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La Grèce en faillite ?

De la prétendue faillite financière des PIGS (anciennement pays dits du Club Med), soit Portugal, Italie, Grèce et Espagne. Les pays de l'Union européenne vont-ils capituler devant les diktats des marchés financiers ?

Il y a quelques jours, le bruit avait couru que la Grèce, comme une vulgaire entreprise, allait être mise en faillite. Autrement dit, elle ne pourrait plus honorer la charge de sa dette publique. Un tel bruit, quand il survient, provoque un mouvement de retrait sinon de panique chez ceux qui ont acquis les  bons du Trésor ou titres équivalents émis par le pays en question. Ils en demandent le remboursement. La Grèce fait partie de la zone euro, mais le traité de Maëstricht n'implique pas de solidarité financière entre les Etats. Si bien qu'au cas où la Grèce ferait faillite, aucun des autres Etats de la zone euro ne serait contraint de racheter ses titres. Tous en subiraient les conséquences  puisque ce seraient des titres libellés en euros qui seraient mis en vente. Il en résulterait une baisse de l'euro par rapport aux autres devises : dollar, yen et yuan notamment. Si cependant, par la suite, le bruit de faillite se révélait inexact, l'euro remonterait.

Ces fluctuations sont pain béni pour les spéculateurs, dont les réserves se chiffrent par dizaines de milliards de dollars. Spéculant soit à la baisse soit à la hausse des grandes monnaies, ils peuvent faire des profits considérables, même à partir de différences insignifiantes entre les prix d'achat et les prix de vente. Or qui a donc fait ces derniers jours courir le bruit que la Grèce ne pourrait plus honorer la charge de sa dette, en la rétrogradant dans l'échelle des notations, de A à B ? Ce fut l'œuvre des 3 Agences de notation américaines qui, financées  par un certain nombre de grandes banques de Wall Street,  évaluent pour le compte de leurs clients la solidité  financières des entreprises et des Etats.  (Standard & Poor's, Moody's et Fitch) . Ces mêmes agences avaient démontré leur clairvoyance et leur indépendance quelques semaines avant la grande crise financière mondiale de 2008, en ne prévoyant pas celle-ci et en attribuant  la certification maximum, dite AAA, à des établissements qui furent les premiers à plonger.

Le  langage que l'Union européenne devrait tenir à la Grèce

Si l'Union européenne, notamment au niveau des pays de l'Eurogroup, était gouvernée par un ensemble politique capable de prendre des décisions économiques visant à assurer la stabilité de  l'ensemble des Etats européens et non à favoriser les spéculations des marchés financiers internationaux (bien représentés évidemment au sein du système bancaire européen), que pourrait faire  ce gouvernement européen ?

Il lui faudrait d'abord  prendre acte du fait que le mode de développement jusqu'ici suivi, non sans succès, par la Grèce et les autres PIGS, a fait son temps. Il reposait sur l'immobilier, le tourisme, la spéculation financière. Il pouvait se justifier à une époque de libre circulation des personnes et des capitaux. Aujourd'hui, avec la crise non seulement financière mais économique, ces sources de revenus se sont faites rares. Dans ces conditions, il faudrait admettre que le retour  aux fondamentaux s'impose, pour la Grèce comme pour autres pays ayant adopté  le mode de croissance. décrit ci-dessus.  Nous avons souvent énuméré ces fondamentaux sur notre site : investir dans la recherche scientifique et l'enseignement supérieur, encourager les secteurs industriels innovants, participer à de grands programmes dans les technologies de pointe, décourager à l'inverse les dépenses et modes de consommation somptuaires, etc.

Ce changement de politique finirait par produire de vraies valeurs économiques, susceptibles de couvrir  les besoins internes des pays concernés et d'être exportées hors d'Europe. Dans ce but, il serait très légitime d'emprunter les centaines de milliards d'euros nécessaires sur le marché international. C'est ce que vient de décider de faire la France, avec son « grand » emprunt de 30 milliards proposé aux épargnants mondiaux. Nous ne sommes pas ici suspects de sarkozysme échevelé, mais nous devons reconnaître qu'il s'agit là d'une politique saine. On en peut que regretter le faible montant relatif de l'emprunt et surtout que les autres Etats,  qu'ils soient prospères comme l'Allemagne ou fragilisés par la crise comme les PIGS, n'aient pas été invités par la France à faire  immédiatement la même chose.

Si l'ensemble des pays de la zone euro, voire l'ensemble des pays de l'Union Européenne, avaient joints leurs efforts en vue d'un grand emprunt européen lui-même affecté à des investissements d'infrastructures  judicieusement réparties au profit de l'ensemble de l'Europe, les agences américaines auraient eu du mal à faire admettre que l'Union aurait compromis  sa stabilité budgétaire ou sa situation financière. L'Europe aurait d'ailleurs du immédiatement créer sa propre agence de notation, pour obliger les agences de Wall Street à plus d'objectivité.

Ajoutons que contrairement à ce que voudraient les ennemis du modèle administratif et social européen, cette politique audacieuse d'investissement  ne devraient pas être assortie de ce que le FMI pendant 40 ans a imposé aux Etats dits en faillite sous le nom de consensus de Washington : diminuer les dépenses sociales, démembrer les administrations, etc. Au regard des spéculateurs, autrement dit des agences de notation, ces services publics sont considérés comme des charges diminuant la crédibilité économique des Etats qui les entretiennent. Au regard du modèle d'économie mixte européen que nous recommandons ici, ce sont au contraire des atouts majeurs. Si l'on demandait à la Grèce et aux autres PIGS de se « réformer » en supprimant de leurs budgets toutes les dépenses sociales et administratives, on les ruinerait économiquement. On les ruinerait aussi  politiquement, car la population ne le supporterait pas et se soulèverait (notre image: émeutes à Athènes)

Malheureusement, c'est pourtant ce que l'Union Européenne tente actuellement d'imposer au malheureux premier ministre grec :  une cure d'amaigrissement radical dont on peut craindre qu'il ne se relève pas. Nicolas Sarkozy fait le même calcul concernant la France, ce qui fait que notre propre soutien à sa politique reste très partiel. Nicolas Sarkozy persiste à imposer à l'Etat un régime de soi-disant réformes qui se limite à la destruction progressive du secteur public. Ceci ne permettra pas de supprimer les causes des déficits – ni de bénéficier des bons effets d'une politique d'investissements publics à base d'emprunt.

Peur des marchés ou peur de Washington ?

Mais pourquoi, dira-t-on, les Européens ne chercheraient-ils pas à s'engager dans des politiques de redressement à base d'investissements publics telles qu'esquissées ci-dessus ? Parce qu'ils se heurteraient immédiatement à l'hostilité du lobby bancaire américain, relayé par la City de Londres, dont nous  n'avons pas hésité à indiquer dans un article précédent que cet ensemble se comportait en mafia internationale. Jamais, dans l'état de dépendance économique et politique de l'Europe à l'égard des Etats-Unis, les gouvernements européens n'oseront proposer de telles politiques au sein du G20. Barack Obama, le mandataire de la mafia financière américaine, n'acceptera jamais la moindre politique mondiale en matière de  régulation financière. Ainsi les Etats-Unis continuent-ils à protéger des paradis fiscaux servant de base arrière à leurs spéculateurs. Plus généralement, Barack Obama n'acceptera jamais que les Etats européens prennent de l'indépendance au regard des « marchés »,  le mot cachant l'influence que cherche encore à exercer dans le monde, sous couvert de mondialisation, le bloc toujours  très puissant des industries classiques, émergentes et de défense américaines, soutenues par Wall Street. Il n'acceptera pas plus de concessions au sein du G20 qu'il n'en acceptera dans la renégociation du protocole de Kyoto.

Pour les gouvernements européens, la solution de facilité consiste à tenir compte de la position dure américaine et à remettre à plus tard toutes velléités d'indépendance. Ils  ne changeront d'attitude que s'ils y sont forcés. Autrement dit, si, ils ne le feraient que sous la contrainte d'éventuelles émeutes populaires.  Mais nous évoquons là un autre problème, fort délicat, celui du rôle bénéfique des insurrections de la misère, sur lequel nous reviendrons ultérieurement.

Post sriptum au 15/12. Sur le thème de "Il faut que les Etats reprennent la main", Joseph Leddet nous écrit: 

" Sans vouloir céder à mon penchant naturel pour la provocation, ces assertions récemment exprimées dans des journaux économiques dits de référence me rendent mort de rire .

Plus sérieusement, comment imaginer un seul instant la Grèce en faillite, pour quelques petits milliards d'euros supplémentaires de dette à financer, alors que depuis un an ou deux les apparatchiks salariés à la tête des grandes banques centrales (FED, BCE et autres) ont injecté de l'ordre de 5 à 10 000 milliards de dollars ou d'euros de "fausse monnaie " pour éviter la faillite des établissements  aux mains  de leurs collègues salariés directeurs des grandes banques privées occidentales?

Si la Grèce a besoin d'argent, il suffit d'ordonner à la BCE de faire tourner sa planche à billets pour acheter ses bons du Trésor; et si elle refuse, il n'y a qu'à remplacer J.C. richet . Il est à l'évidence bien plus important aujourd'hui d'assurer la continuité de fonctionnement de l'Etat grec qu'hier celle de la BNP ou du Crédit Agricole.

De toute façon, cela ne coûte rien à la BCE d'émettre de la monnaie, et cela ne sera pas forcément inflationniste, compte tenu de la propension actuelle des agents économiques à faire très attention à ce qu'ils dépensent.

Vive la dette grecque, qu'elle continue à prospérer comme celle de l'Italie, de la Belgique, de la France, de l'Espagne et de tous les autres pays-phares des critères de Maastricht! "

14/12/2009
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