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L'Europe en 2008

Quelques dossiers à suivre
Chaque jour apporte de nouveaux sujets d'intérêt concernant l'Europe et son avenir. Nous pensons utile à cet égard d'indiquer quatre domaines ou "dossiers" qui mériteront selon nous d'être suivis en 2008 et dans les mois suivants. Mais ne nous y trompons pas. D'autres problèmes peut-être aussi sensibles s'imposeront sans doute à l'attention dans les deux prochaines années.

Les conséquences de l'indépendance du Kosovo

L'indépendance du Kosovo et son éventuelle demande d'intégrer l'Union européenne risquent d'encourager les revendications d'indépendance d'un certain nombre de « nationalités » ou de communautés de croyances aujourd'hui contenues dans les frontières étatiques des Etats européens.

La population  albanaise du Kosovo, durement éprouvée par les Serbes au cours des dernières années, s'était acquis une sympathie de la part des populations européennes. La grande majorité des Etats européens n'a donc pas objecté à reconnaître un Etat kosovar. Mais il faut bien admettre que le précédent est dangereux, comme l'ont d'ailleurs souligné le gouvernement espagnol et quelques autres.

 En l'occurence, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est utilisé pour légaliser ce qui n'est rien d'autre qu'une colonisation par les Albanais. La présence ancestrale des Serbes (le Kosovo étant considéré comme le berceau de la culture serbe) est purement et simplement niée.

Or, il existe un certain nombre de régions en Europe au sein desquelles des minorités politiques pourraient prétendre à se voir reconnaître une sorte d'indépendance, Que deviendrait l'Union européenne si elle était obligée d'intégrer un grand nombre de micro-Etats inviables par eux-mêmes, qui deviendraient inévitablement des facteurs de conflits internes ?


L'indépendance du Kosovo ne manquera pas par ailleurs d'attiser des revendications qui ne seront plus seulement  nationalistes mais religieuses. Ce pays est le fruit d'une occupation d'une partie de la Serbie par des "immigrés", les Kosovars albanais, se définissant notamment par une appartenance à la religion musulmane. Du fait qu'ils sont devenus majoritaires au sein d'un territoire appartenant historiquement à un Etat européen indépendant, ils se sont vus reconnaître par la communauté internationale et par l'Europe le droit d'y imposer leurs lois, leurs coutumes et leur religion. Qu'en sera-t-il quand, dans d'autres parties de l'Europe, des communautés immigrées devenues électoralement majoritaires exigeront de s'ériger en collectivités publiques de droit islamique (charia).

 

A supposer qu'il ait été impossible de refuser l'indépendance aux Kosovars, il faudrait à tout le moins que ce mouvement de désagrégation s'arrête là. Mais on peut craindre qu'il n'en soit rien, si l'importance des valeurs attachées en France au concept de « République Laïque, Une et Indivisible » se voyait de plus en plus contestée en Europe.

 

Par ailleurs et sur un tout autre plan, il ne faut pas oublier que la question du Kosovo a été dès le début utilisée par les Etats-Unis pour durcir les relations avec la Serbie et au-delà d'elle, avec la Russie. Certes Milisevic était un criminel et l'Europe n'aurait pas du attendre l'intervention américaine pour l'empêcher de nuire. Mais l'Amérique aujourd'hui ne se soucie guère de faire oublier les exactions de Milosevic. Elle vise plus loin, comme elle le fait dans la question des bases anti-missiles qu'elle propose d'installer en Tchéquie et en Pologne. Faire de la Russie un nouvel ennemi à l'Est, conformément aux visées pétrolières et militaires de Washington, serait apporter un appui aux tentations autocratiques que ce pays  manifeste aujourd'hui. L'Europe pour sa part ne devrait pas reprocher un certain panslavisme à la Serbie, car ce dernier sera un pont utile en vue de renforcer les coopérations inévitables avec la Russie.

 
 Les suites des élections américaines 
 

Nous avons indiqué plusieurs fois qu'une Union européenne indépendante et forte ne se construirait pas si elle ne secouait pas le joug américain. Depuis quelques années, l'Amérique a entraîné ses alliés, en premier lieu l'Europe, dans des stratégies militaires, économiques et idéologiques désastreuses. Les élections américaines prochaines changeront-elles la donne ? La question devra être suivie attentivement par les Européens, en évitant tout optimisme.


Nous pensons que les grandes lignes des options géopolitiques  américaines resteront les mêmes. Elles sont définies en dernier ressort par le complexe militaire, industriel et politique tenant les commandes à Washington et dans les grands centres nerveux du pays (le MICC). Elles visent à n'accepter aucune puissance capable de défier l'Empire américain. Cependant, d'autres grandes puissances sont en train de se construire et n'entendent pas se soumettre aux Etats-Unis. Les conflits pour la domination technologique, économique et culturelle du monde ne feront donc que s'amplifier. L'Europe devra plus que jamais refuser d'être l'avant-garde sacrifiée de la ligne de défense américaine.

 

Si les Républicains conservent le pouvoir, ils seront les plus à craindre. D'ores et déjà, le candidat MacCain, soutenu par des néoconservateurs de combat tel que Robert Kagan, évoque la réactivation d'une Guerre froide européenne pour obtenir un regroupement européen sous contrôle américain à l'occasion d'une renaissance de l'affrontement avec la Russie. Mais tout peut faire craindre que de façon moins voyante, un(e) président(e) démocrate ne suive la même politique, en arguant des vertus politiques et morales de l'euro-atlantisme. Beaucoup de « grandes consciences européennes » sont depuis longtemps ralliées à ce point de vue. 

 

Les propositions françaises pour la présidence de l'Union (2e semestre 2008)

 

Le président français Nicolas Sarkozy monopolise actuellement le discours sur ce sujet. Mais comme il varie beaucoup dans ses opinions, il est difficile d'imaginer aujourd'hui comment la France (et pas seulement son chef) pourra profiter de cette opportunité non pour sa propre promotion mais pour le renforcement de l'Union.

 

La présidence française de l'Union, autant que l'on puisse deviner aujourd'hui, s'efforcera de faire progresser quatre questions importantes :
- la défense européenne, en accord avec la Grande Bretagne, autour notamment d'un accroissement des moyens de l'Agence européenne de défense afin de soutenir une industrie européenne stratégique. Les conseillers du président français semblent penser que le retour complet de la France de l'Otan et un engagement accru en Afghanistan pourraient permettre de faire accepter par les Américains cette plus grande indépendance de la défense européenne. Nous en doutons beaucoup.
- l'évolution de la politique agricole commune. Sur ce point les vues exprimées par Nicolas Sarkozy au dernier salon de l'Agriculture le 23 févier nous paraissent saines. Mais seront-elles défendues jusqu'au bout ?
- l'Union méditerranéenne. Les propositions françaises  en ce sens sont manifestement mal reçues par de grands Etats européens, en premier lieu l'Allemagne. Ils ne voient pas l'intérêt d'abandonner le cadre des conférences euro-méditerranéennes lancées par le processus de Barcelone en 1995. Les pays du Maghreb, il est vrai en partie sous influence américaine, semblent réticents face à ce projet. On ne voit pas comment, de toutes façons, sans argent, l'Europe pourrait beaucoup faciliter le rapprochement des pays méditerranéens. Ceci d'autant plus que sa politique de contrôle de l'immigration n'améliorera pas les relations diplomatiques.

- la politique commune de contrôle de l'immigration. Tous les Etats européens confirment que le sujet est important et mérite des approches communes. Mais à ce jour, il est impossible de voir ce que seront effectivement les propositions françaises. Toutes les perspectives évoquées semblent périlleuses. 

- la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de l'environnement. Ce vaste sujet, qui inclut la question des politiques énergétiques, semble actuellement s'enliser dans les débats franco-français ayant fait suite au Grenelle de l'environnement d'octobre 2007. Les propositions françaises seront fragilisées par ce qui s'annonce déjà comme la grande absente de la politique européenne de la France, la relance de la recherche scientifique

 

A côté en effet de domaines où la présidence française, si elle s'interdisait des jeux personnels, pourrait faire progresser l'Union, il existe en effet d'ores et déjà un immense défi où l'on peut craindre que notre pays ne soit pas au rendez-vous de l'histoire. Il s'agit des propositions concrètes que la France devrait faire pour dynamiser la recherche scientifique et l'innovation technologique, les universités et les structures de formation, les grandes politiques publiques dans les secteurs stratégiques (en priorité l'Espace). Tout ceci devrait être pensé et fait dans le cadre européen, notamment en étroit accord avec l'Allemagne, comme nous l'avons montré dans notre livre. On n'en voit pas les prémisses aujourd'hui. Mais comment sans cela réveiller les enthousiasmes pro-européens au sein de la jeunesse ? 

 

La réaction de l'Europe dans l'éventualité d'une « crise systémique » globale.


 L'économie mondiale semble entrée dans une période d'instabilités auxquelles nulle puissance politique ne devrait pouvoir échapper. L'Europe dispose de certains atouts pour affronter cette crise, notamment la résilience que lui confère l'euro et le fait qu'une grande partie de ses échanges se font à l'intérieur de ses frontières. Mais comme elle n'est pas armée, contrairement aux autres grands Etats, pour réagir rapidement, par des mesures correctrices gouvernementales, aux manœuvres spéculatives et aux offensives politiques, elle risque d'y perdre le peu de marges de manœuvre qui lui restent.

 

Si la crise restait localisée à certains marchés et à certaines zones économiques, les Européens pourraient peut-être en surmonter les conséquences, à condition de s'unir sur des mesures de sauvegarde. Mais si elle devenait « systémique », selon l'expression, le chaos économique et social risquerait de s'installer aussi bien en Europe que dans le reste du monde. Une crise systémique se caractériserait par la conjonction de tous les facteurs d'auto-destruction déjà signalés par les experts mais encore relativement contenus : crise financière et monétaire d'abord, mais aussi effondrement des équilibres naturels et des capacités de survie des milliards d'humains vivant aux alentour du seuil de pauvreté. S'y ajouteraient inévitablement une radicalisation des conflits entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, sur fond de guerres culturelles et religieuses.

 

Nous avons évoqué dans d'autres articles quelques unes des mesures qui pourraient être adoptées par les Européens dès que s'annonceraient les signes avant-coureurs de cette crise systémique. Mais nous n'avons pas trop d'illusions concernant l'aptitude des peuples à soutenir de telles mesures. Il est tellement plus facile de ne pas chercher à voir au-delà de son petit jardin.

01/03/2008
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