ITER
Devant le vide de personnalités méritant, à nos yeux (sans doute trop exigeants) d'être cités dans cette rubrique, nous étions tentés d'évoquer un grand défunt, Winston Churchill , à qui France Culture consacre cette semaine (26 au 29/07) une série passionnante de chroniques. Voilà bien l'homme de détermination, de clairvoyance et de communication dont l'Europe aurait aujourd'hui besoin. La situation de l'Europe s'aggravant inexorablement dans l'avenir fera peut-être émerger un tel homme (une telle femme). Malheureusement on n'en voit pas aujourd'hui l'esquisse de l'esquisse. Mieux vaut alors attirer l'attention sur un projet qui, comme le fait déjà son presque homologue le grand collisionneur de hadrons du Cern, pourrait au mieux incarner le rôle international que l'Europe devrait jouer dans le monde. Malheureusement il en faudrait pour bien faire une bonne dizaine d'autres analogues.
Les sept partenaires du projet nucléaire Iter, réunis à Cadarache depuis le 27 juillet, viennent de confirmer après révision le périmètre du projet, son calendrier et ses financements. La Commission européenne a proposé le 20 juillet aux gouvernements de l'Union de couvrir le surcoût de financement de 1,4 milliard d'euros à charge de l'Union européenne pour le réacteur en 2012-2013 grâce à des fonds non utilisés du budget commun. Cette révision a été rendue nécessaire par l'augmentation globale du coût d'Iter tel qu'évalué initialement. Cette augmentation était prévisible parce qu'inévitable. Ce ne sera certainement pas la seule. Mais elle ne justifiait pas que l'Europe renonçât au projet, dont elle finance 45% du coût.
L'exemple du LHC précité, dont les scientifiques célèbrent cet été à qui mieux mieux les premiers succès expérimentaux, montre en effet les gains directs et indirects que peut procurer un tel ensemble aux pays qui l'accueillent. Il s'agit bien d'une machine à produire en grande quantité du capital cognitif (pour reprendre l'expression de l'économiste Yann Moulier Boutang cité ici par ailleurs). Les retombées en seront nécessairement très nombreuses et importantes, même si elles ne sont pas prévisibles aujourd'hui.
Rappelons que ce projet encore expérimental vise à faire de la fusion thermonucléaire une source d'énergie illimitée et plus propre que la fission de noyaux d'atomes lourds des centrales nucléaires actuelles. Même si, pour des raisons diverses, il ne tient pas toutes ses promesses, il aura pendant 20 ou 30 ans, compte tenu des raisons indiquées ci-dessus, enrichi les Européens et leurs partenaires, mieux qu'aucun autre grand programme envisageable à ce jour – sauf évidemment les programmes lunaires et martiens dont l'Europe malheureusement est encore pratiquement absente. Il faudrait à l'Europe la grande voix d'un Winston Churchill pour le faire entendre.
29/07/2010