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Affaire de la taxe carbone. Qui pèse le plus lourd en terme de puissance, l'Europe ou la Chine?

Les Européens doivent désormais se poser une question qu'ils ont toujours refusé d'affronter. L'Europe dispose-t-elle de la puissance politique pour se faire entendre face aux super-Etats qui la tiennent encore en quantité négligeable?

L'affaire de la taxe carbone se présente comme un test cruel. Pékin ne veut pas entendre parler du système européen d'échange de quotas d'émission, autrement dit une taxe contre la pollution dans le secteur aérien. En représailles, les autorités chinoises se disent prêt à bloquer la commande de plusieurs Airbus. Ajoutons que la Chine n'est pas seule à montrer ses muscles. Plus discrètement, les Etats-Unis, eux aussi-opposés à cette taxe, ont déjà fait savoir qu'ils refuseraient de l'acquitter.

Le système d'échange des quotas d'émissions, qui est une sorte de permis de polluer, prévoit depuis le 1er janvier 2012 que toutes les compagnies aériennes paient une taxe pour pouvoir voler au dessus du territoire de l'Union. Un dispositif de bon sens, contesté principalement par les transporteurs chinois et américains, mais confirmé en droit par toutes les procédures juridiques lancées en Europe contre lui : le système européen est conforme au droit international.

Mais le droit peut-il tenir contre la force? Hitler dans le temps avait déjà donné sa réponse. Pour le moment l'Union européenne ne compte pas faire marche arrière sur sa politique environnementale malgré les mises en garde de la Chine. Les ministres de l'Environnement réunis vendredi 9 mars 2012, à Bruxelles, ont affirmé être unis dans ce dossier. Les 27 affirment ne pas vouloir encourager une guerre commerciale mais ils se disent prêt à prendre des initiatives si une entreprise européenne doit être victime de mesures de rétorsion. On a pu noter cependant une grande mollesse provenant de certains pays, manifestement prêts à trahir leurs collègues.

Les Européens comptent encore faire fléchir Pékin, par l'appel au bon sens et à la négociation. La Commission européenne dit douter de la volonté de Pékin de se lancer dans la bataille. C'est que s'explique Isaac Valero Ladron, porte-parole de Connie Hedegaard, commissaire en charge du Climat : « il s'agit d'un possible blocage. Je voudrais souligner le mot 'possible' parce qu'à la lumière des déclarations de la plus grande compagnie aérienne chinoise, Air China, ... a annoncé qu'elle ne va pas annuler la commande».

Mais si Pékin ne fléchit pas, les Européens mettront-ils en veilleuse leurs projets de taxation écologique? Autrement dit, baisseront-ils culotte devant le monde entier? Ce serait d'un fort mauvais présage, concernant la capacité de l'Europe à se faire entendre de la Chine (et des Etats-Unis) dans des domaines où elle pense défendre des intérêts vitaux, non seulement pour elle mais pour l'ensemble de la planète.

Comment pourtant les Européens feraient-ils autrement que céder honteusement alors qu'ils ont abandonné tous les attributs de la puissance économique et politique: ni industries compétitives, ni volonté d'appliquer des législations fiscales et sociales communes, ni volonté de freiner des consommations dans les secteurs qui les mettent sous dépendance des importateurs de produits chinois (parmi lesquels d'ailleurs figurent en France une partie des entreprises du CAC40). Ni enfin, ne l'oublions pas, capacité de faire appel à des arguments militaires en cas de durcissement des conflits, comme le font à tous moments les Etats-Unis et désormais la Chine.

Lorsque François Hollande, qui peu en doutent aujourd'hui, sera au pouvoir en France, que fera-t-il et que dira-t-il dans des conflits de cette nature avec la Chine, qui ne manqueront pas de se reproduire. Que dira-t-il aux Français? Que dira-t-il aux autres gouvernements européens? Sera-t-il le héraut de la résistance, de la reconquête de la puissance, ou l'avocat d'une soumission humble cachée derrière des argumentaires emberlificotés? Inutile d'attendre. D'ores et déjà nous aimerions entendre sa réaction, et celle du PS, à propos de la taxe carbone.

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10/03/2012
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