Il n'y aurait mur d'argent que si le futur gouvernement s'attaquait effectivement aux fondements du système financier et capitaliste international, sous les formes qu'il revêt tant en France qu'en Europe. Quelques vagues mesures de réforme d'inspiration sociale n'inquiéteraient pas le mur d'argent. Au contraire. Elles permettrait à celui-ci de démontrer l'inanité d'une volonté de social-démocratie présentée comme puérile. Or il existe beaucoup de chances pour que le futur gouvernement français s'en tienne à quelques gestes symboliques, des « gesticulations » lui permettant de ne pas se fâcher avec une majorité qui sera sans doute centriste.
Si cependant étaient prises des mesures (que nous n'aborderons pas ici) attaquant plus ou moins directement le mur d'argent, c'est-à-dire le pouvoir des oligarchies actuellement dominantes, la riposte de celles-ci serait-elle immédiate ou différée? Autre façon de poser la question, le mur d'argent trouverait-il ses formes d'expression en France même, en Europe ou au plan mondial? On pourrait très bien envisager que, d'une façon spontanée ou plus vraisemblablement concertée, dès l'élection d'un président de gauche ou la formation d'un premier gouvernement socialiste, se déclenche une offensive combinée des agences de notation, de certains représentants du patronat ou des banques, relayées au niveau de la Banque centrale européenne ou de la Commission européenne. L'opinion en France s'affolerait, l'épargne se cacherait, la dette augmenterait de façon catastrophique.
Le gouvernement serait alors conduit à se radicaliser en s'isolant. Mais plus vraisemblablement il redeviendrait toute honte bue docile comme un agneau, afin de rassurer le mur d'argent.
On pourrait à l'inverse envisager, comme ce fut le cas en 1936-1938 en France, que des résistances multiformes mais initialement discrètes soient mises en oeuvre par les oligarchies s'estimant menacées, afin de désarmer en douceur les forces socialistes, sans les pousser d'emblée à prendre des mesures plus énergiques. Cette formule serait moins voyante, mais tout aussi efficace.
Existe-t-il d'ores et déjà un ou plusieurs plans préparés par les représentants du mur d'argent pour briser un éventuel gouvernement de gauche en France? Ces choses là ne se disent pas ouvertement. Il y a tout lieu de penser cependant que différents plans ont été étudiés afin d'être mis en oeuvre, en France et en Europe. Quand des intérêts puissants sont menacés, ils oublient d'être bêtes. Il est vraisemblable aussi que nos amis américains ont déjà fait connaitre les différentes aides qu'ils pourraient apporter à la lutte contre une gauche qui, si elle se gauchisait un tant soit peu, serait vite assimilée par eux au castrisme ou au communisme.
Existe-t-il en contrepartie, sinon des plans, du moins des stratégies qui permettraient à la gauche française, à supposer qu'elle ne veuille pas s'en tenir à des réformes cosmétiques, d'élargir sa base et ses appuis, tant en France qu'en Europe? Si de telles stratégies avaient été préparées, mieux vaudrait en parler afin de rassurer l'électorat socialiste, plutôt que les tenir sous le coude. Pour notre compte, nous sommes incapables de répondre à cette question.
Notre article ne sera donc pas très éclairant. Nous espérons cependant qu'il aidera à faire réfléchir.