Wikileaks: circulez, braves Français, il n'y a rien à voir
La fuite massive de documents classés, dont certains relativement anciens, relatant les impasses de la guerre américaine en Afghanistan/Pakistan (Afpak) , est dorénavant inscrite dans la grande Histoire sous le nom de Wikileaks, à l'instar des Pentagon Papers qui avaient contribué à la fin de la guerre du Vietnam. Mais qui s'en préoccupe officiellement en France?
Chacun connaît dorénavant ce dont il s'agit. Inutile d'y revenir. On peut s'interroger par contre sur la différence de l'accueil faite à ces fuites par le système washingtonien et par les gouvernement européens engagés via l'Otan, eux aussi, dans cette guerre américaine.
Les dégâts faits par cette divulgation sur la politique officielle américaine entièrement assumée dorénavant par Barack Obama, la véritable descente aux enfers qui se dessine pour celui-ci tant qu'il aura été incapable de prendre la décision qui s'impose, se retirer, suscitent force commentaires, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Par contre, en Europe, et pour ce qui nous concerne en France, l'évènement semble rester sans répercussions.
Les Français paraissent oublier qu'ils ont là-bas un contingent militaire de près de 4.000 hommes. Qui se préoccupe d'eux? Personne. Peut-être parce qu'il s'agit de soldats professionnels pouvant être dépensés tels des rouleaux de sopalin, comme le suggère (sans employer le terme) l'ancien ministre de la défense Paul Quilès dans Le Monde du 27 juillet. Il ne s'agit pas de dire que la France ne devrait pas participer à une opération militaire, si les résultats de celle-ci justifiaient les risques. Mais en l'espèce l'opinion devrait exiger du gouvernement qu'il la tienne en permanence informée de l'évolution d'un conflit dont personne n'a jamais clairement expliqué les enjeux et dont personne aujourd'hui, à part le Wikileaks, ne décrit les mauvais résultats.
Ces résultats sautent aux yeux des plus faucons des Américains eux-mêmes: un gouvernement afghan corrompu et jouant plusieurs double-jeux, des chefs de guerre et une insurrection de plus en plus envahissants, des dépenses militaires gigantesques dont le quart au moins finance les Talibans, une tension croissante sinon un début de guerre larvée avec le Pakistan...De plus, il apparaît que les buts de guerre annoncés initialement, éliminer le terrorisme, ne tiennent pas. Contrairement aux affirmations officielles, les Talibans semblent de moins en moins composés de combattants importés par Al Quaida mais pour la plupart l'émanation de populations locales qui cherchent surtout à se débarrasser des militaires étrangers comme elles l'avaient fait des Russes il y a 20 ans. L'Occident, si l'on peut encore employer ce terme, lutterait mieux contre le terrorisme international en renforçant ses moyens de contre-terrorisme sur son sol même qu'en poussant, par des bavures de plus en plus nombreuses, de plus en plus d'Afghans et de Pakistanais à prendre les armes contre lui.
Paul Quilès suggère une initiative internationale. Selon lui, la France « devrait proposer de réunir les pays voisins de l'Afghanistan, ceux détenant un siège permanent au Conseil de sécurité et les membres de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique (de manière à associer la Turquie). Cette conférence aurait pour tâche d'établir un statut international de l'Afghanistan, qui en ferait un Etat neutre, dont les autorités s'engageraient à n'apporter aucun soutien au terrorisme international ». Pour retrouver une liberté d'action, « la France doit commencer par retirer son contingent. Le retrait français doit être immédiatement annoncé et sa mise en œuvre coordonnée avec le désengagement programmé des forces américaines et internationales », qui seront incitées ainsi à suivre cet exemple.
Quoiqu'il en soit, aujourd'hui, le silence des autorités françaises au milieu des grandes remises en causes que va continuer à provoquer le Wikileaks est profondément sidérant. Il s'agit en fait d'un mépris caractérisé pour la Nation, qui s'ajoute à tous les autres dont nous devenons hélas coutumiers.
28/07/2010