvenir à cette relance d'une UE en plein crise de doute. La première doit être selon lui, d'assurer la sécurité avec la protection des frontières extérieures de l'UE grâce à un corps de gardes-frontières et de gardes-côtes. La seconde doit être la défense avec «davantage de coordination, de moyens supplémentaires et de forces de projection». Et la troisième, un programme Erasmus d'échanges universitaires amplifié.

Matteo Renzi pour sa part a relancé l'appel à des mesures fortes pour relancer la croissance et lutter contre le chômage des jeunes, plutôt que servir les intérêts de la finance. Il ne cesse de dénoncer l'austérité et l'équilibre des comptes publics comme seul horizon en Europe, et réclame, à l'instar de la France, davantage d'investissements et de flexibilité en matière de discipline budgétaire.

Angela Merkel, pour sa part, en dehors d'un accord sur la nécessité de renforcer l'UE, s'en est tenue à défendre les politiques intéressant l'Allemagne et surtout son capitalisme: strict équilibre des dépenses publiques, pas d'impôts nouveaux et pas de nouvelles réglementations communes.

Beaucoup de symbolique mais rien de concret.

C'est le jugement que vient de faire la Neue Zürcher Zeitung suisse (voir http://www.nzz.ch/international/europa/renzi-empfaengt-merkel-und-hollande-auf-ventotene-viel-symbolik-und-nichts-konkretes-ld.112359) . Le journal n'est pas seul à constater que rien de concret en effet n'a été évoqué concernant l'extension de la guerre en Syrie, l'augmentation de l'immigration, le risque accru d'attentats terroristes. De plus, sans doute pour ne pas gêner Matteo Renzi, rien n'a été dit concernant le risque montant d'une crise bancaire généralisée suivant un effondrement du système bancaire italien. Celui-ci est de plus en plus à l'ordre du jour.

Les nouvelles règles européennes prévoient que les créditeurs et les débiteurs doivent désormais participer au redressement des banques en difficulté. En conséquence beaucoup d'épargnants italiens ayant placé leurs économies dans de petites banques en faillite sont désormais ruinés. Mais l'inquiétude augmente concernant la santé des grands établissements de crédit italiens, notamment UniCredit et Monti dei Paschi di Siena. Si l'UE et la Banque centrale européenne persistent à refuser des crédits massifs à ces banques, la crise deviendrait telle que beaucoup en Italie demanderaient une sortie de l'euro sinon de l'UE elle-même, à l'exemple du récent Brexit. L'expert financier Federico Santi vient de confier au journal Marketwatch qu'en fait, c'est un risque politique majeur qui menace l'Europe http://www.marketwatch.com/story/why-italys-bank-crisis-could-be-ticking-time-bomb-2016-07-21

Ces propos sont-ils trop pessimistes? Proviennent-ils d'intérêts divers ayant la volonté de déstabiliser l'Europe et ses marchés financiers? Quoiqu'il en soit, en Italie même, les mouvements d'opposition à Matteo Renzi s'en saisissent, tel le Mouvement Cinq Etoiles. Celui-ci a lancé l'appel à un referendum concernant la sortie de l'UE. Renzi s'était pour sa part borné à organiser un referendum concernant une modification des pouvoirs du Sénat, où il trouve de nombreux opposants. En cas d'échec de ce dernier referendum, de plus en plus de voix en Italie demanderont la venue d'un nouveau gouvernement décidant une sortie de l'UE.

Il est clair que Merkel, Renzi et Hollande n'ont pas voulu aborder ces perspectives. Mais la même ignorance des réalités entrainera-t-elle l'accord des 27 le 16 septembre à Bratislava?

23/08/2016

A LIRE AUSSI
Les articles du même type
Europe Solidaire