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Echec au sommet de la FAO

Au sommet mondial de la FAO, clos le 5 juin à Rome, la totalité des pays membres devaient marquer leur volonté de s'unir pour lutter contre la malnutrition et les famines menaçantes. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon avait annoncé que le monde « ne pouvait échouer face à la crise alimentaire ». Or aucune décision conséquente n'a été prise. Le langage diplomatique cache mal l'impossibilité de faire reculer l'égoïsme des pays riches. Il aurait aussi fallu évoquer la question du contrôle des naissances, que l'ONU, sinon la FAO, ne doivent plus aujourd'hui refuser d'aborder.

Environ 850 millions de personnes souffrent de malnutrition et la crise actuelle met en danger 100 millions de personnes supplémentaires.
Cette situation ne pourra que s'aggraver d'ici 2050. La population mondiale devrait passer de quelques 6 milliards d'hommes à 9 milliards. Sur les 13 milliards d'hectares de surfaces émergées, dont 4,5 milliards sont inutilisables (déserts, villes, lacs), les conséquences du  réchauffement climatique et de la pollution pourraient en rendre impropres à la culture au moins 2 à 3 milliards supplémentaires. Certes, les terres cultivées, occupant actuellement une superficie de 1,5 milliard d'hectares, pourraient être étendues  aux dépens des 3,4 milliards de pâturages et des 3,9 milliards de forêts. Mais les conséquences sur l'environnement et la biodiversité seraient graves. Les seules réserves de bonnes terres susceptibles d'être mise en culture se trouvent au Brésil, en Russie et en Ukraine. L'Afrique dispose aussi de réserves, mais difficilement valorisables sans des investissements considérables.

On ajoutera que la volonté d'augmenter les rendements sur le modèle de la révolution verte des années 50 se heurtera au prix des engrais chimiques, aux dangers liés à leur usage,  ainsi qu'à la raréfaction croissante des réserves d'eau. Les OGM souvent évoqués par leurs partisans ne pourront pas modifier la situation en profondeur. Les principales réserves de rendement se trouvent en Europe de l'Est et surtout en Afrique. Mais sur ce continent, des investissements considérables seraient nécessaires pour ramener à la terre les paysans chassés par les cultures industrielles et les importations des pays riches. Ces investissements devraient inclure un véritable remodelage des territoires afin de faciliter l'accès des consommateurs locaux aux productions grâce à une meilleure desserte et à l'augmentation des capacités de stockage. Selon l'ONU, pour que la production puisse augmenter de 50% d'ici 2030 afin de faire face à la demande, il faudrait consentir un effort financier de 15 à 20 milliards de dollars par an – sans prendre en compte les dégâts que provoquerait cet effort sur l'environnement.

Les pays pauvres attendaient dans ces conditions que les pays riches annoncent des mesures de grande ampleur. Il ne s'agit plus de multiplier les programme d'aide alimentaire au coup par coup a rappelé le président du Sénégal Abdullah Wade, mais de  relancer les productions locales. Pour cela les pays riches doivent renoncer aux exportations subventionnées et aux programmes de production de biocarburants. Ils doivent aussi favoriser l'appropriation des terres par les petits paysans plutôt que par les latifundia et les grandes compagnies.  

Or, rien de tout cela ne s'est passé. Ce n'est sans doute pas faire preuve de trop de pessimisme que constater l'échec des bonnes intentions face à l'égoïsme  persistant des pays riches. Les membres de la FAO ont certes adopté par acclamation la déclaration finale du sommet par  laquelle ils s'engagent à lutter "par tous les moyens" contre la crise alimentaire. Mais cette déclaration de principe s'est heurtée au refus, par les Etats-Unis, le Brésil et l'Europe, de renoncer aux subventions et aux cultures de biocarburants. Sur la question des biocarburants, la déclaration finale se limite à la mise en place d'un système d'évaluation des bioénergies afin de mieux connaître leur  impact sur la sécurité alimentaire.

Nous pensons pour notre part utile d'ajouter un point essentiel. Le sommet de la FAO a occulté le débat qui s'impose en parallèle, celui du contrôle des naissances. Il ne suffira pas d'augmenter la production agricole pour chasser les risques de famines. Il faudrait aussi renforcer les efforts visant à faire diminuer la natalité. On considère généralement qu'il est impossible de retourner la tendance actuelle selon laquelle, comme indiquée ci-dessus, la population mondiale passera inexorablement de 6 à 9 milliards d'ici 2050. Mais on peut en douter. Si l'humanité, d'une façon générale, se persuade qu'il est politiquement incorrecte de présenter cette augmentation comme une véritable malédiction, afin de prendre les mesures nécessaires pour la contenir dans les pays qui n'ont encore rien fait, ce ne seront pas 9 milliards d'hommes qui peupleront la Terre en 2059, mais beaucoup plus.
05/06/2008
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