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Le destin de Ségolène Royal est ailleurs qu'à l'assemblée nationale française

Lorsque l'on a les compétences, la célébrité et l'aura de Ségolène Royal, il faut viser plus haut et plus large que l'assemblée nationale. Nous sommes de ceux qui pensons, ayant toujours soutenu son action, que des enjeux d'envergure mondiale l'attendent. L'un de ceux-ci pourrait consister à relancer une dynamique en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et la biodiversité, lutte qui s'est déplorablement enlisée au dernier sommet de Rio.


Les conséquences de  cette échec, s'il n'était pas rapidement réparé, seront dramatiques pour la planète. Mais, dira-t-on, une femme seule, ou presque, pourrait-elle faire évoluer les énormes égoïstes nationaux et industriels qui se sont opposés aux accords significatifs attendus de ce sommet? Nous le pensons, si elle sait utiliser plus encore qu'aujourd'hui les nouvelles technologies en réseau qui donneraient à son action la portée nécessaire, tant chez les populations menacées que parmi les scientifiques.

Nous avons reçu de Désirs d'avenir, le mouvement crée par Ségolène Royal, un texte en ce sens que nous publions ici. Nous aimerions y lire les bases de l'engagement nouveau qui devrait être celui de Ségolène Royal.

1992, 1er Sommet de la Terre à Rio : un espoir se levait. 2012, il ne faut rien lâcher

C'était il y a vingt ans et je participais comme Ministre de l'Environnement, aux côtés de François Mitterrand qui avait ardemment voulu ce premier Sommet de la Terre, aux négociations entre les pays du monde pour protéger la planète.

En ce mois de juin 1992, à Rio, une prise de conscience planétaire s'affirmait et un espoir se levait : celui d'une humanité prenant la mesure des dégâts écologiques insoutenables d'un modèle de production prédateur et capable de faire prévaloir, sur les égoïsmes à court terme, la vision partagée d'un essor économique écologiquement responsable, fondé sur une nouvelle solidarité entre le Nord et le Sud.

Je me souviens de l'appel du Président français à une mobilisation mondiale et à ce qu'il appelait « une obligation d'assistance mutuelle écologique », ouvrant la voie à un « nouvel ordre international » juste, où les pays les plus développés, comme on disait à l'époque, assumeraient leur responsabilité historique et où les autres assumeraient aussi la leur mais en fonction de leurs moyens et gagneraient du temps en ne reproduisant pas les mêmes erreurs.

Le mur de Berlin était tombé trois ans plus tôt et tout semblait possible.
La France, très activement impliquée dans ce Sommet fondateur, défendait l'impérieuse obligation d'une nouvelle alliance entre les pays riches et pauvres.

Bien sûr, toutes les divisions et tous les désaccords, toutes les suspicions et toutes les résistances n'avaient pas été magiquement surmontés mais des décisions importantes et prometteuses avaient alors été prises.

154 pays avaient signé la Convention sur la diversité biologique, pour la protection des espèces et des espaces vulnérables.

La Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique avait été adoptée, traçant le but d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La Déclaration sur la forêt reconnaissait sa valeur irremplaçable pour l'environnement mondial et un accord prévoyait une convention sur la désertification.

L'Agenda 21, né à cette occasion, fixait des objectifs et des règles, déclinables dans chaque pays et chaque territoire.
La création d'une Commission du développement durable semblait pouvoir être un premier pas vers une autorité mondiale veillant au respect des engagements pris, que la France, déjà, appelait de ses vœux.

La Charte de la Terre énonçait 27 principes fondamentaux pour la sauvegarde de notre biosphère, parmi lesquels l'égalité d'accès aux ressources planétaires, la nécessaire liaison du développement humain et de la préservation de l'environnement, la règle « pollueur = payeur », l'importance de la transparence démocratique.

Je me souviens d'avoir défendu à Rio le besoin d'une Convention mondiale sur l'eau, ressource vitale mais ressource rare et polluée. Et de ce chiffre atroce : 25 millions d'enfants mourant chaque année d'avoir bu de l'eau non potable. De nos jours, 34.000 personnes en meurent encore chaque jour, dont 5.000 enfants.

20 ans ont passé et beaucoup de choses ont changé.

Premier changement : la prise de conscience est aujourd'hui mondiale


Cette prise de conscience est largement partagée par les gouvernants et par les citoyens. Les lobbies climatosceptiques, pétroliers et autres ont beau faire : les dangers des ravages écologiques sont connus, les rapports scientifiques sérieux abondent et leurs conclusions alimentent le débat public.
Nul pays, même parmi les plus rétifs aux engagements internationaux contraignants, ne songe à les nier. Beaucoup, d'ailleurs, tout en freinant l'adoption de régulations multilatérales, mettent en place des politiques souvent volontaristes de lutte contre les pollutions et de développement des énergies renouvelables (même si les énergies propres sont encore loin de se substituer aux énergies fossiles et s'il s'agit, dès lors, plus d'une « addition » que d'une « transition » écologique d'un modèle vers un autre).

Les citoyens, eux aussi, perçoivent très bien que ça ne peut plus continuer comme avant.

Tout particulièrement les jeunes générations, très sensibles à la menace climatique, aux conséquences des pollutions multiples issues de l'activité humaine et au gaspillage des ressources de la planète, a fortiori quand domine la recherche exclusive du profit à tout prix.
Mais les citoyens ne veulent pas d'une écologie punitive, d'une écologie qui alourdisse de contraintes supplémentaires les difficultés d'une vie déjà pas facile.

Cela vaut au Nord comme au Sud.
L'écologie à laquelle ils adhèrent doit être porteuse d'emplois nouveaux, de pouvoir d'achat, de sécurités alimentaire, sanitaire, énergétique et sociale, de bien-être quotidien accessible à tous. Ce qu'ils plébiscitent, c'est une social-écologie qui soit un moteur de progrès pour chacun.

Deuxième changement : une diplomatie planétaire qui s'enracine malgré tout

Bien sûr, au regard de l'urgence écologique et de l'accélération de la dégradation de notre environnement, la mobilisation mondiale semble encore trop lente, trop hésitante, trop entravée de soupçons, de concurrences et de querelles qui font obstacle aux coopérations nécessaires.
Bien sûr, les actes sont loin d'avoir toujours suivi les paroles et l'actuel Sommet de Rio semble ne pas devoir inverser la tendance.
Bien sûr, le bilan de ces vingt dernières années doit être regardé lucidement.
Les émissions annuelles de CO² ont augmenté de 38% en deux décennies et l'objectif de limitation du réchauffement climatique à 2° semble hors de portée sans efforts supplémentaires significatifs.
Malgré de nombreuses mesures protectrices, l'érosion de la bio-diversité n'est pas enrayée et 13 millions d'hectares de forêt sont détruits chaque année.
La perturbation du cycle de l'azote continue d'impacter négativement la fertilité des sols et des mers, les « zones mortes » dues aux rejets de polluants agricoles et industriels se multiplient, les ressources halieutiques s'épuisent.
Dans plusieurs domaines que pointait déjà, en 1987, le rapport Bruntland (qui a popularisé la notion de « développement durable »), les seuils d'alerte sont aujourd'hui atteints.
Le risque, indique le rapport remis en janvier dernier au Secrétaire général de l'ONU, est de condamner à la pauvreté 3 milliards de personnes, soit trois fois plus qu'aujourd'hui, car l'irresponsabilité écologique, c'est aussi plus de misère.
Moins du tiers des Etats ont signé les principaux accords multilatéraux relatifs à l'environnement.
Et les sommets de ces dernières années se sont révélés bien décevants.
J'étais à celui de Copenhague, en 2009, au titre des actions conduites par la Région Poitou-Charentes, et j'ai vu les espoirs soulevés par cette rencontre se briser sur la résistance conjointe des Etats-Unis et de la Chine, les deux plus gros pollueurs mondiaux.
Ni Cancun, en 2010, à l'occasion duquel j'avais adressé au Climate Group un document de travail pour des politiques écologistes volontaristes, clefs d'une sortie de crise par le haut, ni Durban, un an plus tard, n'ont apporté de réponses à la hauteur de l'enjeu climatique.
Et pourtant, ces négociations internationales qui semblent souvent s'enliser ou ne progresser qu'à très petits pas sont un acquis majeur qui a légitimé l'idée qu'à des problèmes mondiaux, il faut aussi des réponses mondiales.
Elles ont permis des avancées importantes comme la signature du Protocole de Kyoto, auquel il faut aujourd'hui trouver un relais.
Des règles nouvelles ont été édictées et certaines ont fait la preuve de leur efficacité comme l'accord de Montréal, en 2007, sur l'élimination des hydrochlorofluorocarbones, si destructeurs de la couche d'ozone.
Une chose est sûre : la question aujourd'hui n'est plus de savoir s'il faut agir mais comment agir efficacement ensemble dans un monde qui se transforme à vive allure. C'est pourquoi, si la question des objectifs est essentielle, celle des moyens et des outils communs, financiers et organisationnels, ne l'est pas moins. A Rio, cette année, elle devait être centrale car c'est la condition pour passer, plus qu'hier, des paroles aux actes. Il semble malheureusement que l'occasion ne sera pas saisie.

Troisième changement : l'affirmation de la dimension économique de la mobilisation écologique

Jamais nos raisons d'agir ensemble n'ont été aussi fortes, jamais la nécessité de changer de paradigme n'est apparue si manifeste mais aussi, sur fond de crise pour les uns et d'aspiration légitime à un développement émancipé des anciennes tutelles pour les autres, la tentation de différer des réponses communes à la dégradation de notre
biosphère commune.
C'est pourquoi, plus encore qu'il y a vingt ans, efficacité écologique, efficacité économique et efficacité sociale doivent impérativement aller de pair.
C'est pourquoi, également, il est important de montrer que le laisser-faire écologique n'est pas seulement un héritage empoisonné pour les générations futures mais, ici et maintenant, un facteur de pauvreté, de précarité, d'insécurités et l'option financièrement la plus coûteuse.

En 2006, le rapport Stern chiffrait le coût du changement climatique : 5% du PIB mondial (soit, sur dix ans, 5.500 milliards d'euros) et celui d'une politique résolue de réduction des émissions de gaz à effet de serre : 1% du PIB mondial (soit, sur dix ans, près de 275 milliards d'euros et l'équivalent... des dépenses de publicité mondiales), aisément récupérable par l'engagement de nos économies dans une croissance verte créatrice d'activités nouvelles, de richesses et d'emplois. Même au regard de l'utilitarisme rationnel, l'investissement écologique, ça rapporte  !
Rappeler inlassablement cette évidence est tout autre chose que d'ouvrir la porte, sous le label fourre-tout d' « économie verte », à la monétarisation de la nature, à la marchandisation du vivant et à la main mise des intérêts privés sur ces biens communs que sont l'air ou l'eau.
Les ONG réunies en ce moment au Sommet des Peuples dénoncent à juste titre les dangers d'un verdissement superficiel des lois du marché au détriment des régulations garantes de l'intérêt général.
A l'inverse du discours des multinationales, elles montrent comment la privatisation contribue à creuser les inégalités d'accès au service de l'eau.
Elles donnent aussi l'exemple de la transformation du CO² en actif financier et des marchés carbone dont, au bout du compte, les spéculateurs et les pollueurs ont davantage profité que le climat.
Elles montrent les limites des compensations « volontaires » aux dégradations infligées à l'environnement, façon commode, pour les lobbies qui hantent les cénacles onusiens, d'éviter une législation sociale et environnementale contraignante.
La croissance verte telle que je la conçois et telle que nous la mettons en pratique en Poitou-Charentes est tout autre chose.
Elle suppose, bien sûr, un engagement actif des entreprises dans la conversion écologique de notre économie et le développement d'industries écologiques innovantes mais dans un cadre dont il revient à la puissance publique de fixer les règles au nom de l'intérêt bien compris de tous.
Car la nouvelle frontière verte ne saurait être un nouveau Far West : il s'agit de hâter l'avènement d'un nouveau modèle de développement économique, écologique et social, plus efficace, plus durable et plus juste.
Certains parlent de croissance verte « inclusive » ou d'économie « verte et solidaire », peu importent les mots dès lors que l'ambition ne se borne pas à teinter de vert un capitalisme financiarisé inchangé sur le fond et socialement destructeur.
Les pays émergents, Brésil en tête, se méfient eux aussi du vocable « économie verte » mais pour d'autres raisons : ils y voient une ruse des pays occidentaux pour entraver leur libre développement, reprendre la main en vendant leurs technologies vertes et déguiser leurs tentations protectionnistes.
Au-delà des considérations terminologiques, c'est là un des points durs sur lesquels achoppent depuis déjà plusieurs années les négociations multilatérales.
Et cela d'autant plus que les rapports de forces ont profondément évolué, que le souvenir des ajustements structurels et des arrogances d'antan reste vif dans des pays désormais fiers de leur essor et décidés à maîtriser souverainement leur destin.
Cette affirmation sur la scène internationale des pays dits « émergents » est une donnée radicalement nouvelle par rapport au premier Sommet de la Terre et met en évidence à quel point le multilatéralisme écologique a besoin d'une plus juste réciprocité des échanges.
L'enjeu est de taille car tous, pays affaiblis par la crise ou pays affamés de développement, nous avons autant besoin d'une croissance solide, affranchie de modèles insoutenables et capable de réduire les inégalités, dans nos pays et entre eux.
L'autre dimension problématique des relations entre économie et écologie, c'est la crise financière et budgétaire, avec ses conséquences économiques et sociales, sous l'impact de laquelle nombre de gouvernements révisent à la baisse leurs ambitions écologiques.
Le Président Obama croit aux énergies renouvelables mais les Etats-Unis mettent le paquet sur les énergies fossiles avec les gaz et les pétroles de schiste.
L'Espagne avait misé gros sur les énergies renouvelables et la réduction de son extrême dépendance énergétique mais elle leur coupe aujourd'hui les vivres et le tiers des emplois du secteur est en train de disparaître.
Quant au Canada, la droite conservatrice au pouvoir y enterre définitivement le Protocole de Kyoto.
Ces régressions sont des impasses.
En signifiant la préférence court-termiste du chacun pour soi, elles ne facilitent pas les négociations internationales.
C'est pourtant là un contre-sens majeur sur la crise globale qui frappe les pays développés et inquiète tous les autres ainsi que sur les moyens d'en sortir.
Car les crises sont des opportunités historiques à saisir pour se déprendre des vieux modèles à bout de souffle et faire le choix de solutions d'avenir.
C'est pourquoi le Président français a raison de défendre à Rio la nécessité d'un nouveau modèle de développement, de vouloir pour la France une transition écologique réussie (ce sera l'objet de la conférence environnementale de juillet prochain), condition de notre redressement productif, et d'engager nos partenaires européens à s'investir dans le grand chantier d'une Europe de l'énergie en mettant en
place des politiques communes volontaristes et pourvoyeuses d'une nouvelle croissance.
Exemplaires chez elles et visionnaires pour notre monde commun, la France et l'Europe y gagneront un pouvoir d'entraînement accru dans les enceintes internationales où doivent s'élaborer les accords mettant en actes cette « responsabilité commune et proportionnée » proclamée il y a vingt ans.

Quatrième changement : les collectivités territoriales prouvent concrètement qu'il est possible d'agir

La destruction de notre environnement n'est pas une fatalité qui s'abattrait sur une humanité impuissante et condamnée à subir. C'est une question de volonté politique.
En Poitou-Charentes, cela fait déjà plusieurs années que nous avons pris le parti d'une excellence environnementale qui est notre règle dans tous les domaines de l'intervention régionale.
Nous nous sommes fixés, à l'horizon 2020, des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux que ceux retenus par l'Europe. Nous avons construit le premier lycée « zéro énergie fossile ». Nous soutenons le développement des industries écologiques avec notamment la création d'un pôle de compétitivité qui rassemble aujourd'hui un millier d'entreprises et de laboratoires de recherche. Nous soutenons également le développement des énergies renouvelables et l'industrie photovoltaïque, particulièrement malmenée par le précédent gouvernement, la voiture électrique, les biomatériaux, l'éco-construction, les formations aux métiers verts et bien d'autres choses encore car là sont, dans le monde d'aujourd'hui, les gisements de croissance, d'emplois et d'amélioration de la qualité de la vie.
J'ajoute que nous agissons conjointement sur l'offre et la demande, pour sécuriser les nouveaux débouchés sont les entreprises innovantes ont besoin et pour que la barrière de l'argent ne soit pas, pour les ménages, un obstacle au droit à un environnement sain.
J'ajoute aussi que les actions de coopération décentralisée que nous conduisons avec des régions partenaires au Sénégal, au Viet Nam, en Inde, à Haïti et au Québec sont, elles aussi, fondées sur la diffusion des énergies renouvelables, solaire et éolienne en particulier, sur l'exploitation durable des ressources forestières, sur l'écotourisme et sur l'utilisation de technologies agro-environnementales.
Ces programmes, nous les avons bâtis ensemble, en partant des besoins sur le terrain et en associant les populations aux décisions qui les concernent.
J'en tire la conviction renforcée que, du Nord au Sud, une mobilisation écologique commune, au service du développement humain, est possible dès lors qu'elle repose sur des relations égalitaires et la mise en commun de nos savoir-faire.
Penser globalement et agir localement, c'est ce que font de par le monde de très nombreuses collectivités locales.
D'après l'ONU, 50 à 80% des actions publiques contre le changement climatique sont le fait des Régions.
A Rio, les villes et les collectivités territoriales sont fortement représentées : elles témoignent que la révolution social-écologique est en marche quand bien même les Etats tardent.
Seules, elle ne peuvent pas tout mais elles peuvent beaucoup et préfigurent avec des résultats probants ce qui doit devenir possible à l'échelle du monde.

Qu'attendre de Rio + 20  ?

Chacun le sait : les conditions d'un franc succès et d'avancées majeures ne sont pas réunies.
J'espère pourtant que ce 2ème Sommet de la Terre, voulu jadis par le Président Lula, débouchera sur des résultats tangibles. C'est pourtant loin d'être sûr.
La France, pour sa part, y défend trois objectifs :


- l'accès universel aux énergies renouvelables, pour lequel des engagements doivent être pris ;
- la souveraineté alimentaire qui passe par une agriculture durable et par la préservation des terres arables contre leur accaparement par des Etats étrangers et des multinationales qui les exploitent à leur seul profit ;
- le soutien à la croissance verte, dont l'économie sociale et solidaire est partie prenante, pour que le développement durable soit, sous toutes les latitudes, facteur d'essor économique, de justice sociale et d'équilibre des territoires.
Elle y défend aussi la création d'un indicateur remplaçant le PIB, qui intègre l'efficacité environnementale et sociale à la mesure du progrès de nos sociétés, la mise en place de financements innovants car l'émergence d'un nouveau modèle suppose des investissements d'avenir.
Les Etats les plus anciennement industrialisés ne peuvent se défausser de leur responsabilité historique et de leur « dette écologique ».
De précédents sommets ont créé des fonds qui ne sont toujours pas ou
insuffisamment abondés  : je crois que ce manquement à la parole donnée alimente une méfiance peu propice aux compromis à construire.
A Rio, la France et l'Union européenne défendent une nouvelle fois la nécessité de mettre en place une Organisation mondiale de l'Environnement, comme il existe un Organisation mondiale du commerce ou une Organisation internationale du travail, c'est à dire une Agence spécialisée de l'ONU qui dépasse les limites de l'actuel Programme national des Nations unies pour l'environnement, le PNUE, créé en 1972 lors de la Conférence de Stockholm, doté de faibles moyens financiers et qui ne regroupe dans son conseil d'administration qu'une cinquantaine de pays.
Il nous faut aujourd'hui une organisation plus puissante, capable d'assurer le suivi des décisions prises, de mobiliser les énergies et de préparer les négociations à venir.
En établissant son siège à Nairobi, cette Organisation mondiale de l'environnement témoignerait aussi du rôle de l'Afrique au regard des enjeux environnementaux et de l'importance d'une mobilisation écologique qui fasse réellement reculer la pauvreté.
Mais ne nous voilons pas la face : le texte mis au point sous la férule du Brésil juste avant l'ouverture du Sommet de Rio + 20 est indigent et décevant. Il se borne, en matière de gouvernance, à un « renforcement » fort imprécis du PNUE, sans même évoquer la perspective d'une Organisation mondiale de l'environnement.
Il est d'une grande discrétion sur la question des financements nécessaires pour promouvoir dans les pays pauvres une économie sobre en carbone et moins dévoratrice des ressources naturelles.


Il semble, à ce stade, que le texte final n'acte, pour l'essentiel, que deux bonnes nouvelles  :
- l'adoption des Objectifs du Développement Durable qui succèderont en 2015 aux Objectifs du Millénaire qui exclusivement tournés vers les pays pauvres (et n'ont obtenu que des résultats mitigés) ;
- la prise en compte de la question des océans et de la biodiversité en haute-mer.
L'acidification des mers, véritables puits de carbone, les ravages de la surpêche et la destruction massive des stocks de poissons n'avaient jusqu'à présent donné lieu qu'à l'adoption, il y a une trentaine d'années, d'un Convention sur le droit à la mer qui ne protège que les zones côtières et laissait un vide juridique total sur 70% de la surface maritime. L'opposition des Etats-Unis, du Japon, de la Russie, de l'Islande et de la Norvège ne l'a pas emporté face au front commun de l'Europe et des pays pauvres du G77.
A Copenhague, le Président Lula avait créé la surprise en prenant pour son pays des engagements volontaristes et exemplaires.
A Rio cette année, nombre de chefs d'Etat et de gouvernement sont absents (notamment Barak Obama, Angela Merkel, David Cameron).
François Hollande est le seul Président d'un grand pays développé à participer au Sommet, si l'on excepte le Brésil, puissance accueillante.
« L'heure n'est plus aux querelles de clocher » disait il y a un mois M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu. Il ajoutait : « le moment est venu pour les dirigeants et les peuples du monde de s'unir autour d'un objectif commun pour façonner l'avenir que nous voulons ».
Il y a tout lieu de craindre que le Sommet de Rio ne le permette pas.
La hantise de la crise, au lieu de pousser à l'audace et aux solidarités nécessaires pour en sortir par le haut, semble avoir nourri des frilosités dont l'Union européenne s'honore de ne pas être satisfaite.
L'ambition d'ouvrir un nouveau cycle de négociations dans la perspective d'un accord global, en construisant pour ce faire une méthode et un calendrier, semble avoir été remisée.
Sauf coup de théâtre, ce n'est pas une bonne nouvelle pour le monde.
Mais ce doit être, pour nous en France et en Europe, une raison de plus de pratiquer hardiment une politique par la preuve qui nous arme face à la crise globale qui malmène nos pays alors que le levier du développement durable est une chance à saisir.

Ségolène Royal

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Site : http://www.leblogdesegoleneroyal.fr

24/06/2012
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