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Alejandro García Padilla, Alexis Tsipras, même combat

Porto Rico possède le statut de « Commonwealth associé aux Etats Unis ». En pratique, il dispose de droits et devoirs très voisins de ceux dont dispose au sein de la Confédération tel ou tel de ses Etats. Ceux-ci ont des budgets spécifiques qui se distinguent du budget fédéral, ainsi que dans le cadre de celui-ci, des fiscalités et des politiques d'appel au crédit spécifiques.

Depuis quelques années, certains de ces Etats, notamment les Etats dits sudistes, manifestent de fortes tendances à l'autonomie, sinon à la sécession, s'estimant desservis par le gouvernement fédéral.

En effet, l'ensemble des Etats, comme un grand nombre de municipalités, ont pratiqué des politiques de dépenses ambitieuses faisant appel aux investisseurs privés. Avec les difficultés économiques actuelles, ils se trouvent confrontés à des choix difficiles: rembourser leurs dettes au prix de leur « croissance » ou se déclarer en faillite. En ce cas, le budget fédéral ou la Banque fédéral (FED) pourraient venir à leur secours, mais cela ne se fera pas sans poser de graves problèmes à Washington ni susciter de multiples protestations provenant des Etats riches et des investisseurs privés tout-puissants à New York.

Or il se trouve que le gouverneur de Porto-Rico Alejandro García Padilla vient officiellement de déclarer l'ile incapable de rembourser ses dettes, comme le rapporte le New York Times. L'ile doit environ $72 milliards sous forme principalement de « bons municipaux » (municipal bonds). Le gouverneur déclare donc vouloir « restructurer »  cette dette, en étalant dans le temps les remboursement et en annulant purement et simplement certains de ces bons. Il se refuse en effet d'engager, selon son expression, Porto Rico dans une spirale de mort en lui imposant de nouveaux impôts et de nouvelles réductions de dépense.

Mais la restructuration de la dette entrainera le marché américain des bons municipaux dans ce qui pourrait être, elle aussi, une spirale de mort. Beaucoup d'Etats et de villes, ayant souvent financé par l'emprunt, des politiques de dépense excessives, se trouvent eux aussi en difficulté et pourraient réclamer le même statut de quasi-faillite. Ce fut déjà le cas avec les banqueroutes de Détroit et d'autres villes. Cependant, Porto Rico, en tant que Commonwealth, ne peut se déclarer en faillite. Par ailleurs une grande partie de sa dette est détenu par des investisseurs résidents sur le continent américain, qui ne se laisseront pas traiter de façon autoritaire. Certains de ces investisseurs, considérés généralement comme des « fonds vautours », ont proposé de nouveaux prêts, mais à des taux tels que le gouverneur s'y refuse. Il veut donc que les créanciers abandonnent volontairement une partie de leurs créances.

Face à l'impasse, l'ile a demandé à une commission constituée d'anciens membres de la Banque Mondiale et du FMI de suggérer des solutions. Leur rapport, dit rapport Krueger, suggère l'abandon par les créanciers d'une parti de leurs créances, en échange de réformes et d'économies dans l'administration de Porto Rico. Pour le moment, aucune décision n'a été prise. Le rapport a été soumis à Barack Obama.

Il est probable qu'une solution de compromis sera trouvée, mais elle donnera un mauvais exemple aux autres Etats se trouvant dans une situation proche de celle de Porto Rico. Ce pourrait être tout le marché des bons du trésor municipaux, suivi de celui des bons du trésor fédéraux, qui serait ébranlé. Il n'est pas certain que la création massive de monnaie par la Fed puisse résoudre la situation. Les investisseurs chinois ont désormais d'autres perspectives en vue. Si Porto Rico décidait de faire succession, ce serait toute la Fédération américaine qui serait ébranlée.

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Le lecteur rapprochera de lui-même la situation de Porto Rico et celle de la Grèce. Peut-on comprendre que les mêmes restructurations proposées par les experts pour Porto Rico aient été refusées par les trois Harpies de la troïka à la Grèce? Peut-on par ailleurs comprendre que les têtes pensantes de l'Union européenne n'étudient pas d'urgence des solutions à un problème qui se pose à tous les Etats européens, y compris sans doute à l'Allemagne: comment rembourser la dette sans périr?

Références

* NYT Puerto Rico's Governor Says Island's Debts Are 'Not Payable'

http://www.nytimes.com/2015/06/29/business/dealbook/puerto-ricos-governor-says-islands-debts-are-not-payable.html?_r=1

* Rapport Krueger

http://www.gdbpr.com/documents/PuertoRicoAWayForward.pdf

* Porto Rico Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Porto_Rico

30/06/2015

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