Nous sommes les premiers ici à répéter que l'entente franco-allemande est essentielle à l'Europe, mais ceci ne signifie pas qu'aujourd'hui François Hollande doive renoncer à proposer un plan pour cette entente qui tienne un peu plus compte des possibilités et besoins des autres pays. C'est ce plan qu'il vient de présenter pour tenter de stabiliser l'euro, sans renoncer à la croissance. Les trois axes en sont, sans surprise, croissance, stabilité financière et union monétaire. Un dispositif important en sera l'instauration d'une Union bancaire, également recommandé par la Commission européenne.
Paris sur ce point a confirmé qu'il souhaite confier à la Banque centrale européenne la surveillance des banques. Ce concept suppose que la BCE et les 17 banques centrales nationales de l'Eurosystème aient le pouvoir de suivre et de superviser les institutions bancaires, quelle que soit leur taille et leur présence hors frontières, ce dont s'est révélée incapable l'actuelle Autorité européenne des banques (EBA). Pour le gouverneur de la Banque de France (Le Figaro du 12/06/2012), la création d'une autorité unifiée de supervision est la "condition préalable" à la mise en place d'un fonds unique de garantie des dépôts bancaires.
Cette union bancaire serait le premier pas vers une union budgétaire. Le bon fonctionnement de cette union budgétaire dans la lutte pour la stabilité financière suppose en effet que les banques, jusqu'ici principalement responsables des dérives de la dette, soient soumises, comme en principe dorénavant leurs homologues américaines, à un minimum de contrôle « fédéral ».
Plus généralement, François Hollande se dit prêt à prendre au mot les propositions de Mme Merkel concernant l'intégration politique et budgétaire de l'Europe. Il souhaite seulement que cette intégration soit négociée au moins au niveau des principaux Etats de la zone euro, et ne reflète pas exclusivement les objectifs allemands sur cette importante question. Une constatation de bon sens montre en effet que l'Allemagne, malgré sa relative prospérité actuelle, n'a pas les moyens à elle seule d'organiser le fonctionnement de l'Europe, dont elle dépend pour l'essentiel.
Les jours prochains montreront si l'entente franco-allemande pourra intégrer cette modification dans les rapports de force proposée par la France, après les abandons concédés par Nicolas Sarkozy depuis deux ans.