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Avant le G20, l'engagement militant de la Réserve fédérale américaine

La Réserve fédérale américaine (Fed), qui dans l'économie décentralisée américaine joue le rôle mixte d'une banque centrale et d'un institut d'émission, vient d'annoncer le 3 novembre un nouvel ensemble de mesures d'assouplissement monétaire exceptionnelles de façon à soutenir la reprise de la croissance économique. Dans une ambiance de guerre économique internationale, ce n'est pas un geste négligeable.
 

La Fed s'engage à racheter (dans le fil  d'opérations analogues antérieures)  pour 600 milliards de dollars d'emprunts d'Etat d'ici à la mi-2011. Ceci dans le cadre d'un nouvel ensemble de mesures d'assouplissement monétaire exceptionnelles (quantitative easing) visant à soutenir la relance de la croissance économique aux Etats-Unis. Ce terme peut se traduire par celui plus simple de création de dollars au profit du gouvernement. La mesure portera sur des obligations du Trésor à moyen et long terme, qui seront achetées au rythme de 75 milliards par mois ajustable en fonction des besoins de l'économie.

Il s'agit de lutter contre la déflation (la Fed parle de favoriser la reprise de l'inflation, terme qui ferait scandale en Europe), compte tenu du fait que le rythme de la reprise de l'activité et de l'emploi continue d'être lent. Au troisième trimestre 2010, le Produit intérieur brut  des Etats-Unis a progressé de seulement 2% et le taux de chômage se maintient autour de 9,6%.

D'autre part, la Fed a confirmé son engagement à maintenir bas pendant une période prolongée le taux d'intérêt des emprunts fédéraux, soit dans une fourchette de 0% à 0,25%. . Rappelons qu'elle avait ramené ces taux pratiquement à zéro en décembre 2008 et racheté alors pour 1 700 milliards de dollars d'emprunts d'Etat et de valeurs mobilières adossées à des actifs immobiliers plus ou moins « toxiques » .
Cette décision a entraîné une baisse sensible du dollar sur les marchés, par rapport à l'euro et au renminbi chinois (RMB). 

Observations

* On ne peut que constater à nouveau la facilité que donne au gouvernement américain (l'Administration Obama en l'espèce) le fait de pouvoir en tant que de besoin obtenir de la banque centrale des soutiens massifs à sa politique conjoncturelle et plus largement à sa géostratégie à long terme. C'est une facilité dont ne disposent pas les Etats Européens, du fait qu'ils veulent maintenir (sous la pression notamment de l'Allemagne) une indépendance quasi complète de la Banque centrale européenne (BCE) à l'égard des gouvernements. Il serait facile cependant pour eux de s'entendre, au sein du Comité des chefs d'Etat et de gouvernement, ou au sein du comité directeur des Etats-membres de la zone euro, pour obtenir en tant que de besoin un soutien de la BCE à des politiques communes. Encore faudrait-il savoir pour quoi faire, afin d'éviter les critiques de ceux qui ne voudraient  pas encourager par la création de monnaie le laxisme des gouvernements jugés dépensiers.

Si les Etats et l'UE s'entendaient, comme  nous l'avons proposé  ici, pour conduire une politique d'investissements à long terme menée au sein d'un Fonds stratégique européen d'investissement, l'apport  à ce Fonds d'obligations d'Etat à faible taux d'intérêt , pour des montants de plusieurs centaines de milliards d'euros, permettrait effectivement de créer des emplois dans des branches industrielles et dans des grands travaux indispensable à la compétitivité à terme de l'Europe. Il n'y aurait donc pas de risques d'inflation.

* A quoi vont servir les dollars ainsi mis en circulation par la Fed? On peut penser que, comme ceux précédemment crées, ils vont principalement servir non pas à des investissements publics dont l'Amérique aurait le plus grand besoin (voir les observations reprises sur ce site de la politologue Arianna Hufftington),  mais à permettre au gouvernement de mettre en place  des « plans de relance » qui se sont traduits jusqu'à présent par le soutien à de grandes banques aventurées dans des politiques de crédit spéculatives ayant mal tourné.

La santé des banques (des banksters) semble aujourd'hui rétablie grâce à l'argent des contribuables et de l'Etat, mais il n'est pas exclu que se préparent de nouvelles crises contre lesquelles les banquiers cherchent d'avance à se prémunir. Ce pourrait être le cas à la suite de ce que l'on commence à nommé le « forclosure gate » . Ce terme désigne le fait que des organismes financiers ayant prêté  sans garanties suffisantes aux particuliers de quoi acheter des biens immobiliers n'auraient pas les titres juridiques leur permettant de saisir les biens hypothéqués (voir notre article sur ce sujet). Mais plus généralement, les banques ne semblent pas décidées à mettre au service de l'économie l'argent des plans de relance. Elles disposeraient aujourd'hui de 1.000  milliards de dollars en réserve qui ne sont pas utilisés pour prêter, mais pour spéculer sur les marchés financiers.

Le gouvernement semble espérer que mettre de nouveaux dollars en circulation dans l'économie, sans se préoccuper a priori de leur donner des affectations précises, pourrait être un facteur de relance de la consommation. Ces dollars permettraient d'abonder les revenus des particuliers ou favoriser une relance des prêts bancaires aux entreprises, aujourd'hui toujours très inférieurs à ce qu'ils étaient avant la crise. Mais dans le climat actuel, il n'est pas sûr que faciliter l'accès au crédit soit payant. Si les Américains n'ont pas envie d'investir, distribuer des dollars  ne servira qu'à accroître les déficits publics en créant de la monnaie pour rien.

* La création de monnaie par la Fed, avec la diminution des taux d'intérêt ainsi entraînée, aura finalement pour principal résultat d'assurer une nouvelle baisse du dollar sur les marchés des changes, supposée encourager les exportations américaines et freiner les importations. Il s'agit donc au moment où va se réunir un G20 officiellement consacré à lutter contre les dévaluations compétitives et le protectionnisme, d'un pied de nez officiel des Etats-Unis aux pays européens. Ceux-ci se plaignent à juste titre du renchérissement de l'euro qui pénalise leurs importations. Comment dans ces conditions demander à la Chine de poursuivre les efforts certains qu'elle accomplit depuis quelques mois  pour faciliter une réévaluation  du RMB  par rapport aux autres grandes devises?   

Conclusion

Il est difficile d'évaluer l'effet que l'annonce de la Fed, si elle avait été faite plus tôt,  aurait pu avoir sur le résultat des élections mi-mandats qui ont marqué une défaite des Démocrates. Nous pouvons par contre prévoir que l'accroissement du poids politique des Républicains, conjugué avec le désir de Barack Obama de se pas perdre l'appui de Wall Street, ne pourra que renforcer la volonté américaine  de continuer à se comporter en superpuissance. L'avenir dira si elle en aura longtemps les moyens. En tous cas, ce ne sera pas l'Europe qui contestera le moins du monde cette volonté hégémonique, alors que, première économie mondiale, elle en aurait parfaitement les moyens.
04/11/2010
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