Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

La France et l'atlantisme

Les divers contacts pris ou en préparation entre les responsables français et leurs homologues européens montrent que la France, sous François Hollande, ne remettra que marginalement en cause l'atlantisme, défini comme une allégeance de fait et de droit à l'Empire américain. D'autres perspectives seraient-elles possibles?

Dans un article intitulé François Hollande et l'atlantisme (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=883&r_id=) nous regrettions que le candidat François Hollande, avant son élection, n'ai pas évoqué clairement l'urgence qu'il y aurait à sortir de l'atlantisme, urgence non seulement pour la France, mais pour l'Europe toute entière. Aujourd'hui président, François Hollande a tenu à marquer, au G8 et au sommet de l'Otan, qu'il n'acceptait pas de revenir sur sa promesse de retirer le contingent français d'Afghanistan, malgré la mauvaise volonté marquée sur ce sujet par la coalition sous commandement américain. Le président Obama et les autres chefs d'Etats impliqués dans l'Otan ont pris acte de ce désir, ce qui est sans aucun doute un succès diplomatique. Par contre sur le dossier tout aussi important du BMDE (Ballistic Missile Defence in Europe), François Hollande semble avoir accepté la volonté américaine d'imposer ce système totalement américain à l'Europe, risquant de compromettre de ce fait les relations avec la Russie au nom de la protection contre une menace iranienne plus que théorique.

Plus généralement, les divers contacts pris ou en perspective entre les responsables français et leurs homologues européens montrent que la France, sous François Hollande, ne remettra que marginalement en cause l'atlantisme, défini comme une allégeance de fait et de droit à l'Empire américain. Mais, objectera-t-on, serait-il possible de faire autrement? Au sein d'une Europe de droite, encore largement marquée par l'atlantisme, la France pourrait difficilement prendre le risque de s'isoler, en mobilisant contre elle toutes les forces politiques et les influences économiques et financières pour qui l'alliance avec l'Amérique, autrement dit la subordination à l'égard de ce pays, est considérée comme vitale.


De plus, avec qui la France pourrait-elle coopérer si elle envisageait un changement d'alliance. La Russie semble envisageable, malgré l'incertitude inhérente à l'évolution de ce pays, mais ceci ne serait possible que dans un cadre plus général, celui d'un euroRIC ou euroBRICS. Celui-ci demeure encore dans le domaine des hypothèses, de plus la présence de la Chine au sein d'une telle alliance ne serait pas facile à faire admettre, puisqu'il s'agit d'un des concurrents économiques de l'Europe les plus redoutés. (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=842&r_id=7 ).


Si cependant sur le plan diplomatique général la France ne remettait pas en cause l'Alliance atlantique, ceci ne devrait pas l'empêcher d'exercer la nécessaire critique qui s'impose, tant à l'égard de Wall Street que du Pentagone, compte-tenu des multiples voies par lesquelles les intérêts représentés à ce niveau tentent de continuer à dominer l'Europe. Ceci d'autant plus qu'il s'agit de systèmes de pouvoirs semblant s'enfoncer non seulement dans une crise économique profonde mais aussi dans le recours à des solutions de type autoritaires particulièrement dangereuses et contagieuses. Cette évolution sera accélérée si Barack Obama laissait la place à un président républicain, mais Obama lui-même ne pourra empêcher le retour à des conservatismes, idéologiques, religieux, scientifiques et politiques multiples, dans lesquels les admirateurs anciens de la civilisation américaine ne reconnaîtront pas les valeurs de celle-ci.


Dans la nécessaire prise de recul constructive s'imposant à l'égard d'une Amérique en proie à une évolution dangereuse, beaucoup d'Européens pourraient s'associer à la France. Ceci sans compter les forces libérales qui, aux Etats-Unis même, combattent ces dérives de l'intérieur. 2) Certes, on ne peut demander à des ministres en exercice de soutenir des positions relevant de la philosophie géopolitique et demandant, selon le titre d'un livre à succès de Jean-Philippe Immarigeon, d'en « finir avec la Francamérique » 3). Ceci admis, les embrassades entre leaders faisant connaissance ne peuvent tenir lieu de politique extérieure réaliste et durable. La France devra bien se résoudre, notamment lorsque la future Assemblée nationale sera en place, à l'élaboration de perspectives diplomatiques à long terme intéressant toutes les parties du monde – et tenant compte de tous les aspects des menaces aujourd'hui envisageables, y compris dans le domaine de l'effondrement environnemental prévisible 4). On verra alors que pour affronter ces menaces, l'Europe n'aura rien à espérer de l'Amérique, mais seulement de ses propres forces.


Notes

  1. Un article publié par Agoravox, que nous n'avons pas de raisons de le mettre en doute, montre le nombre des personnalités du gouvernement actuel qui sont membres de la French American Foundation ou qui sont en relations avec des organisations oligarchiques au sein desquelles prédomine l'influence américaine. Ceci ne veut pas dire que ces responsables sont aujourd'hui encore soumis à l'influence de telles organisations. Mais cela ne permet pas cependant de pronostiquer qu'ils seront les plus actifs dans la nécessaire démarche consistant à critiquer les évolutions actuelles et futures de l'Amérique, surtout lorsque celle-ci, comme prévu, s'enfoncera dans la crise. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/french-american-foundation-le-116981
    Voir aussi, sur la French American Foundation et plus particulièrement le programme Young Leaders, le site de la FAF http://www.french-american.org/

  2. Voir par exemple un article de Philippe Grasset: La « suicide machine » et la fin de la civilisation. http://www.dedefensa.org/article-la_suicide_machine_et_la_fin_de_la_civilisation_22_05_2012.html

  3. Voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=876&r_id=

  4. Voir le rapport « Horizons stratégiques » que vient de publier la Délégation aux Affaires stratégiques du ministère français de la défense. Certains points mériteraient d'en être contestés. Mais dans l'ensemble ce travail nous paraît mériter la plus grande considération
    http://www.defense.gouv.fr/das/reflexion-strategique/prospective-de-defense/articles-prospective/horizons-strategiques

22/05/2012
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire