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Si les souverainistes européens ne se réveillent pas maintenant, Marine Le Pen sera présidente en 2012

On peut désigner par le terme de souverainiste européen ceux qui, en France et ailleurs, pensent que l'Europe doit se comporter en puissance souveraine face aux autres puissances souveraines avec qui elle est en compétition. Etats-Unis et Chine notamment. Actuellement l'Union européenne, de par son statut constitutionnel, ne le peut pas. Les Etats européens, pris un à un, pourraient juridiquement le faire s'ils sortaient de l'Union européenne. Mais en ce cas ils se retrouveraient isolés face aux puissances non-européennes et seraient balayés.


Un certain nombre de citoyens et électeurs français se considèrent comme des souverainistes européens. Il en existe d'autres dans d'autres pays européens. Malheureusement pour eux, aucun parti politique important, au pouvoir ou dans l'opposition, n'a encore clairement mis à son programme la volonté de faire de l'Europe une puissance souveraine. Aucune alliance politique entre souverainistes européens ne permet pour le moment de faire espérer que cette force deviendra assez influente, dans des délais proches, pour donner à l'Europe la souveraineté qu'elle n'a jamais eu. Il en résulte que l'Europe s'enfonce dans la crise et le découragement politique.

Cette situation ouvre un boulevard aux mouvements souverainistes nationaux, au sein de chacun des pays de l'Union européenne. Ainsi en France les souverainistes français, tels Marine Le Pen ou Nicolas Dupont Aignan, l'une et l'autre candidats à la présidence de la République, comptent pour accéder au pouvoir sur l'incapacité de l'Union européenne à se comporter en puissance souveraine. Ils promettent de redonner à la France, en la faisant sortir de l'Union et de l'euro, une souveraineté nationale qu'elle a perdue depuis longtemps. Les électeurs sont si lassés de la soumission de l'Union européenne et du gouvernement français actuel aux pouvoirs financiers mondialisés que ces candidats pourraient très bien rassembler en 2012 une majorité de voix.

Nous pensons que si les souverainistes nationaux accédaient au pouvoir en France, ils découvriraient très vite qu'ils ne pourraient pas tenir leurs promesses: ou bien ils renonceraient, réflexion faite, à sortir de l'Union européenne ou bien, s'ils y arrivaient, ils constateraient que la France isolée serait incapable de s'opposer, comme ils prétendent pouvoir le faire, aux grandes puissances non-européennes qui dominent le monde. Ceci inaugurerait pour notre pays une crise de société sans comparaison avec les difficultés actuelles.

Pour justifier le bien-fondé de nos affirmations, que beaucoup de nos lecteurs ne manqueront pas de contester, nous devons d'abord rappeler les raisons qui selon nous justifient le souverainisme européen, autrement dit la transformation de l'Union européenne actuelle en un puissance souveraine. Nous nous interrogerons ensuite sur la sincérité de ceux qui contestent ces raisons ou qui, plus exactement, prétendent que la France seule pourrait récupérer la souveraineté qu'elle a perdue.

Les souverainistes européens s'accordent globalement sur les constatations suivantes:

  • Les peuples européens sont, sans toujours s'en rendre compte, en guerre avec de grandes puissances mondiales qui veulent les asservir à leur profit. Il s'agit d'une guerre économique, mais aussi réglementaire et finalement politique. Cette guerre n'a pas encore pris de forme militaire, sauf si l'on considère comme militaires les affrontements au sein des réseaux numériques. Mais cela viendra peut-être.

    L'Amérique a depuis la seconde guerre mondiale combattu sans interruption les volontés européennes d'indépendance et de souveraineté. La Chine le fait désormais, comme le montre clairement le livre récent d'A. Brunet et J.P. Guichard « La visée hégémonique de la Chine » L'Harmattan.

  • Les citoyens européens, globalement, ne peuvent pas se rendre compte de cet état de guerre et de la dépendance en résultant pour eux car ils sont dirigés par des « élites » politiques, économiques et médiatiques acquises aux puissances non européennes dominant l'Europe. Ces élites exercent le pouvoir dans les Etats et tout autant dans les organes de l'Union européenne. Elles mentent expressément aux citoyens. En 1940/45, on aurait parlé de « collaborateurs » ou de « cinquième colonne ». Dans cette catégorie se trouvent tous les intérêts économiques et politico-administratifs qui depuis la fin de la 2e guerre mondiale ont choisi le camp américain ou « atlantiste ». On y trouve aussi maintenant ceux qui depuis quelques années investissent en Chine pour profiter de ses bas salaires et réexporter des produits manufacturés en Europe, sans se rendre compte qu'ils seront très vite remplacés par des investisseurs chinois. Les uns et les autres veulent imposer l'ouverture et la liberté des échanges, puisque tout protectionnisme et retour à des politiques publiques dans le domaine économique signifierait la fin de leur domination.

  • La seule façon qu'auraient les Européens d'échapper à cette dépendance et se défendre serait de répudier en bloc le Système dit de la mondialisation néo-libérale (voir notre article « mondialisation-démondialisation »). Pour cela ils devraient se constituer en un bloc fédéral protégé de la concurrence inégale des concurrents extérieurs et capables de réinvestir dans tous les domaines technologiques et industriels dont ils se sont laissés éliminés. Le protectionnisme serait alors le corollaire du ré-investissement, l'un justifiant l'autre et réciproquement. Le protectionnisme n'empêcherait pas les échanges mais ceux-ci se feraient sur la base de la réciprocité, de puissance globale à puissance globale. La protection inclurait le contrôle des immigrations aux frontières, afin d'éviter que celles-ci ne dépassent les possibilités d'accueil.

  • Les Européens disposaient il y a encore quelques années de toutes les potentialités nécessaires à l'indépendance économique et technologique. Mais elles leur ont été retirées progressivement. Aujourd'hui, pour les reconquérir, ils devront consentir des sacrifices importants et qui ne seront pas populaires: hausse des prix, baisses de certaines consommation, épargnes plus ou moins forcées. C'est ainsi que se gagnent les guerres, économiques ou autres. Refuser d'envisager des sacrifices serait se condamner à l'impuissance.

  • Ces sacrifices ne seront pas admis par les populations européennes si seul le peuple de la base en faisait les frais. De même, l'inflation qui pénalise les revenus fixes ne serait pas acceptable, d'autant plus qu'y échappent les fortunes mises à l'abri dans les paradis fiscaux. Il conviendra que les sacrifices comme les bénéfices résultant de la réindustrialisation soient explicitement répartis entre toutes les couches sociales. Ceci supposera une inévitable politique de redistribution compte tenu des inégalités régnantes en Europe.

  • Les élites européennes, pour conserver leurs privilèges, feront au contraire en sorte que la guerre économique (protectionnisme et relance des investissements), si les Européens se décidaient à la mener, soit supportée exclusivement par les pauvres tandis que ses bénéfices ne profiteraient qu'aux riches. Au delà de la redistribution que nous venons d'évoquer, une politique d'inspiration socialiste, redonnant notamment un pouvoir de décision aux salariés, serait donc le complément indispensable d'une politique de reconquête de la souveraineté économique et technologique.

  • Un tel programme serait considéré par les intérêts en place, tant en Europe que dans le reste du monde, comme une véritable déclaration de guerre. Tout sera fait pour l'empêcher de voir le jour ou pour, le cas échéant, le conduire à l'échec. Les souverainistes européens devront donc se préparer à des luttes politiques très rudes.

Les souverainistes français sont soit inconscients soit délibérément menteurs.

Il nous paraît évident que face à la véritable révolution qu'imposerait une politique visant à faire de l'Europe une puissance souveraine, seule la voie de la fédéralisation de l'Europe permettrait de rassembler les forces nécessaires. C'est ce qu'a très bien résumé le 11 août à 19h Daniel Cohn-Bendit sur France Inter. Les souverainistes nationaux, tels en France les deux personnalités citées plus haut, proposent d'aborder les mêmes objectifs à partir d'un seul Etat, la France en l'espèce. Ils ne peuvent pas ignorer les résistances que provoquerait ce programme de la part des intérêts dominants, ceux que l'on peut appeler par commodité le Système. S'ils espéraient pourtant pouvoir surmonter ces résistances, ils feraient preuve d'une naïveté qui les déconsidérerait d'avance comme candidats au gouvernement.

On peut penser en fait qu'ils ne les ignorent pas, mais que leur objectif n'est pas de s'en prendre véritablement au Système. Leur objectif est d'accéder au pouvoir pour leur compte et pour celui de leurs amis politiques, en s'appuyant sur les insatisfactions profondes des Français. Ils rejoindraient ensuite les rangs des dirigeants européens actuels, qui sont en grande majorité des représentants ou des otages du Système. Dans ce cas, les souverainistes mentent délibérément aux électeurs en laissant croire qu'ils se comporteraient autrement que les majorités actuelles.

Malheureusement, cette manoeuvre diabolique a toutes les chances de réussir. Leurs adversaires , tant dans la majorité que dans l'opposition, se limitent à des critiques molles et parfois de mauvaise foi. Ils sont eux-mêmes tellement convaincus du bien-fondé du Systéme qu'ils se refusent à développer les arguments du souverainisme européen que nous venons de résumer.

Les souverainistes européens eux-mêmes sont en tort car à l'exception de quelques convaincus, on ne les entend pas populariser et répandre les arguments résumés ici. Le réveil sera rude pour tous. Si rien ne change dans le contenu de la campagne, Marine Le Pen, élue par une majorité d'électeurs abusés, sera présidente de la République en 2012. Alors le pire sera à craindre.

Dans l'immédiat, si le bon sens ne l'emportait pas, il resterait à espérer que l'aggravation de la crise convaincrait une majorité d'électeurs que la voie du souverainisme européen est la seule perspective possible. Alors un(e) candidat(e) aux présidentielle pourrait en faire le thème essentiel de sa campagne.

Rédaction provisoire, à discuter

11/08/2011
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