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L'opération turque Euphrates Shield à Jarablus

Du temps encore récent où la Turquie était très largement entre les mains de l'Otan, et favorisait un trafic permanent d'hommes et de matériels au profit de Daesh, les revendications kurdes visant à voir reconnaître des kurdistans iranien et irakien pouvaient être accueillies favorablement par ceux qui, à travers la Turquie, voulaient combattre l'influence écrasante des Etats-Unis au Moyen Orient.
D'une part les peshmergas kurdes jouaient un rôle très efficace contre Daesh, lui-même soutenu par la Turquie et aidé à l'époque par la CIA et les forces spéciales américaines . D'autre part, derrière ces premiers Kurdistans se profilait le création d'un Grand Kurdistan qui aurait englobé un bon quart de la Turquie et affaibli en conséquence durablement cette dernière.

Avec le virage à 180° pris par la Turquie à la suite de l'échec peu glorieux d'un coup d'état contre Recep Tayyip Erdogan fomenté par les Etats-Unis, la Turquie est devenu comme nous l'avons abondamment commenté un élément essentiel dans un axe Turquie-Syrie-Iran soutenu par la Russie Celui-ci permettra incidemment à l'allié de celle-ci Bashar al Assad, de lutter contre les milices islamiques et les Etats occidentaux, dont malheureusement la France, visant à le renverser.

Il s'ensuit que ceux qui combattent l'influence américaine au Moyen Orient, notamment la Russie et l'Iran, considèrent avec beaucoup moins de sympathie les projets kurdes. Ils ne peuvent qu'affaiblir le nouvel allié turc. De plus, les combattants kurdes sur le terrain obéissent à des intérêts divers. Il en résulte un grand désordre. Dans certains cas, il n'est pas évident qu'ils continuent à combattre les milices islamistes.

Concernant les Kurdes syriens, soutenus par les forces spéciales américaines et une couverture aérienne de l'US Air Force, ils avaient il y a quelques mois franchi la frontière de l'Euphrate afin d'établir un Kurdistan aux frontières de la Turquie, s'étendant de l'Irak à la côte méditerranéenne. C'en était trop pour la Turquie.

Dans les premières heures du matin, l'artillerie turque a commencé à bombarder Jarablus, ville du nord de la Syrie, située à la frontière Turque. Elle est le chef-lieu d'un canton du gouvernorat d'Alep et actuellement sous le contrôle de Daesh. Aux dernières nouvelles une colonne de chars turcs, soutenus par l'aviation, progresse en territoire syrien. Ceci s'est fait, selon les informations fournies par les ambassades respectives, en plein accord avec l'Iran et la Syrie (Damas). Les Russes ont donné un consentement tacite, bien que leurs avions ne soient pas intervenus pour soutenir l'offensive turque. On notera au passage que l'armée turque, bien que largement épurée de ses éléments fidèles à Fethullah Gülen à la suite du coup d'Etat manqué, demeure en grande partie loyaliste.

Biden, un « bide »

Manifestement, l'opération Euphrates Shield n'a pas été conduite avec l'accord de l'Otan, et moins encore avec celui des Etats-Unis, bien qu'elle vise directement Daesh, présenté comme l'ennemi commun. En visant à empêcher la création d'un Kurdistan syrien dans la main des Américains, elle sert principalement les intérêts non seulement de la Turquie, mais ceux de l'Iran, de l'Iraq et de la Syrie. Ceux-ci pouvait craindre que ce Kurdistan devienne un élément actif pour mettre en cause au profit de Washington leur unité territoriale et leur intégrité.

Lors de sa visite à Ankara le 24, le vice-président américain Joe Biden a tenté de convaincre Erdogan de cesser l'opération et de redevenir un bon allié, autrement dit une « pupett » dans les mains de Washington. Manifestement, celui-ci l'a, comme l'on dirait en termes peu diplomatiques, envoyé promener. Il faudra suivre dans les prochains jours la suite des évènements sur le terrain, mais ils marquent un nouveau recul de l'influence américaine. Il serait temps que les gouvernements européens s'en rendent compte

Pour en savoir plus

* Voir une source turque
http://www.hurriyetdailynews.com/live-turkish-military-coalition-forces-launch-euphrates-shield-operation-in-jarablus.aspx?pageID=238&nID=103175&NewsCatID=352

* Voir une source israélienne
http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/216872




24/08/2016

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