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Comment définir de façon consensuelle la valeur des biens, des produits et des services?

Autremment dit, face aux dérives de l'économie financière dite aussi économie virtuelle, comment assurer un retour à l'économie réelle? Des solutions, relativement simples à concevoir, mais beaucoup plus dures à appliquer, existent

Il paraît évident que les sociétés devraient s'entendre de façon consensuelle sur la valeur des biens disponibles, sur la valeur des produits de l'activité économique et parmi ces produits, sur la valeur des services immatériels. Pour ce faire, le recours à la monnaie, prenant la forme d'une unité monétaire commune (ou unité de compte, UC) servant à mesurer ces différentes valeurs et faciliter les échanges ne serait pas discutable. Il s'agirait d'un simple outil au service de l'économie réelle. Les difficultés naissent lorsque des organismes, banques ou gouvernements , manipulent ces UC pour provoquer des effets économiques ou politiques artificiels ou seconds par rapport aux phénomènes découlant du fonctionnement de l'économie réelle: par exemple diminuer artificiellement les quantités d'UC en circulation afin d'entrainer une diminution du nombre des acheteurs et une baisse des prix pouvant être favorable à des achats spéculatifs.

Lorsque l'on oppose l'économie réelle, saine, à l'économie financière, malsaine, c'est en montrant notamment que des bulles spéculatives mettant en jeu des milliers de milliards d'UC se développent sans qu'aient changé sensiblement les fondamentaux de l'économie réelle, liés à la production, à la consommation et à l'échange des biens, produits et services. Les spéculations financières perturbent alors gravement ces fondamentaux, pour le plus grand profit des spéculateurs et sans rien apporter aux acteurs de l'économie réelle. Or nous voudrions montrer ici que, plutôt que tenter de réglementer les spéculations financières, tâche presque impossible, il serait possible d'assécher les différences d'évaluation des biens économiques dont elles se nourrissent, en s'accordant sur des valeurs communes qui leur seraient attribuées.

On objectera que la tâche est impossible. Comment mettre d'accord des centaines de millions ou milliards de producteurs et consommateurs sur la valeur de dizaines de milliers de biens, produits et services? Ceci d'autant plus que les compétitions géopolitiques entre Etats ne poussent pas à faciliter ces consensus. Chaque grand Etat ou bloc économique espére profiter pour son propre bénéfice ou celui de ses ressortissants des différences d'évaluation s'établissant spontanément ou artificiellement à propos des biens et services que ces mêmes ressortissants produisent et consomment.

Nous pensons cependant que la diffusion au niveau mondial des réseaux d'information et de discussion facilitera progressivement la prise en compte de valeurs sinon consensuelles du moins se rapprochant dans des fourchettes de plus en plus étroites. Sur ces réseaux devraient s'exprimer de nombreux intérêts qui ne seraient pas seulement économiques, mais inspirés par la recherche d'un intérêt général global. C'est ainsi que les bénéfices résultant pour l'humanité entière de ces efforts de recherche de consensus auraient des répercussions immédiates sur les politiques de lutte contre le gaspillage et de protection de l'environnement. Les militants de plus en plus nombreux qui s'efforcent, selon l'expression à la mode, de sortir du Système néo-libéral pourraient trouver là l'occasion de s'investir utilement.

Les biens communs

Prenons l'exemple le plus évident, celui de l'évaluation consensuelle de ce que l'on nomme les biens communs: air et eau pure, espaces naturels, mais aussi existence de cadres législatifs et réglementaires favorisant la paix civile et décourageant les conflits et la criminalité. L'existence et l'intérêt collectif de ces biens communs sont de plus en plus signalés par les mouvements politiques luttant contre l'extension sauvage du capitalisme financier. Mais aucun consensus n'existe encore sur la façon de les valoriser. Ces biens ne sont donc pas identifiés par les comptabilités nationales et ne sont pas pris en compte lors des décisions budgétaires et politiques. Ils sont livrés, pour être finalement détruits, aux intérêts économiques les plus forts et les mieux politiquement représentés. Ceux-ci en tirent profit sans en faire bénéficier la collectivité. Il en résulte que ces biens communs disparaissent progressivement, au détriment de tous.

En ce qui concerne la pureté de l'eau par exemple, il faudrait pour éviter cela que des forces politiques extra-économiques réussissent, en consultant non les seuls entrepreneurs mais aussi les citoyens, à définir des indicateurs de valeurs permettant de décourager les pollutions et les gaspillages. Dans ce cas, le rapport de force entre bons et mauvais usages pourrait s'inverser au profit des premiers. Une économie réelle saine commencerait à se substituer à une économie financière spéculative. Il pourrait en être de même dans les autres domaines intéressant l'accès aux ressources primaires et la transformation – c'est-à-dire en fait progressivement l'économie réelle toute entière.

Mais répétons-le, ceci ne pourrait se produire que si l'ensemble des intérêts sociétaux et non les seuls entrepreneurs et financiers, participaient à ces évaluations, à travers des réseaux de consultation de plus en plus performants. Nous n'en sommes pas là, mais si les citoyens et électeurs s'impliquaient plus directement dans la mise en place des réseaux et dans la formation des consensus, des évaluations communes de la valeur des biens, produits et services pourraient commencer à pénétrer les esprits. Le web et les services associés pourront jouer un rôle essentiel dans ce but.

Ce même développement de consensus relatifs aux valeurs de l'économie réelle pourrait par ailleurs retirer beaucoup d'occasions aux spéculations se déroulant à partir d'anticipations sur l'évolution des quantités produites et commercialisés. Il ne sera pas possible d'empêcher les interventions directes des spéculateurs sur les flux réels, y compris celles relevant de la géopolitique la plus agressive. Nous pensons par exemple à des manœuvres navales autour du détroit d'Ormuz visant à faire craindre une raréfaction du pétrole. Mais si les valeurs de ce produit sont mieux encadrées, dans le cadre d'une évaluation consensuelle des différentes sources d'énergie, les inquiétudes dont pourraient profiter des spéculateurs perdraient de leur pouvoir de nuisance.

Il en serait de même des dettes des Etats; objet de force manoeuvres politiques actuellement. Si ces dettes correspondaient à des programmes d'investissement clairement identifiés comme rentables (après les évaluations publiques évoquées dans cet article), elles devraient être assumées, y compris par le biais de réduction des consommations excessives ou des gaspillages. Mais si elles résultaient, comme c'est le cas actuellement, de distributions de crédits ne correspondant à aucun investissement, elles pourraient tout aussi bien être annulées de façon régalienne. Tant pis pour ceux qui auraient cru à des promesses chimériques.

Soyons réalistes cependant. Nous développons là un projet politique visant à remettre les citoyens au coeur des processus économiques, en leur donnant notamment la capacité de participer à l'évaluation des valeurs sur lesquelles reposent ces processus. Or actuellement se développe à plein un projet politique tout à fait différent: utiliser le levier financier pour soumettre le monde au pouvoir des oligarchies financières, politiques, sociales et médiatiques. A cette fin, plus les évaluations sont floues et contradictoires, mieux se portent les "conspirateurs". Qui pourra combattre un tel projet?



25/02/2012
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