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Cuba sur la voie du Mexique

Faut-il commenter à chaud une nouvelle présentée ce matin 18 décembre par les médias occidentaux comme véritablement civilisationnelle: le fait que Barack Obama, en son infinie générosité, se soit dit prêt à reconnaître la légitimité du régime Cubain et lever les sanctions à lui imposées par l'Amérique malgré les crimes innombrables dont Fidel Castro et ses successeurs s'étaient rendus coupables pendant un demi-siècle.

En chroniqueur prudent, nous pourrions attendre un peu, afin d'étudier les réactions à cet évènement somme toute mineur, pour en parler en meilleure connaissance de cause.

Mais avec un minimum de connaissance des abus de pouvoir dont la grande démocratie américaine se rend coupable en permanence dans l'Amérique centrale, il n'est pas nécessaire de beaucoup attendre pour proposer un début de diagnostic. Il suffit de se référer au cas du Mexique, pris depuis des années dans la machine à broyer qu'est l'Alena, dit aussi Nafta.1), c'est-à-dire l'Accord de libre-échange nord-américain, signé entre les Etats-Unis, le Canada, et le Mexique il y a 20 ans. Certes, cet accord a fait quelques heureux, les riches actionnaires et fournisseurs mexicains des grandes compagnies américaines et canadiennes qui mettent le pays en coupe réglé. Mais les vrais bénéficiaires en ont été ces compagnies, et les gouvernements américain et canadien qui se sont appuyés sur elles pour transformer le Mexique en une sous-colonie ravagée par la corruption et les trafics.

Autant que nous sachions, il n'a pas encore été proposé à Cuba d'entrer dans le Nafta. Mais cela ne saurait tarder. L'ile est riche en ressources nombreuses, terrestres et marines, présentées comme sous exploitées par un gouvernement cubain ayant voulu jusqu'à présent gérer l'avenir avec sagesse. Dorénavant, cela va être la ruée des entrepreneurs américains associés à leurs complices cubains, notamment cubains émigrés en Floride. Il ne restera plus rien de la culture de service public instaurée, malgré les difficultés, depuis des années par La Havane. Faut-il rappeler qu'aujourd'hui encore, les médecins cubains sont en pointe dans la lutte désintéressée et dangereuse contre le virus Ebola en Afrique? La privatisation du service de santé cubain qui ne saurait tarder, sous les pressions de grandes fondations éminemment (des)interessées telle que celle de Bill et Melinda Gates, mettra bon ordre à cette anomalie.

On dira que l'offre généreuse faite par Barack Obama et acceptée par Raul Castro va faire des millions d'heureux parmi les citoyens cubains, qui se rongeaient de ne pas pouvoir bouger. Ainsi va la démocratie. Si les Cubains veulent changer de régime, de quel droit le leur reprocherait-on? Comme leurs voisins mexicains, ces Cubains pourront en effet assez vite bouger, autrement dit grossir les rangs des émigrés clandestins exploités par les gardes frontières et les maffias. Dans deux ou trois ans, il sera possible de juger les résultats de la confrontation du pot de terre cubain avec le pot de fer américain.

Todos américanos. Y que viva Fulgencio Batista.

* Voir notre article Le Nafta et le Mexique http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1592&r_id=

* Wikipedia. Cuba http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuba



18/12/2014

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