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Lancement de l'Union pour la Méditerranée

Il faut admettre que l'Union pour la Méditerranée peut s'avérer une bonne initiative. Elle a été très critiquée à Bruxelles et dans les pays du Nord de l'Europe, comme susceptible d'entrer en contradiction avec le programme Euromed. Beaucoup y ont vu aussi un projet poussé par Nicolas Sarkozy pour se faire valoir personnellement ou, plus généralement, pour soutenir les intérêts français dans cette partie du monde. Mais il faut bien reconnaître que si personne n'avait intérêt à cette évidente prise de risque, il ne se serait rien passé. La France a encore un grand rôle à jouer en Europe et ailleurs. Y renoncer frileusement serait attentatoire au bon sens.
 
Aujourd'hui, après la réunion de plus de cinquante  Chefs d'Etats et chefs de gouvernement à Paris le 13 juillet, un premier succès diplomatique parait incontestable. Il ne bénéficie pas seulement à la diplomatie française. En bonne logique systémique, il devrait profiter à tous les pays rassemblés autour de ce projet d'Union. Leur présence montre que, bien que fragile, une volonté de dialogue et de coopération est affichée, dans une partie du monde encore dévorée par les affrontements économiques, politiques et religieux. L'histoire revenant rarement entièrement en arrière, il est probable qu'il en restera quelque chose.

Il ne faut pas reprocher à la France d'avoir pris cette initiative. On ne voit pas en dehors d'elle qui aurait pu être légitime pour le faire. Imaginons ce qu'aurait produit un projet de cette nature initialisé par le département d'Etat américain ou une fondation financée par les fonds souverains des pays musulmans du Golfe.

Certes, tous les Etats européens ne s'y engagent pas de la même façon. L'absence de facto de la Grande Bretagne est remarquée. Mais ces réticences ne devraient pas empêcher l'attelage d'avancer, si les principaux membres de l'UPM, au Nord comme au Sud, jouent le jeu. Certains craignent que les Etats est-européens veuillent concurrencer cette Union en lançant à leur tour une Union pour l'Europe à l'est de ses frontières actuelles, vers l'Ukraine voire la Biélo-Russie ou la Mer Noire, par exemple. Pourquoi pas ? Cependant une telle Union vers l'Est (l'Europe de l'Atlantique à l'Oural) n'aurait pas de sens si elle excluait la Russie. Or on peut penser que ses promoteurs éventuels, d'ailleurs soutenus fortement par les Etats-Unis, veuillent au contraire la construire contre cette dernière. Ce ne devrait pas être accepté par les grands Etats européens, Allemagne et France notamment.  

Pour en revenir à l'UPM, il est évident que la volonté affichée de coopération ne résoudra pas d'un coup tous les problèmes structuraux. Les différences de démographie, de niveau de vie, de ressources entre le Nord et le Sud ne s'effaceront pas d'un coup. Les rivalités nationales et religieuses moins encore. L'absence de la Libye à la réunion de Grand Palais a été remarquée à cet égard. Les difficultés seront accrues par le fait que, derrière les pays africains de la Méditerranée se trouve l'Afrique sub-saharienne, foyer d'hyper-natalité et de désordre politique, dont les populations considèrent déjà le Maghreb comme un marche-pied pour la pénétration en Europe. Des mesures de restriction aux échanges, voire de fermetures des frontières à certains trafics seront indispensables. Elles seront mal ressenties par les pays du Sud, sauf à ce qu'ils s'y associent sans arrière pensées.

Cependant, nous voudrions souligner ici que les promoteurs de l'UPM, dont la France, ont eu la sagesse d'en faire un cadre destiné à encourager de grands programmes transnationaux d'intérêt commun. Là le besoin est indiscutable et les plus nationalistes ne pourront éviter de le reconnaître. Une première liste a été proposée. Elle comprend d'abord de grands travaux d'intérêts communs : dépollution de la Méditerranée, protection de la biodiversité et des réserves en eau, investissements en énergies renouvelables, rénovation des agricultures traditionnelles, mise en place d'infrastructures communes de transport économiques en énergies. La liste comprend aussi le corollaire indispensable : large coopération scientifique et technique permettant d'élever le nombre des travailleurs et encadrements susceptibles de trouver emploi dans ces diverses activités.

De grandes entreprises du Nord ont manifesté leur intérêt pour de tels programmes. Mais si les choses se passaient comme actuellement envisagé, elles devraient être relayées ou complétées par des entreprises du Sud. Par ailleurs un grand nombre d'association et ONG ont fait valoir leur intérêt pour ces actions et leurs corollaires. Leur engagement leur donnerait une portée sociale et citoyenne indispensable.

On objecte  que les ressources financières ne seront pas au rendez-vous. Mais c'est un faux problème. Les dispositifs européens actuels, comme ceux de la Banque Mondiale et du FMI, auxquels tous ont droit, devraient suffire à rassembler les premiers fonds. Ensuite, les investisseurs publics (Etats et collectivités locales) comme privés viendront d'eux-mêmes, si les projets sont bien gérés. Bien sûr, tout ceci restera fragile, à la merci par exemple de quelques attentats suicides qui ruineraient les premiers établissements. Mais c'est aujourd'hui le monde entier qui doit affronter de telles menaces et s'y adapter.

Nous ajouterions une chose, dans la suite de la philosophie de la construction européenne que nous défendons. Nous avons plusieurs fois remarqué que l'Europe ne prendra de signification pour ses citoyens que si d'une façon ou d'une autre, ses responsables politiques et économiques s'entendent pour lancer de grands programmes stratégiques transeuropéens dont chacun pourrait mesurer l'avancement et les bénéfices. L'UPM reprend à son compte cette idée. C'est une bonne chose. Mais il faudrait que les pays européens fassent de même en ce qui les concerne, même s'ils ne sont pas riverains de la Méditerranée. La dépollution des mers les intéresse tous, comme la protection de la biodiversité. La production à grande échelle d'énergies renouvelables aussi. De même la construction d'infrastructures de transport et l'élaboration de véhicules indépendants du pétrole. Nous avons précédemment indiqué que la présidence française, si elle avait su voir au-delà des intérêts immédiats, aurait du promouvoir – au moins verbalement dans un premier temps – de tels programmes, dans la perspective des grandes crises énergétiques, alimentaires et environnementales qui s'approchent inexorablement. Elle ne l'a pas fait. Par conséquent, elle n'a pas jugé utile de faire le lien entre de telles initiatives intra-européennes et leurs prolongements possibles au sein de l'UPM.  Les projets méditerranéens auraient pu pourtant y gagner en crédibilité.

Il n'est peut-être pas trop tard cependant pour y penser, si ce n'est en France, du moins chez nos voisins européens.  

15/07/2008
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