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No-fly zone au dessus de la Syrie. Qui est visé ?

Quand Barack Obama a annoncé des opérations militaires contre l'État islamique (EIIL/Isis), essentiellement aériennes dans un premier temps, il a affirmé reprendre la guerre de l'Occident contre le terrorisme. Tous les médias l'en ont félicité. Depuis, les frappes se sont multipliées, renforcées de moyens déployés par la coalition, notamment représentée par la France et la Grande Bretagne.
Mais s'agissait-il vraiment d'une guerre contre ISIS? Si c'est le cas, elle n'est guère efficace, hors un certain nombre de morts dans les populations civiles. ISIS a revendiqué ces jours-ci de nouveaux succès contre les Kurdes et les Irakiens, qui lui permettraient d'étendre ses conquêtes territoriales jusqu'aux frontières avec la Turquie. Le Président turc Recep Tayyip Erdogan, dont l'engagement contre le terrorisme extorqué par Washington, semble toujours aussi incertain, se serait borné à demander à l'Otan la mise en place d'une Zone d'exclusion aérienne (no-fly zone) au-dessus de la Syrie, ainsi que l'instauration d'une région-tampon près de la ville de Kobani, destinée à recueillir les réfugiés kurdes fuyant en masse devant la progression d'Isis. Le Major-général Martin Dempsey, qui préside le Comité des chefs d'États-majors interarmées (Joint Chiefs of Staff), ainsi que le Secrétaire à la défense Chuck Hagel, ont répondu qu'ils étudiaient cette proposition avec beaucoup d'intérêt.

Passe encore pour la région-tampon, mais pourquoi la zone d'exclusion aérienne ? Contre les forces aériennes considérables dont dispose Isis, comme chacun le sait ? Pas du tout. Il s'agit de la reprise d'un vieux projet visant à interdire à l'aviation de Bashar al Assad d'intervenir pour protéger Damas contre la prétendue Armée syrienne libre, équipée systématiquement par l'Amérique (et la France), mais dont il apparaît de plus en plus qu'elle est formée de djihadistes faisant la navette entre les différents fronts ouverts par Isis et les pays voisins, voire européens, afin d'y étendre la Guerre sainte.

Tout cela confirme qu'Obama mène bien un double jeu, prétextant combattre (très modérément) Isis, tout en se préparant dans les prochains jours à bombarder la Syrie de Bashar al Assad, afin d'y provoquer le tant attendu changement de régime (regime change) favorable aux intérêts américains ? Sinon, pourquoi aurait-il refusé l'aide du dirigeant syrien pour combattre Isis ? Au contraire, il prépare maintenant des frappes sur Damas et dans les environs, qu'il déclenchera, selon l'avis de beaucoup d'experts, dans quelques semaines au plus tard.

Pourquoi les USA veulent-ils obstinément la peau de Bashar al Assad, et à n'importe quel prix ?

La réponse ne fait de doute pour personne. Nous l'avons plusieurs fois évoquée ici.1)  Abattre Bashar al Assad serait un avertissement fort donné à l'Iran et à la Russie. L'Amérique ne veut en aucun cas que perdure une alliance entre États considérés comme menaçants pour ses intérêts et ceux de ses alliés du Golfe, ces régimes pourtant corrompus qui ne se gênent pas pour financer Isis en même temps qu'ils le bombardent, ou plutôt qu'ils prétendent bombarder certaines de ses positions.

Mais montrer au monde entier que Washington a réussi à abattre un vieil allié de la Russie, c'est-à-dire la Syrie des Assad père et fils, et que Moscou n'a pas eu la possibilité de réagir, aurait un intérêt dépassant largement le Moyen-Orient. Cela renforcerait l'impression que Vladimir Poutine est de facto impuissant face à l'Amérique. Il n'aurait en effet que le choix entre deux solutions aussi mauvaises pour lui l'une que l'autre: défendre militairement Bashar al Assad, ce qui pourrait avoir des conséquences incalculables, ou laisser sans réagir l'armée américaine bombarder Damas et détruire le régime.

Poutine serait ainsi confronté au Moyen Orient au même piège que cherche à lui tendre Obama en entretenant une guerre en Ukraine entre les Ukrainiens de l'Ouest « pro-occidentaux » et ceux de l'Est, pro-russes. Sur ce théâtre, Washington espère tirer un grand bénéfice des légitimes hésitations du président Russe à défendre activement les pro-russes ukrainiens, y compris par une intervention militaire. Celle-ci sera pourtant de plus en plus demandée par les Novorossiens. Ils semblent en effet depuis quelques jours moins en état de résister aux troupes et aux milices de Kiev, elles-mêmes financées par l'infinie planche à dollar américaine. Or les patriotes russes attendent de Poutine des réactions fortes. Dans l'une des manœuvres tortueuses auxquelles Washington nous a habitués, Obama table sur l'absence d'une réaction forte de la Russie, pour essayer de pousser les patriotes déçus à mettre Poutine à l'écart.

Une « défaite » diplomatique de Poutine au Moyen-Orient, contraint d'avaliser la chute de son allié Syrien, s'ajoutant à un recul en Ukraine, ajouterait un argument de plus à ce qu'essaye de prouver l'Administration américaine: l'Ours russe n'est plus ce qu'il était. Il est devenu tout à fait facile de le faire reculer, à condition de montrer un peu de muscles.

Il est irresponsable de la part de la France de jouer le jeu américain. Loin de laisser entendre qu'elle soutiendra peut-être des frappes contre Damas, elle devrait affirmer hautement qu'elle s'y opposera, notamment au Conseil de Sécurité.

 

1) Voir:  Pourquoi l'Amérique veut-elle la chute de Bashar al Assad
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1489&r_id=
2) Sur ce dernier point, voir sur le Saker.fr, l'analyse (datant de quelques mois mais sans doute encore d'actualité), du blogueur Boris Rojine, rédacteur en chef du Portail de Sébastopol http://www.vineyardsaker.fr/2014/09/30/plan-ruse-de-poutine-colonel-cassad-19-juin-partie-2/
30/09/2014

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