La France s'appliquera à elle-même ses recettes. Elle s'efforcera de les faire réussir afin de convaincre ses voisins de les transposer pour leur compte. Elle négociera les éventuelles adaptations aux traités qui seraient nécessaires pour les mettre en oeuvre. Si l'ensemble de l'Union s'engageait dans une telle voie, il est très probable qu'elle récupérerait une puissance et une indépendance lui permettant de faire face sur un pied d'égalité aux grands Etats et grands ensembles pour qui l'Europe est devenue une simple terre de conquête.
On peut espérer qu'un tel objectif sera soutenu et partagé par les forces de gauche en Europe, qui refusent les démantèlements imposés par la finance internationale. Mais on peut espérer aussi qu'il sera admis par les gouvernements conservateurs en place, comprenant qu'une rigueur aveugle, sacrifiant toutes les valeurs des sociétés européennes, serait suicidaire pour eux.
Il restera aux composantes de la future majorité socialiste française de préciser ces objectifs dans les les deux prochaines semaines, en les partageant avec leurs homologues en Europe. Il leur faudra ensuite, dans un premier temps, rallier autour d'un tel programme les électeurs français qui s'étaient désintéressés du grand rêve européen, ne voyant en Europe que le triomphe des nationalistes et des spéculateurs.
Les cinq années suivantes pourront alors être consacrées par les Français à concrétiser avec leurs voisins ce que l'on n'hésitera pas à nommer l'Europe des peuples.