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Châteaux de cartes dans le Golfe ?

La tour géante Burj Dubai symbolise les investissements bling bling par lesquels les souverains arabes du Golfe espèrent prendre le relais des revenus du pétrole. Il faudrait peut-être se méfier de l'eldorado promis. Surtout lorsque, comme en Europe, il faudrait d'abord investir localement avec sa propre épargne.

Les pays du Golfe exportateurs de pétrole accumulent comme on le sait des $pétro-trilliards de bénéfices, pour utiliser l'unité de compte qui s'impose. Même si la consommation de pétrole baisse du fait de la hausse du prix du baril, leurs revenus, du fait de cette même hausse, ne diminueront pas d'autant. Ils sont garantis pour au moins trente ans.

Que font-ils de cet argent ? Dans un premier temps, ils ont volé au secours des trésors publics occidentaux endettés. Dans un deuxième temps, plus intelligemment, ils ont décidé de prendre des participations de plus en plus importantes dans le capital des entreprises occidentales. Mais les occidentaux seraient fous de continuer à se laisser acheter sans mettre de limites. En Europe, les gouvernements n'ont pas réagi aussi brutalement qu'aux Etats-Unis qui ont bloqué net certains investissements. Cependant les pays industriels européens, par exemple l'Allemagne, sont pris entre deux tentations : protéger leurs entreprises stratégiques ou ne pas contrarier leurs acheteurs du Golfe. La première l'emportera sans doute progressivement.

Reste aux familles régnantes la perspective d'investir sur place. D'ici 2020, les experts prévoient des dépenses d'au moins $3,2 pétro-trilliards. Elles seront affectées à la construction d'infrastructures dont les revenus devraient compléter le plus tôt possible la rente pétrolière. Ces infrastructures elles-mêmes, ports et aéroports, plateformes pour usines de transformation, centres commerciaux et de services ne produiront pas directement de valeur ajoutée industrielle. Mais elles feront venir vers le Golfe de nombreuses entreprises espérant trouver là, outre le soleil et la plage ( ?), un environnement favorable.

Le calcul ne se cache pas : attirer dans la région les firmes occidentales et asiatiques que leurs gouvernements auront voulu protéger des prises de participation arabes mais qu'ils ne pourront pas, mondialisation aidant,  empêcher de se délocaliser avec tous leurs états-majors dans le Golfe. Une fois ces firmes implantées, elles généreront une activité économique, sociale et culturelle qui fera venir de nombreux touristes haut de gamme dont les dépenses ajouteront à la prospérité de la zone.  

Mais sur le moyen terme, le calcul est-il viable ? Les Européens, en ce qui les concerne, dont les ressources sont rares, doivent-ils céder au mirage et laisser partir les meilleures de leurs forces de production, au lieu d'investir chez eux, fut-ce en dépensant 10 à 100 fois moins d'argent ? L'exemple du Louvre d'Abu Dhabi doit-il rester une expérience sympathique de coopération culturelle ou être suivi à grande échelle par tout ce que nous avons de mieux en Europe ? Il est légitime d'accepter des commandes pour bénéficier de dizaines de milliards de contrats. Mais s'implanter à long terme est tout  différent.

On peut penser que la prudence s'impose. Le développement dans les royaumes arabes reposera sur des bases plus que fragiles. Le symbole en est donné par les tours existantes ou en projet tel que le Burj Dubai qui aura entre 800 et 900 mètres. Certes, des tours analogues sont projetées à Shanghai, Chicago ou Moscou. Il s'agit en soi de projets bling bling parfaitement à contre-courant des mesures d'économie s'imposant à tous. Mais à Dubaï ou dans le Golfe, de telles réalisations auront, c'est le cas de le dire, véritablement les pieds dans le sable. Vu l'instabilité de la région, elles serviront de cibles à tous les terrorismes. Bien courageux celui qui acceptera d'y louer un bureau.  

Avec un peu de pessimisme, on pourrait dire la même chose de tous les autres équipements. Les guerres fratricides entre Sunnites et Chiites ne sont pas près de s'arrêter et entretiendront des conflits permanents dans l'ensemble du Moyen-orient, dont le Golfe ne pourra pas se tenir à l'écart. De son côté, la « protection américaine » ne pourra pas durer. Elle sera d'ailleurs de moins en moins souhaitée, mais qui la remplacera ?  La Russie ? La Chine ? La France, avec sa future base? On peut en douter.  Au sein même des Royaumes, la faible natalité autochtone, l'existence d'une immigration forte mais volatile sinon potentiellement contestataire, le poids excessif d'une culture bédouino-coranique particulièrement peu attrayante pour les étrangers (y compris en terme de « finance islamique »), ne permettront jamais semble-t-il d'espérer transformer ces lieux en Côte d'Azur ou Côte Ouest californienne.  

Le moindre risque serait que se constitue dans les prochaines années une forte bulle spéculative, attirant beaucoup de valeurs économiques et financières étrangères. Elle serait à la merci d'un quelconque évènement, lié au terrorisme ou à toute autre cause, qui provoquerait son effondrement. Alors  les investisseurs européens, s'il s'en était trouvé  beaucoup, dont les reins sont moins que solides, s'en mordraient les doigts.

29/05/2008
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