Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

L'Amérique passe au vert

La conversion de General Motors aux véhicules propres ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Il faut par contre mesurer l'intérêt croissant du capital-risque américain pour les investissements dans les « énergies vertes ». Ces investissements sont passés de $200 millions en 2005 à $1.200 en 2007. Le mouvement se poursuit en s'amplifiant actuellement. L'Europe, qui ne fait pas d'effort comparable, se trouvera de nouveau dépassée.

L'opinion mondiale vient d'être frappée par la conversion de General Motors aux véhicules verts, annoncée fin mai. Elle se traduit par la fermeture de 4 usines fabriquant des SUV ou 4/4. Les monstrueux véhicules qui jusque là étaient l'emblème d'un mode de vie américain présenté par G.W.Bush comme non négociable vont sans doute subitement paraître aussi démodés que les « belles américaines » des années 60. Les automobilistes moutonniers qui en Europe pensaient grâce à ces engins se hisser dans l'échelle sociale, alors qu'ils n'en avaient aucun besoin, se sentiront sans doute trahis.

Il est cependant difficile de dire si la décision de GM permettra de redresser le secteur américain de l'automobile. Les industriels européens qui depuis des décennies avaient toujours visé petit, contraints par une taxation salvatrice sur les carburants, disposent d'une certaine avance. Mais les industriels américains sont capables de retournements rapides et surprenants. Ils l'avaient montré lorsqu'à la fin des guerres du vingtième siècle, ils avaient en quelques mois reconverti leurs fabrications militaires en fabrications civiles.

Le vrai risque pour le reste du monde n'est pas là. Il est dans l'intérêt croissant du capital-risque américain pour les investissements de ce que l'on appellera globalement ici les « énergies vertes », lesquelles sont à la fois renouvelables et propres. Un article du NewScientist (31 mai 2007, p. 36) montre que ces investissements sont passés de $200 millions en 2005 à $1.200 en 2007. Le mouvement se poursuit en s'amplifiant actuellement. Les investisseurs en capital-risque sont principalement présents dans la Silicon Valley et la côte Ouest. Les nouveaux acteurs industriels s'y retrouvent aussi pour la plupart, Amyris Biotechnologies, Ausra, Stion (énergie solaire), Transonic Combustion (amélioration du rendement des moteurs thermiques). Mais d'autres se développent ailleurs, tels Konarka (énergie solaire) dans le Massachusetts, Range fuel dans le Colorado.

Pour les capital-risqueurs américains, à qui il faut bien reconnaître le mérite d'avoir sinon provoqué du moins accompagné et amplifié les divers booms mondiaux de l'informatique et de l'Internet, les énergies vertes apparaissent comme l'eldorado du nouveau siècle, les sources d'une nouvelle croissance qui devrait être plus longue que la précédente. « La meilleure façon de créer le futur est de l'inventer, mais la seconde meilleure façon est de le financer » selon un propos attribué à John Doerr, partenaire dans la firme de capital-risque KPCB. Ce sont de tels gens qui sont en train de faire basculer la politique gouvernementale fédérale jusque là étroitement mise au service de l'industrie pétrolière. Leur but est de placer les Etats-Unis à la tête d'un combat mondial pour la lutte contre le réchauffement climatique. L'objectif est « moralement » vertueux, ce qui compte dans ce pays. Mais il est aussi selon eux très profitable – surtout si les Etats-Unis savent prendre la tête d'un mouvement qu'ils avaient jusqu'alors délaissé. Il s'agit d'obtenir, là comme partout ailleurs, quelques années d'avance sur les concurrents, de façon à en faire des clients ou, au mieux, des sous traitants.

Les technologies vertes présentent, comme le font encore par ailleurs celles de l'électronique, deux avantages aux yeux du capital-risque : celui de proposer un cycle d'innovation rapide (2 ans environ au lieu de 15 à 20 ans pour les centrales nucléaires de 4e génération) et celui de permettre une baisse rapide des coûts en fonction des quantités produites. Par ailleurs, elles ne nécessitent que peu de matières premières rares – à l'exception de certains métaux et composés minéraux très disputés dont il faut sécuriser les approvisionnements.

N'oublions pas cependant qu'aux Etats-Unis, les industriels privés ne sont pas seuls à supporter l'effort du passage au Vert. Dans le budget fédéral militaire et spatial américain, des sommes considérables sont investies au profit de filières pouvant donner lieu sans grands efforts à des applications civiles. Le propre de la Silicon Valley et régions analogues est de mêler étroitement les Universités travaillant principalement sur des contrats d'Etat (de la Darpa notamment), des start-up, des capital-risqueurs et autres business angels, ainsi finalement que des banquiers classiques. La crise actuelle incite ces derniers à se reconvertir ailleurs que dans le financement de l'immobilier.

Ce sont là  de mauvaises nouvelles pour l'Europe qui est incapable de définir une démarche de recherche-développement conjuguant les interventions de l'Etat et les initiatives privées, susceptible de se traduire par des politiques industrielles de grande ampleur. Les laboratoires et quelques start-up ne manquent pas d'idées, les ressources naturelles sont là, mais les conflits entre régionalismes, l'absence de la moindre volonté d'intervention « patriotique » au niveau des institutions, les blocages persistants de multiples lobbies (refus des biotechnologies, guerres picrocholines entre éolien et solaire, pour ne citer que les moindres), condamnent les innovateurs à la stagnation. Il faut souhaiter qu'une prise de conscience se fasse, mais peut-on y compter ?

Les concurrents auxquels seront confrontés les nouveaux investisseurs du Vert américain viendront comme toujours dorénavant de l'Asie. Mais rien n'exclut que la puissance du tissu économique et technologique dont dispose encore l'Amérique lui permette de gagner cette nouvelle bataille.
04/06/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire