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Conférence du Mouvement des Non-Alignés. Quels enseignements pour les Européens?

Cette conférence, qui a réuni 120 nations, s'est terminée à Téhéran le 31 août. Quels enseignements pourraient en tirer les Européens?

La première est que, en dépit du vif mécontentement américain, elle s'est précisément tenue en Iran et non dans un autre pays non-aligné qui aurait pu tout aussi bien l'accueillir. Ceci fait beaucoup de monde pour manifester plus ou moins clairement une opposition aux positions américaines, partagées par les Européens.

L'Iran présentée depuis des mois sinon des années comme l'ennemi de l'Occident, c'est-à-dire en fait en premier lieu de Washington, en est sortie réconfortée. Elle a pu faire admettre des participants sa légitimité de se doter à marche forcée d'un programme nucléaire qu'elle affirme être uniquement civil mais qui lui donnerait si elle le désirait assez d'uranium pour construire une ou plusieurs bombes nucléaires. Autrement dit, sans le dire officiellement, les Non-Alignés lui reconnaissent la légitimité de posséder une telle arme, dont Israël et le Pakistan, entre autres, sont depuis longtemps dotés.

Cela ne veut pas dire que les Non Alignés soutiendraient la prétention affichée par certains dirigeants iraniens de « rayer Israël de la carte » même si certains d'entre eux ne verraient pas cette perspective d'un trop mauvais oeil. Ceci veut dire par contre qu'ils reconnaissent à l'Iran un statut de puissance responsable, et non celui d'un boute-feu régional dangereux. Si en effet l'Iran se mettait en tête, non seulement de faire une bombe mais de s'en servir, beaucoup de ces pays, à commencer par l'Egypte, ne pourraient pas échapper aux retombées radioactives d'une telle opération, sans parler des conséquences désastreuses de la 3e guerre mondiale qui en résulterait inévitablement.

On voit mal, dans ces conditions, comment les Israéliens, éventuellement soutenus militairement par les Etats-Unis, pourraient encore laisser entendre qu'ils mèneraient une opération militaire préventive contre les installations iraniennes, même si, comme le suggère l'AIEA, Téhéran continuait à enrichir davantage d'uranium que ne l'exigerait le programme civil annoncé. Le renforcement des sanctions, dont la plupart des Non-Alignés ne reconnaissent pas la légitimité, n'aura pas non plus d'effet.

Nous pensons dans ces conditions que les Européens devraient pour ce qui les concerne se séparer nettement de la position américaine si celle-ci persiste dans son véto. Ils devraient autrement dit reconnaître le droit de l'Iran à l'arme nucléaire, quitte à décider d intervenir directement comme médiateurs dans la solution du conflit israélo-palestinien. L'une de ces interventions pourraient être de menacer l'Iran d'une frappe en retour, si par extraordinaire celle-ci essayait véritablement d'utiliser une bombe contre Israël – tentative dont on a d'ailleurs tout lieu de penser vu l'efficacité des défense dont dispose l'Etat juif, qu'elle échouerait.

On reprochera à la position que nous évoquons ici de mener tout droit à une prolifération des armes nucléaires. Mais nous sommes de ceux qui pensent que disposer d'une telle arme calme généralement les volontés belliqueuses d'un Etat, vu les risques de destruction qu'il courrait en cas d'usage. La dissuasion a sur cette base fort bien marché jusqu'ici. Il n'y a pas de raisons qu'il en soit différemment, même si l'Iran et quelques autres rejoignaient le club des Etats dotés de la bombe.

Un deuxième enseignement de la Conférence des Non-Alignés est qu'elle a marqué la volonté de l'Egypte de participer à la recherche d'une solution non militaire "occidentale" au conflit syrien. Le président Mohamed Morsi a certes clairement évoqué sa désapprobation de la politique de répression menée par le gouvernement de Bashar Al Assad. Ceci a beaucoup déplu aux Iraniens qui, fait rare dans les annales diplomatiques, auraient parait-il modifié le compte-rendu de la réunion pour que la position égyptienne n'apparaisse pas. Ceci dit, les Américains et leurs alliés arabes n'auront pas matière à se réjouir. Morsi  a accepté de participer à un groupe de contact conduit par l'Iran.On notera au delà de cette question que l'Egypte ne montre pas de défiance à l'égard de la multiplication des mouvements djihadistes et à l'anarchie qui dérouleraient très vraisemblablement de la chute du pouvoir syrien actuel – alors qu'elle peine à maintenir le calme dans le Golan. Ceci ne devrait pas rassurer les Occidentaux non plus qu'Israël.

Les Européens devraient dans ces conditions, même si l'Iran participe à l'axe appuyé par la Russie et la Chine qui défend l'actuel gouvernement syrien, renoncer à prendre systématiquement une position contraire. S'ils avaient eu au moins un représentant officiel à la conférence des Non-Alignés, ils auraient pu avantageusement faire connaître ce point de vue aux 120 gouvernements dont certains s'étonnent de les voir aveuglément soutenir sur ce sujet comme sur d'autres la position américaine.





01/09/2012
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