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Jean-Pierre Chevènement ou le choix de la radicalité

Jean-Pierre Chevènement, peut-être parce qu'il n'envisage pas sérieusement de refaire une carrière politique, met le PS face à un choix radical: sortir ou non du Système.

Nous avions signalé le 7 janvier 2011 (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=644) la grande valeur du livre de Jean-Pierre Chevènement:  
La France est-elle finie ? Fayard. Il y reprenait des critiques déjà présentées par lui dans diverses tribunes, contre le néo-libéralisme, l'atlantisme et la soumission aux institutions actuelles de l'Union européenne. Il dénonçait aussi l'étonnante accord de la gauche et de la droite face à la véritable offensive concertée des intérêts financiers mondialisés. Il développait la nécessité, non d''en revenir à un souverainisme national, mais de mettre en place un « souverainisme européen », autrement dit de faire de l'Europe, au moins au niveau du groupe euro, un Etat de type fédéral capable de tenir tête à ses concurrents mondiaux.

Il y a quelques jours, Jean-Pierre Chevènement a surpris toute le gauche en annonçant qu'il se portait candidat aux élections présidentielles françaises. Ce serait pour lui, a-t-il dit, la seule façon de faire entendre aux Français les thèses qu'il défend avec opiniâtreté depuis quelques années mais sans qu'elles reçoivent l'écho suffisant. Immédiatement, à gauche et plus particulièrement au parti socialiste, on lui a reproché à 72 ans de s'engager dans une aventure personnelle, dont le seul résultat serait de faire courir au candidat François Hollande le risque de se retrouver éliminé dès le 1er tour.

Si nous tentions d'interpréter la pensée profonde de Chevènement, nous pourrions dire que ce risque, au fond, lui importe peu. Il juge que ni la droite ni la gauche ne proposent les solutions radicales qui permettraient de « sortir du Système », autrement dit de rompre avec le capitalisme financier et la concurrence généralisée qui détruisent aussi bien la France que l'Europe. Que ce soit Sarkozy ou Hollande qui soit élu aux présidentielles, que ce soit l'UMP ou le PS qui obtienne la majorité à l'Assemblée nationale, les mêmes palinodies et pantalonnades face aux marchés et à la conspiration anglo-saxonne contre l'Europe se poursuivront. Dans aucun cas, les solutions de bon sens proposées par ceux qui veulent commencer à sortir de ce Système infernal en relançant l'industrie et la recherche ne seront prises, accompagnée de la réforme de la BCE afin d'en faire l'arme fatale dont l'Europe a besoin.

Dans ce cas, après les élections, un échec identique sera enregistré, que ce soit par la droite ou la gauche. Ses conséquences seront considérables, bien au delà des difficultés actuelles. Dans un premier temps, on risquera de voir s'effondrer toutes les structures politiques et sociales qui permettent encore à une majorité d'Européens de s'estimer protégés des pires effets des crises. Très vraisemblablement aussi, on verra se généraliser les manifestations de citoyens qui refuseront systématiquement le Système, sans pour autant proposer de remèdes à l'efficacité desquels l'opinion se refusera désormais de croire.

Autrement dit, un chaos systémique s'installera très rapidement. La plupart des personnes disposant encore de certains avantages sociaux s'en effraieront. Beaucoup seront prêtes à faire appel à des gardes prétoriennes pour protéger leurs privilèges. Mais il ne semble pas que Jean-Pierre Chevènement craigne de telles perspectives. Comme beaucoup de ceux qui observent avec la plus grande attention le développement mondial des mouvements d' « occupation », il semble penser que ceux-ci donneront à des forces jeunes, encore inemployées, la possibilité de faire apparaître des solutions salvatrices radicalement nouvelles. Du chaos pourrait naître le salut.

On reprochera à une telle position de pousser au pire, ce qu'un homme âgé peut envisager assez sereinement mais non des personnes raisonnables chargées d'enfants et de responsabilités. Nous ne sommes pas certains pour notre part que la critique soit fondée. Si les populations continuent à se précipiter dans des impasses mortelles sous la pression d'oligarchies n'écoutant que leur intérêt à court terme, le pire adviendra...Y compris la destruction de ce qui reste de ressources au sein des écosystèmes. Elire sous prétexte d'alternance un gouvernement de gauche programmé pour ne rien changer en profondeur, serait la pire des solutions.

A nos yeux, la conclusion à tirer du message que cherche semble-t-il à faire passer Jean-Pierre Chevènement est claire: la gauche, et plus particulièrement le PS, doivent radicaliser leur discours. Il leur faut renoncer à concurrencer la droite dans la docilité aux marchés, aux agences de notation, au FMI et à l'Union européenne. Pour cela François Hollande rompre intellectuellement avec les « éléphants » et les cadres territoriaux du parti installés dans leurs petits avantages, il doit faire son deuil du « candidat normal » qu'il avait un moment voulu être. Faisons le pari qu'il pourrait en être capable.

.Mais radicaliser le discours ne signifiera pas pour autant faire toujours plus de promesses intenables, en termes de hausses des rémunérations et des prestations. Cela voudra dire, comme semblent commencer à le comprendre des « jeunes » tel Arnaud Montebourg, amorcer une véritable « Sortie du Système », ceci sans craindre aucune audace, aucun appel à l'imagination créatrice. La gauche française ne réussira dans cette mission que lorsque les Indignés divers et variés, encore à juste titre méfiants, pourront se reconnaître dans ses propositions.

Blog: http://www.chevenement.fr/





10/11/2011
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