L'avertissement hongrois
Les élections hongroises du 11 avril ont donné dès le premier tour une large majorité à la droite (Fidesz) avec 53% des voix. Les socialistes du MSZP se sont effondrés à 19%. Plus significatif est l'affirmation du parti d'extrême-droite Jobbik avec 16% des voix alors qu'il n'avait que 2,2% en 2006. Les libéraux Verts du LMP n'ont recueilli que 7,4% des voix.
Le Jobbic, dont le nom ne prête à rire qu'aux francophones, n'a rien de particulièrement attrayant pour les démocrates. Xénophobe, anti-européen, anti-tzigane, il va plus loin que les autres partis populistes européens en ressuscitant des milices et des uniformes dont les défilés rappellent fâcheusement les Chemises noires ou brunes de sinistre mémoire (notre photo). Son principal dirigeant Gabor Vona (31ans) affirme que les 2/3 des Hongrois partagent ses valeurs. Il se réfère de moins en moins subliminalement à Miklós Horthy de Nagybánya , amiral et régent du Royaume de Hongrie jusqu'en 1944, sorte de gauleiter sous le pouvoir nazi et responsable de l'extermination de nombreux juifs.
On pourrait penser que cette remontée d'une extrême-droite qu'il serait difficile de ne pas considérer comme fasciste restera le privilège d'un pays d'Europe-centrale encore mal remis de la guerre. Mais tout laisse penser que les autres extrêmes-droites, en Hollande ou en Belgique, par exemple, n'en sont pas loin. Le Front National, sous le visage souriant de Marine Le Pen, pourrait vite ressortir de ses armoires de tels relents.
La question interpelle la droite parlementaire, en Hongrie comme ailleurs. Manifestement elle a profité de la crise économique et de l'impuissance de la gauche parlementaire à proposer des solutions crédibles. Mais à son tour quelles solutions proposera-t-elle pour redynamiser l'économie et la société, dans le pays comme au niveau global de l'Europe. Si elle s'entête à appliquer des programmes de prétendues « réformes » et « rigueur » qui taillent dans les moyens de l'Etat et ne profitent qu'aux plus riches, si d 'un autre côté elle ne sait pas montrer comment elle peut lutter contre la montée délibérée des mouvements fondamentalistes sans déclencher une guerre de civilisation contre les musulmans, on ne voit pas comment à terme elle se différenciera du Jobbik.
Mais ce sont les gauches de gouvernement qui, plus encore que les droites, se trouvent mises au pied du mur par les élections hongroises. Ceci inclue les Verts dont on a vu qu'ils ne tiraient pas mieux leur épingle du jeu. Si ces partis de gauche, en Hongrie comme en France et ailleurs, ne savent pas proposer les voies d'une véritable économie mixte européenne telle que nous l'avons analysée dans notre précédent éditorial (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=468&r_id=), ils ne pèseront pas lourd face aux menaces. La question, évidemment, concerne aussi directement les institutions européennes.
Or quelles sont ces menaces? Elles apparaîtront de plus en plus clairement, prenant la forme de véritables soulèvement populaires. Ceux-ci, quasi automatiquement, ouvriront la porte à des gouvernements tyranniques, s'appuyant sur des milices armées. Exactement ce qui s'était produit en Europe dans les années trente, avec l'établissement du nazisme et du fascisme.
13/04/2010