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Sur l'Internet aujourd'hui

Theodor Holm Nelson est considéré comme l'un des promoteurs les plus efficaces de l'intelligence conviviale sur Internet. On lui attribue ainsi l'invention de l'Hypertext. Or aujourd'hui, il est très pessimiste. Sous les assauts des intérêts économiques et des activités publiques et privées de sécurité-défense, cet univers est en train de s'écrouler.

Personne, écrit Theodor Holm Nelson, n'imagine l'étendue des espaces ouverts par l'Internet. Ceci non plus tellement en termes de services rendus, mais aussi en termes de possibilités de contrôle des pensées et des comportements. Dans un article du New York Times, il vient d'appeler à une prise de conscience. Facebook et Google selon lui offrent des possibilités extraordinaires de communication mais aussi des menaces encore insoupçonnées d'atteintes aux droits civiques et aux libertés individuelles.

A quoi faut-il s'attendre?

Les interfaces conviviaux avec les utilisateurs vont disparaître. Des logiciels et dispositifs qui sont destinés à faciliter l'accès au web et à l'informatique pour tous types d'utilisateurs ont été laborieusement mis en place durant les dernières décennies. Or ils vont être « déconstruits » morceaux par morceaux.

Ces interfaces conviviaux constituent ce que l'on nomme l'interface utilisateur graphique (graphical user interface) et plus généralement le PARC user interface (http://en.wikipedia.org/wiki/Graphical_user_interface#PARC_user_interface ) Chacun les connait et les utilise, depuis l'invention de la souris et des premiers écrans conviviaux proposés par Apple. Ils ont fait disparaître la nécessité imposée aux utilisateurs de programmer directement les applications. Ils cachent la complexité sous-jacente des programmes et des instructions en langage machine.

Depuis 20 ans, Microsoft (Window) et Apple se sont livrés à une course aux armements pour offrir les formules les plus conviviales et efficaces. Il en a été de même au niveau du World Wide Web, avec la généralisation du format html et des éditeurs (browsers). Il en résulte que les applications potentielles disponibles et paramétrables à l'infini sur le réseau.

Aujourd'hui cependant, les grands acteurs reviennent en arrière. Ils privatisent et segmentent à qui mieux mieux le web, afin de le contrôler et y emprisonner les utilisateurs. C'est le cas de Facebook qui donne à chacun la possibilité de publier des océans de contenus-utilisateurs non compatibles avec les interfaces standards du web (Web interface frame). C'est aussi le cas de Apple. Steve Jobs s'est rendu immensément populaire en offrant avec l'iPhone et l'iPad des solutions certes conviviales pour les acheteurs mais non compatibles avec le reste du Web. Chacun a de nouveau la possibilité de programmer ses propres applications sans se réoccuper de communiquer avec le reste du monde.

Theodor Holm Nelson prévoie qu'en conséquence le Web va devenir un espace de monopoles, de conflits, d'incidents, d'intrusions, de menaces contre la sécurité publique et, bien entendu, d'interfaces-utilisateurs de moins en moins conviviales, de plus en plus pauvres. Le Web sera chaotique, avec tout ce que cela représentera de gènes, de tentations et de dangers. Ce ne seront pas les aides vocales fournies à partir de centres serveurs décentralisés en Asie qui apporteront de la clarté.

En conséquence vont se multiplier des lois et censures. Il s'agira de systématiser la lutte contre les atteintes aux droits d'auteurs et copyrights, la traque aux contenus jugés susceptibles de favoriser le terrorisme et la criminalité. Aucune de ces lois il est vrai ne sera applicable, faute de moyens. Seul y gagnera le niveau du désordre global.

En contrepartie de ces prévisions inquiétantes, Theodor Holm Nelson se félicite d'une seule chose, la capacité qu'offrira le web de mettre visuellement en relation des documents différents. L'écran permettra de présenter côte-à-côte des documents de différents formats, avec au besoin des liens visibles entre les mots et les paragraphes, destinés à faire apparaître la structure de la pensée. On conviendra qu'aux regards des dangers innombrables qu'il a décrit, cet avantage restera fort modeste.

Theodor Holm Nelson est-il trop pessimiste? Il semble considérer comme négligeable ce qui demeure d'efforts en faveur des logiciels libres ou des encyclopédies telles Wikipédia ouvertes à tous. Mais ce pessimisme se justifie si l'on considère la faiblesse des moyens dont disposent ces producteurs bénévoles au regard des dizaines de milliards de capitalisation boursière au profit des nouveaux acteurs, Facebook et autres.

Cependant, les réactions des lecteurs du NYT, publiées à la suite de l'article de Theodor Holm Nelson, restent optimistes. La plupart d'entre eux continuent à faire confiance aux concepteurs et utilisateurs du web et de ses outils. Le « progrès » continuera. Les dangers sont peine évoqués. Est-ce de l'inconscience, l'effet de la propagande insidieuse des vendeurs de solutions ou une marque de l'optimisme fondamental des Américains face aux solutions nouvelles, un optimisme qui contredit le pessimisme des Français et les handicape sans doute dans la compétition avec le reste du monde ?

Pour en savoir plus
Article du NYT: http://www.nytimes.com/2011/12/06/science/theodor-holm-nelson-on-the-information-superhighway-destination-unknown.html?scp=1&sq=Theodor%20Holm%20Nelson%20&st=cse
Theodor Holm Nelson http://en.wikipedia.org/wiki/Ted_Nelson
français http://fr.wikipedia.org/wiki/Ted_Nelson
Home page http://ted.hyperland.com/

11/12/2011
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