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Ukraine. Le cessez-le feu est-il rompu?

Les séparatistes prorusses n'ont jamais admis d'appliquer le cessez-le feu tant qu'ils ne se seraient pas emparés de la ville de Debaltsevo. Il s'agit d'une enclave jusque là occupée par les troupes ukrainiennes qu'ils considèrent comme partie intégrante de leur « territoire intérieur ». Cette enclave est un noeud ferroviaire et routier, stratégique car à mi-chemin entre leurs deux grands bastions, Donetsk et Louhansk (voir carte).

De leur côté, les négociateurs européens de Minsk 2 , à ce que nous sachions, n'avaient jamais posé vraiment la question, dans leur précipitation à obtenir un accord de cessez-le feu, peut-être aussi par manque d'informations. Porochenko pour sa part savait parfaitement qu'il s'agissait d'une poche déjà encerclée et devenue indéfendable (le chaudron), à laquelle les séparatistes de Novorussie ne renonceraient jamais. Mais ordonner le retrait de ses troupes lui aurait enlevé une occasion de remettre ultérieurement en cause, avec le soutien américain, l'accord de Minsk2.

Poutine connaissait la situation, l'encerclement étant antérieur à la signature des accords. Manifestement, il considérait que l'abandon de la poche par les troupes ukrainiennes allait de soi, afin de rétablir la continuité du territoire de Novorussie. Mais il comptait, selon une déclaration faite le 18 février lors d'une conférence de presse à Budapest en présence du premier ministre hongrois Viktor Orban, sur le fait que la question se réglerait par des négociations une fois l'accord de Minsk 2 entré en vigueur. Aujourd'hui, il demande à nouveau de telles négociations.

Reddition

Celles-ci seront-elles nécessaires? D'après les informations disponibles au soir du 18, les quelques 8.000 hommes de l'armée ukrainienne se seraient retirés ou rendus sans véritablement combattre, à court de moyens de résistance et semble-t-il abandonnés par leurs chefs. Les séparatistes s'honoreraient en renvoyant les prisonniers purement et simplement chez eux. Dorénavant le point essentiel serait que des deux cotés, les opérations de retrait prévues par l'accord, notamment celui des armes lourdes, soient effectivement entreprises- ce qui n'avait jamais été fait jusqu'à ce jour.

Mais les proclamations indignées des Européens les plus va-t-en guerre, au sein de l'Otan, relayées à Washington par l'ineffable vice- président Joe Biden, font craindre qu'il n'en soient rien. Manifestement l'Amérique veut absolument pouvoir proclamer que les accords Minsk 2 sont rompus, afin de reprendre ses livraisons d'armes à l'Ukraine et pousser, si possible, Vladimir Poutine à une intervention militaire. Au bout de celle-ci, un affrontement nucléaire serait le bienvenu, dans l'esprit des néo-conservateurs américains les plus acharnés. On lira sur ce sujet l'article révélateur de Philippe Grasset Delenda est Russia http://www.dedefensa.org/article-delenda_est_russia_contre_delenda_est_systema_17_02_2015.html

Seule la France semble encore raison garder. Par la voix de Stéphane Le Foll, elle a fait entendre une autre voix, plus optimiste. Le porte-parole du gouvernement a affirmé que l'accord de Minsk sur l'Ukraine n'était «pas mort» et que la France ferait «tout pour faire vivre cet accord». Pour lui, la prise de Debaltsevo ne constitue qu'«une difficulté d'application sur un point précis». «On va continuer, on sait qu'on a des problèmes, on sait que tout n'est pas réglé mais entre la situation qu'il y avait juste avant cet accord à Minsk et celle qu'on connaît, même si ce n'est pas encore totalement réglé, il y a eu un progrès qui a été fait», a-t-il expliqué.

Il faut espérer que François Hollande maintiendra cette position et saura en convaincre sa partenaire Angela Merkel, manifestement très travaillée aujourd'hui par les lobbies germano-américains anti-russes.

18/02/2015

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