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De l'Irak au Mexique, extension du domaine de la Guerre de 4e génération

Spécialiste de la “guerre de 4ème génération”, ou G4G (4thGW en anglo-américain), William S. Lind tend actuellement à se concentrer sur un nouveau type de G4G. Il écarte le phénomène islamiste comme principal, voire exclusif générateur de la G4G, pour y ajouter d'autres cas et d'autres circonstances sociales et géographiques. L'un des nouveaux domaines de prédilection est le Mexique, avec les cartels de la drogue qui mènent cette nouvelle forme de G4G.

Pour Lind (voir référence en note) ce qui se passe entre les USA et le Mexique prend l'allure d'une G4G d'une nouvelle forme. Il distingue plusieurs éléments dans ce sens:

• La dilution de facto des structures nationales les plus concrètes, les plus géographiques. Pour lui, la frontière entre les USA et le Mexique “n'existe plus” dans la réalité des situations, malgré la fiction légale qui subsiste. L'immigration constitue le facteur général déstructurant de la frontière, l'activité des cartels de drogue y évoluant “comme un poisson dans l'eau”.

• La structure à caractère politique et national du gouvernement mexicain est en train de se dissoudre à cause de la pénétration des cartels de drogue. Le Mexique devient une chose étrange, une sorte d'objet qui a toutes les apparences d'un oxymore politique, – un “non-Etat de type régalien”, un faux Etat de droit en cours de transformation accéléré. Malgré son originalité, ou peut-être à cause de cette originalité, le phénomène n'est pas perceptible d'une façon spectaculaire.

• L'infiltration dans le gouvernement des cartels de la drogue maintient la fiction d'un Etat souverain au Mexique et prive les USA de la possibilité d'un nouveau type d'action. La fixation américaniste sur le danger islamiste facilite cette situation. L'irresponsabilité des politiciens américains s'en accommode. 

• L'évolution mexicaine suit le schéma de l'évolution irakienne, afghane ou autre, où l'Etat a disparu, malgré les efforts frénétiques pour lui donner existence. L'Etat ne gène pas les cartels de la drogue. Il leur suffit de le rendre impuissant à gêner leurs activités, comme selon Lind l'Hezbollah l'a fait au Liban. L'analyse de William S. Lind s'appuie notamment sur un affrontement récent entre des agents du gouvernement mexicain et des trafiquants, au cours duquel sept agents officiels mexicains ont été tués contre un seul trafiquant. Le sérieux de l'engagement mesure l'avancement du conflit, selon Lind.

Tout ceci montre la  transformation  en cours d'un gouvernement légal en un instrument manipulé par les groupes engagés dans la G4G. Cette tactique a tous les avantages possibles pour les cartels, en les protégeant d'actions décisives de leur adversaire, le gouvernement des USA, qui ne peut s'en prendre directement au gouvernement mexicain. Bien sûr, Lind craint le résultat de cette évolution pour les USA, aveugles face au danger qui se développe avec l'installation subreptice d'un non-Etat porteur de désordres sur sa frontière Sud, laquelle en fait n'existe déjà plus.

La G4G, ou l'effet-boomerang

Les remarques de William S. Lind, grand théoricien de la G4G, mais essentiellement de la G4G militaire, présentent une perspective nouvelle.  Dans cette présentation, le concept de G4G s'élargit et se transforme.

• Il s'élargit à un cadre plus conforme à la situation du monde, qui n'est plus seulement défini par le seul phénomène islamiste. Au contraire, ce cadre s'accorde aux conditions générales de désordre caractéristiques de l'époque actuelle (immigration, crime organisée, famines et crises climatiques).

• Il dépasse le seul cadre militaire qui définissait jusqu'ici les rapports entre adversaires dans le cadre du concept de G4G. De ce point de vue, cette évolution, comme le constate Lind, est en train de prendre par surprise le gouvernement américain  qui est resté fixé sur  la politique militaire  de l'administration Bush  et la région où s'exerce principalement cette politique (Moyen-Orient, “arc de crise” du Soudan au Pakistan).

L'analyse de Lind et son interprétation de la situation mexicaine annonce l'ouverture d'une nouvelle époque pour les USA, – d'autant plus que la chose se produit non plus en Irak mais à leur frontière même. Le concept de G4G est apparu à ses débuts avec l'époque du 9/11. Il est également resté lié à toutes les guerres et opérations liées à 9/11, donc à la question islamiste, la “guerre contre la terreur”, etc. D'une certaine façon, le concept a été “enfermé” et contenu dans une situation aux limites précises. Les nouvelles observations de Lind tendent à le faire sortir de cet enfermement. Il est intéressant de noter que cette évolution est observée à propos d'une situation très caractéristique, qui présente plusieurs ruptures potentielles par rapport aux schémas habituels et aux habitudes de la politique occidentale et américaine. Cela complète autant qu'explique l'évolution observée ci-dessus.

• Cette “sortie” du schéma classique de la G4G se fait dans au plus près des USA, dans leur “ventre mou” où leur “arrière-cour” . Celle-ci devient donc un marchepied pour envahir les  USA.  Le centre américain  du système occidental y est directement confronté avec le désordre que ce même système occidental et américain a engendré dans le reste du monde. Difficile de ne pas songer à un “effet-boomerang”.

• Le Mexique a connu l'échec d'une tentative semi-révolutionnaire qui s'est déroulée dans des conditions étranges, inhabituelles, lors de l'élection de l'actuel président (Calderon), en 2006. Le pouvoir mexicain, manipulé ou inspiré par les USA, a fait échouer cette tentative, peut-être à l'aide de provocations. Le constat intéressant est que cette réussite “contre-révolutionnaire” se paye d'une dégradation notable des structures étatiques, aidée en cela par la politique libérale de ce même gouvernement mexicain  très proche des thèses politiques américaines.

Il n'y a, pour nous, rien d'étonnant dans ce constat de l'évolution de la G4G, et dans le constat de la situation de désordre qui enfante la G4G et qui l'accompagne.  Nous avons déjà fait à plusieurs reprises l'hypothèse que la véritable définition de la G4G doit notablement dépasser le domaine militaire. Autrement dit, dans cette perspective, nombre d'événements qui nous affectent directement (nous, l'Occident) relèvent de la G4G. Plus en avance dans l'identification et la définition de la G4G, plus on comprend que cette “guerre de la 4ème génération” désigne finalement la situation de désordre que notre système répand dans l'univers, y compris désormais dans nos propres territoires.

Effectivement, il s'agit d'un effet de boomerang classique, qui ne peut nous étonner. Le système occidental à direction américaine se définit par son aptitude à l'auto-destruction au terme de son expansion universelle. Le système a pour vocation d'engloutir dans ses effets destructeurs et déstructurants (destructeurs parce que déstructurants) l'ensemble de l'univers extérieur avant de se contracter pour se retourner contre lui-même. On peut même avancer l'idée qu'il est, au départ, du fait de tous les caractères de son idéologie (hyper-libéralisme, individualisme, productivité aveugle, entropie culturelle, etc.), déstructuration pure.

L'arrière-cour renvoie la balle.
11/06/2008
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