Europe Solidaire
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Ouvrons les yeux

Ce beau texte a été écrit par un citoyen grec qui a connu la guerre contre l'Allemagne national-socialiste. Il vient d'être publié sous ce titre sur le site Dedefensa.org. Son auteur accepte que nous le rééditions nous-mêmes sur le présent site, Europe-solidaire. Nous l'en remercions, ainsi que Philippe Grasset, éditeur de Dedefensa. Nous y ajoutons un commentaire.

Après avoir ensanglanté l'Europe au cours du XXème siècle, l'Allemagne recommence sa tentative d'hégémonie sur notre continent (et pourquoi pas sur le monde) non plus avec ses panzers et ses Stukas, ni avec ses SS et ses camps de concentration, mais avec ses Euromarks.

Pendant que nos pays tentaient de se relever des ruines laissées par les troupes du 3ème Reich, l'Allemagne recevait une aide colossale des Américains afin de la soustraire au danger communiste.

Alors que ses alliés, comme l'Italie et la Bulgarie, s'acquittaient de leurs obligations envers mon pays, l'Allemagne, profitant de la guerre froide, éludait ses obligations découlant du Traité de Paris signé en 1947. Elle a en outre refusé catégoriquement de rembourser l'emprunt obligatoire souscrit par la Grèce pendant l'Occupation.

En 1964, le chancelier allemand Erhard promettait au gouvernement grec de payer la totalité de ses dettes après la réunification de son pays. En 1990 l'Allemagne a réalise son rêve ... mais la Grèce attend toujours !

L'année 1990 est fatidique pour l'Europe ; l'URSS se disloque et l'Allemagne se réunifie, les masques tombent. Forte de sa puissance économique acquise pendant que ses deux grandes rivales se ruinaient dans la course aux armements, l'Allemagne a utilisé des moyens plus qu'illégaux en corrompant des hommes politiques dans plusieurs pays (Siemens, fleuron de l'industrie d'Outre Rhin, a d'ailleurs été condamnée dans plusieurs pays pour avoir versé des pots de vins).

C'est l'heure d'un nouvel Anschluss. En 1991, l'Allemagne menace ses partenaires européens (la France en tête) de les étrangler financièrement, s'ils refusent de reconnaître la Slovénie et la Croatie de Pavelic, son allié le plus fidèle pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Elle aura dès lors son accès à la Méditerranée pour lequel elle a mis, par deux fois, l'Europe à feu et à sang en déclenchant deux guerres mondiales. Elle s'adjoindra deux fidèles alliés, futurs membres de l'UE, punissant par la même occasion la Serbie qui, avec la Grèce, avait été le seul pays à lui opposer une résistance telle qu'elle avait du y maintenir plusieurs divisions.

En 1992, c'est le petit Munich. La Tchéquie, pays des Sudètes, se sépare de la Slovaquie. Encore un allié fidèle et futur membre de l'UE.

Patiemment, l'Allemagne tisse son filet et ne cache plus ses desseins.

Le 27 décembre 1992, dans une interview à l'hebdomadaire italien Espresso, Hans-Dietrich Genscher, Ministre des affaires étrangères, décrit ouvertement et sans ambiguïté, comment son pays voit l'avenir de l'Europe et le rôle que l'Allemagne s'y réserve.

Selon lui, l'Europe des nations cèdera la place à l'Europe des Régions ; trois régions économiques distinctes où son pays sera toujours présent :

• Une région du nord comprenant l'Allemagne, la Pologne, les pays scandinaves et baltes qui, en l'an 2000, feront partie de l'UE.

• Une autre région, toujours avec l'Allemagne, réunira le Benelux et le nord de la France.

• Enfin, une région qui, outre la Bavière, comprendra l'Autriche, l'Italie du nord et l'Alsace.

Il est clair dès lors que les PIGS ne feront plus partie de l'Europe.

En 2005, coup de tonnerre, avec l'accord conclu entre Messieurs Schroeder et Poutine. L'Allemagne assure ainsi ses besoins en énergie. Elle est libre désormais d'agir pour dominer l'Europe. Mais, prudente, cette fois, elle ne veut pas dépendre uniquement de la Russie – l'Ours est toujours à craindre !

Et la Méditerranée demeure bien attirante. L'Allemagne renifle l'existence de grandes réserves d'hydrocarbures dans la mer Egée ainsi qu'au sud de la Crète. La Grèce sera la prochaine cible, le pétrole du Moyen-Orient étant la chasse gardée des États-Unis.

Pendant des années, l'Allemagne prépare le terrain.

Se fondant sur ses relations avec des hommes d'affaires grecs influents, qui remontaient quelquefois à la période de l'Occupation et, qui sait, avec les dossiers de la Stasi en main, elle se taille la part du lion en soudoyant des hommes politiques. Elle fournit le matériel nécessaire pour la reconstruction du pays en ruine suite à l'Occupation et à la guerre civile. Mais, surtout, elle profite de la crainte de la Grèce face a la menace turque pour lui vendre des centaines de milliards d'euros de matériel de guerre souvent défectueux - tels les trois sous-marins allemands qui présentent des défauts fondamentaux et que la marine de guerre grecque refuse de réceptionner alors qu'elle a payé la totalité de la somme exigée. Ajoutons y les chars Léopards avec leurs obus obsolètes ainsi que le système de sécurité C4I acheté pour les Jeux Olympiques d'Athènes, payé rubis sur ongles, et qui ne fonctionne toujours pas.

L'Allemagne pousse mon pays à la banqueroute afin qu'elle et ses alliés de la Deuxième Guerre Mondiale puissent mettre la main sur ses richesses et cela pour une bouchée de pain. Mais, comme elle l'a fait avec la Serbie, elle veut aussi se venger de la résistance du peuple grec ; elle ne pourra jamais oublier que la Crète fut le tombeau des paras allemands ni que la résistance des Grecs retarda de trois mois son agression contre l'URSS où le Général Hiver lui fut fatal.

Aujourd'hui, alors que la Grèce ruinée tente de négocier une aide financière, l'Allemagne exige, pour donner son accord, qu'elle lui achète des sous marins supplémentaires ! Ainsi, le peuple d'Athènes qui n'oublie pas les 200.000 morts de faim en 1941, du fait du pillage de la Wehrmacht, voit de nouveau devant lui le spectre de la famine. Déjà, l'Eglise grecque organise des soupes populaires et distribue chaque jour 25.000 rations aux gens affamés. Afin de les protéger, des enfants sont confiés par leurs parents aux orphelinats. Le peuple grec subit un génocide financier.

Nous sommes conscients de nos responsabilités. Nous avons réalisé, trop tard, que nos hommes politiques, les dix dernières années surtout, ont mal géré le pays. Nous savons maintenant que nos dirigeants, avides de pouvoir et souvent corrompus, ont mené le pays à la ruine. Nous découvrîmes, trop tard, que des personnalités politiques grecques étaient a la solde des grandes Sociétés étrangères et, particulièrement allemandes. A titre d'exemple, le directeur général de Siemens pour la Grèce, M. Christoforakos, fils d'un collaborateur notoire des Nazis pendant l'Occupation, fut accusé par la justice grecque d'avoir non seulement soudoyé des hommes politiques au pouvoir, mais également financé les deux parties politiques. Sommé de se présenter devant le juge d'instruction, M. Christoforakos quitte la Grèce et se réfugie en Allemagne. Malgré deux mandats d'arrêt européens, la Haute Cour fédérale d'Allemagne refuse son extradition. Ce monsieur, ainsi que la société Siemens, détiennent pour eux seuls la liste de leurs clients.

Les Allemands insistent auprès des partenaires européens pour que des hauts fonctionnaires allemands soient nommés à Athènes afin d'exercer un contrôle, autrement dit afin d'avoir la haute main sur les questions budgétaires concernant la défense, la santé, la sécurité sociale, etc. Ceci est intolérable. Ils veulent, autrement dit, nous imposer des Gauleiters comme jadis dans les pays occupés. Mais, ce qui fait plus mal encore, et qu'aucun peuple ne pourra jamais supporter, c'est de voir son pays traîné dans la boue et raillées sa civilisation et son histoire, par leurs journaux et leurs hommes politiques.

Ils veulent nous humilier, ils ne REUSSIRONT pas ...

Ils veulent nous écraser, nous RESISTERONS ...

Je suis Grec et je suis Européen. Si vous ne voulez pas de moi en Europe, je prends son nom et je pars, car ce nom – Europe – m'appartient. Il est à moi.

D.V. (Un Grec qui était un enfant, âgé de 10 ans, pendant l'Occupation allemande
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Un commentaire nous paraît nécessaire. Le texte pose une question qui devrait intéresser tous les Européens. L'accentuation de la compétition intra-européenne, résultant de l'incapacité des gouvernements et des institutions communautaires à maintenir un minimum de croissance et de cohésion entre les régions riches et les régions pauvres, va-t-elle ressusciter le cauchemar des années d'avant guerre?  Celles-ci avait été marquées, à la suite de la crise de 1929, par un affrontement entre nationalismes, ravivant plus d'un siècle de conflits caractérisés sur le Continent par la domination allemande et les résistances qu'elle suscitait. La domination allemande avait été avant tout rendue possible par les performances économiques de ce pays. Il avait su avant les autres tirer parti de la révolution industrielle pour se doter des instruments de la puissance matérielle. Il en était résulté mécaniquement une tentation de conquête dont l'idéologie impériale n'était pas vraiment la cause mais plutôt la conséquence.

Aujourd'hui, les mêmes causes ne vont-elles pas produire les mêmes effets? Si les forces économiques sont laissées libres de s'exprimer en Europe, ne va-t-on pas voir se mettre en place une Europe allemande riche, entraînant avec elles des sociétés économiquement et socialement proches, et s'opposant à une Europe franco-méditerranéenne sur le déclin économique. La première ne pourra que se développer aux dépens de la seconde, affirmant de plus en plus sa supériorité et générant en retour non seulement des frustrations mais des antagonismes destructeurs. Alors ressusciteront les souvenirs apparemment oubliés de l'avant-guerre et de la guerre.

La faute n'en sera pas à une « nature allemande foncièrement dominatrice » qui réapparaitrait au grand jour du fait de la crise. Dès qu'il y a inégalité de puissance, l'inégalité suscite des abus de pouvoirs. L'Europe et le reste du monde auraient du le comprendre face à l'Empire américain qui depuis plus de 50 ans avait accaparé l'essentiel des ressources mondiales, suscitant un anti-américanisme systématique confronté en Europe même à un pro-américanisme servile.

Les risques de renaissance d'un impérialisme allemand et des résistances passionnées et sans doute excessives qu'il pourrait susciter découlent avant tout de l'incapacité des Européens à se donner au niveau fédéral les instruments d'une reconquête de la puissance économique confisqués par l'impérialisme américain. Tant que les Européens, Allemands en tête, n'auront pas compris que laisser faire les mécanismes économiques libéraux suscitera inévitablement de véritables guerres de civilisation intra-européennes, peu d'espoirs ne sera possible.

Nous sommes persuadés, ayant connu un certain nombre de citoyens allemands ouverts sans arrière pensée à la construction européenne, y compris sous la forme fédérale, que si celle-ci pouvait reprendre son cours autour du concept d'Europe puissante, indépendante et souveraine, les inévitables rivalités européennes resteraient en arrière plan, quasi folklorique, de ce grand mouvement. Mais il faudra sans doute que des hommes nouveaux viennent au pouvoir. On a vu ces temps-ci qu'en France proclamer haut et fort l'amitié franco-allemande sans rien faire pour promouvoir des alliances stratégiques autour de grands projets géopolitiques et économiques communs n'avait eu qu'un seul résultat, ressusciter un anti-germanisme qui n'aurait jamais du avoir l'occasion de se réaffirmer.

29/02/2012
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